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CHAPITRE VII

La Médecine de Zoroastre

Doctrines biologiques et doctrines religieuses Le Dualisme. — Le madzeime, comme toutes les religions, eut sa médecine sacerdotale dont les principes furent engendrés par les doctrines elles-mêmes. Ces doctrines s’appuyent sur le dualisme. La conscience universelle est le champ de bataille où s’agitent le bien et le mal, et toute l’histoire de l’humanité dépend des vicissitudes du combat. Ormuzd, le bien ; Ahur-Magda, l’omniscient, l’être éternel, le très pur, celui qui est avant tout et au-dessus de tout, était au commencement dans la lumière première. Sa bonté, sa science sans bornes, sa pureté, l’ensemble de ses qualités forment la Loi. Il s’astreignit lui-même à suivre cette loi et créa le monde par lintermédiaire de son verbe, et ce verbe était éternel comme lui : « Le pur, le saint, le prompt verbe, je vous le dis en vérité, était avant le ciel, avant l’eau, avant la terre, avant les êtres vivants, avant les plantes, avant le feu, principe de la vie, ce fils d'Ormuzd » (Avesta). Pour diriger le monde, 1l créa

es

encore les six Amshaspands, immortels bienfaisants.

Ahriman ou Angra Mainyu, le principe du mal, était séparé d'Ormuzd par l’universalité du Vaï, le vide. La création lui fournit un champ d'action et l’occasion d’exercer son activité néfaste. IL se précipita sur elle comme sur une proie et la lutte s’enga-

gea. Ormudz, omniscient, connaît tout. Il voit dans”

l'avenir, car pour lui le temps, ni l’espace n’existent. Ahriman est soumis à ces infirmités de l’esprit et ne peut prévoir les conséquences de ses actes. La guerre: durera des milliers et des milliers d’années, mais le bien va l’emportant sans cesse sur le mal, la lumière monte, les ténèbres se fondent en elle et un jour viendra où Ormuzd, enfin définitivement victorieux, absorbera Ahriman et le suprême bonheur, éclos à cette minute, demeurera éternellement. Voilà cette merveilleuse doctrine, la plus belle peut-être qui ait fleuri au verger philosophique de l'antiquité et qui est bien proche de l'idéal chrétien. Elle glorifie le progrès, puisque c’est en lui où elle place toutes ses espérances de rédemption. Nous l'avons développée un peu longuement, car c’est d’elle que sortira Logiquement toute la médecine des mages.

Aux six Amshaspands, serviteurs d'Ormuzd, Ahriman oppose six démons.Parmi les amshaspands. deux veillent particulièrement sur les hommes; ce sont : Hauravatat, la santé, et Ameretat, la longue vie. Deux des démons deviennent leurs ennemis jurés : Tauru, la maladie, et Zaëri, la mort. Ainsi voilà le principe de dualisme qui sert de fondation aux doc-

trines médicales. Taurus appelle à luitous les maux, il prépare le terrain où Zaïri viendra semer son impardonnable poison.Mais Hauravatatet Ameretat sont des gardiens vigilants. Ormudz leur a donné des armes : la prière et les remèdes. Cette origine divine des remèdes est révélée à Zoroasrre dans le Vendidad. « Alors, moi Ormuzd, je produisis les plantes médicinales par centaines, par milliers, par dizaines de mille. »

Il y a 99.999 maladies, toutes filles d’Ahriman et lancées contre les hommes par Tauru. Chacune est personnifiée par un génie. L’art du médecin consiste à les empêcher de nuire. Pour cela, il lui faut une science énorme qu'il ne peut acquérir que par la lecture des livres.

Les Livres zoroastriques.— Quels sont ceslivres? Nous en connaissons deux : l’Avesta, attribué à Zoroastre lui-même, et le Dinkar, sorte de commentaire de l’Avesta.

L'Avesta remonte sûrement jusqu’à l’époque des rois parthes. Peut-être est-il même bien plus ancien. Ce qui a rapport à la médecine se trouve dans la deuxième partie nommée Vendidad. Le Dinkar, bien postérieur, donne les mêmes renseignements qu'il développe.

Exercice de la médecine. — Les mages qui exercent l’art médical sont les Baeshaza, ils vénèrent comme leur maître Thrita, le premier homme a qui l’être suprême révéla les vertus des simples. Ils se divisent en trois catégories, qui correspondent aux trois procédés curatifs employés par eux. Il ya

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le Manthro-Baeshaya, conjurateur, le médecin qui fait prendre des drogues,et le chirurgien qui n’hésite pas à se servir du couteau.

Le Manthro-Baeshaya est le premier en ligne. La foi populaire lui prête une puissance quasi-surhumaine. Du reste la parole sainte elle-même enseigne que c’est en lui surtout qu’il faut avoir confiance. « Si plusieurs médecins se présentent : un qui soigne par le coutéau, un autre par les plantes, un autre par la parole divine, celui-ci est le plus guérissant des guérisseurs » (Avesta).

Les conjurations se faisaient selon un cérémonial réglé d’avance et qui constituait un véritable rite. Les formules avaient souvent une allure de commandement. On donnait des ordres aux démons; le mage que la science et les habitudes pieuses sanctifiaient avait le pouvoir de les chasser : « Je chasse la maladie, je chasse la mort, je chasse la douleur

et la fièvre. » « Va-t-en, Tauru, éloigne-toi, Zaïri,

rappelez vos méchants serviteurs. » — « Je chasse

tous les Yatus, et toutes les Pairikas, et toutes les

Janies mauvaises. »

D’autres formules indiquent plus d’humilité. Ce ne sont plus des ordres brefs donnés aux dêvas, ce sont des prières adressées aux esprits bienfaisants dont on implore l'intervention. Le mage n’a plus confiance en lui-même, soit qu’il doute de la pureté de sa conscience, soit que le mal qu’il doit conjurer lui semble très grave. Il appelle les génies du bien, il les conjure de venir, de protéger, de défendre le malade contre les attaques des impurs. « Qu'Ormuzd

le

MSs de

qui comble les vœux, frappe toute maladie et toute mort. » « Protège-nous de celui qui nous torture, Ô Ormuzd. » La plus puissante des prières, l Aryama Ishyo, appartient à cette catégorie : « Qu’Ormuzd vienne ici pour la joie des disciples de Zarathoustra, pour le bien des honnêtes gens et avec la récompense que la foi mérite. Je demande pour la sainteté la faveur convoitée qu'Ahura-Mazda accorde grandement. Nous sacrifions à Ormuzd le fort, le victo-

rieux qui écrase le mal, nous sacrifions aussi aux

bienfaisantes gathas, souveraines sur les maîtres divins » (Avesta).

DEROUsIOr au contraire, la Fornale se hausse jusqu’au son de la colère. La voix du thaumaturge gronde, éclate en imprécations, maudit. Lui, prêtre du Bien éternel, s’indigne contre les esprits de ténèbres et appelle sur eux les foudres de la vengeance divine. « Meurs, Dri démoniaque! péris, source des démons !péris, créatrice de démons ! meurs et disparais! Précipite-toi! Disparais! sois anéanti et disparais à toujours dans les régions froides du nord et ne livre plus à la mort le monde corporel du bien!» (Dinkar).

Il y a des génies bienfaisants, sortes de dieux qui sont invoqués dans des cas particuliers. C’est ainsi que Anahtia, déesse très pure,mère toujours vierge, celle dont la beauté est incomparable, protège les femmes enceintes. Elle veille sur le mystère de la fécondation, sur le germe enclos au ventre de la femme ; puis, à l'heure de l’accouchement, elle donne à la patiente la force de supporter sans se plaindre

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les plus vives douleurs. C’est elle qui hâte la délivrance, qui arrête les hémorragies, qui éloigne la fièvre puerpérale; c’est elle qui fait monter le lait au sein de la nourrice et qui protège la beauté contre les déformations et les taches de la grossesse.

Après le Manthro-Baeshaya, vient le médecin qui soigne avec des drogues. Les remèdes ne sont guère indiqués dans l’Avesta. Cependant on y parle souvent d’une certaine herbe Gaokeressa, plante sacrée qui passe pour souveraine contre une foule de maux. On y mentionne encore l'Homa et le Parachom.Un chapitre de l’Avesta donne la recette de leur préparation, qui est d’une complication inouïe. L’homa a une véritable personnalité, on l’invoque : « Les vertus de santé se mêlent en toi, pris dans la mesure du bon sens. » « Homa, donne-moi les vertus salutairesavec lesquelles tu sais guérir. »

Nous rencontrons encore, par ci par là, quelques formules dont quelques-unes sontextravagantes.C’est ainsi qu'une femme qui vient d’avorter doit prendre «un mélange de cendre et d’urine de bœuf pour chasser le Dakhma qui est dans son ventre » (Avesta).

Cependant la confiance que l’on avait dans les remèdes n’était pas très grande et, pour en assurer l'efficacité, les malades n’oubliaient jamais de réciter en les prenant une courte invocation : « O Ormuzd, que, par la force du remède, nous puissions vaincre la Dri » (Dinkar) et, lorsqu'ils étaient guéris, étaientils loin de leur attribuer en entier ce résultat: « Dans la guérison, la grande part céleste revient à Amshaspand Ashavahihta (dieux de la vérité, de la sain-

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