‹ La Médecine et les ReligionsChapitre 32 sur 67 · PAPE 7 NO MT EN ET ENS · texte numérisé non relu

PAPE 7 NO MT EN ET ENS

Les ex-voto nous ont transmis un certain nombre de récits de guérisons miraculeuses; toutes se sont accomplies en songe. Un homme qui avait un cancer de l’estomac fut laparotomisé pendant son som-

meil. I se réveilla guéri. Un autre ,qui avait un ténia,

vit en rêve le dieu aidé de ses enfants lui tirer par la bouche un vers long de plusieurs toises, etc.

Il y avait à Epidaure six stèles couvertes de récits tous non moins étranges.

Mais la plupart du temps les choses se passaient

.moins facilement. Il fallait que le malade prît des

remèdes et suivit un régime. La thérapeutique était très variée.

Un collyre avec du sang de coq blanc est souverain pour les yeux fatigués. Contre les maux de tête on emploie l’anis délayé dans l'huile. Contre les

inflammations de la luette, des gargarismes d’eau froide. Le sang de taureau combat les hémoptisies.

Contre l’éléphantiasis, rien ne vaut une thériaque

dans laquelle entre le sang de vipère. On connaît les vomitifs, les purgatifs. On emploie l'huile, le cumin,

Poignon, la cynoglosse. Elien vit conseiller à un

phtisique de la viande d’âne. Artemidore nous ensel-

gne qu'un homme qui souffrait de l’estomac dut se nourrir de dattes. Dans un ex-voto publié par Mer-

curialis, un certain Lucius reçut pour une douleur .aux côtés le conseil d'employer de la cendre délayée dans du vin comme cataplasme. Dans un autre, Julianus prétend s'être délivré d’une hémoptisie en ‘mangeant des graines de pin broyées dans le miel.

Souvent le dieu ordonnait la chasse, l’équitation,

la gymnastique, la marche, les bains. À un névrophate il conseilla de sortir tous les matins pieds nus dans la rosée. À Aristide, il commanda de composer des hymnes, d’aller au spectacle et de faire de la musique. Tout cela prouve que les prêtres connaissaient l'importance capitale de l'hygiène, aussi bien physique que morale. Pour terminer cet exposé de leur thérapeutique, je citerai cet ex-voto dédié par le dyspeptique Julius Appellas : « Le Dieu m'a dit: mange du pain, du fromage, du persil, de la laitue, marche et frotte-toi toi-même dans le bain sans avoir recours au service d'un baigneur, bois de la limonade, promène-toi sur la galerie supérieure du portique, balance-toi sur l’escarpolette, frotte-toi avec de la poussière, marche pieds nus, verse du vin dans l’eau chaude du bain, sacrifie au temple d'Epione et aux divinités d’Eleusis, prends du lait et du miel; et, pour accélérer la digestion, frotte-toi avec de la moutarde et du sel, puis lave-toi ensuite.»

Souvent les prescriptions thérapeutiques devaient être accompagnées de certains gestes pieux. C’est ainsi qu'il fallait prendre le médicament sur l'autel (Mercurialis), ou traverser le temple et placer la main sur le pied du dieu, ou toucher au trépied sacré (Aristide). Le mysticisme ne perd jamais ses droits,

Nous avons vu que les guérisons étaient gravées sur les murailles avec les traitements qui les avaient amenées. Les néophytes faisaient leur instruction en lisant ces inscriptions. Quelquefois aussiles malades, d’après les ordres du dieu, se faisaient examiner par ses prêtres (Philostrate).

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. Pendant longtemps les asclepions conservèrent la grande renommée. Du reste nul n’y mourait. Il était interdit d’y mourir et d’y naître, nous dit Pausanias. Les agonisants étaient impitoyablement renvoyés. Est-ce qu’ils ne nuisaient pas à la réputation de la maison ? Jaloux d’Asclepios, les autres dicux se mirent à soigner. C’était là la source de jolis bénéfices que les prêtres songèrent à canaliser verseux. Athénée Hygia fit de la médecine à Athènes. Elle guérit l’architecte Mnésicles avec une plante qu’elle avait indiquée en songe à Périclès (Plutarque). Depuis longtemps déjà, Dyonisios était un excellent praticien. Orphée célèbre sa science en des vers enthousiastes : «Race illustre de Zeus, écoute-moi, Ô Dyonisios qui as eu deux mères ; semence digne d'honneur, dieu célèbre, dieu très saint, germe secret des dieux, remède des mortels, fleur sacrée, toi qui délivres de tous les maux, je t'en prie, sois-nous propice. » Hercule terrassait la maladie comme il terrassa le lion de Némée; Apollon préserva des épidémies; Diane favorisa les accouchements et guérit les maladies des yeux, etc. Cefut, dans tout le monde grec, une floraison de médecins. La décadence vint de cette concurrence souvent déloyale. Le dernier asclepion ferma (ses portes vers l’an 400. Cependant la tradition se conserva, ainsi que le souvenir attendri du dieu tutélaire qui apparaissait en songe aux malades. Actuellement, à Lesbos, les gens qui souffrent de quelques maux incurables vont passer la nuit dans les églises où ils attendent du ciel un miracle ; et à Tiros il se fait tous les ans une pro-

cession en l'honneur de la Panagheia, où on peut retrouver la trace de certains rites qui se pratiquaient jadis aux fêtes d’Asclépios.

Les Palestres, écoles de culture physique. — Annexés aux temples, les palestres étaient de véritables écoles d'hygiène. On y rencontrait des professeurs de gymnastique et des masseurs. Certains inventèrent des méthodes de culture physique. Tels furent Jacus de Tarente et Hérodicus de Salembrie. L’habitude en fit des chirurgiens habiles.lls soignaient les fractures et les luxations.

La Philosophie grecque et la Médecine. — On s’imagine souvent qu'Hiprocrare succéda tout d’un coup aux asclépiades et qu’il créa tout d’une pièce la médecine scientifique, ceci est faux. Il eut des précurseurs nombreux. L'histoire des sciences helléniques est liée à l'histoire de la philosophie hellénique. Autant de doctrines, autant d’idées biologiques, autant de méthodes différentes. Nous en examinerons brièvement quelques-unes.

Dès le sixième siècle avant notre ère, TaaLès édifie un système. L'eau et l’air sont les deux principes primordiaux. La matière dérive de leur combinaison, la vie en est une résultante mystérieuse et se résume dans un équilibre. La maladie rompt cet équilibre qui ne peut plus se reproduire dans la mort. La médecine doit donc avoir pour but de le maintenir.

ANAXIMANDRE, Son disciple, pousse le système et l’épure. Il se fait une idée plus philosophique des choses. Pour lui le principe primordial est un et infini; c’est le chaos. Le mouvement le modifie et, par une

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suite ininterrompue et logique de transformations en fait l’univers organisé. La vie est le résultat d'une action de la chaleur sur l'humidité. C’est un changement dans la position des molécules et non dans leur nature. La maladie résulte d’un excès de chaleur ou d’un excès d'humidité. Le régime d’abord, les remèdes ensuite doivent servir à empêcher l’action d’un des principes de dominer.

PARMÉNIDE est avant tout un métaphysicien; le premier, il raisonne sur l’être. L’être est un tout, unique, immobile et éternel. Le feu est l’élément primordial, le centre du cercle matière ; c’est de lui que vient la vie. La vie individuelle est une étincelle du feu principe. La mort est le retour de cette étincelle à son foyer. De là logiquement le phénomène vital est une combustion dont la chaleur neutralise le froid qui produit la mort. Toute une doctrine scientifique sort de là, celle qui a donné lalchimie, et en raison de laquelle on a cherché la pierre philosophale et la panacée universelle. La connaissance exacte du principe primordial unique et permanent équivaudrait à limmortalité.

HéracuiTe, au contraire, fonde sa doctrine sur la multiplicité et le changement. Le monde est le désordre. Tout coule. On ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve; aucune chose n’est. tout de vient. Les contraires sont identiques et le même être revêt l’une après l’autre les formes les plus opposées. Cependant les contraires se retrouvent dans un élément unique qui est l’éther. L’éther est éternellement vivant, éternellement souple, éternellement en

mouvement. C’est de ce mouvement dirigé par le Logos que naît la matière. La maladie vient de son ralentissement; la médecine doittendre à le ranimer. La méthode s'inspire du principe d'identité et d’affinité; le froid se guérit par la chaleur, la chaleur par le froid, La théorie des antidotes naît d'elle-même de ces données; toute plante mauvaise en suppose une autre qui neutralise ses effets. On voit que cette philosophie, toute métaphysique, amène à de réelles découvertes dans le domaine de la pratique.

Evweépocze semble avoir voulu être à la fois un prêtre, un médecin et un prophète; il se vantait de ressusciter les morts et se croyait détenteur d’une puissance presque divine. Sa doctrine est un éclectisme où les idées de Parménide, d’Héraclite, d’Anaxagore, de Démocrite, et de Pythagore se rencontrent. Ses idées biologiques reposent sur le principe d'adaptation aux milieux. Il est le précurseur de Darwin. Il étudia tous les problèmes de la vie organique, depuis la génération jusqu’à la sensation, Malheureusement son discours médical n’est pas parvenu jusqu’à nous.

ANaxaGoRE de Clasomène pose l’axiome : « Rien ne se perd, rien ne se crée. » Des éléments déjà existants s'unissent et se séparent. La matière est éternelle et composée de parties infinies et semblables, et chaque être est fait des éléments de toutes choses qui entrent en égale quantité dans sa composition. Tout est dans tout. La matière ainsi formée est inerte. L'esprit l’anime. Il est répandu dans toutes choses. La maladie est une modification de cet esprit.

JE n’y a pas de mal physique. Donc sa médecine se confond avec la morale.

Démocrire conçoit l’atome, et sa théorie du mouvemet éternel dans le vide infini, suffit à expliquer la matière et la vie. Il écrivit un traité sur le suc des plantes (Diogène Laerce), et un autre sur les éléments (Olympiodore). Dans ces deux ouvrages aujourd’hui perdus étaient élucidés plusieurs points de doctrine.lIl fit, dit-on, des cures admirables ; alors son génie s’égara jusqu'à l’absurde. Il rêva de modifier à son gré l’agrégat des atomes ‘et de diriger scientifiquement le mouvement éternel. Cette prétention devait trouver des imitateurs. Il sera considéré plus tard comme un des pères de l’alchimie. Il y eut une école démocritaine. Ses disciples le vénèrent comme le plus grand des savants, et des légendes auréolèrent son souvenir. D’après Synésius et Georges de Syncelle, il aurait été initiéàla connaissance parfaite par les prêtres égyptiens et par Ostanes le Mage. Physica et Mystica,lelivre de chevet des alchimistes byzantins, lui est attribué. Le rituel magique du papyrus de Leyde contient, sous le nom de Sphère de Démocrite, une table destinée à pronostiquer la vie ou la mort d’un malade. On lui attribue encore le livre des Sympathies et des Antipathies, et plusieurs autres traités d’occultisme. Son nom domine toutes les sciences obscures, en partie fabuleuses, en partie réelles, où des milliers de chercheurs se sont tués à travers les âges à vouloir forcer les portes du mys-

tère.

Pyraacore ef ses disciples semblent être les élè-

ves des vieilles philosophies ésotériques de Memphis et d’Abidos. Ils forment plus qu'une secte, mais presque une religion qui eut ses dogmes, ses rites et même ses martyrs. Les néophites juraient de nerien révéler de l’enseignement qu’ils allaient recevoir des maîtres. Il y avait chez eux deux degrés d’initialion comme dans les mystères orphiques, auxquels ils semblent se rattacher par divers côtés. Les initiés de la classe supérieure ne devaient s'occuper que de métaphysique et de théodicée: à ceux de la classe inférieure incombaient les études scientifiques au nombre desquelles on comptait celle de la médecine. La doctrine s’édifie sur le nombre. Le nombre est l'élément des substances et des qualités. Tout vient de lui et l'univers n’est que la réalisation d’une com-

binaison arithmétique. Le Un éternel a tout créé, il:

représente Dieu; deux symbolise les contraires, L’amour et la haine, les sexes séparés, le plein et le vide, l’immortalité absolue. Avec un, il donne trois qui préside à la réalisation. Tout ce qui existe est un multiple de trois. Ainsi jusqu’à dix, car les dix premiers nombres seuls sont réels, ils forment la sainte décade. « Principe et reine de la vie divine, céleste et humaine » (Philolaüs). Les formes se ramènent toutes à elle. La ligne correspond à deux, la surface à trois, le volume à quatre. Il serait curieux de rapprocher cette théorie de celle que les Kabbalistes prétendent avoir puisée dans le Sepher-Yedzira et appuyent sur lautorité d'Abraham! Ainsi tout est harmonie et équilibre. La santé est le résultat de cette harmonie. On doitla conserver par une hygiène

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