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rigoureuse. La règle des Pythagoriciens fut en effet avant tout une règle d'hygiène. Pourquoi la maladie? L'âme est unie au corps matériel pour se purifier de ses fautes et doit souffrir en lui avant de « Prendre essor dans l’éther et de devenir immortelle et divine » (Vers dorés). Donc la maladie est un chà ‘timent. D'un autre côté, comme l’éther est peuplé d’esprits, les uns mauvais, les autres bons, la maladie peut être quelquefois due aux maléfices des démons; à cause de cela, on est autorisé à la soigner. L’harmonie sous toutes ses formes est le seul remède, harmonie dans les actes, harmonie des sons, harmonie plus mystérieuse et non moins réelle des astres. Les nombres ont leur correspondance dans les pla- ” nètes. Cette affirmation légitime les recherches astrologiques. L’étude des influences zénitales domine toute la médecine pythagoricienne. Les nombres ont leur correspondance aussi dans les minéraux et les végétaux. Pythagore et ses disciples furent, paraît-il, de savants botanistes et lessimples n’avaientpoint de secret pour eux. Quelques-uns poussèrent même leurs investigations scientifiques jusqu’au domaine de l’anatomie, tel Alcmon, qui décrouvrit la Trompe d'Eustache et les nerfs optiques. Celui-ci fut du reste un physiologiste très savant. Il étudia la formation et la nutrition de l'embryon.
AcroN d’'Argente, rejetant toute métaphysique, voulut fonder la médecine sur l’observation. Il est le père de l’empirisme; son ouvrage sur le régime n'est pas parvenu jusqu’à nous.
Nous venons d’analyser rapidement et d’une façon
bien incomplète le mouvement médical préhippocratique. Basé sur la métaphysique, il peut en quelque sorte être considéré comme une annexe de la médecine sacerdotale. Cependant il prépare Hippocrare. Nous avons déjà vu chez certains philosophes naître le souci de l'expérience.
Les Écoles célèbres. — Déjà de grandes écoles fonctionnaient dansle monde grec. Les plus célèbres étaient Cyrène, Crotone, Rhodes, Cos et Cnide. Crotone était entre les mains des pythagoriciens. Elle donna le fameux Democède, médecin de Darius, dont le rôle politique fut au moins aussi grand que le rôle scientifique. À Cyrène et à Rhodes, s'étaient réfugiés les asclépiades. Ils y faisaient de la médecine magique. À Cnide età Gos, Les études, plus logiques, n’en avaient pas moins gardé un caractère un peu mystérieux. Les élèves recevaient une véritable initiation. L'enseignement comprenait des leçons théoriques, des leçons cliniques au chevet des malades et des exercices pratiques de médecine opératoire et de pharmacopée. Les deux écoles étaient rivales. À Cnide, on étudiait surtout le détail, on s’arrêlait aux moindres symptômes. La thérapeutique y était encombrée d’une foule de drogues et les malades étaient gorgés de médicaments. La chirurgie y fut aussi en grand honneur. Euryphon et Ctésias en furent les plus brillants sujets. A Cos, on avait des idées plus larges. On y faisait de la philosophie médicale, sans cependant se laisser égarer par la spéculation. Mais on raisonnait sur l’expérience. Les faits servaient à promulguer des lois. Une méthode
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rationnelle amenait de déductions en déductions à des idées générales dont la largeur de vue, quelquefois un tant soit peu audacieuse, nous étonne. C’est ainsi qu'on y soupçonna les diathèses et qu’on y édifia une théorie de l’atavisme à laquelle la nôtre n'aurait rien à ajouter.
Hippocrate. — Hirpocrate fut l’astre brillant de l’école de Cos. Nousne savons rien de précis sur son histoire. La légende le donne comme médecin à Perdicas ITet à Artaxerces, Il soigna Démocrite fou, et fut peut-être appelé à Athènes pendant la peste qui désola cette ville, au moment de la guerre du Pélonèse. Il nous reste de lui un certain nombre d’ouvrages: De l’ancienne médecine. Le Pronostic. Les Aphorismes. Les Epidémies. Du régime dans les maladies aiguës. Des airs, des eaux et des lieux. Des articulations. Des fractures. Des instruments de réduction. Le Serment. La Loi. De l’of ficine. Des plaies. Des hémorroïdes. Des fistules. Les autres ouvrages qui figurent dans la collection hippocratique furent de ses élèves.
Nous n’analyserons pas ici tous les écrits d’HiprocraTE. Le cadre de notre sujet ne nous le permet pas. Nous nous contenterons d’y rechercher ses doctrines et de voir comment ce merveilleux génie créa réellement la médecine scientifique telle que nous ls connaissons encore actuellement; car, si avancés que nous sommes, nous suivons le chemin qu’il a tracé.
Il fut purement dogmatique. Il ne reconnait d’autre force interne que la chaleur innée. De là l’im-
portance des saisons, des climats et des régimes (des airs, des eaux et des lieux). Sa doctrine pathogénique est humorale. Elle inspirera GauteN et tout le moyen âge. La santé est le résultat de la crase des humeurs, harmonie parfaite entre le sang, le phlegme, la bile noire et la bile jaune. Dès que cette crase est troublée, il y a maladie. La guérison est obtenue par le rétablissement de l’équilibre. Toute guérison est précédée par un moment de crise pendant laquelle s’opère ce rétablissement et qui s’appelle la coction. HippocrarTe parle aussi souvent de la prognose. Qu’est-ce donc ? La prognose est une opération rationnelle de esprit par laquelle le médecin, après avoir observé les symptômes existants au moment où on l’a fait appeler, en déduit les symptômes antécédents et prévoit ce qui doit advenir. C’est donc en même temps le diagnostic et le pronostic. La prognose est trèsimportante, d’elle dépend le traitement; exacte, elle sauve le malade; fausse, elle peut le tuer. Pour l’établir, on regarde, on palpe, on interroge. L’auscultation n’est pas encore inventée. Cependant l'importance des mouvements respiratoires et du pouls n’échappa point au merveilleux observateur et lui donna souvent des indications précieuses. Il avait ainsi observé combien la nature est uneaide puissante pour le praticien. Il supposa une force conservatrice, un mystérieux instinct de vivre qui s'oppose aux assauts du mal, qui lutte contre la mort. Le médecin doit suivre et aider cette énergie de l’être. Dans plusieurs siècles, AMBRoISE Paré dira de même : « Je le soigne, Dieu le guérit. »
orne
Nous ne dirons rien de la thérapeutique d’Hipro- RATE. Elle est la même que celle des asclépiades. Ses connaissances chirurgicales nous arrêteront un peu plus longtemps. On devait disséquer à Cos. Hippocrate connaît parfaitement le squelette. Il distingue les veines et les artères. Ces dernières contiennent de l’air et la présence du sang n’y est qu’accidentelle. Il confond les tendons et les nerfs. Il ignore à peu près les viscères et ne sait rien du cerveau où cependant il place l'intelligence. Il étudia surtout les fractures et les luxations dont il a décrit admirablement les variétés les plus rares. Certains de ces procédés de réduction étaient tellement parfaits que nous n’en n’avons pas de meilleurs.
HippocraTE avait-il brisé complètement avec la médecine sacerdotale? Un traité d’un de ses disciples sur les songes et certains passages des aphorismes nous autorisent à dire que non. Malgré tout son génie, malgré sa logique, il abdique souvent devant le mystère et permet à la magie d’intervenir. Initié aux dogmes d’Eleusis, il proclame la réalité du miracle. Peut-être l’a-t-1l fait à cause de son génie et de sa logique. Il savait que sans la foi qui secoue tout le système nerveux des croyants, que sans les rites magiques qui frappent imagination, il y a une foule d’affections que nous sommes incapables de guérir. A certaines infranchissables barrières la science avoue ne pouvoir aller plus loin. Il était doué du reste, d’un esprit profondément religieux. La haute idée qu’il a de sa mission le prouve. À ses yeux, le médecin doit être
ce que quelques siècles plus tard le christianisme appellera un saint : « Le médecin doit craindre Dieu. Qu'il pense religieusement, qu’il donne de sages conseils, qu’il respecte le secret de ses malades. Il ne doit jamais donner de médicaments pour causer ou hâter la mort. Il n’indiquera jamais, ne fera jamais connaître et ne prescrira jamais de remèdes abortifs. Que sa science l’éloigne de toute impureté, de tout acte coupable; qu'il ne porte jamais avec une intention mauvaise ses regards sur ses esclaves ou sur un jeune garçon. Qu'il ne se laisse pas dominer par des pensées de plaisir, de caresse, d'agrément, d’amusement. Qu'il aime les pauvres et soit toujours disposé à les soigner, qu’il soit simple dans sa demeure, qu'il commande sévèrement sa langue, qu’il ait la parole bienveillante, qu’il soit toujours rapproché de Dieu » (HipPocRATE).
Il n’en est pas moins certain qu'HiepocratE a posé le fondement de la médecine véritable. Le chemin qui mène au progrès est tracé, nombreux seront ceux qui voudront le suivre. Dogmatiques ou empiriques, les écoles grecques préparent l’école d’Alexandrie dont nous avons dit quelques mots à propos de la médecine égyptienne. C’est d'elles que Rome reçoit ses lumières. Le flambeau allumé par Hippocrare éclaire Byzance, puis Bagdad, puis Salerne, sa lueur pénètre les ténèbres du Moyen-Age, se projette jusqu’à la Renaissance; et nous pouvons
dire qu'il n’est pas éteint, car son reflet est venu jusqu’à nous.