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et point n’est besoin pour cela de longues dissertations. Chacun sait, par exemple, que les visions processionnelles harcellent les dyspeptiques; que les alcooliques sont souvent terrorisés par des bêtes irréelles, que la misère physiologique et la faim engendrent deshallucinations gastronomiques, qu’une longue abstinence donne des rêves lubriques. Tout cela est la manifestation d'une excitation nerveuse spéciale qui agit sur tel ou tel lobe cérébral et y réveille des impressions endormies. — Mais les moines du moyen âge avaient l'esprit porté versle merveilleux. La crainte de Satan les terrorisait. Ils lui attribuèrent ces phénomènes.
La possession est encore plus grave. Ici l'esprit mauvais s'empare de sa victime, habite en elle, en fait sa chose. Ce n’est plus l’homme qui agit, c’est Le mal qui agit en lui. Tel diable manifeste sa présence par tel symptôme. Asmodée rend paralytique, Betzebuth épileptique ou hystérique, Cédon sourd, muet ou aveugle, Uriel fait chanter ou hurler sa victime, un autre l’endort d’un sommeil inquiétant, celui-ci la jette à terre où elle se tord, celui-ci la fait sourire, tandis que ce dernier la fait grimacer. Toutes les névroses y passent, depuis les plus tenaces jusqu'aux plus fugitives.
Contre l’obsession l’exorcisme ordinaire suffisait. On récitait des prières sur le malade et on aspergeait d’eau béniteles objets suspects. Le démon, agacé par les paroles sacrées et brûlé horriblement par l’eau sainte, s’enfuyait au plus profond des enfers.
Contre la possession, l’Église édicta un rituel spé-
cial. C'était l’'Exorcisme extraordinaire. Au début il fut permis à tous les chrétiens, plus tard, aux seuls exorcistes, qui étaient des clercs queleur vieédifiante avait prédisposés à ces importantes et dangereuses fonctions. Maintenant, letitred’exorciste existe encore parmi les ordres mineurs, mais aucune pratique n’y est plus attachée; les prêtres, eux-mêmes, n’ont plus le droit de chasser les démons, sans la permission de l’évêque. Du reste, mille précautions sont prises avant de statuer à la possession. Il faut observer le confesseur du sujet et lécarter s’il semble suspect, savoir si le sujet est sous l’empire d’un amour profane, s’il a l'habitude de sortir souvent du monastère, s’il a des correspondances d'amitié avec des séculiers, si ces séculiers ont l’habitude de circuler le jour ou la nuit autour du couvent. Il faut consulter un ou plusieurs médecins d’un âge avancé, etc. Inutile de dire que les religieuses surtout sont exposées à la possession. Pauvres filles à limagination ardente, qu'une ferveur trop grande ou qu’une crainte en face de la vie a séparées du monde; affligées souvent déjà d’une santé débile que les rigueurs de la règle monastique aggravent. Le jeûne, le silence, la passivité, le manque d’air les anémient d’abord, donnent ensuite à leur système nerveux une acuité de mauvais aloi. Un état psychologique spécial s’y mêle. Elles ont des scrupules; l'ombre la plus légère effarouche leur conscience et les jette dans des abîmes d'inquiétude. Les lectures qu’elles font, les légendes que leur crédulité accrédite les tiennent en éveil perpétuel contre les attaques du malin. Elles y
er
pensent, elles en rêvent. L’hystérie les guette, De longues méditations leur montrent l'enfer où leur place vide les attend. Elles implorent le Maître divin. Elles espèrent et désespèrent tour à tour. Leur esprit inquiet n’a plus de repos, une angoisse folle étreint perpétuellement leur âme, et, un soir, sous le cloître profond qui tasse la nuit sous ces ciîntres, ou dans la cellule solitaire où elles essaient d’un repos qui les fuit, elles ont des hallucinations. Ou bien, comme les He de Loudun, elles se croient possédées parce que le parfum d’une rose a incité en elles une pensée voluptueuse. Alors, leur raison s'égare, leurs pauvres nerfs malades s’affolent; elles subissent des attaques qui, selon leurs tendances, font d'elles des saintes ou des damnées. Car visions diaboliques et visions divines viennent de la même cause ; c’est le même mal qui jetait Jeanne Fery pantelante entre les bras d’Asmodé et Marguerite-Marie en extase devant le cœur de Jésus.
Une étude psychologique et physiologique des grandes possédées et des grandes visionnaires serait intéressante et pleine de fruits.
Le rituel de l’exorcisme extraordinaire ne fut fixé qu'en 1700 par la Congrégation du Saint-Office. A cette époque, une légion diabolique tourmentait les religieuses de l’Annonciation du diocèse d’Iesi et les novices du couvent de Frésingue.La Congrégation des Evèques et Réguliers y ajouta quelques commentaires en 1787. Une choriste du monastère de Saint- Bernardin, dans l’évêché de San Angelo-in-Vado, était possédée d’une étrange façon. Satan la forçait
à chanter des choses profanes et même des chansons érotiques. A la même époque, une religieuse de Gallerata, près de Milan, accomplissait, sous l’influence du diable, les choses les plus extraordinaires.
Avant le rituel de 1700, on se servait des prières du Flagellum Dœmonium. Nous ne décrirons point toutes les cérémonies de l’exorcisme, plusieurs sont étranges ; telle celle qui consiste pour l’exorciste à se coucher sur la malheureuse que le démon tourmente; ou, l’ayant fait mettre nue, à la fouetter. Mais hâtons-nous de dire que ce sont là des procédés d’exception. La plupart du temps on secontente de prier, d'imposer les mains, d’asperger le malade avec de l’eau bénite, de dessiner sur lui des signes de croix, de lui ceindre le cou d’une étole, de l’oindre de Saint-Chrême, de le bénir avec une hostie consacrée,
Le démon ne capitule pas toujours facilement. « Les chrétiens conjurent les démons au nom du Dieu vivant, les contraignant à quitter le corps du possédé en hurlant, pleurant, souffrant et confessant d’où ils viennent » (saint Cyprien). Souvent il est d'humeur combative et l’exorciste doit entreprendre une véritable lutte. Il y a du danger à commander à Satan. La légende chrétienne est pleine d'histoires où lon voit des exorcistes vilainement malmenés.
Les Amulettes. — Après les exorcisines, nous devons parler des amulettes. Le christianisme les adopta; cependant il leur donna une signification plus pure que celle qu'elles avaient autrefois. Il les revêtt d’un symbolisme plus profond. Le pouvoir leur
vient d’une onction que le prêtre a pratiquée sur elles, d'une prière qu’il a prononcée. Ainsi elles appellent la proteclion divine ; elles la fixent, elles servent de chaînes entre les anges et l’homme. Ces amulettes ont la forme de médailles, frappées de signes spéciaux ou de Peffigie d’un saint. La médaille de saint Benoît chasse les diables, la médaille miraculeuse de l’Immaculée Conception guérit tous les maux. Celle de saint Roch conjure la rage, une autre protège la dentilion des enfants. Celle-ci, portée par les femmes enceintes, accélèrent leur délivrance. Celle-là sera souveraine contre la morsure des serpents. Il ÿ en a qui guérissent la dysenterie, d’autres qui rétablissent la digestion, d’autres qui régularisent le cours du sang. Chaque mal à la sienne. I} y a aussi les scapulaires, dont la protection est très efficace.
Le christianisme a pris au paganisme ses amuletles, en les démarquant,. Il lui a pris aussi Le culte des fontaines ; seulément il a remplacé les nymphes par des saints. Les campagnes de France sont pleines d’humbles sources auxquelles la protection d’un saint donne des vertus thérapeutiques. Je connais, près le lac de Grand-Lieu, la source de Saint-Agnan, qui est réputée souveraine contre la râche des petits enfants. En Bretagne, maintes fontaines voient venir vers elles les paysans qu’un mystique espoir conduit. Pour qu’un pèlerinage ait des chances de prendre, ne faut-il pas qu’une eau miraculeuse y coule? La Salette dut sa vogue à son ruisseau, Lourdes à ses piscines. Paray-le-Monial, où il n’y a point d’eau,est déjà délaissé.
Donc, exorcismes, médailles, scapulaires, eaux douées mystérieusement d’un pouvoir divin, furent les procédés de la médecine religieuse au moyen-âge; la foi leur donna une telle vitalité qu’ils sont venus jusqu’à nous et qu'actuellement beaucoup de catholiques y croient encore et mettent en eux leurs dernières espérances. Il faut leur joindre la prière. Les mystiques ont tous exaltés l'efficacité de la prière. Amaury de Berme, saint Bernard, saint Bonaventure, sainte Brigitte, sainte Catherine de Sienne, saint François d'Assise, (Gerson, sainte Thérèse, Ruysbrock, Jacob Boehm lui ont consacré des pages enthousiastes. Elle est toute-puissante. N’est-elle pas l'expression de l'amour qui est plus fort quela mort? Les frères Apostoliques allaient nu-pieds et en haillons par les campagnes italiennes. Ils priaient, et les malades se levaient sur leur passage. Leur autorité en devint sigrande qu’elle portait ombrage aux papes etque le martyr futla récompense de leurs chefs.
Les Ordres religieux voués au service des malades. — Aux moines thérapeutes du moyen-âge se ratiachent les ordres voués à la guérison des malades dont nous devons dire quelques mots.
Les croisades les firent naître. En ce temps-là, les routes d'Europe étaient sillonnées par les soldats qui rêvaient la délivrance du Saint-Sépulcre et par la foule des pèlerins que leur foi poussait vers Jérusa lem. Des maladies nouvelles venues de l’Orient sévissaient parmi ces malheureux dont la misère physiologique était grande. Un bel élan de charité créa les ordres hospitaliers, mi-religieux, mi-militaires,
dont les membres acceptaient la lourde tâche de soigner et de défendre les pauvres.
Ea arrivant à Jérusalem, les croisés y trouvèrent les hospices de Saint-Jean, que saint Georges le Grand avait fondés au xi1e siècle. Les Amalfitains les réorganisèrent et en confièrent l’administration aux hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem qui furent très florissants jusqu’à l'invasion turque de 1310. Après la prise de la ville, ils vinrent à Rhodes sous les ordres du grand maître Foulques de Villarez. En 1512, Soliman s’empara de Rhodes. Ils se réfugièrent à Malte. Napoléon abolit l’ordre en 1798.
En 1128, les chevaliers Téutons édifièrent en terre sainte un hôpital pour les pèlerins allemands. A la même époque, Hugues de Poujens et sept de ses compagnons organisaient l’ordre du Temple. Ils habitaient dans une annexe du palais et recevaient les malheureux. De Palestine, ils se répandirent en Europe qu’ils couvrirent de citadelles et d'hôpitaux réservés aux gens de guerre. Au xim®siècle, ils étaient 15.000. Trop puissants, ils furent jalousés par les rois et les papes. Le bûcher de Jacques de Molay, en 1310, fut l’apothéose de leur règne.
La lèpre ravageait les rangs des croisés. Les Aospitaliers de Saint-Lazare se vouèrent au soin de ce terrible mal. Ils fondèrent des léproseries. Leur grand-maître devait être atteint de la maladie dont le roi Baudoin IV élait mort. Plusieurs chevaliers de Saint-Lazare revinrent en France avec saint Louis. C’est à eux que nous devons les premières mesures de prophylaxie destinées à enrayer le fléau.
En 1203, les infidèles de Livonie molestent les chrétiens. Albert d'Apeldorn, chanoine de Bêrme, fonde Les ordres des Porte-Glaive et des Frères du Christ, qui défendent et soignent les voyageurs.
En 1230, Conrad, duc de Cujavie et de Morarie, fonde, en Pologne, l’ordre des chevaliers de Dolrzin ou de Jésus-Christ pour combattre les Prussiens et hospitaliser les gens de guerre blessés.
À côté de ces ordres de chevaliers religieux et militaires, nous voyons de véritables moines et des religieuses chercher à étancher dans les soins qu'ils donnent aux malades leur soif de charité.
Dès le 1x° siècle, les Sœurs de Notre-Dame de la Scala eurent des hôpitaux à Rome. Dans cette même ville, Guy de Montpellier institua, à la fin du xrr° siècle, l’ordre du Saint-Esprit. Les membres se vouaient au service des infirmes, des pauvres et des orphelins. Ils se répandirent en Europe aux xnre el xiv° siècles et y élevèrent des maisons de refuge pour les vieillards et des asiles pour les enfants trouvés. En 1225, suinte Elisabeth fonda l’ordre qui porta son nom et qui adopta, en 1395, les règles du Tiers-Ordre de saint François. Vers le même temps, Lambert le Bègue institua les béguines que la Réforme fit disparaitre. En 1534, Juan de Dios créa l'ordre des Frères de Saint-Jean de Dieu.En 1550, Camille de Leilis édifia des hôpitaux pour les vénériens. En 1608, Vincent I* de Mantoue institua les frères de la Rédemplion, qui juraient protection aux veuves et aux orphelins. En 1617, saint Vincent de Paul et Louise de Marillac confièrent les enfants
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