CHAPITRE II
L'Hygiène de Bouddha et de Confucius
Au sixième siècle avant notre ère, le védisme avait dé;à perdu sa splendeur et sa pureté primitives. Les brahmanes avaient interprété la parole divine selon leurs désirs et de façon à légitimer leurs passions. Ils vivaient dans le luxe, dans la mollesse, dans la débauche. Les inviolables préjugés de castes en faisaient des tyrans parfois cruels, toujours orgueilleux, qui dominaient sans conteste sur le peuple. Le Bouddhisme fut une réaction. Le prince Suddhartha, plus connu sous le nom de Sakya-Mouni, fit en Asie ce que, deux mille ans plus tard, Calvin et Luther firent en Europe.Il se posa en adversaire des vieilles institutions languissantes que l’incurie et les vices
des prêtres avaient fait diverger de leur sens primi-
üif, et il entreprit de réformer la doctrine et les mœurs. Le bouddhisme est le protestantisme du védisme. À l’idée de caste, il oppose le principe de fraternité humaine qu’il promulgue pour la première fois. À la mollesse sacerdotale, il oppose l’ascétisme monastique. Le vieux monde s’embourbait dans la débauche, il proclame l’excellence de la chasteté.
ds
Contre l’orgueil, il dresse l'humilité, Le brahme est le maître de la foule ; le disciple de Bouddha deviendra volontairement le serviteur du peuple. Il ira, maigre et haïillonneux, de village en village, tendre la sébile du mendiant et ne comptera pour vivre que sur la charité des dévots.
La société nouvelle se compose de deux éléments : les moines et les nonnes, qui vouent entièrement leur vie à la recherche de la sagesse et qui aspirent au divin nirvana, les laïques. Donc deux règles diffé- rentes répondant chacune à ces deux catégories d’individus.
Grande Moralité. — La règle monastique est exposée dans le Doutcharita (Grande Moralité). Elle est sévère et peu différente de celle qu’ont adoptée nos ordres mendiants. La plus rigoureuse recherche de l’hygiène l’inspire. L'esprit ne peut être lucide que dans un corps sain; les hauteurs des spéculations philosophiques ne sont accessibles qu’à l’ascète qui réfrène ses passions et veille sur les exigences de son corps pour y répondre dans une juste proportion, ni trop, ni pas assez. Le monde bouddhiste est couvert de monastères. Le Japon en compte des centaines dont plusieurs sont grands comme de véritables villes.Les lamaseries contiennent le quart de la population du Thibet. En Chine, en Indo-Chine et en Birmanie, les moines mendiants fourmillent sur les routes, et des bonzes innombrables montent la garde mystique devant les statues dorées des pagodes. — A quelle discipline obéissent-ils?
Lorsque le novice arrive à la communauté boud-
BRUZzZON 41%
dhiste, une longue ablution le lave de ses péchés et des souillures du monde. Puis on lui rase les cheveux et la barbe qu’il ne devra plus jamais porter longs. Ensuite il suit la règle inviolable du cloître. Sa nourriture sera végétale. Il boira de l’eau et ne devra faire qu’un repas par jour, à midi. Cependant si la faim le tracasse pendant le reste de la journée, quatre douceurs lui sont permises: le beurre, le miel, le sucre et l'huile. Il couchera sur la dure et ne dormira que sept heures par nuit. Il observera une chasteté rigoureuse, car par-dessus tout le commerce de la femme est impur;il avilit le corps,le prédispose à des maladies innombrables et jette un voile funeste sur le clair miroir de l'intelligence. Tout le jour, il ira, les yeux baissés, quêter sa vie sur les chemins. Il évitera en marchant les ordures, laboue, les ornières, l’eau stagnante des mares.Il se gardera de se reposer à l’ombre de certains arbres. Quand il apercevra un lépreux ou un homme ayant la gale, qu’il fasse un détour. Qu'il ne caresse pas les chiens, ni lés animaux domestiques. Le soir, il devra, avant de rentrer au monastère, laver ses pieds que la poussière a souillés.
Cette règle est très précise, aussi sévère que celle de nos moines catholiques et inspirée par le bon sens. [l n’est pas difficile d’y voir combien l'hygiène y tient de place.
Petite Moralité. — Les laïques doivent se conformer au Pontcha-Sila (Petite Moralité). — Pour eux, la façon de vivre est moins sévère que pour les moines. [ y a dix choses défendues : le meurtre,le vol,