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étranger accentua le fléau. L’habitude du poison se répandit dans les kiosques de laque de la Cité Violette. Cependant les bonzes ne cessèrent de protester. Encore aujourd’hui ils maudissent la pâte végétale dont l'esprit malin se sert pour tuer la Chine.
La défense des longs repas répondait à un besoin, en réagissant contre la gourmandise des Thibétains et des Célestes. Chez les premiers, elle réussit pleinement et fit en deux siècles d’un peuple de gourmands un peuple d’ascètes. Chez les seconds, le progrès fut moins sensible. Les mandarins aiment les nourritures variées et compliquées. Cependant ils observent le jeûne des quatre saisons (Siao Hio, 1, 62) et se conforment aux règles du Kia-li : « Le repas est servi séparément aux hommes et aux femmes, dans des lieux différents. Les petits enfants sont servis à un autre endroit. Ils sont placés sur des nattes » (chapitre ur, 1).
L’interdiction de posséder des lits hauts et moelleux rendit les Annamites et les Japonais insouciants à la fatigue physique comme au bien-être.Elle fortifia les muscles des portefaix de Saïgon et des coureurs de Yédo.
La défense de danser, de chanter, de faire de la musique et d'aller au spectacle eut pour but d’éloigner les fidèles des foules compactes où Le danger permanent des épidémies demeure et de les soustraire aux éléments morbides engendrés par Pair que des milliers de respirations ont vicié.
Çakia-Mouni, en interdisant les guirlandes, les parfums et les fards,savait quel déplorable effet l’abus
de ces choses produit sur le système nerveux. Il ne voulait pas de neurasthéniques parmi ses dévots. Estce que des nerfs malades seraïent capables de supporter les longues fatigues de la méditation et du travail intellectuel ?
Enfin, nous trouvons la prohibition de l’adultère. Ici la législation a voulu sauvegarder les intérêts de la famille. Il fit du mariage un des actes les plus saints de la vie.
Le Mariage. — L'homme est tenu de chercher pour épouse une femme grande, forte, saine, dont il puisse espérer de beaux enfants. La femme doit refuser les hommages d’un être malingre, d’un malade, d’un individu malpropre. On ne se marie pas entre proches parents.
Plus discret que le Brahmanisme, le Bouddhisme ne s'occupe pas de l’intimité du ménage. Du reste, sa doctrine vante avant tout la pureté. La chasteté est la plus grande des vertus. Pudique, il ferme les yeux sur les turpitudes de la chair. Il les tolère entre époux, mais ne les réglemente pas, de peur de les voir de trop près. Il se contente de conseiller de ne jamais oublier le but du mariage. L'homme et la femme qui s’accouplent pour leur propre jouissance égoïste et sans l’espoir secret de créer un être à leur ressemblance sont désagréables à Dieu. Haute morale chrétienne. Inutile de dire que toute tentative d’avortement est réprouvée et considérée comme criminelle. Cependant, dans certaines provinces de la Chine, à Formose, dans de petites îles du Japon, les femmes ne doivent pas être mères avant un âge
donné. Il ne leur est pas permis de dépasser un
nombre fixé d’enfants. L’avortement est de pratique courante et légale. Rien dans la loi bouddhique ne justifie cette coutume. Il faut en chercher l’explication dans les religions antérieures; et des raisons d'hygiène en expliquent encore la survivance. Il faut remarquer qu’elle n’existe que dans les îles et dans les pays que leur position géographique rend inaptes à l’extension de la population. La crainte de l'encombrement, de la misère, des famines, des épidémies, légitime ce reste de barbarie.
Le coït est interdit pendant les époques dé jeûne (Siao-Hio, 11, 59-60); ainsi la loi religieuse impose de temps en temps aux époux un repos salutaire.
La Prostitution.-— Très chaste, la loi de Bouddha tolère la prostitution; bien plus, elle en fait une nécessité sociale. Les pays bouddhistes ont envisagé, dès le début de leur civilisation, ce problème sociologique, comme l’Europe l’envisagera vingt siècles plus tard. . La prostitution estun mal nécessaire.C’est une échappatoire aux passions viriles, une mesure préservatrice de la vertu des femmes et une sauvegarde pour l'intégrité de la famille. Les maisons de tolérance sont aussi nécessaires à un état que les maisons d’éducation; mais il convient d’en réglementer le nombre, de les mettre sous la surveillance de la police et d'empêcher par une sage demi-réprobation la foule des hommes de s’y porter, Au Thibet, où les moines
bouddhistes sont les maîtres, cette conduite a été.
tenue strictement; Lamsa possède deux lupanars qui sont sous la juridiction directe des lamas et la pros-
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titution clandestine y est sévèrement réprimée. La femme qui est convaincue de mauvaise conduite est arrêtée, battue de verges, enfermée ou bien exilée . dans la campagne déserte des provinces himalayennes,où la vie qu’elle est forcée de mener,en butte aux attaques du froid, de la faim, de la soif et des bêtes féroces,est mille fois plus pénible:que le plus dur em- . prisonnement.
En Chine et au Japon, l'autorité laïque fit preuve d’une complaisance coupable. Au Japon surtout, le . gouvernement refusa longtemps de réglementer la . prostitution sous prétexte que c'était une atteinte à - la liberté humaine. En vain lui représentait-on les ravages causés par la syphilis. — A-t-on le droit * d’empêcher un homme de vouloir être malade?... . Dansles villes,des quartiers entiers'appartenaient aux -mmousmés de mœurs faciles qui sy montraient nues et fardées au désir des hommes. Les fleuves étaient couverts de bateaux defleurs, maisons de rendez-vous flottantes où lasociété élégante s’attardait la nuit aux accords de la musique entre les bras des danseuses. La contagion franchit le seuil familial. Abandonner sa femme ou sa fille au caprice de l'étranger qui vous visite devint le comble du bon ton. La largeur de l’hospitalité fut sans bornes. — Rentre, bois, mange, prends celle de la maison qui te semble la plus jolie.La eupidité s’en mêla; il y eut des mariages temporaires tels que Loti nous les à décrits dans . Me Chrysanthème ; pourune somme con venue les parents louaient leurs filles pour un certain temps. Bien plus, un petit bourgeois élait-il gèné pour ac-
quitter une dette : il envoyait ses filles pendant quelques jours dans un lupanar et les reprenait chez lui quand il avait la somme nécessaire. — On légitima ces turpitudes en les appuyant sur des préceptes falsifiés des vieilles religions nationales. La débauche devint de la sainteté.
Le résultat fut effrayant. Pour avoir abandonné la loi de Bouddha, le Japon se vit ravagé par la syphilis. Plus de la moitié de la population des villes en fut atteinte.
L'Hygiène des Japonais et des Chinois. — Maintenant cet ordre de choses a disparu grâce à l’européanisation; une bonne juridictior essaye d’enrayer le fléau. — IL était temps. Du reste, au point de vue hygiénique, les Japonais semblent n’avoir jamais été bien favorisés. Ils se contentaient d’un usage journalier du bain. Il n’était pas rare, il y a encore dix ans, de voir dans les rues de Yedo ou de Nangasaki les marchandes prendre gravement leur bain sur le seuil de leurs boutiques. Leurs corps potelé et joli n’était pas certes le bibelot le moins agréable à regarder dans l’étalagel — Il y avait aussi quelques préceptes vagues tirés des vieux livres du Shinto :
« L'économie des entrailles exige que le noble protège sa tète d’un chapeau et que le campagnard la . couvre du {enogni. »
— « On doit se coucher à dix heures! »
— « On a tort de dire qu’on doit se coucher à minuit, l’heure du rat, et se lever à 4 heures, l'heure du tigre. »
— « L’homme qui reçoit sur la tête les premières
neiges de l’âge commence à s’apercevoir de la nuit qui l’entoure.Le froid saisit son esprit et son âme; car il ne peut revenir aux printemps passés. C’est à celte heure qu’il faut qu’il se décide à prendre soin de son corps, s’il veut vivre longtemps» (Livre Kenno Djïo Maki).
Quelques édits, basés sur de vagues prétextes religieux, interdisaient la vente des viandes avancées et des poissons Æigu, c’est-à-dire des poissons dont la chair est toxique.
Là se bornait l'hygiène japonaise. Depuis quelques années, plusieurs congrès ont réuni les médecins de l’empire et les bases d’une constitution hygiénique solide ont été posées.
En Chine, le culte des ancêtres imposa aux jeunes gens une foule d'obligations dont l'observation doit nécessairement avoir une influence favorable sur leur santé : « Tous les enfants et les belles-filles qui habitent chez leurs parents et beaux-parents doivent se lever aussitôt que le jour luit; se laver, se peigner, s'habiller, faire leur tresse, mettre leur bonnet et leur ceinture » (Kia-li, ch. m-1) ; le même livre doune des détails précis sur les règles des domestiques. Il recommande un usage fréquent bains que les Célestes semblent, hélas! oublier trop souvent.
Les Sépultures. — Nous devons voir maintenant quel genre de sépulture futrecommandé par Bouddha.
Nous retrouvons le souci où fut le législateur de débarrasser Les vivants du voisinage dangereux des cadavres. Lui et ses disciples essayèrent
rent tour à tour de différents modes de sépulture qui se modifièrent avec les circonstances et selon les pays.
Au début, dans l’Inde, les bouddhistes suivaient à ce sujet les préceptes des brahmes. Le corps saint de Çakya-Mouni lui-même fut brülé et ses cendres furent placées dans huit stoupas (monuments funéraires). Deux siècles ensuite, le roi Asoka les fit précieusement ramasser et distribuer dans quatre-vingtquatre mille petites Tehaityas (chapelles commémo- -ratives). En Birmanie, on jette les morts à la mer et les requins ont bien vite fait de les rendre inoffen- .sifs. Dans les provinces himalayennes,'on les expose sur les hauts sommets où règnent la glace et la neige -éternelles; le froid détruit les germes morbides et les vautours se régalent de la chair gelée. Au Thi- -bet, ils deviennent la pâture des chiens. En Chine, : où la terre est vaste, ils sont enfouis dans le sol. On - creuse profondément les tombes dans l'argile, afin que les gaz empestés ne viennent point se mêler à -J’air que les vivants respirent. Le Kia-li, livre des rites domestiques de Tchou-Hi, donne dans son vint chapitre des détails très précis sur les cérémonies funèbres. Nous y apprenons que les cercueils doivent avoir 9 pouces d'épaisseur (Kougtze) et que le corps doit être entouré de chaux, de sable et de poûssière de charbon .On enterre les morts le 3° jour (64). La maison doit être soigneusement nettoyée et lavée el la famille jeûne durant 48 heures.
Prophylaxie. — Maintenant, il nous reste à voir quelles sont les mesures prophylactiques conseillées
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par Bouddha en cas d’épidémie. Sur ce point, son immense charité semble en défaut. L’égoïsme inné dans l’homme reparaît aux époques des grand dangers. Les lamas du Thibet sont inflexibles à l’égard des maladies contagieuses.Leur maître ne leur recommande-t-1l pas de se détourner de ce qui est impur. Les gens atteints de lèpre, de gale, de rage, et de la petite vérole sont impitoyablement chassés au dé- ‘sert. On les pousse vers les vastes contrées arides du Pamir où le vent froid des montagnes souffle éternellement sur l’immensité morne du sable, des pierres et de la neige. Les malheureux s’en vont à travers cette contrée inhospitalière où leurs frères les ont exilés dans la frayeur du mal qui flotte autour d’eux. Ils vont sans espoir, jusqu’au jour où la fatigue les terrasse au pied d’une dune, d’où ils ne se lèveront plus. La prochaine tempête enfouira leur dépouille sous le suaire immense des sables mouvants.
Au Japon, les prêtres du Shinto chassent Yekiré, le démon de la contagion,en allumant de grands brasiers et en aspergeant les objets suspects avec de l’eau bouillante.
Lorsqu'une épidémie sévit, il est recommandé par les bonzes de laisser jour et nuit du feu allumé dans la maison. Une maison suspecte, après la mort de son propriétaire, est livrée aux flammes.
En Chine, Confucius ne fit qu’affermir les lois hygiéniques de Bouddha et les appuya de toute l’autorité de sa sagesse. Il conseilla à ses disciples de ne rien entreprendre sans consulter Foung-Choui, c’est-à-dire l’eau et le vent,
Ce qui veut dire qu’il ne faut rien entreprendre sans s'assurer du temps et qu'il faut faire attention à la température. Les Chinois ont fait de Foung- Choui un être mystérieux qu’ils invoquent contre tous les maux el qui distribue à sa fantaisie la santé et la maladie.