CHAPITRE IV
L'Hygiène des Mages.—Le Culte deMithra et l'Hygiène. — Les Parsi.
Zoroastre aima le peuple iranien et rêva de le rendre puissant. La loi religieuse qu’il lui donna est avant tout un traité d'hygiène physique et morale, ainsi que peut nous en convaincre la lecture de l’A-
vesta et de Dinhar.
L'Habitation.— « Que le divin soleil entre dansla maison des hommeset des femmes de Zarathoustra.» Cette phrase résume toutes les recommandations hygiéniques concernant l’habitation. Le soleil est le symbole de la puissance d’Ormuzd. [Fest le distributeur de sa bonté. Chacun de ses rayons porte avec lui la joie, la santé et la vie. Sa lumière doit inonder la maison dont les pièces seront vastes, sommairement meublées. L'air y circulera librement : — Autour, on plantera des grenadiers et des figuiers qui sont les amis de l’homme de bien.
La Nourriture.— CommeManouet comme Çakia- Mouni, Zoroastre recommande à ses disciples une nourriture saine et frugale. Il leur interdit l’usage de certaines viandes malsaines et des boissons fermen-
tées. Il leur recommande de manger peu et leur défend de s’attarder à de longs festins. Lui-même, si nous devons en croire la légende, refusa de s’asseoir à la table du roi Vhistapa et passa une partie de sa vie dans le jeûne et la méditation en compagnie des végétaux et des bêtes. Il aimait s’attarder à l'ombre des arbres, l’estomacléger et le cerveau lucide, pour y suivre les caprices de sa pensée. Il mangeait quelques racines savoureuses et partageait avec les biches l’eau des fontaines.
La Purification. — Sa doctrine prouve un souci permanent de la pureté. Le Vendidad presque tout entier parle des choses et des états impurs et des moyens de s’en préserver: « La pureté est, après la naissance, le plusgrand bien de l’homme »(Vendidad).
Toutes les causes d’impureté sont physiologiques. Il faut tenir son corps indemne de toute souillure, de peur de la maladie. Un corps souillé est soumis aux malices des Daèvas qui sont des démons très méchants, invisibles,mais toujours présents. Ilsrôdent autour de l’homme, cherchant de quelle façon lui nuire. S'ils réussissent à s’introduire en lui, ils y occasionnent des ravages effrayants. La fièvre, le délire, la soif, l’étouffement, le gonflement, Le râle, la sécheresse de la peau sont les tristes résultats de leur présence.
Ils appellentla Druÿ, déesse vampire, horrible personnification de la mort. Le signalement de ces démons peut nous autoriser à les confondre avec nos modernes microbes.
Tout ce qui sort du corps humain est impur. Un cadavre est impur (Vendidad, {rv et xn). La sueur,
l'urine, la salive, l’air expiré sont impurs, d’où l’obligation de se couvrir la bouche avec un voile. Les ongles et les cheveux sont soumis à la domination des Daèvas. Lorsqu'on les coupe, on doit les ramasser précieusement et les enfouir dans le sol (Vend., Fxvn).
Une femme est impure au moment de ses règles Alors elle est déclarée dashtan et personne ne doit s’approcher d’elle. Elle prend sa nourriture à l’écart, couche dans une chambre retirée, au rez-de-chaussée de la maison. Elle ne doit toucher à aucun ustensile de ménage et n’a même pas le droit de regarder le feu, dont elle se tient à cinquante pas. Tout cela jusqu’au jour où elle ne perdra plus; alors elle rentre dans la vie ordinaire. Dashtan aussi est la femme enceinte. Elle le demeure pendant quarante jours après sa délivrance (Vendidad, v, 45-46 ; vi, 60-72). Certaines professions sont impures : médecins, bouchers, équarrisseurs doivent se purifier avant de rentrer dans la vie commune.
Les règles de purifications sont sévères. I faut Les observer rigoureusement. Il y en a quatre distinctes, usitées selonles cas. La Padiär,quise fait au moyen d’eau claire et pure; le Chosel, pour lequel on se sert d'urine de bœuf; le Barashonum ou purification des neuf nuits : le sujet reste isolé pendant neuf jours; chaque nuit, il se lève et procède à de multiples ablutions ; la dernière, le Si-shoui, est la plus compliquée ; elle n’est usitée que dans les cas très graves, pour les imprudents qui ont touché un os ou un cadavre.
L'usage purilicatoire de l’urine de bœuf peut sem-
bler étrange. Il se rapproche de l'usage de la bouse de vache chez les Indous. Il serait intéressant de savoir qui l’a généralisé. D'ailleurs est-ce que les liquides ammoniacaux n’augmentent pas les sécrétions urinaires et sudorales et ne fluidifient pas les exsudations broncho-pulmonaires? À ce point de vue, ils peuvent avoir une heureuse influence sur lPhygiène générale.
Les objets peuvent aussi être impurs. Il importe qu'ils soient susceptibles d’être purifiés: Pour cette raison, les instruments du sacrifice doivent être en métal. Le métal se purifie plus facilement que toute autre matière ; le cuir plus facilement que l’étoffe. Les vases de terre poreuse contaminés seront détraits. La purification des objets se fait avec de l’eau bouillante. Elle est plus sévère en hiver, saison humide, favorable à la vitalité des germes, qu’en été, saison sèche pendant laquelle la vie cellulaire est ralentie.
= Les habitations sont souvent impures elles aussi. Après une maladie d’un des membres de la famille, on ouvre portes et fenêtres et on entretient un grand feu pendant vingt-quatre heures. Après un décès, on jette de l’encens sur ce foyer, puis on arrose les murs avec de l’eau chaude, en disant : « Qu'ils fuient d'ici, qu'ils s’enfuient, les Daèvas et les adorateurs des Daèvas! » — Du reste, il est très dangereux de séjourner dans une maison où la mort a passé. On ne doit y rentrer qu'après plusieurs jours.
Le Mariage. — La question du mariage préoccupa Zoroastre. Il exigea que la fiancée fût vierge et lança
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des anathèmes contre l'homme qui ne voulait pas se fonder une famille.
L'Iranien qui ne se marie pas est digne du mépris de ses frères.
Avant le mariage, les parents des fiancés doivent s’assurer de leur bonne santé. Le mariage est indissoluble. Zoroastre n’a point permis le divorce et non plus la polygamie. Cependant, si deux époux n’ont point d'enfants, l’homme peut, avec la permission de sa compagne, admettre dans son lit une autre femme pour qui le foyer ne reste pas irrémédiablement stérile.
Ya-t-il des empêchements au mariage? Ici se pose un problème spécial aux doctrines zoroastriques : Celui du Avaetvadasta, c’est-à-dire du mariage entre proches parents. Toutes les religions, désireuses de renouveler le sang des familles par un apport étranger, interdisentle mariage consanguin. Le madzéisme, au contraire, conseille ces sortes d’unions : « Les mariages entre cousins sont faits au ciel » (Dinkar). — « Un cousin est un fiancé donné par le destin » (Zd.).
Cette règle, qui peut semblerétrange, vientévidemment d’une connaissance erronée du principe d’atavisme et d’une mauvaise interprétation des faits. Edifiée sur des conceptions biologiques fausses, elle eut cependant pour but le plus grand bien de la race : « Epousez votre proche parente pour préserver la pureté du sang » (Ardashir). Zoroastre et ses disciples étaient loin de se douter que les mariages tels qu’ils les recommandent aboutissent à un résul-
tat diamétralement opposé au but qu’ils se proposaient. Pour qu’une famille conserve toute son énergie vitale et intellectuelle, il lui faut de temps à autre le rajeunissement par un sang autre. Les lois mystérieuses de l’atavisme, qui ne sont même pas encore définitivement formulées, sont favorables à la fusion des races et tendent vers l’unification d’une humanité future améliorée par des sélections et des croisements heureux. Zoroastre, au contraire, envisageant le problème à rebours, voulut protéger l’intégrité de la famille et de la caste; c’est pour cela qu’il créa le Hvaetvadasta. Fut-il persuadé de Pexcellence d’une méthode que l’expérience ne confirmait pas? Non, probablement, puisqu'il transgressa ses propres commandements, Il épousa la fille de Frashaoshtra, une étrangère, et donna sa fille Pournarta à Janaspa, qui ne lui était pas parent.
Cette coutume de mariage consanguin s’établit et se propagea dans tout l’Iram. On en vint même à épouser sa mère, sa sœur. Des souvenirs mythologiques servirent à légitimer cette compréhension nouvelle et évidemment fausse de la loi. Au commencement, Auhrmazd n’avait-il point pris comme épouse Spendarmat (la terre),sa fille. Celle-ci enfanta Gayomart, le premier homme qui eut une pollution nocturne. Sa semence se répandit sur la terre, qui fut ainsi fécondée par son fils. Alors, elle eut deux enfants jumeaux et de sexe différent, Mashya et Masbyoï, qui sont les parents de l'humanité. Donc les Perses crurent aux légendes qui symbolisaient leurs conceptions métaphysiques et prirent comme
exémples ces incestes primordiaux. Héropore nous apprend (nr, 34) que les mariages entre frèreet sœur étaient communs sous le règne de Cambyse. L’empereur lui-même épousa ses deux sœurs. Crésias connut des mariages entre mère et fils, ANTISTHÈNE reproche à Alcibiade d'imiter les Perses avec sa mère, sa sœur et sa fille (Athenée,v, 20), Artaxercès Longue Main épousa sa fille Atossa. Sous le règne d’Alexandre, Sésimithes épousa sa mère. Caruzce semble faire de ces unions un privilège de noblesse : « En Perse. dit-il, les grands épousent leur mère et on considère les enfants nés de ces unions comme les plus nobles, On dit qu'ils seraient dignes du Trône. »
Cette coutume déplorable se répandit au point que le réformateur Aah-Afrid fut obligé de la combattre et de la défendre.
L'adultère et la Prostitution. — Zoroastre édicla les Lois les plus sévères pour préserver l'intégrité de la famille. Une femme dont un homme avait abusé sans réparer sa faute en l’épousant pouvait tuer son séducteur. Le concubinage était puni de mort et l’adultère d’un nombre fantastique de coups de fouet.
Cependant il autorisa la prostitution, qu’il considérait comme une sage mesure. Il défendit de molester « ces créatures gaies et contentes, publiquement amoureuses, qui se tiennent sur les chemins et se nourrissent au hasard de ce qu’on leur donne ».
Il imposa aux époux la fréquence du coït : « 0. Ormuzd,donne aux hommes des plaisirs purs et saints, qu’ils soient toujours engendrant. » Chaque matin, le mari doit invoquer Oschen, génie qui donne abon-
dance de germes. Une prière sanctifiera l’acte charnel : «Je vous confie cette semence, Sapondamadl» — Toute pratique amoureuse contre nature est une faute épouvantäble et implique une souillure presque ineffaçable.
La naissance.— A la naissance d’un enfant. le père envoie chercher, du parahom, liquide sacré très compliqué, composé du suc de nombreuses plantes broyées, chez un prêtre. Il en imbibe une éponge qu’il presse sur les lèvres du nouveau-né, puis il le plonge dans un bain tiède. Le placenta est donné en pâture aux animaux Ccarnassiers.
Les Sépultures. — Les cérémonies funèbres ont élé réglées par la préoccupation d'éviter aux vivants la contagion; car tout cadavre engendrela corruption et la peste, Dans le corps d’un mort, la Druï, déesse effrayante, a élu domicile. Elle empeste tout autour d'elle. Souvent on la voit errer à travers la chambre sous la forme d’une grosse mouche verte. Malheur à celui qu’elle effleure de son aile. IL faut, pour la chasser, allumer un feu clair dans la maison.
Quand quelqu'un a rendu le dernier soupir, on lave son cadavre, puis on lui met des vêtements de coton blanc. Ensuite on l’étend sur une pierre ou sur du sable, afin que le sol ne soit pas souillé par son contact (Vend., vmn,8). À partir de ce moment,nul ne peut y toucher, saufles porteurs, qui auront pour cela des vêtements spéciaux. — Autour de la couche funèbre, 1l faut brûler des bois aromatiques pour chasser les Daévas et l’affreuse mouche verte qui porte la contagion avec elle (Vend., vin, 23, 79, 80).
Les porteurs prendront le cadavre aux heures ensoleillées du jour et iront le déposer à l’écart, sur une colline déserte où ils l’abandonneront (vi, 45-48 ; il, 49-59). Alors viendront les vautours, les corbeaux, les loups, les hyènes, qui feront vite disparaître les parties grasses, siège de la corruption et de Pinfection.
Les parents entretiendront pendant trois jours du feu dans la chambre où le défunt rendit le dernier soupir,puis ils quitteront la maison pendant un'mois. Durant ce temps, un domestique fidèle y apportera de temps en temps des gerbes de fleurs odorantes.
Il est défendu de jeter les cadavres dans l’eau sous peine de mort (Vend., vu, 25-26), car l'élément fluide est le propagateur le plus rapide de limpureté. — Il est également interdit de les enterrer. Quand on enfouit un cadavre, le génie de la terre frissonne (Vendidad, in). Le champ où il repose ne doit pas être labouré pendant un an (Vend., vi, 15 ; vi, 15 et 16), et il reste impur pendant cinquante ans (Vend., vin, 47-48), Les territoires où beaucoup d'hommes sont tombés, fauchés par la mort, sont à jamais maudits; c’est pour cette raison que les mazdéens eussent préféré plutôt souffrir de la famine que de cultiver certaines plaines pourtant fertiles, mais où avait eu lieu jadis une bataille.
Prophylaxie. — La peur de la contagion leur fit prendre des mesures contre les malades atteints de certaines affections. Le Dinkar nous apprend qu’ils isolaient les lépreux dans des bourgades spéciales, qu'ils consignaient la maison d’un phlisique qu’ils
abandonnaient les contrées où sévissaient la peste et la variole. Ils connurent la syphilis, car plusieurs passages des livres en parlent comme d’un châtiment de la débauche. :
Le Culte de Mithra. — Avec le culte de Mithra,les lois zoroastriques se propagèrent dans l'empire romain, modifiées selon les milieux, selon les temps, selon les pays, selon les coutumes préalables. Les initiés aux saints mystères rendaient un culte au feu purificateur, au feu principe immuable de pureté qui efface toute souillure par la caresse de ses langues rouges. Jamais cependant ils n’adoptèrent le mariage consanguin, ni l’habitude d'exposer les morts en pâture à la voracité des bêtes sauvages.
Les Parsi. — Les préceptes de l’Avesta et du Dinkar se sont conservés plus strictement chez les Parsi, fils des Mazdéens.
L’invasion musulmane détruisit la religion iranienne. Après la défaite de Yezdegerd, Les dévots s’exilèrent, les uns avec Firouz, en Chine, les autres dans le Kourdistan.Ces derniers vinrent ensuite à Ormuzd, sur le golfe Persique. Mais la conquête étrangère les
inquiéta encore. L’Islam faisait des progrès rapides. :
Alors ils s'embarquèrent. Ce fut une véritable odyssée. Après de multiples aventures, une tempête les jeta sur la côte indienne, près de Diu. Ils y restèrent dix-neuf ans; mais une prophétie leur apprit que le séjour de cette ville devait leur être défavorable. [ls se rembarquèrent. Une nouvelle tempête les jeta à quelques lieues de Daman. Dès qu’ils furent à terre, ils allèrent saluer Djadiras, raja de la contrée.
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Sous cerlaines conditions, ce prince leur permit de s'installer dans ses états. Ils s’y multiplièrent et envoyèrent des colonies de différents côtés. Il y avait plus de trois siècles qu’ils étaient dans l'Inde lorsque les musulmans parurent. Ils les combattirent d’abord, furent vaincus ensuite et forcés de se réfugier dans les montagnes de Behrout, où ils restèrent douze ans. Ensuite, ils se retirèrent à Bandah. Actuellement, ils sont au nombre de 89.000. Leur centre le plus important est au Goudjerate.
Is obéissent aux vieilles traditions zoroastriques auxquellesils n’ont rien changé. Comme les princes leur avaient interdit, au début de leur exode, d’exposer les cadavres sur les collines, ils construisirent les dakhma ou tours du silence.
Assez loin en dehors des villes s’élèvent de hautes constructions de briques. Une poterne très basse, percée à la base,y donne accès. Les Nasasalars,porteurs de cadavres, ont seuls le droit d'y pénétrer. On monte par un escalier en spirale jusqu’à la plateforme supérieure. Sa circonférence est légèrement inclinée vers son centre où est ménagé un puits profond. Sur plusieurs rangs sont des places légèrement incurvées; c’est là où les corps sont exposés. Le puits central reçoit les sanies et les ossements. Et les vautours ne cessent de planer au-dessus de ces sombres monuments dont ils sont les maîtres. Leur nombre et leur voracité ne donnent pas le temps aux chairs . de se corrompre.
Lorsque les porteurs funèbres apportent un corps, ils poussent des cris de joie, planent lourdement et
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s’abattent aussitôt que les hommes ont disparu. Du bas on entend le vacarme d’une vraie lutte. Une heure après, il n’y a plus qu'un squelette.
L’observance rigoureuse de leur foi religieuse a fait des Parsis une des races les plus actives de l’Inde contemporaine ; tandis que les brahmes restent obstinément enfermés dans leur dignité sacerdotale et dans l’orgueil de se savoir Les fils d’une caste millépaire, eux se livrent au commerce, à l’industrie, drainent les richesses du pays. Leurs femmes se font recevoir doctoresses, écrivent, tendent vers une émancipation intellectuelle favorable à leur goût pour les sciences et Les lettres. Ils multiplient les écoles, préparent leurs fils aux luttes savantes de la politique internationale. Aux dernières élections, le parti libéral a fait élire un parsi député de Londres.