‹ La Médecine et les ReligionsChapitre 50 sur 67 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L'Hygiène de la Bible et du Talmud

Moïse fut le plus grand hygiéniste de lantiquité. La loi qu'il donna aux Hébreux est pleine de prescriptions relatives à la vie publique et privée, pleine de conseils de diététique et de prophylaxie. Il ne faudrait pas croire qu’il promulgua cette loi de toute pièce et avec les seules lumières de son génie. On oublie trop souvent qu'avant d'être le pasteur d’un peuple en marche vers une patrie nouvelle il fut initié aux doctrines cachées dessanctuaires d'Egypte. Partisan de l'initiation en masse et divergeant en cela avec opinion de la plupart des autres prêtres égyptiens, il emmena sa tribu dans le désert pour lui donner

cette initiation. Il réalisa son projet au Sinaï, dans

un décor d’orage. Les grondements du tonnerre et le crépitement de la grêle accompagnaient sa voix qui clamait des choses nouvelles. Les éclairs illuminaient son front. Ainsi les éléments confirmèrent dans l’esprit des auditeurs terrorisés la véracité des doctrines qu'il enseignait. C’est là qu'il donna aux siens les tables de la loi où étaient résumés l’enseignement moral et toute l'hygiène qu’il prétendait imposer à la

foule. Cette hygiène et cet enseignement étaient le fruit d’études millénaires faites en secret dans les sanctuaires de Thèbes et de Memphis.

L'expérience de plusieurs générations de savants les avait préparés.

C’est à cette révélation que Moïse fit sur les hauteurs du Sinaï que la nation israélite doit son étonnante vitalité, sa force, son énergie.

Pour exposer l’hygiène de Moïse sans en rien omettre, il faudrait reprendre verset par verset tout le Pentateuque. Nous nous contenterons d'en exariner les lignes générales et d’en résumer les préceptes.

L'Habitation. —L’hygiène de l'habitation nous est indiquée dans ces quelques versets du Lévitique : « Si celui à qui est la maison vient trouver le sacrificateur et dit : j’aperçois comme une plaie sur la maison. Alors le sacrificateur commandera qu’on vide la maison... et il examinera la plaie. Si la plaie qui est aux parois de la maison a des cavités verdâtres ourougeâtres plus foncées que les parois, il sôrtira de la maison... et la fermera pendant huit jours. Le

septième jour, si la plaie est étendue, le sacrificateur .

fera arracher les pierres infectées et les fera jeter hors de la ville. Il fera râcler la maison à l’intérieur et autour, et on jettera la poussière hors de la ville. .… Mais sila plaie revient, c’est une lèpre rongeante dans la maison, elle est souillée; on abattra donc la maison... » (Lévitique, x1v,53 à 56). — Tout cela veut exprimer, croyons-nous, le danger des demeures humides, mal aérées dont les murailles se

couvrent de moisissures. — Du reste les maisons juives dont il reste quelques spécimens à Jérusalem étaient largement éclairées et baignées dans l’air pur; car toutes les pièces s’ouvraient à la manière arabe sur une cour intérieure. Les murs étaient couverts d’un lait de chaux dans lequel on avait mis de Pindigo; car la couleur bleue passait pour favorable aux yeux. :

Le Sabbat. — La vie qu’on y menait était plutôt douce. Un jour par semaine était consacré au repos. « On travaillera durant six jours, mais au septième jour, ce sera le repos du sabbat » (Exode, xxx1-15).— « Quiconque travaillera ce jour-là sera puni de mort». (Exode,xxxv-29). Cette sévérité peut sembler excessive; elle fut cependant mise en pratique : « Or, les enfants d'Israël trouvèrent un homme qui ramassait du bois Le jour du sabbat. Ils ’emmenèrent à Moïse et à Aaron et à toute l’assemblée. Et ils le mirent en prison. Alors l'Eternel dit à Moïse : Cet homme sera puni de mort, que toute l’assemblée le lapide hors du camp. Toute l’assemblée le fit donc sortir du camp et le lapida » (Nombres, xv, 32-33-34-35). Après le retour de Babylone, Néhémie fit fermer les portes de Jérusalem le jour du sabbat ; car il regardait la vente des denrées alimentaires comme un travail interdit et il voulait empêcher qu’on ne suivit le funeste exemple puisé pendant la captivité chez un peuple pour qui nulle journée n’était consacrée au Seigneur (Néhémie, xx, 15 à 25).

En plus du sabbat hebdomadaire, un repos salutaire fut prescrit encore à l’occasion de certaines fêtes

dont nous trouvons la nomenclature au chapitre xx du Lévitique :

« Le premier mois, pour la Pâque, durant sept jours, toute œuvre servile sera interrompue.

« A la moisson, après les récoltes,pour la fête des Prémices. :

« Au septième mois, le premier jour qui est celui de la commémoration, le septième consacré aux expiations.

« La troisième semaine tout entière en l'honneur des Tabernacles. »

La Nourriture. — Pour ces fêtes, l’obligation au jeûne accompagne l'obligation au repos. On doit jeûner également au début de chaque saison. Le jeûne consiste à ne manger que des fruits secs avec du pain sans Jevain. Tout le monde connaît le cérémonial usité dans chaque famille juive pour la Pâque. C’est alors une véritable époque de cure dontles estomacs doivent se trouver au moins aussi bien que les âmes.

Les Israélites vivaient sous un climat très chaud, propice à l’éclosion de certaines maladies que la sobriété et le choix des aliments seuls peuvent faire éviter. Leur législateur n’eut garde d’oublier cette circonstance. L’hygiène de la table le préoccupe à juste titre et nombreuses sont ses recommandations sur ce sujet. Le chapitre x1 du Lévitique est consacré enentier à la nomenclature des animaux dont la chair doit être évitée comme malsaine et impure ; ce sont :

Tous les ruminants, le lapin, le lièvre, le porc, les poissons sans nageoires ni écailles ; parmi les

oiseaux, l'aigle, l’orfraie, le goëland, le cormoran, le milan, l’autour, le corbeau, l’autruche, le hibou, la mouette, l’épervier, la chouette, le plongeon, l'ibis, le cygne, le pélican, la cigogne, le héron, la huppe et la chauve-souris, tous les reptiles. Il est facile de reconnaître dans cette énumération, comme dans celle que Manou donna aux Indous, les animaux à chair échauffante et ceux ‘qui se nourrissant de charognes ou d’herbages malsains. Il est bien entendu,à plus forte raison,que toute bête crevée doit être rejetée avec horreur. « Toute personne qui mangera d’une bête morte sera souillée » (Lévitique, xvn, 15). Il est interdit de manger le sang : « Garde-toi de manger le sang » (Deutéronome, xn, 23). À cause de cela, les animaux conduits à l’abattoir doivent être saignés et non assommés, comme il est d’usage de le faire. Les lévites durent, à Jérusalem, présider à labatage des bêtes de boucherie pour constater si cette opération était pratiquée scrupuleusement selon les rites. Elle se faisait dans une annexe du temple. — Les fruits sauvages peuvent être dangereux; ils sont prohibés, ainsi que les premiers fruits des arbres cultivés : « Quand vous serez entré au pays et que vous aurez planté des arbres fruitiers, vous considérerez leurs premiers fruits comme incirconcis et vous n’en mangerez point » (Lévitique, XIX; 43)-

Il ne faut point abuser du vin et des liqueurs fortes. Noé s’enivra pour n’avoir pas connu les principes mauvais du jus de la vigne. On doit éviter de faire sciemment ce qu’il fit par ignorance : « Le vin

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est moqueur et la cervoise est tumultueuse ; et quiconque en fait excès n’est pas sage » (Proverbes, xx D):

La nourriture trop abondante nuit à l'intégrité des fonctions physiologiques. Les longs repas alourdissent le corps et l’esprit. Pendant les années que les Hébreux passèrent dans le désert, le Seigneur se chargea de leur donner une nourriture saine. Ils eurent la manne et les cailles. Pour étancher leur soif, Moïse frappa le rocher. Il leur était défendu de rester longtemps assis à la table des festins. En certaines circonstances, ils devaient manger debout, les reins ceints d’une corde et la main droite appuyée sur un bâton de voyage. — Les provisions doivent être renouvelées souvent. La mâne était recueillie chaque matin ; celle de la veille se changeait en une eau infecte.

Les Vêtements. — Les vêtements furent surveillés, car la température chaude de l'Arabie rendait certaines fantaisies dangereuses : « Tu ne t’habilleras pas d’un tissu mélangé laine et lin ensemble » (Deutéronome, xxn, 11). Nous avons vu que les Egyptiens devaient obéir à une même loi; pour le jour et le repos, les vêtements de lin ; pour lesnuits fraiches, la laine. Il est cependant probable que les Israélites adoptèrent vite l’ancestral vêtement des bédouins, l’ample burnous de laine blanche qui protège aussi bien des ardeurs du soleil, dont les rayons ne le pénètrent pas, que de l'humidité, dont son épais tissu retient la rosée.

Lespurifications.—Les souilluresauxquelleshom-

mes, femmes, bêtes, objets sont exposés sont résumées dans le xv° chapitre du Lévitique.

Est souillé : Tout homme qui a un flux dans sa chair. Le siège sur lequel il s’asseoit. Son lit. Les ustensiles, et les armes qu'il touche, ses vêtements. Quel est ce flux ? — Peut-être y a-t-il là une indication de blennorragie. Du reste l'homme qui a des pollutions nocturnes est assimilé à celui qui a un flux.

Est souillée : la femme qui a une perte de sang. Elle entraîne la souillure de tout objet qu’elle touche.

Un homme et une femme sont souillés après le coït même normal et doivent se purifier en lavant leurs parties sexuelles avec de l’eau pure.

Le contact avec un cadavre, avec un animal immonde, avec des excréments et des choses sales, avec des malades, implique une souillure.

Les purifications sont nombreuses et nombreux sont les cas où elles doivent être mises en usage. « Celui qui touchera un corps mort se purifiera avec de l’eau » (Nombres, xix, 11). — On purifiera la tente où le défunt a expiré, ses vêtements, ses armes (Nombres, xix). On purifiera tout objet contaminé au contact d’un malade, tout vase laissé découvert dans une chambre d’agonie (/d.). Un homme et une femme se purifieront après une nuit d'amour (Lévitique, xv). Une femme se purifiera à la fin de

ses règles, le jour de ses relevailles, après avoir

sevré son enfant (Lévitique, xu). On devra se purifier après avoir eu le moindre rapport avec un lépreux ou un teigneux (Lévitique, xm; Nombres, v;

Deutéronome, xxiv). Les médecins se parifieront à chaque instant. Les lévites et sacrificateurs ne pourront rentrer dans le sanctuaire qu'après de scrupuleuses ablutions. ‘A chaque porte de Jérusalem, il y avait une piscine où les étrangers étaient dans l’obligation de se laver avant de franchir les murailles. On devaitse baigner souvent. Salomon fit construire des bains et fut bénit pour cela autant que pour la sagesse de son gouvernement. Les pauvres, les vagabonds, les paralytiques avaient coutume de se réunir aux citernes de Siloé.

L'usage de l’eau fut grand à Jérusalem et les rigueurs d’un éternel été le rendaient nécessaire. Pas un riche pharisien qui n’eût chez lui sa salle consacrée

aux bains. Chaque veille de sabbat, les femmes se

trouvaient chez la baigneuse. Avant les festins, des esclaves attendaient aux portes du logis pour offrir de l’eau lustrale aux invités et les revêtir d’une robe d’une immaculée blancheur en échange de celle dont les franges avaient, malgré toutes les précautions, balayé les immondices de la rue. Lorsque Madeleine voulut honorer Jésus, elle vint répandre sur ses pieds des parfums d’un grand prix.

Du reste, nul peuple peut-être n’eut comme les Hébreux le souci de la pureté corporelle. Une foule d'imperfections physiques étaient incompatibles à leurs yeux avec les fonctions sacerdotales : « Un bomme aveugle, un boiteux, un camus, ou qui aura quelque membre disproportionné, ou un homme qui aura une fracture du pied ou de la main, ou qui sera bossu ou grêlé, ou qui aura une tache à l’œil,ou qui

aura une dartre ou qui aura la gale ou les testicules écrasés. ne s’approchera point de l’autel » (Lévitique, xx1, 16, 47, 18, 19, 20).

Le Nazaréat. — Les Hébreux pouvaient aspirer à un état plus sain, qui correspondait à la vie monastique chez nous, avec cette différence que le vœu était le plus souvent temporaire, c’est ce qu’ils appelaient le Nazaréat. Une règle sévère les astreignait alors

et l’hygiène à laquelle ils devaient se soumettre était appropriée à leur nouveau genre d’existence : « Celui qui fera vœu de nazaréat s’abstiendra de vin ou de boisson enivrante. Il ne boira aucune liqueur de raisins et ne mangera de raisins ni frais, ni secs. Il ne s’approchera point d’une personne morte » (Nombres, vi, 1 à 10). La défense de l’alcool estsage, imposée à des gens qui doivent rester chastes et l’interdiction d'approcher d’un cadavre est une bonne précaution pour ceux qui doivent vivre en communauté, Le Mariage. — Chez les Israélites, la question du mariage se plia constamment aux exigences du moment. Au commencement, alors que la race, encore faible par le nombre, avait besoin d'enfants, les unions consanguines et la polygamie sont jtolérées. Les fils d'Adam épousèrent leurs sœurs. Le désir d’être mère légitima l'acte incestueux des filles de Loth. Tous les personnages de la Genèse ont plusieurs femmes sans que pour cela le Seigneur leur soit hostile : « Et Lamec prit deux femmes, le nom de lune était Ada, l’autre s’appelail Tsilla » (Genèse, 1v, 19).

« Jacob épouse Léa et Rachel » (Genèse, xxix). — « Ésaü prit ses femmes parmi les filles de Canaan :

Ada, fille d’Elon, et Gholibama, fille d’Ana; il prit aussi Basmath, fille d'Ismaël » (Genèse, xxxvir, 1 et 2).

Cette coutume subsista longtemps. On la retrouve dans l’Exode : « S'il en prend une autre, il ne retranchera pas de nourriture à la première » (xx1, 10). Dans le Lévitique: « Tu ne prendras point une femme avec sa sœur pour exciter leur rivalité » (xvur, 18).

Cependant la famille d'Abraham avait crû et multiplié selon la promesse de l'Éternel et devenait avec les années un peuple puissant. Moïse s’appliqua à restreindre le nombre des épouses. Dansle Deutéronome, il prêcha la modération. Ses conseils furent suivis et bientôt la monogamie s’établit d'elle-même; pourtant il fut permis aux rois d'entretenir un harem. On sait que le sage Salomon usa largement de cette permission.

Pour les mêmes raisons que la polygamie, le concubinage fut permis : « Et sa concubine (d'Abraham), nommée Reunsa, enfanta elle aussi » (Genèse, xxn, 24). « Et Phimma fut concubine d'Eliphaz » (Genèse, xxxvi, 12). « La concubine de Siméon, qui était à Sichem lui enfanta un fils et on l’appela Abimelec. » (Juges, vur, 31). Cette dernière citation nous révèle une des raisons du concubinage. Les Hébreux toujours nomades avaient ainsi des demeures dans chaque ville où ils avaient coutume d’aller et une femme à la disposition de leurs instincts quand ils y étaient. Cette femme était tenue à la même fidélité envers le maître que l’épouse en titre. — Excellent moyen d'éviter les maladies vénériennes. — Peut-être estce dans le même but que nous voyons un père don-

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ner une maîtresse à son fils. « S’il la destine comme concubine à son fils, il fera pour elle selon le droit des filles » (Exode, xx1, 9). Cependant la raison principale, celle qui s’avoue pour légitimer ces mœurs est dans le désir de peupler; dans la Genèse, nous voyons à chaque instant un personnage coucher avec ses esclaves non par vice, mais pour les rendre mères : Sara stérile présente elle-même à Abraham son esclave égyptienne Agar, afin qu’il la féconde et qu'il en ait un fils (Genèse, xvi).Rachel présenta pour concubine à Jacob sa servante Rilha et Léa lui donna Zilpa (Genèse, xxx, 3, 9).

De droit, les captives appartenaient à leurs vainqueurs qui avaientenvers elle certains devoirs à remplir. « Si tu vois parmi les captives une belle femme et qu'ayant pour elle de l’affection tu la désires pour concubine, tu la mèneras dans ta maison. S'il arrive qu’elle ne te plaise plus, tu la renverras où tu voudras, mais tu ne pourras la vendre pour de l'argent, ni la traiter en esclave » (Deutéronome xx, 10, 11, 12, 13, 14). ;

Lorsque les lois du mariage furent fixées dans une nation enfin constituée, il y eut à l’union divers empêchements d'ordre hygiénique. Ils sont réunis dans le chapitre xvi du Lévitique : «Nul de vous ne s’approchera de sa propre parente pour découvrir sa nudité » (xvur, 6). Dans les versets suivants, Moïse commente celui-ci. Il interdit tout rapport sexuel d’un homme avec sa mère, sa fille, sa sœur, sa cousine, sa tante, sa bru; d’une femme avec son père, son frère, son oncle et son beau-frère, son gendre.

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Cependant, on peut épouser la veuve d’un frère mort sans enfant (Deutéronome, xxx, 5, 10; Ruth, 11, 14).

Le législateur veut conserver, avant tout, l’intégrité de la race; il interdit aux fils d'Israël d’épouser des étrangères : « Tu ne prendras point de femme pour ton fils d’entre les filles de Canaan » Genèse, (xxiv, 8). « Et Rébecca dit à Isaac : Je suis dégoûté de vivre, car Jacob prend femme parmi les filles de Heth » (Génèse, xxx, 46). «Or Marie et Araon parlèrent contre Moïse au sujet de la femme éthiopienne qu'il avait prise » (Nombre, xu, 1). Les parents de Samson furent indignés contre leur fils, lorsque celuiei voulut épouser une femme prise parmi les Philistins (Juges,xiv). Après le retour de captivité, Esdras prit le deuil parce que les Hébreux auraient épousé des Babyloniennes (Esdras, 1x, 1 à 5). Il força ceux qui étaient mariés à des étrangères à les répudier (Esdras, x). Quelques années plus tard, Néhémie maudit ceux de la nation qui avaient pris pour femmes des Asdodiennes, des Ammonites et Moabites (Néhémie,xin, 23 à 29).

Moïse voulut que le mariage fût avant tout le moyen de rendre la nation forte. Il fallait aux époux une glorieuse progéniture. Il exempta les jeunes mariés des charges militaires (Deutéronome, xx1v, 5). Il recommanda à l’ardent amoureux certains ménagements. L’époux devait se séparer de sa femme pendant l'époque de ses règles (Lévitique, xv, 18), lorsqu'elle était enceinte (Lévitique, xu), Penn la durée des jeûnes (Exode, xxnr).

La Circoncision. — L'obligation à la circoncision

fut une mesure d'hygiène sexuelle. Cette coutume était répandue en Egypte ; Moïse la conserva et en fit une loi religieuse. L'opération se pratiquait avec un silex : « Et Sephora prit un couteau de pierre et coupa le prépuce de son fils » (Exode, 1v, 25). « Fais-moi des couteaux de pierre et circoncis les enfants d'Israël » (Josué, v, 2). Les enfants durent, par la suite, la subir dans les huits jours qui suivaient leur naissance : « quand les huit jours furent accomplis pour circoncire l’enfant, il fut nommé Jésus » (Evangile selon saint Luc, 11, 21). En cela Marie et Joseph avaient obéi aux Ecritures : « Et le huitième jour, on circoncit le prépuce de la chair de l'enfant » (Lévitique, xu, 3).

Moïse édicta des lois spéciales concernant la grossesse et l’accouchement. Une femme enceinte fut sacrée; nul, même son mari, ne pouvait l’approcher. Elle-même devait prendre d’infinies précautions pour éviter un avortement. Après sa délivrance, elle devait rester au lit trente-trois jours après la naissance d’un garçon et soixante-six jours pour une fille. Elle était déclarée souillée pendant huit ou quinze jours (Lévitique, xu).

Ayant toléré le concubinage, Moïse réprouva toujours la prostitution : « Qu'il n’y ait point de prostituées parmi les filles d'Israël ». Deutéronome, xxrr- 17). L’adultère était puni de mort. Dansles Proverbes, aux chapitres v, vit et xxr, Salomon met les jeunes gens en garde contre les femmes débauchées. Leur fréquentation nuit à la santé du corps, comme à celle de l’âme. « Ta chair et-ton corps seront consumés »

(v, 1). « Elle en fait tomber plusieurs blessés à mort, et nombreux sont ceux qu’elle a tués » (vr, 26). « Sa maison est le chemin du sépulcre » (id.). « Ne livre point ta force aux femmes » (xxxt, 3).

La mauvaise conduite de la femme autorise le divorce. Il en est de même d’une maladie contagieuse de l’un des époux (Deutéronome, xxiv).

Les Sépultures.— En ce qui concerne les précautions à prendre pour la sépulture, nous avons vu que le contact avec un cadavre entrainait l’impureté et obligeait à des purifications. Les tombeaux étaient élevés en dehors des villes et on y allait seulement au crépuscule, au moment où les exhalaisons semblaient les moins dangereuses.

Prophylaxie. — La loi mettait également en vigueur des mesures de prophylaxie rigoureuse à l'égard de certaines affections qu’on savait contagieuses; telles que la lèpre, la teigne el les diverses dermatoses très répandues parmi les Hébreux, malgré toute la propreté dont ils faisaient usage et à cause probablement de la chaleur torride et de l'humidité de l'air. Il serait trop long de citer en entier les chapitres xur et x1v du Lévitique, qui ne s’occupent que de cette grave question, les passages du chapitre v des Nombres et du chapitre xxrv du Deutéronome qui y reviennent. Nous renvoyons pour cela à la Bible, version d'Ostervald, pages 102, 103, 104, 105, 127, 187 de l'édition de Bruxelles. On verra que les dermatoses à formes contagieuses furent une préoccupation constante de Moïse. Elles constituaient évidemment un des principaux dangers contre lesquels

il avait à lutter et il s’acharna après elles avec une énergie qui lui fit oublier toute humanité : « Or Je lépreux qui sera atteint de la plaie aura ses vêtements déchirés et la tête nue. Il se couvrira la barbe et criera : Souillé, souillé ! Tout le temps qu’il aura la plaie, il demeurera seul et sa maison sera à lé. cart » (Lévitique, xurr, 45-46). — I] est à croire que Moïse confondit toutes les dermatoses sousla dénomination générale de lèpre; il décrit longuement tous les symptômes qui doivent être considérés comme douteux. « Quand un homme aura sur la peau de son corps une tumeur, une éruption ou une tache blan. che... — Quand un homme aurales poils qui deviendrontblanes...—Quand un homme aura un ulcère et que la cicatrice sera blanche... — Quand un homme aura sur la peau une brûlure... Quand un homme aura une plaie à la tête... — Quand un homme ou une femme aura des taches sur le corps. — etc. » (Lévitique, xm). Il semble limiter la période de contagion à la période ulcérative : « Si la lèpre a couvert toute sa chair, il déclarera : Il est devenu tout blanc, il est pur ; mais le jour où paraitra de la chair vive, il sera souillé » (Lévitique, xx, 13-14).

Le sacrificateur était chargé de la police sanitaire. C’est lui qui examinait les malades et qui se pronon- çait sur la nature de l'affection. Les lépreux furent isolés et nul ne put avoir le moindre rapportaveceux.

Pauvres parias, la crainte les fit rejeter avec horreur en dehors du cadre humain et considérer comme des bêtes venimeuses. Ils vivaient misérable-

BruzOoN 17

ment entre eux jusqu’au jour où, las de souffrir, las de traîner leurs moignons saignants,ils crevaient sur un tas de fumier.

L’isolement était aussi imposé temporairement pour d’autres maladies. Il était également interdit aux Hébreux de rentrer, et à plus forte raison de séjourner dans les villes contaminées.

La crainte de la contagion fit interdire encore l’ex-

position prolongée des corps des suppliciés jusquelà pratiquée pour donner un salutaire exemple et faire réfléchir ceux qu’un crime tentait : « Quand un homme aura commis un péché digne de mortet qu'on le fera mourir et que tu le pendras au bois,son cadavre ne passera pas la nuit sur le bois; mais tu ne manqueras pas de l’ensevelir le jour même » Re ronome, xx1, 22-23).

L’' Hygiène militaire. — Chez ce peuple guerrier,des :

lois spéciales présidaient à l'établissement des camps : « S'il y a quelqu'un d’entre vous qui ne soit point pur, il sortira du camp et le soir il se lavera dans Peau. — Tu auras un endroit, hors du camp, où tu sortiras; et tu auras un pieu avec ton bagage, tu creuseras avec ce pieu et tu recouvreras avec lui ce qui sera sorti de toi » (Deutéronome, xxim, 9,10,11, 12,13,14).Les malades contagieux doiventrester hors du camp, à plus forte raison les lépreux (Lévitique

x). Hors du camp doivent avoir lieu les exécutions:

capitales (Nombres, xv, 35).

L'hygiène du Talmud. — La loi mosaïque fut en usage jusqu’à l’époque d'Esdras ; alors commença le règne du Talmud qui n’est qu’un commentaire desidées

le L:

de Moïse. Au point de vue de l’hygiène,il donne surtoutdes détails sur la façon de vivre.Danschaquetraité, la Ghemara expose les règles etla Mischnahles explique. Le traité Holin donne la nomenclature des quadrupèdes impurs; nous y voyons qu’on doit éviter de manger un animal ayant eu une perforation de l’æœsophage, du foie ou une perte de substance pulmonaire ou des granulations dans les méninges. C’est la condamnation des viandes provenant d’animaux tuberculeux. Le traité Bekhoroth nous enseigne (44) qu’il est très mauvais de se retenir quand onéprouve des besoins naturels.Le traité Nioch traite des signes de la puberté (seins qui se gonflent, apparition des menstrues, poils) et de l'hygiène de la grossesse. — Le traité Oholoth donne la marche à suivre pour abattre les animaux à la boucherie. Ils doivent avoir la têtetranchée, car le sang est interdit aux fidèles. Le traité Négraïm commente les prescriptions du Lévitique concernant la lèpre. Le traité Zabim semble faire allusion à la blennorragie. Il parle d’une maladie mystérieuse, très contagieuse, qui attaque les parties viriles et qu’il place près de la spermatorrhée et des pertes séminales. Le traité Schabbathest relatifà la saignée etletraité Thaciniti aux ventouses. Dans le traité Jébamothnoustrouvons les recettes délicates proposées aux femmes qui craignent la grossesse. Le traité Khelloubolh parle des moyens d'éviter la lèpre et Les polypes des fosses nasales et de la façon de diagnostiquer ces maladies. — Au traité Paba-Kama, nous trouvons l'interdiction de laisser séjourner un liquide dans un vase ouvert

(115) et des indications pour les repas (86). Il conseille aussi de ne point sortir de chez soi quand la peste ravage la contrée (60). Le Talmud contient encore une foule de prescriptions d'hygiène. Il parle longuement des bains, des douches, des ablutions. Il règle chaque acte de la vie domestique. Nous n’entrerons point sur lui dans plus de détails, car ce serait répéter ce que nous avons dit à propos du Pentaleuque.

Nous terminerons donc ici ce chapitre où se trouve résumée à grands traits l'hygiène de Moïse. Une telle vue d'ensemble de sa législation, si succincte et si incomplète soit-elle, montre qu’elle aussi se proposa comme but unique cette lutte pour la vie dont la loi régit la destinée de chaque race. C’est en lui obéissant qu'Israël gagna sa place dans l’histoire, c’est en l’observant avec respect qu'il devint le géant immortel que la ruine de sa patrie ne désespéra même pas et qui, dispersé sans merci par des vainqueurs successifs, continue à vivre parmi les nations avec l’assurance tranquille d’être fort quand même.

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