‹ La Médecine et les ReligionsChapitre 52 sur 67 · HEC ES · texte numérisé non relu

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tre les ivrognes et les débauchés. Il voulut habituer son peuple à la fatigue, à la lutte, à la souffrance.

La suprême fierté pour un fils de Sparte consistait à pouvoir montrer un beau corps vigoureux où les muscles s’enroulaient au squelette comme des sarments autour d’un arbre jeune et sain. L’obésité était une honte et un crime. Souvent les gens trop gros furent exilés ou durent payer une amende.

Les filles étaient soumises aux mêmes exercices que les garçons. Les lois tendaient à en faire des épouses fortes, capables de donner à la République des enfants nombreux et solides. Le luxe et la parure leur furent sérieusement interdits.

Les vierges étaient vêtues d’une courte tunique sans manches, arrêlant aux genoux et ouverte sur le côté. Femmes, elles portaientunelongue robe de laine blanche et devaient alors se voiler la face en public. Il leur était défendu de filer, de s’occuper à de minutieux travaux d’aiguilles.

Jusqu'à leur mariage, elles aussi appartenaient à l'État.

Les lois leur interdisaient la pudeur qui est un indice de perversion morale. Plusieurs fois la semaine, les chefs militaires les réunissaient au Plataniste, devant l’assemblée du peuple. Là, insouciantes de ces mille regards d'hommes qui les enveloppaient et répandaient autour d’elles une atmosphère de désirs, elles dépouillaient leurs vêtements. Leur corps superbe révélait toute sa souplesse, toute sa force et toute sa grâce dans l’harmonie des mouvements qu’une discrète musique rythmait. Elles dansaient,

elles couraient, elles lançaient le disque et le jave-

lot. Parfois, divisées en deux armées de nombre égal, elles luttaient entre elles. Parfois elles montaient à cheval ou bien accompagnaient les jeunes gens à la chasse des fauves.

Semblables jeuxavaient un double avantage : celui defortifier leur chair et celui de les habituer à recevoir sans émoi l’hommage des mâles. De la femme habituée à paraître sans voile devant la foule anonyme la coquetterie sera nulle, elle ignorera toujours les demi-abandons,le don incomplet d’elle-même, l’art de détailler ses charmes, sans jamais les livrer tout entiers, celui plus pervers peut-être de constamment promettre, ces mille manœuvres savantes qui sont un danger dans les nations policées parce qu’elles affaiblissent le courage et l’énergie des hommes.Estce que la coquetterie d’Omphale ne fit pas du divin Héraclès un esclave?

Properce nous a laissé une description des exercices des filles de Sparte : « Heureuse Lacédémone, nous admirons lès jeux où se forment tes vierges. Sans honte, elles paraissent nues au milieu des lutteurs. Tour à tour on les voit, couvertes de poussière, attendre l’heure de la lice et recevoir les rudes coups du pancrace. Elles attachent le ceste à leurs bras, lancent le disque, ou bien font évoluer un coursier rapide. Elles ceignent d’un glaive leurs flancs d’albàtre et couvrent leurs têtes virginales avec un casque. D’autres fois, les cheveux poudrés parles frimas, elles pressent sur les hauts sommets du Taygète les molosses de Laconie » (Elégies, livre IT, élégie 14).

a alert le

rouge

Au Plataniste se nouaient le plus souvent les intrigues qui devaient aboutir au mariage. Lycurgue réglementa les unions. Il défendit aux Spartiates d’épouser leurs parentes, mais ne leur permit point non plus de lier leur vie à celle d’une étrangère, ou d’une esclave. Aux hommes libres, des femmes bbres, et de tout temps Lacédomone fut fière de la pureté du sang de ses fils. Les épousailles se faisaient d’une étrange façon, rudement, sans fausses galanteries et sans fètes énervantes. Un soir, le fiancé s’absentait de la maison commune, il allait rôder autour de l’habitation de sa fiancée, simulait un rapt, la conduisait mystérieusement chez lui; puis retournait trouver ses compagnons. Jamais l’époux ne devait manifester publiquement la passion qu’il avait pour sa compagne; il n'allait près d’elle qu’en secret; Lycurgue savait que le mystère aiguillonne l'amour. Tous les citoyens devaient se marier sous peine d’une forte amende. La loi forçait à répudier une épouse stérile. La monogamie était rigoureuse ; il était interdit d’avoir des concubines. L’adultère était puni de mort. Des magistrats spéciaux veillaient à la moralité des femmes.

L'Hygiène à Athènes. — Solon, Pisistrate et Périclès eurent un unique désir : faire des Athéniens des artistes. Dracon n’avait point compris le caractère du peuple d'Athènes, il lui donna une législation trop dure et dut s'enfuir devant la révolte que sa sévérité souleva; heureusement que la sagesse de Solon sut réparer le dommage. Lui il pressentit la destinée merveilleuse de la cité encore jeune, il

reconnut le génie de ses habitants et ses lois furent dignes d’être gravées à l’Acropole sur des colonnes de marbre. |

La maison athénienne était toute élégance et beauté; un luxe discret, un goût délicat y régnaient, depuis la base des murailles, que du stuc recouvrait quand elles n'étaient pas entièrement composées avec des blocs taillés aux flancs du Pentélique, jusqu'aux toitures, dont les tuiles d'argile vernie brillaient au soleil. Elle était spacieuse, aérée, ses chambres s’ouvraient sous un portique entourant une cour intérieure où des statues se miraient au cristal tremblant d’une vasque d’eau pure. Des arbustes en décoraient les angles. Il y avait une salle de festin spacieuse, un salon discret réservé aux longues conversations entre intimes, plusieurs salles de réception, puis les chambres et enfin la bibliothèque où le maitre gardait jalousement des copies précieuses de l’œuvre des poètes, des historiens, des rhéteurs et des philosophes. L'appartement des femmes était soigneusement séparé, défendu contre l’indiscrétion du dehors par des portes et des draperies et personne, hormis l’époux, n’entrait au gynécée. Dans les communs habitaient les esclaves, les chevaux et la meute.

Le mobilier était somptueux, sculpté dans les bois les plus rares. Les formes s’harmonisaient, souples, idéalement belles et témoignaient d'un goût sûr, ignorant la recherche et le raffinement. Les draperies à plis légers étaient taillées en de merveilleuses étoffes que les galères marchandes ame.

naient au Pirée des contrées les plus lointaines.

Sur tout cela la blonde lumière étalait sa magie; car la maison était bien aérée, fermée aux promiscuités de la rue, mais ouverte par sa partie supérieure au bon soleil, à la brise caresseuse de mer, à la joie de la vie épandue éperdûment, intense et voluptueuse, à travers l’espace.

Les rites religieux exigeaient une propreté rigoureuse et les dieux du logis aimaient les parfums des plantes distillés en essences ou des poudres odorantes qu’on brûle lentement sur un trépied de bronze.

Il y avait toujours, au fond de la maison, entre les appartements de l’époux et ceux de l'épouse, une vaste salle de bains où tousles deux passaient chaque jour de longues heures.

Les riches Athéniens prenaient donc un bain chaque matin ; ensuite ils peignaient leurs cheveux, revêtaient une tunique fine et flottante et sortaient pour goûter la douceur de l'air dans les jardins qui s’étendaient au bord de l’Ilisos ou se rendre au Pnyx ou à l’Agora. Là, c'était la vie facile et oisive, au

grand air, à l’ombre bienfaisante des bois sacrés, au

pied des statues magnifiques. Les amis se rencontraient, discutaient les lois utiles à la République, commentaient les nouvelles ou simplement causaient entre eux de choses futiles ou bien graves. Souvent

]s se réunissaient les uns chez les autres et se con-

viaient mutuellement à de longs repas où des cuisines délicates et des vins agréables émoustillaient l'intelligence et l’esprit.

Cès festins copieux et longs eussent pu être nui-

sibles à la santé,mais la plupart du temps ils étaient uniques, car la coutumeathénienne était de ne manger qu'une fois par jour,à midi.

Il ne faudrait pas croire cependant que les Athéniens passaient constamment leur temps dans Poisiveté. Solon connaissait les dangers de la paresse et l’enraya. Il astreignit les citoyens à des exercices physiques sagement réglés.

Une hygiène rigoureuse, sans être toutefois aussi sévère que celle de Sparte, préside à l’éducation du jeune Athénien. Aussitôt qu’une femme est enceinte, elle en fait la déclaration au démarque de sa tribu,et pendant quarante jours il lui est interdit de sortir. Ensuite elle pourra se promener modérément. Le jour de la naissance, l'enfant est porté au père qui a sur lui droit de vie et de mort. Vigoureux et bien constitué, il vivra; faible ouinfirme, il devra disparaître sans chagrin pour les parents. S'il est accepté par le père, une esclave le prend et le lave dans l’eautiède, en invoquant pour lui Athénée, déesse de la sagesse, Apollon, dieu de la beauté et de la force virile, et Parséphone qui donne aux hommes opulence et richesses. Cinq jours après on le purifiera en l'élevant au-dessus de la flamme sainte qui brûle devant autel domestique. Au début de la civilisation athé. nienne, les mères allaitaient leurs enfants. Solon leur permit de les confier à des nourrices mercenaires. Ces esclaves étaient soigneusement choisies ; on prenait de préférence une vigoureuse Laconienne ou bien une femme de Mégare. Elles devaient se présenter devantle pontife souverain de l’Asclépion qui les

examinait et cherchait si leur corps ne présentait point de vices incompatibles avecles graves fonctions qu'elles voulaient remplir. L'enfant leur était confié pour cinq ans. Elles surveillaient ses premiers pas et lui donnaient les premières notions de musique et de danse. A cinq ans, le père le prenait et l’emmenait devant l’assemblée de sa tribu pour le faire inscrire au regis{re. Les anciens examinaient le jeune enfant qu’on leur présentait et constataient si la patrie pouvait fonder de grands espoirs sur sa vigueur physique. Après cette cérémonie il était confié à un pédagogue. On appelait ainsi un esclave intelligent et digne de la confiance paternelle à cause de la pureté de ses mœurs. A cet homme incombait la tâche grave de surveiller et d’instruire le jeune homme. À douze ans, celui-ci commençait à fréquenter le gymnase et le palestre. Athènes possédait trois gymnases ; le Lycée, l’Académie et le Cynosarge, ce dernier réservé aux enfants illégitimes. On y donnait en même temps l’enseignement intellectuel et l’enseignement physique. Le corps et l'esprit s’y développaient simultanément. Tous les trois étaient situés hors de la ville, dans des sites admirables. Des jardins et des bois les entouraient. Les primevères poussaient dans la fraicheur des mousses au bord des sources. L’herbe des clairières était constellée de violettes. Les cigales chantaient dans le feuillage des oliviers et des cytises. Les rossignols nichaïent dans les épais buissons de lauriers et de troènes. Tous les trois étaient d’ailleurs construits sur le même modèle. De larges portiques, des salles spa- BRUZON 18

cieuses oùles philosophesetles rhéteurs enseignaient, des bains, le xyste où les jeunes gens se livraient à la course, à la lutte, aux exercices violents qui développent les muscles. Des maîtres surveillaient leurs jeux. Le gymnasiarque était un grave fonctionnaire qui dirigeait l'établissement. Les gymnastes jugeaient l’adresse et la force des concurrents ; le poedofribe et les sophronistes veillaient à leur tenue et à leurs mœurs. Chacun des trois gymnases avait une hygiène spéciale ; au Lycée, la mode était aux bains froids, au Cynosarge on pratiquait des massages savants, à l’Académie étaient installées des salles de sudalion et de douches. Souvent les élèves y prenaient leurs repas qui se composaient alors d’aliments soigneusement préparés, mais simples. Les Athéniens, sans adopter le grossier brouet de Lacédémone, savaient apprécier la frugalité.

Les palestres, très nombreux en Attique, étaient semblables aux gymnases avec cette différence qu’on y exerçait seulement le corps. On les réservait à l'entraînement des athlètes de profession.

Ici nous devons parler des jeux divins qui tiennent une grande place dans l’histoire de l’hygiène païenne. En l'honneur de chaque divinité, les villes instituaient à l’envi des concours où les jeunes gens et les hommes venaient disputer la palme de l’adresse, de l’agilité et de la force.

Ils y paraissaient nus, orgueilleux de leurs formes superbes, devant un jury formé par la Grèce entière. L'hippodrome et la carrière étaient le champ clos où se décidait la gloire d’une cité; car chacune d’elles

était plus fière de voir un de ses enfants triompher dans ces luttes pacifiques que d’avoir été victorieuse à la fin d'une guerre longue et rude. La célébrité de plusieurs de ces concours attirait de très loin une foule de spectateurs. Les plus importants furent sans contredit ceux d’Olympie. Ils se célébraient en l'honneur de Zeus et revenaient seulement tous les cinq ans ; Héraclès et l’antique Pelops s’en virent tour à tour attribuer la fondation ‘par la légende. Ils duraient sept jours au moment de la pleine lune du solstice d’été. Pendant deux mois régnait une trêve sacrée pour permettre à la foule de s’y rendre avec sécurité. Chaque ville y envoyait une théorie en ambassade sous la conduite d’un riche citoyen qui recevait alors le titre d’Architheoros. Une multitude de spectateurs y assistaient; l’Elide se couvrait alors de tentes et de campements. Une loi les interdisait aux femmes mariées, car il n’était pas bon qu’elles pussent contempler les formes nues des athlètes; cette faveur fut de tout temps réservée à la grande prêtresse de Demeter Chamyne; quant aux jeunes filles, elles y furent toujours admises. Tous les hommes pouvaient concourir,pourvu qu’ils fussent grecs. Douze juges ou hellandices présidaient. Les nomophylarques veillaient au bon ordre et à la décence. Les jeux varièrent à l'infini depuis la première olympiade où il y eut seulement deux courses à pieds ; jusqu’aux dernières où on y vit des pugilats et des courses de chars. Je n’entreprendrai point de Îles décrire en détail, car ce chapitre doit être seulement une vue d'ensemble sur les pratiques de l'hygiène en

Grèce. Tous affirmaient la nécessité de cette hygiène, car pour y triompher il fallait s’être soumis à un entraînement patient et long, à une sobriété très grande, avoir rompu ses membres à la pratique de tous Les exercices de gymnastique, être d’une santé parfaite et pouvoir montrer à la foule des spectateurs un corps rivalisant par la pureté de ses formes, l’harmonie de ses proportions et de ses gestes avec les plus belles statues que le ciseau des sculpteurs taillait dans limpeccable paros. Le vainqueur recevait une couronne d’olivier. Sa patrie lui décernait de grands honneurs. Il y entrait triomphant, par une brèche ouverte aux murailles, sur un quadrige, aux acclamations du peuple entier. Les poètes chantaient ses louanges, l’art immortalisait ses traits. Les scribes gravaient son nom sur les colonnes votives que la foule, dans son allégresse, consacrait aux divinités tutélaires. A Athènes, une place lui était réservée au théâtre et il était nourri au Prytanée durant toute sa vie.

Après les jeux Olympiques, les plus importants furent les jeux Isthmiques, célébrés tousles trois ans sur le territoire de Corinthe, en l'honneur de Poseidon. Le vainqueur recevait une couronne de pin ou de lierre. Au temps de Pausanias, une forêt de pins couvrait encore l’isthme. Les monuments sacrés étaient disséminés sous les arbres. On a retrouvé en partie leur emplacement et leursruines, en exécutant les travaux de percement du canal. Il y avait là un temple consacré à Hélios, où les athlètes malades étaient hospitalisés et soignés. Ils s’y rétablissaient,

dans l’air pur et dans le calme agreste d’un vallon sacré, des fatigues du stade. Le règlement qu’on leur y imposait était rigoureusement conçu d’après les préceptes de Phygiène (Pausanias).

Les jeux Pythiques en lhonneur d’Apollon attiraient tous les quatre ans une grande affluence à Delphes. Ils se composaient de concours poétiques et musicaux, ainsi que de concours de course, de lutte et d'adresse. Le lieu où ils se célébraient était certainement un des plus sains de la Grèce Supérieure, c'était la plaine de Crissa, au pied du Parnasse. Le vent du midi y soufflait, après s’être rafraichi aux sommets neigeux du Péloponèse et s’être tonifié en caressant les vagues du golfe de Corinthe.

Enfin les jeux Néméens se célébraient tous les deux ans en Argolide, en souvenir des travaux d'Héraclès. Le vainqueur y était couronné avec de lache.

Donc, l’ambition des jeunes gens qui fréquentaient le gymnase était de triompher à ces différentes fêtes. Ils s’y exerçaient jusqu’à leur dix-septième année. Alors ils entraient dans la catégorie des éphèbes et prenaient les armes pour la défense de la patrie. Pendant deux ans, ils ne devaient pas combattre en dehors de l’Attique et formaient à la ville une garde vigilante, toujours prête à verser son sang pour elle. A vingt ans, ils devenaient des hommes, et la République demandait le secours de leurs bras toutes les fois qu’elle en avait besoin.

Le citoyen élevé avec une telle méthode devenait un merveilleux guerrier, tout en restant philosophe,

poète, artiste. Il avait le courage et la force du Spartiate, sans avoir sa rudesse.

Le mariage lui fut de tout temps un devoir imposé par les lois. Solon prohiba lui aussi les unions consanguines. Il exigea le choix d’une épouse belle et forte, capable d’une glorieuse maternité. Après son mariage, la femme devait rester chez elle; la loi lui interdisait les promenades sans but. Des magistrats spéciaux y veillaient. Le plus souvent elle vivait au gynécée et trompait les heures par de savants travaux d’aiguille et par de longues stations à sa table de toilette.

La vertu conjugale de l’Athénien était moins rigoureuse que celle du Spartiate. La loi exigeait la monogamie, mais tolérait le concubinage. Les riches avaient tous chez eux de jeunes esclaves dont ils partageaient la couche et beaucoup se plaisaient dans la compagnie des courtisanes. Nulle part autant qu’à Athènes, ces femmes eurent une influence aussi grande. Plusieurs acquirent une réelle célébrité. L'amour de Périclès iñmortalisa Aspasie; l’art de Praxitèle consacra la beauté de Phryné; Epicure mit sa sagesse aux pieds de Léontinon, et peut-être Platon oublia-t-il parfois la sienne entre les beaux bras de l’arcadienne Lasthénia. Les hétaïres furent une des gloires d'Athènes et de quelques autres cités de luxe. Corinthe était célèbre au loin à cause des mille hiérodules du temple d’Aphrodite (Strabon, vin, 6, 20). A Paros, les prostituées formaient une corporation puissante ; à Mégare, elles habitaient les demeures les plus somptueuses. Celles d'Athènes embellissaient

par leur présence les plus beaux festins ; une ordonnance de Solon fixait à deux drachmes leur salaire. Le charme de leur conversation rivalisait avec celui de leur corps. Cependant, il ne faudrait pas croire que la prostitution grecque fût toujours synonyme d'élégance et de grâce. À côté des hétaïres, vivantes poésies, inspirations des poètes, modèles des peintres et des sculpteurs, souvent discrètes conseillères des hommes d’état, existaient les tristes pornes. Celles-ci habitaient les quartiers bas et se livraient honteusement pour quelques oboles aux matelots et aux esclaves. Elles demeuraient seules dans des bouges obscurs où le premier venu pouvait les prendre sur un grabas, ou vivaient réunies dans les pronia, sortes de lupanars louches, où chaque nuit grondait l’orgie bestiale et avinée du peuple. Elles guettaient le passant comme une proie : « On peut les voir debout sur le seuil, le sein découvert, à demi nues, rangées en longue file. On peut choisir à son gré » (Xénarchos, cité par Athénée).

Souvent,hélas ! les belles hétaïres finissaient parmi elles, telle Laïs, une des gloires de Corinthe ; vieille et misérable, elle se livrait pour un morceau de pain dans les auberges du port.

Cette catégorie de filles était soumise à un véritable contrôle de létat. Les asclepios les visitaient et faisaient enfermer dans les prisons celles qui leur semblaient malades. Elles payaient une taxe fqui, à Athènes, servait à l'entretien du temple d’Aphrodite Pandemos. Solon fit édifier des pronias qu’il soumit au contrôle des agoranomes. Il espérait voir les jeu-

nes gens y venir chercher un dérivatif à des passions plus honteuses. Les tenanciers payaient un impôt spécial. Le racolage était interdit dans certains quartiers et après certaines heures. Les agoranomes veillaient à l'application de cette ordonnance de police urbaine. Ils possédaient une liste des prostituées. Celles qui étaient vues emmenant avec elles un jeune homme âgé de moins de dix-sept ans étaient battues de verges. On exilait celles qui débauchaient les jeunes filles. Le père qui prostituait ses enfants était condamné à mort.

Ainsi nous avons vu combien peu se ressemblaient les mœurs de Sparte et celles d'Athènes. Une hygiène différente tendait vers un but différent. Leurs divinités tutélaires ne leur inspiraient pas les mêmes principes et les entraînaient chacune par un chemin opposé. Arès armé dominait la citadelle de Lacédémone, le cimier d’or d’Athéna brillait au-dessus du Parthénon.

Les Funérailles.— Cependant quelques coutumes leur étaient communes. Entre autres celles se rapportant aux funérailles. Ioniens et Doriens eurent, dès les temps les plus reculés, l’habitude de brûler leurs morts. Ainsi les cadavres ne souillaient point la terre bienfaisante où pousse le blé qui nourrit les hommes et l’air ne contenait point de gaz délétères échappés des sépulcres.

Le corps était lavé, parfumé avec des essences précieuses, vêtu de riches vêtements. On lui mettait dans la main droite une galette de farine et de miel et dans la bouche une obole, car l'ombre infernale

devait apaiser Cerbère et Caron. On le couchait sur un lit jonché de fleurs, dans la cour intérieure de la maison. Autour brülaient des ‘cierges faits de joncs enduits de cire (Aristophane). A la porte, les visiteurs trouvaient pour se purifier un vase rempli d’eau lustrale. Cette exposition durait jusqu’à ce que les signes de la mort soient certains; alors avait lieu le convoi, au petit matin, car la loi interdisait de transporter les corps à la chaleur du soleil. Le cercueil, ordinairement en cyprès, était mis sur un chariot et traîné par des bœufs. Suivaient des pleureuses et la famille. Le bûcher était dressé en dehors de la ville et formé de bois odorants. On y brülait aussi tout ce qui avait directement appartenu au défunt. Ensuite les cendres, soigneusement ramassées dans une amphore, étaient placées dans le tombeau de la famille.

Plus tard, à l’époque de la Guerre Sacrée,ces rites funèbres se relâchèrent et la coutume vint d’enterrer les cadavres. Alors on les couvrait de résine et de poix dans le cercueil.

Après la cérémonie un repas réunissait les invités à la demeure mortuaire. On y faisait des libations d’eau, de lait, de vin, de miel et on y brülait des aromates. Les funérailles des riches étaient prétexte à des jeux funèbres dans lesquels les athlètes faisaient parade de leur vigueur et de leur adresse.

Sous Périclès,une loi dut défendre aux femmes de se déchirer le visage avec leurs ongles en signe de

deuil.

Il est facile de retrouver en tout cela le souci de

l'hygiène. La Grèce ne nous a point laissé les édits et les ordonnances de ses législateurs et c’est à travers ses mœurs, en assistant attentivement à la vie de chaque jour, ftelle que les écrivains nous Pont montrée que nous devons trouver ce qui nous intéresse.

Prophylaxie.— C’estainsi que nous pouvons nous apercevoir que la crainte bien fondée des maladies contagieuses fit prendre certaines habitudes de prophylaxie, quelques-unes ingénieuses, d’autres cruelles. Parmi cesdernières,la défense faite aux asclepios de soigner les incurables. — « Asclépios à l’égard des sujets radicalement malsains n’a pas voulu se charger de prolonger leur vie et leurs souffrances et les mettre dans le cas de produire d’autres êtres probablement destinés à leur ressembler. Il a pensé qu’il ne faut pas traiter ceux qui ne peuvent remplir la carrière marquée par la nature ; parce que cela n’est avantageux ni à eux-mêmes, ni à l’état » (Platon, République, livre IT).

Il était aussi interdit de naître et de mourir sur les territoires sacrés,dans l’enclos réservé des temples, c’est-à-dire là où la foule des dévots avait besoin, à cause de son affluence, d’un air plus pur. Les asclépios renvoyaient impitoyablement les agonisants et les femmes en couches.

Pour purifier Delos, Pisistrate y fit détruire toutes les tombes et transporta àRhénée,de l’autre côté du détroit, les ossements qu’on y trouva.Un des premiers exemples de mesure prophylactique que nous trouvons dans les auteurs grecs est abandon de Philoc-

de À

tète dans l’île de Lemnos. Il se blessa au pied avec une des flèches d’Atride. Cette flèche avait été trempée dans le sang de l’hydre de Lerne ; et l’odeur qui s’échappait de la plaie était tellement nauséabonde que les Grecs abandonnèrent le blessé seul sur un rivage désert. Il y vécut cependant neuf ans. Il fut guéri par Machaon et Podalyre, les fils d’Asclépiade. À Athènes, on suspendait une branche d’arbre à la porte des maisons où il y avait un malade,pour indiquer aux promeneurs de passer au large. -

La légende prétend qu'Hippocrate fit cesser la terrible peste qui désola la ville pendant la guerre du Péloponèse,en allumant dans les rues de grands brasiers. Déjà autrefois lecrétois Epiménideavait purifié le peuple du meurtre de Cylon par des libations et des mesures sanitaires. Ce mystérieux personnage fut le fondateur de l’Orphisme. C’est lui qui apporta en Grèce le culte du Dieu Inconnu à qui la pureté est par-dessus tout agréable. Ses enseignements aboutirent à la fondation d’un culte ésotérique accessible aux seuls initiés. Nous n’entreprendrons point ici la lourde tache d'analyser les mystères Orphiques et leurs dérivés, les mystères de Samotrace et d’Eleusis. Il nous suffit de savoir qu’à côlé d’un enseignement moral supérieur, l'initiation indiquait aux jeunes disciples des moyens de conserver la santé comme un bien précieux et leur dictait toute une ligne de conduite physique, destinée à éloigner la maladie. Les cérémonies saintes étaient toutes plus ou moins purificatrices ; pour s’en convaincre, on n'aura qu’à lire le dernier livre de PAne d’Or où Apulée soulève

un peu le voile qui masquait, à Eleusis, l’entrée du grand temple de Demeter. Jeûnes, ablutions, rien n’y manque. | x

Hygiéniques aussi étaient une grande partie des fêtes religieuses. Pour les célébrer dignement, un nettoyage scrupuleux des maisons, des édifices publics était nécessaire. Aux grandes Panathénées, les jeunes filles allaient en théories laver à la fontaine Kallirhoë le voile de la déesse.

L'Hygiène et la Philosophie.—Nous n’entreprendrons point non plus de rechercher dans les préceptes des philosophes ce qui se rapporte à l'hygiène. La moisson cependant serait grande, car tous eurent plus ou moins le souci de la santé publique. Pourquoi Pythagore défendait-il à ses disciples la viande et les liqueurs capiteuses? Pourquoi Socrate recommandait-il toujours aux siens d’adopter une tenue décente pour être agréables aux dieux? Platon enseignait en se promenant dans les allées ombreuses de l’Académie. Aristote fréquentait les berges de lIllisos. Zénon fit de la frugalité une des habitudes essen-

tielles du sage. Epicure défendit de prendre des

plaisirs de la table et des plaisirs de la chair jusqu’à

en éprouver de la fatigue. Tous proclamèrent l’excel-

lence d’une vie bien réglée, partagée entre le travail et le repos et rendue gaie par de saines distractions.

L'Hygiène à Rome. — Disons maintenant quelques mots de l’hygiène à Rome. Conquérante comme Sparte, la ville nouvelle eut aussi la prétention d’égaler Athènes dans le domaine des arts. Donc elle calqua ses mœurs sur celles de ses deux modè-

dut d'in 0 init st

les. Sous les rois etsous la République, elle eut la vertu farouche de Lacédémone. Impériale, elle surpassa Athènes par le luxe, mais non par le goût. Au point de vue hygiénique, nous mentionnerons un édit de Numa qui ordonna l’isolement des malades contagieux ; un autre qui défendit sous peine d’amende de jeter des ordures dans le Tibre et un troisième qui institua une corporation spéciale chargée de ramasser chaque matinles débris de toutes sortes que les esclaves mettaient en tas dans la rue. La maison romaine eut d’abord l’aspect rustique d’une cabane laconicnne ; ensuite elle s’améliora et devint semblable aux plus beaux palais ioniens. La ville fut assainie sous Auguste qui lepremier se préoccupa de la question des égouts,et sous Néron, qui ne craignit pas de faire flamber plusieurs quartiers réputés malsains pour pouvoir, à son gré, faire ouvrir des rues larges et droites. En 364, les pontifes interdirent les jeux sanglants du cirque; le peuple protesta et le Sénat décida de lui offrir désormais ce spectacle officieusement, à titre de jeux privés. En 105, ils furent officiellement reconnus.

L'éducation du jeune Romain ressemblait à celle des enfant d'Athènes ; la décrire serait, à quelques détails près,répéter ce que nous avons dit plus haut. Comme en Grèce, la loi interdisait les mariages consanguins, qui furent cependant admis et pratiqués par les empereurs. Tous les hommes valides étaient obligés de se marier (Lois Caducaires). Le concubinage fut toujours toléré.

À Rome aussi exista une véritable réglementation

de la prostitution. Les filles publiques d'ordre inférieur furent toujours parquées dans les quartiers bas de Subura, dans d’ignobles lupanars, sous Pautorité souvent tyrannique des {énones. Les édiles les surveillaient étroitement et la moindre faute de leur part méritait la prison, le fouet, l’exil ou la croix. Toutes étaient inscrites sur un registre et soumises à la visite d’un médecin. Les tenanciers payaient une forte taxe. La loi fut moins sévère pour les courtisanes de la classe supérieure, celles dont Îles matrones envièrent souvent le luxe, la grâce, la richesse; celles-là étaient libres d'agir à leur guise; mais cependant elles furent astreintes à un costume particulier,la{oga meretricia, souvent tissée dureste . dans une fort belle éloffe et assez indiscrète pour révéler le corps qu’elle drapait, et la mitre, qui emprisonnait les cheveux que les femmes honnêtes seules avaient le droit de porter longs et flottants. La stola, l’instita,les bandelettes de laine blanche, leur étaient interdites.

Comme Sparte et Athènes, Rome brûla ses morts. Ses rites funèbres ressemblèrent aux leurs. Comme elles,elle eut ses fêtes purificatrices et, comme elles, elle craignit les maladies contagieuses. Elle interdit ses portes aux vagabonds, aux étrangers d'aspects misérables et sordides.

Des patrouilles spéciales devaient veiller à la propreté des rues, surtout dans les vieux quartiers où l'air raréfié était plus propre à communiquer les germes. Elle établit le principe d’assistance publique, car ses législateurs savaient que la misère phy-

siologique appelle l’épidémie et que les pauvres et les meurt-de-faim sont à cause de cela dangereux pour une ville. Il y avait à dates fixes des distributions de vivres et de vêtements. Le trésor public aidait le père de trois enfants. La loi Sempronia proposée par Caius Gracchus en 123 fit baisser le prix du blé. La loi Octavia en 130 institua de véritables dispensaires où les nécessiteux trouvaient des remèdes à leurs maux et des bains gratis où ils pouvaient aller. La loi Claudia et la loi Antonia organisèrent le service des alimentarii pueri pour les orphelins et les enfants trouvés.

Ainsi lorsque le christianisme vint proclamer le principe de charité et le droit des pauvres au superflu des riches il trouva déjà commencée par la craintela grande œuvre qu’il allait continuer au nom de la fraternité et de l’amour.

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