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CHAPITRE VIII

L'Hygiène et le Christianisme

Après les prédications de Jésus, le christianisme vint donner au monde une morale nouvelle et lui imprimer un élan vers un avenir plus précis dont le but doit être alteint par l’universalité de la race

humaine. Toutesles religions précédentes furent des instruments de lutte pour la vie offerts par leurs législateurs à des races particulières, limités à l’usage d’un peuple. Le christianisme eut une prétention plus vaste, plus sublime. Il décréta le dogme de la fraternité humaine, il proclama bien haut cette vérité que les religions antiques n’avaient que timidement indiquée. En vertu de ce principe, ilrêva de réunir tous les hommes en un faisceau homogène, en une même famille, en une armée admirable pour les lancer aux bonnes et pacifiques conquêtes du futur.

A côté de ses lois morales, il en édicta d’autres qui sont purement hygiéniques. Nous les trouvons dans les commandements de Dieu et de l'Eglise, dans les rites qui accompagnent certains sacrements el dans la collection des Canons publiés par les conciles.

Les Commandements de Dieu. — Le troisième commandement de Dieu est ainsi formulé:

Les dimanches lu garderas en servant Dieu dévolement. y

Ce qui revient à dire qu’un repos de vingtquatre heures par semaine est nécessaire au bon fonctionnement des muscles. Comprenant cela, l'Eglise garda la sage mesure hébraïque qui fit consacrer par Moïse le sabbat, seulement elle en changea la date, car il luiimportait de rompre complètement avec les anciennes traditions, Au début seul le repos était forcé ce jour-là: « Que chaque premier jour de la semaine chacun melte à part chez soi et rassemble ce qu’il pourra selon sa prospérité, afin qu’on n'attende pas que je sois arrivé pour faire les collectes » (1e Corinthienne, xvi, 2). Ici il n’est encore question ni de prière en commun, ni de sacrifices. C’est vers 140 que Justin fit un devoir aux chrétiens de sanctifier ce jour en l’employant plus particulièrement au service de Dieu. « Le jour du soleil, que ceux qui habitent à la ville et à la campagne se rassemblent dans un même lieu. On y lit les écrits des apôtres et des prophètes autant que l'heure le permet. La lecture finie, celui qui préside prend la parole pour expliquer la vérité qu’on vient d'entendre et exhorter le peuple à la pratiquer. Alors, tous se lèvent ct se mettent en prière; puis on offre le pain, le vin et l'eau » (Apologie, r, 66.) Ce passage est le premier qui fasse allusion à une obligation quelconque où aient été les fidèles d'assister aux offices dominicaux.

L’excellence de cette mesure d’un repos hebdoma-

daire n’est pas à discuter. Elle a été universellement reconnue.

En plusieurs pays, une loi est venue aider à sa réalisation et elle a souvent préoccupé nos économistes et nos hommes d'Etat qui, toujours, s’y sont montrés favorables,

Le sixième commandement nous dit:

Luxurieux point ne seras De corps, ni de consentement.

Lui aussi est sage au point de vue de l’hygiène. I] proclame l'excellence de la chasteté et condamne implicitement la déchéance physique et morale qui accompagne la débauche. Non seulement il met le chrétien en garde contre la fatigue corporelle que cause le commerce trop fréquent des sexes ; mais encore contre les imaginations voluptueuses qui détraquent l’intellectualité, et qui prédisposent à toutes les habitudes communes aux dégénérés de Pinstinct sexuel. C’est en s’attardant complaisamment aux images licencieuses qu’il se plaît à faire naïître dans son esprit que l’homme en arrive à de monstrueuses aberrations génitales.

Le commandement suivant vient comme annexe à celui-ci pour le préciser.

Œuvre de chair ne désireras Qu'en mariage seulement.

Le christianisme réprouve absolument tout commerce charnel illicite. Le concubinage et l’adultère sont à ses yeux des fautes mortelles qui ne peuvent avoir aucune excuse et dont seul le pardon de Dieu peut nous laver. Les adultères et les débauchés

étaient honteusement chassés de l'assemblée des fidèles aux époques apostoliques. Ils étaient publiquement examinés. Dans certaines villes, en obéissance aux ordres de l’évêque, l’épouse coupable fut promenée nue à califourchon sur un âne et son complice exposé au pilori. Tout le monde connaît la cruelle façon dont le chanoine Fulbert fit punir Abai- Jard.La prostitution fut aussi réprouvée par l'Eglise. Cependant les papes semblent lavoir jusqu’à un certain point tolérée dans leurs Etats et nous savons qu’au temps où les abbés avaient lautorité souveraine sur une grande partie de la France mérovingienne, la visite et le maintien de l’ordre dans les lupanars entraient parmi les attributions du barbier des couvents. Les premiers essais de réglementation de la prostitution en France furent faits à l’instigation du clergé. Nous en dirons ici quelques mots.

En 800,Charlemagne,nommé empereur d'Occident, ordonna que les femmes de mauvaise vie seraient dévêtues et battues de verges en public.L’homme qui aurait donné asile à une prostituée devait payer une amende, puis la porter sur ses épaules de chez lui à la place publique. En 1254, saint Louis fit bannir les prostituées. En 1256, il leur interdit l’entrée des églises et des cimetières. En 1360, furent fondées les premières maisons de tolérance parisiennes et le prévôt de Paris interdit aux pensionnaires de ces établissements de porter le même costume que les sages damoiselles. Une ordonnance du 18 septembre 1367 indique comme maisons tolérées celle de l’Abreuvoir, Macon, de la Boucherie, de la rue du Froid-

mantel, du clos Bruneau, de la cour Robert de Paris. de la rue Chapon. En 1369, l’évêque de Toulouse fit savoir par une lettre pastorale qu’il exigeait que toutes les filles qui faisaient commerce de leur corps dans son diocèse portassent une marque sur leurs vêtements. En 1560, l’archevêque de Paris réussit à faire abolir complètement les mauvais lieux. Cette mesure était trop radicale et dut être abrogée,car ses conséquences menaçaient de devenir désastreuses. Une honnête femme ne pouvait plus sortir seule dans les rues.

Saint Louis fut le premier qui fonda des maisons de refuge pour les repenties et qui s’occupa du traitement des maladies vénériennes. En 1565,la municipalité de Paris suivit bien tardivement son exemple et fit construire à cet effet l'Hôpital Général.

Durant tout le moyen âge, les étudiants de la faculté de Paris qui étaient convaincus d'avoir eu commerce avec une ribaude étaient exclus des cours pendant un temps plus ou moins long.

Donc le mariage seul autorise aux yeux de l’E-

glise les rapports des sexes. Dans les premières

années du christianisme, il est probable que les lois matrimoniales ne furent pas tout de suite bien sévères.

Il ne fallait pas effaroucher les infidèles par une morale trop rigoureuse. L’apostolat eut besoin d’être d’abord plein de mansuétude pour réussir dans sa tache de conversion. Ainsi la polygamie n’était alors interdite qu’aux fonctionnaires de l'Eglise : « Il faut donc que l’évêque soit irrépréhensible, mari d'une

seule femme, sobre,etc. » (saint Paul, 1 épitre à Timothée, 11, 2). — « Je lai laissé en Crète, pour que tu établisses des pasteurs dans chaque ville où tu {trouveras quelqu'un d’irrépréhensible, marié à une seule épouse » (saint Paul, Epitre à Tite, 1, 6).

Pourtant la chasteté était déjà regardée comme ia plus grande des vertus. «Il est bon à l’homme de ne point toucher de femme. Toutefois, pour éviter l’impudicité, que chaque homme ait une femme et chaque femme un mari » (Paul aux Corinthiens, vir, 1-2). L’Apocalypse (xiv,14) exalte ceux qui restent vierges et qui, par à même, sont admis à suivre l’Agneau quelque part qu’il aille. Saint Ignace, dans sa lettre à Polycarpe (110),parle avec admiration des gens qui se sont senti la force de faire vœu de chasteté, mais cependant il leur conseille de ne point s’estimer pour cela plus saints que leur évêque qui avait une épouse. Origène poussa jusqu’à la mutilation son désir d'observer la continence.

Il est probable que, pendant les trois premiers siècles, l'Eglise ne considéra pas le mariage comme incompatible avec les fonctions ecclésiastiques. On pouvait recevoir le sacrement de l’ordre après celui de mariage et sans être veuf. Le contraire n’eut jamais lieu ; du reste, le canon xxv ne permet qu'aux lecteurs et aux chantres de se marier après être rentrés dans le clergé. Le concile de Néo-Césarée (315) refusa cette permission aux évêques et aux prêtres. Le concile d’Ancyre, en 318, la donna auxdiacres. Le canon Y dit expressément que le prêtre, après son ordination, peut continuer à cohabiter avec son

épouse. « Evêque, prêtre, diacre après l’onction ne renverra pas sa femme. »

Pour la première fois au concile de Nicée, en 325, un part puissant chercha à faire imposer le célibat aux ecclésiastiques de tout grade.Paphnutius, évêque de la Haute-Thébaïde, s’yopposa eteut gain de cause. Le concile de Granges (360)lança l’anathème contre ceux qui prétendaient que le mariage était incompatible avec la sainteté (Canon 1v). Cependant de plus en plus le célibat s’implantait dansles mœurs sacerdotales. Le concile de Trullo (592) fut le premier à l’imposer. Les sous-diacres, diacres et prêtres purent garder leurs femmes(Canonxu), mais quiconque était élevé à l’épiscopat devait briser les liens du mariage. Il était ordonné à l’épouse de se faire diaconesse et d'aller finir ses jours dans un couvent (Canon xumn).

Cette Loi est encore observée dans l'église d'Orient. Dans l’église Occidentale, le concile d'Elvire (303) imposa aux ecclésiastiques le célibat. Les conciles . d'Orange (441), d'Arles (442), de Tours (461), de Tolède (633 et 539) confirmèrent cette règle. Les papes Innocent I, Léon I et Grégoire le Grand travaillèrent à la généraliser. Seule, l’Église de Milan, appuyée sur l’autorité de saint Ambroise, persévéra dans ses vieilles coutumes jusqu’au xi° siècle. Du reste le célibat ne fut point adopté sans résistance. En 1048, il fallut que Benoît VII décrétät au concile de Pavie que les enfants des prêtres étaient de droit serfs de l’Église et ne pouvaient être affranchis. En 1031, le concile de Bourges édicta des peines contre les prêtres mariés. Léon IX condamna leurs femmes

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à la servitude. Grégoire VIE soumit l’église de Milan à cette règle, dont il fit une loi canonique inviolable (Concile deRome1074).Unerévolte faillits’en suivre.

Nous nous sommes étendu assez longuement sur cette histoire du célibat ecclésiastique car ses conséquences hygiéniques ont quelque importance. Il est incompatible avec certains climats. L'Église autorise le mariage pour le clergé maronite. Les sectes protestantes n’exigent point de leurs pasteurs le vœu de chasteté.

L'Église essaya de régler la discipline du mariage. Elle dressa le catalogue des caresses permises et des caresses défendues. Elle semble avoir tout réglé selon les préceptes de l'hygiène et en vue immédiate du but de l’union des sexes. Les fins qui rendent honnêle l’acte conjugal sont : -1° la génération, 2° le moyen de satisfaire les obligations entre époux, 3° le moyen de prévenir l’incontinence chez les époux, 4° le désir de prouver l'affection conjugale. — Ces quatre fins sont licites, ce qui prouve en somme que la morale chrétienne est plus large qu’on ne le pense habituellement. — Aucune position n’est interdite pour lPaccomplissement de l'acte charnel; la plus excellente est l’habituelle. Toute position contre nature, prise pour un motif légitime, est exempte de faute (saint Thomas). Tous les attouchements sont tolérés; car ils déterminent la coïncidence des deux spasmes génésiques et favorisent ainsi la conception (Père Gary). Les attouchements solitaires constituent une faute grave. Refuser le devoir conjugal est aussi un péché.

L'Église n’admet pas que ceux quiont coutume de vivre dans l’état matrimonial en soient brusquement privés. Les veuves doivent se remarier si F’abstinence leur coûte : « Si son mari meurt, elle est libre de se remarier à qui elle veut » (Paul, EF Corinth., vir, 39).

« Si les veufs manquent de continence qu'ils se remarient, car il vaut mieux être marié que de brüler » (id., 9). — « Je veux donc que les plus jeunes d’entre les veuves se remarient et qu’elles aient des enfants » (id., I Thim., v, 14).

L'Eglise admet de rares cas de nullité de mariage. L’impuissance, les vices de conformation qui rendent le -corps inapte à la génération. Au moyenâge, les tribunaux ecclésiastiques prononçaient sur ces cas de divorce.

Ils soumettaient les époux réputés impuissants à l'épreuve du congrès.

Jamais l'Eglise ne voulut se départir de l’autorité qu’elle prétend avoir sur les questions matrimoniales. Dans son encyclique de février 1880, Léon XIIT réclame avec insistance le droit de régler toutes les questions relatives aux mariages.

Nous avons insisté sur sa juridiction en cette matière, car cela est très important. Les lois matrimoniales sont à la base de toute société et, au point de vue qui nous occupe, elles soulèvent une foule de questions intéressantes que nous n'avons pu qu'indiquer au cours de cette étude.

Les Commandements de l'Eglise. — Les commandements de l'Eglise confirment les commandements

de Dieu. Trois sont des mesures d'hygiène. Le premier, le cinquième et le sixième.

Le premier : Les fêtes tu sanctifieras

Qui te sont de commandement.

favorise le repos du corps à cerlains jours et s’appuie sur les mêmes principes que le troisième commandement de Dieu : « Les dimanches tu garderas, etc. » Les théologiens trouvèrent,à mesure que la vie plus âpre nécessita un travail plus rude, que quarante jours de repos par an n'étaient pas suflisants. Ils obligèrent les fidèles à sanctifier certaines fêtes; d’abord : Noël, Pâques, la Toussaint, puis d’autres solennisant un anniversaire de la vie du Christ ou consacrées à la glorification d’un saint.Elles devinrent tellementnombreuses qu’Urbain VII dut en supprimer et retirer aux évêques le droit d’en créer. Avecles deux derniers commandementsde l'Eglise : Quatre temps vigiles jeuneras El le carême entièrement.

— Vendredi chair nemangeras Ni le samedi mêmement.

nous retrouvons l’obligation à l’abstinence commune à toutes les religions.

Le christianisme n’interdit absolument aucune nourriture : « Mangez de tout ce qui se vend à la boucherie, sans vous enquérir de rien à cause de la conscience, car la terre est au Seigneur et tout ce qu'elle contient » (Paul, I Corinth., x,25).Il chercha, sans en condamner l’usage, à restreindre l’abus des liqueurs fortes : « Ceux qui s’enivrent sont dans les ténèbres ; nous qui sommes du jour, soyons sobres,

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