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- étant revêtus de la cuirasse de la foi et de la charité, du casque de l’espérance (Paul, [re aux Thessaloniciens, 11, 8).
Le même apôtre recommande aux ministres de Dieu de « n’être point adonnés au vin » (Thimothée, 11,2).
Au début des prédications apostoliques, la débauche romaine était effrayante et parmi les abus innombrables que la mode autorisait, Pabus des plaisirs gastronomiques n’était pas un des moindres. Les patriciens partageaient leur temps entre le bain, le lit et la table. Un cuisinier était estimé la même valeur qu’un poète ou qu’un philosophe. — Certains plats coûtaient des sommes fabuleuses. Les riches absorbaient une quantité d’aliments les plus divers et les plus compliqués, et pour que le plaisir des sensations gustatives puisse durer, auprès de la salle de festin il y avait le vomitorium. Certains empereurs ont laissé une réputation de goinfrerie qui les a rendus plus célèbres que leurs édits et leurs victoires. Le résultat de ces habitudes d’intempérance était désastreux. Les poètes latins parlent à chaque instant des souffrances de la goutte, de la gravelle, de maladies du foie et des ennuis de lobésité. La diathèse goutteuse était l’apanage de Paristocratie romaine. La plupart des litières qui parcouraient la voie triomphale aux heures délicieuses des crépuscules d’été portaient des vieillards prématurés à qui les jointures noueuses et les orteils tuméfiés arrachaient des sou- pirs douloureux. Horace envia souvent les paysans du Latium qui ne mangeaient que des fèves bouillies
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et ne buvaient que l’eau claire du puitsi Ce régime leur laissait des membres souples et nerveux bien au-delà de l’âge où tous les riches succombaient aux douleurs d’une infirmité que l’excès de bonne chère amenait fatalement.
Pour réagir, l'Eglise créa l’obligation du jeûne : Deux jours de maigre par semaine, puis abstinence les veilles de fête, trois jours au début de chaque saison et pendant toute la durée du carême. — L’obligation où sont les chrétiens de jeûner date sans doute des premières années de la doctrine; ils continuèrent en cela certaines habitudes juives. Les pharisiens jeünaient deux fois par semaine : « (Luc, xvin, 2).Le Christ lui-même fit une obligation de cette coutume : Et quand vous jeünez, ne prenez pas un air triste comme les hypocrites, etc. » (Mathieu, vi, 16).
« Le temps viendra où l'époux lui sera ôté et alors
ils jeüneront » (Mat., 1x, 15). Elle fut mise en pratique dans les premières assemblées de fidèles : « Et après avoir prié, jeüné, ils établirent des anciens dans chaque église » (Actes, x1v,23). — « Nous nous rendons recommandables en toute chose comme les ministres de Dieu... par le jeüne, par la pureté, etc... » (Paul, IT Corinth., xr, 26). A cette époque, les règles d’abstinence n'étaient pas fixées et chacun faisait selon sa volonté. « Quelques-uns s’abstiennent de tout ce qui a vie, d’autres ne mangent que les poissons parmi les créatures vivantes, d’autres les poissons et les oiseaux parce qu’ils pensent que, d’après le récit de la création, les oiseaux sont sortis de l’eau comme les poissons ; d’autres s’abstiennent, non seu-
lement d'œufs, mais de fruits à coquille; quelquesuns ne mangent que du pain sec, d’autres n’en mangent même pas; d’autres enfin, après avoir jeûné jusqu’à trois heures, prennent ensuite toute espèce d'aliments »(Socrate, Hisloire ecclésiastique, v,22). En 350, le concile de Laodicée prescrivit durant le carème l’usage exclusif du pain et des fruits secs. L'église d'Orient observe encore cette loi.
Il est à remarquer que le carème arrive au commencement du printemps,époque à laquelle le corps, plus excité dans ses fonctions, a besoin de plus de ménagements. Le carème à ce moment équivaut à une véritable cure de sobriété.
Il est probable que les premiers chrétiens s’abstenaient alors de rapports conjugaux : « Ne vous privez point l’un de l’autre, sice n’est d’un consentement mutuel pour un temps, afin de vaquer au jeûne et à la prière » (Paul, Ie Corinth., vn, 5). Maintenant l'Eglise catholique refuse de célébrer les mariages peudant ce temps. — Cependant les usages relatifs au jeûne se sont bien modifiés. Le carème ne conserve plus rien de sa rigueur première. La cour de Rome ayant besoin d'argent jugea commode de vendre des autorisations de toute nature. Pour une aumône, on a le droit à la viande. Le temps est loin où tout homme valide qui transgressait les ordonnances du carème était puni de mort (Capitulaires de Charlemagne, 803) et où les bouchers qui se permettaient alors de vendre de la viande étaient passibles de la même peine (Arrêté de Henri IV).
La forme sensible du sacrement de baptème devait
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correspondre au début à une mesure d'hygiène dont on n’a gardé que le symbolisme moral. Le catéchumène vêtu d’une robe de lin blanc était plongé dans une cuve d’eau tiède. Les Grecs ont conservé cette façon de célébrer le baptême, l'Eglise d'Occident, à cause du climat plus froid, dut la modifier.
Prophylaxie. — Maintenant, avant de terminer ce chapitre, nous devons examiner quelle mesure prophylactique l'Eglise prit contre les contagions. Une terrible maladie épouvanta tout le moyen-âge, la Ièpre. En 1119,on comptait 20.000 lépreux en Europe. Au clergé revient l'honneur d’avoir installé les premières léproseries. Cependant la crainte plutôt que la pitié lui inspira cette mesure. D'abord les malades furent contraints d’habiter loin des villes, à l'écart des routes, dans une hutte de forme spéciale. Ils durent, lorsqu'ils s’éloignaient de chez eux, agiter continuellementune cliquettede bois. Ensuite on les parqua dans des sortes de villages d’où ils ne pouvaient s’ éloigner. — L'Eglise institua même un cérémonial pour séparer les lépreux du monde. Tout individu suspect était signalé à l'autorité ecclésiastique qui le faisait examiner par unecommission.ll fallait que certains symptômes, tels que anesthésie locale, symptômes affectant la peau et les poils, fussent reconnus; alors le malade était condamné à la séquestration. On se réunissait dans la chapelle du couvent le plus proche. Un prêtre exhortait le malheureux à la résignation,puis on le couvrait d’un suaire eton célébrait pour lui la messe des morts. Ensuite il était conduit en pompe à la ladrerie par des péuitents en cagoules
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noires. La procession funèbre s’arrêtait devant une cabane neuve, que les habitants de la cité maudite avaient édifiée pour le nouveau venu. Il se mettait à genoux, un fossoyeur lui jetait une pelletée de terre sur la tête pour bien lui montrer que désormais il était mort au monde. On lui donnait une robe de bure, des sandales, un masque, des gants, une panetière, un barillet, une écuelle de bois et la cliquette destinée à faire fuir les gens à son approche. Avant de abandonner, l’officiant lui lisait le règlement sur les lépreux. Tout acte nécessitant la communauté avec le dehors lui était interdit. A la moindre infraction à cette loi, on le pendait, on le brülait, on l’arquebusait sans aucune pitié.
Les malheureux conçurent une haine violente contre la société qui les rejetait ainsi. Ils se rendirent coupables de crimes monstrueux. Leurs villages furent des repaires de vice.—«Tousles ladres devinrent trompeurs, furieux, lubriques » (Ambroise Paré).
Cependant, malgré son manque d'humanité, il faut convenir que la résolution que l'Eglise avait prise contre eux sauva l’Europe de la contagion. Les dernières léproseries furent supprimées en France en 1672. Mais la maladie n’en est pas absolument disparue ; elle y a encore aujourd’hui quelques rares foyers en Bretagne, dans les pays basques et dans le comté de Nice, peut-être même a-t-elle quelques points de communauté avec quelques autres affections, tels que la syringomyélie et le panaris de Morvan; nous n’avons point à discuter la chose ici, ce serait sorur de notre sujet.