CHAPITRE IX
La Médecine légale dans les législations religieuses
Aux religions appartient la gloire d’avoir introduit la coutume de l'expertise médicale dans le code criminel.
En principe, toutes, quoique la plupart s’en soient, hélas ! bien éloignées, s’appuient sur le principe de justice. Elles se reconnurent le droit de juger les hommes et prétendirent avoir reçu ce droit de Dieu même, être dépositaires de sa justice souveraine. Pour amender les coupables et en débarrasser la société, elles inventèrent le châtiment, pour récompenser les héros et les saints et pour fortifier l’enseignement de l’exemple,elles inventèrent les récompenses.
Il était souvent difficile de déterminer la culpabilité d'un prévenu et naturellement lidée vint aux législateurs d’aider alors la tâche du juge par une expertise confiée à un membre de la classe sacerdotale spéciale vouée à l’exercice de la médecine. Le médecin à qui incombaïit cette grave fonction devait prêter serment devant les autels.
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Chez les Indous. — Les premières prescriptions relatives à l'expertise médicale sont contenues dans les lois de Manou. Le chapitre var mentionne un certain nombre de crimes dont la découverte nécessite un examen.
Sont passibles de châtiments plus ou moins grands les actions suivantes : tuer un brahmane, commettre un adultère, souiller une jeune fille, détruire un fœtus dont le sexe est encore inconnu, toucher le sein d’une femme mariée ou ses parties génitales, se laisser toucher par elle, faire violence à une vierge, la souiller de force par le contact des doigts ou complètement (vur, 358,364,3067; x1, 87).
Une femme qui a souillé une autre femme, un homme qui a attenté aux mœurs d’un autre homme ou qui a commis des actions infâmes avec des animaux est aussi sous le coup de la loi (Manou, vin, 369,370; x1, 173,174).
Dans ces différents articles sont prévus tous les cas d’attentat à la pudeur, de viol, de pédérastie, de bestialité. Les coutumes judiciaires indoues exigent qu'un brahme médecin examine le coupable et la victime pour voir si le crime n’a point laissé chez eux quelques traces qui permettent de rejeter tous les doutes sur son accomplissement. Ce brahme, avant de procéder à son examen, récite certaines formules védiques, invoque la divine trimourti et jure de conformer ses dires sur la vérité la plus stricte.
Chez les Bouddhistes. — Le Bouddhisme dut emprunter au Védisme cette sage coutume. Encore
actuellement, en Chine, le médecin requis par les tribunaux prononce le sermentdevantl’autel du dieu FÔô ou devant celui des ancêtres. S’il se laisse guider dans ses déclarations par quelque passion vile, les prêtres le maudissent et il est soumis aux plus effroyables tortures.— Au Japon, le médecin repré- . sentant les anciennes doctrines qui réside au palais du Mikado estsurtout un médecin légiste. Au Thibet, toute victime d’assassinat est examinée par les lamas. :
En Egypte. — Dans la vieille Egypte, l’expertise médicale était pratiquée par les prêtres du dieu Thot. Ils avaient une façon curieuse de s’assurer de la culpabilité d’un prévenu accusé de viol ou d’attentat à la pudeur. Celui-ci était amené dans une salle du temple et lié sur un lit. Alors Les hiérodules nues ou simplement vêtues de robes transparentes venaient danser devant lui. Si ses organes trahissaient son émoi, il était déclaré coupable et irrévocablement condamné.
Les femmes adultères étaient livrées aux esclaves et aux forçats. Les jeunes filles accusées de crimes contre nature devaient subir l’assaut du bouc Mandou. Le dieu désignait par son ardeur ou par son dédain si l’accusée était vraiment coupable (Papyrus judiciaire).
À Babylone. — À Babylone, le médecin légiste n’était autre qu’un astrologue. Il observait si les signes planétaires de l’accusé étaient en antagonisme avec les signes planétaires de la victime. Souvent aussi il s’en rapportait aux présages et avait recours