‹ La Médecine et les ReligionsChapitre 59 sur 67 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Les Pèlerinages

Dans les chapitres précédents, nous avons étudié les préceptes d'hygiène imposés aux dévots par les législateurs religieux, et nous avons vu en quoi les diverses religions ont prêté un inconscient, mais efficace concours à la médecine. Malheureusement elles n’ont point toujours été des alliées aussi fidèles, et souvent de graves désaccords s’élevèrent entre elles etles sciences médicales. Ces désaccords persistèrent jusqu’à notre époque et il sera longtemps difficile de les faire cesser, car ils reposent sur deux convictions opposées, l’une qui s’appelle la foi des peuples et l’intérêt du clergé, l’autre qui puise sa raison d’être dans les découvertes des savants, acharnés depuis des siècles à la croisade merveilleuse de l’esprit humain contre la maladie et la mort.

Nous devons voir maintenant comment certaines habitudes de dévotion, certaines exagérations des cérémonies rituelles sont devenues des dangers pour

la santé publique.

L'état d'âme habituel de l'individu réellement croyant se caractérise par une insouciance absolue

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pour toutes les choses matérielles. L'âme plane dans un monde supra-terrestre et s’habitue à une vie irréelle et contemplative, à laquelle toutes les imperfections corporelles ne sauraient porter atteinte.

Cuirassé dans sa foi, le dévot est invulnérable et si quelque malheur ou quelque maladie le frappe, c’est par la volonté de Dieu à laquelle il faut se soumettre sans murmurer. Dans toute religion entre un élément de fanatisme; je ne peux voir au point de vue psychopathique nulle différence entre Catherine Hemerich qui implorait de Dieu les misères corporelles et que saluait par des actions de grâce l’apparition sur sa pauvre chair en lambeaux d’un nouvel abcès tuberculeux, et ce mendiant musulman couvert d'ulcères que je rencontrai un jour à la porte de la mosquée d'Eyoub, et qui me donna cette seule explication à son mal: « Allah l’a voulu, Allah soit béni! »

C’est dans cet état d'âme particulier que l’on peut trouver,je crois, l’explication de l’inertie des clergés, même éclairés, en face de certains dangers publics que les découvertes médicales interdisent de nier. Malgré l’effrayante fréquence de la syphilis en Russie, Les popes continuent à donner à boire au même calice, le vin de la communion aux dévots qui viennent leur demander une gorgée du sang du Christ. — Est-ce que les germes morbides ne pullulent pas dans l'eau des bénitiers? La chlorose, l’anémie, la tuberculose ne guettent-elles pas sous chaque voûte des cloîtres la jeune religieuse qu’une nourriture insuffisante, que le manque de sommeil et le manque d’air livrent à leurs attaques ? Combien de fakirs

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