‹ La Médecine et les ReligionsChapitre 60 sur 67 · LE · texte numérisé non relu

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meurent sous la dent des tigres ou la morsure des kobras, pour n'être pas rentrés à la nuittombante dans une maison fermée aux investigations des bêtes malfaisantes? — Il serait loisible de multiplier ainsi les exemples.

Les dangers les plus grands auxquels les religions exposent leurs fidèles sont sans contredit dans l’ha-

bitude des pèlerinages. Aussi étudierons-nous spé-

cialement dans ce chapitre ces sortes: de manifestations rituelles. Nous verrons comment et à quoi ils exposent l’humanité tout entière.

L'espoir est une plante vivace qui fleurit au cœur humain. Les religions la cultivent au point de la développer tellement qu’elle seule règne en maîtresse au jardin clos de nos sentiments et de nos facultés, après avoir étouffé toute autre végétation sous ses rameaux. L'espoir seul a conseillé l’ascétisme des saints; c’est lui qui peupla la Thébaïde; seul il conseilla au fakir indou de quitter ses habits et d’exposer pendant des annéesses membres nus aux rigueurs des saisons ; seul il précipita les hordes musulmanes

sur la chrétienté. Il donne la vision d’une immor-

talité merveilleuse que chacun conçoit selon son caractère et ses désirs, et fait faire, pour acquérir cette immortalité-là, des choses surhumaines, des actes d’héroïsme et de folie. Les prêtres connurent de tout temps sa vitalité et spéculèrent sur la griserie du parfum qu’il distille. Ce fut pour eux une inépuisable source de richesses. Ils fondèrent pour cela les pèlerinages. Des lieux furent désignés à la crédulité des fidèles où les dieux furent censés avoir accompli

certains actes importants de leur légende. Il fut décrété que la visite de ces lieux saints serait une assurance de l’éternel salut. A d’autres endroits la divinité apparut, comme garante de son alliance avec son peuple, et promit des miracles. Vers ces lieux saints la foule se rua, grisée d'espoir. On vit les coupables et ceux dont l’âme timorée se complaisait dans des transes continuelles, venir y implorer le pardon et le calme et y reconnaître le chemin du ciel. On vit les malades, les infirmes venir y chercher la fin de leurs maux, la guérison, la santé que les dieux distribuent dans leur mansuétude. Des bourgades hier inconnues devinrent des villes puissantes. Toujours la classe sacerdotale régna sur ces villes nouvelles et sut y vivre du produit des quêtes et des dons. — Tout cela serait très bien, si la police sanitaire était faite parmi les milliers de dévots qui viennent se jeter au pied des autels miraculeux, mais il n’en est rien ; alors l'encombrement et la misère engendrent de terribles épidémies, qui de là se répandent à travers les nations.

Voyons un peu tous les lieux de pèlerinages qui furent et sont célèbres, et nous reconnaîtrons que tous, à peu d’exceptions près, furent et sont des foyers épidémiques dangereux.

Pendant l'Antiquité. —L'antiquité classiquenous a conservé le souvenir de pèlerinages célèbres : Ephèse où les peuples allaient prier la symbolique Arthémise, Olympie où régnait Zeus souverain, Cnide et Amathonte consacrés à Aphrodite, Diodome et Delphes dont lesdieuxrendaient des oracles. A cer-

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taines périodes, des milliers de pèlerins encombraient ces cités saintes. Les Grecs comprenaient si bien le danger de cetencombrement, qu’ils avaient àce sujet des lois sévères. Nous avons vu qu’il était défendu de naître et de mourir sur les territoires sacrés. Impitoyablement les malades et les suspects étaient éloignés, et malgré cela il est à croire que souvent de grandes épidémies sévirent.Au1ix° siècle avantJ.-C., la peste ravagea la Grèce. On l’y retrouve aux vire, vit et ve. Il seraitintéressant de savoir si son apparition cuïncida avec des pèlerinages fréquentés ; malheureusement les documents nous manquent pour trancher laquestion, en tous les cas,ilnous est permis de pencher vers l’affirmative.

En un temps où les relations commerciales n’étaient pas encore très développées, les relations reli. gieuses surtout mettaient les peuples en rapport. En Egypte, le Nil fut un dieu. Des villes saintes s’élevèrent sur ses rives. Nous retrouverons dans l'Inde cette tradition d’un fleuve sacré. Les sanctuaires égyptiens miraient leurs façades dans l’eau bienfaitrice et fécondante et,à certaines époques, des barques nombreuses portaient de l’un à l’autre les pèlerins: Les fêtes en l'honneur d’Isis en réunissaient des centaines de mille à Thèbes. Autant allaient à Memphis se prosterner devant l’Apis. Beaucoup n’hésitaient pas à aller implorer la grande déesse et son immortel époux à la lointaine Phylé. Ces voyages ne s’accomplissaient pas sans fatigue, et la misère physiologique, jointe à l’encombrement des pèlerins, faisait éclater de terribles épidémies. Oribase,

dans son quatrième livre,et Rufus d’Ephèse, dans les commentaires qu’il en fit, nous ont transmis le souvenir de la peste qui semblait alors endémique en Lybie, d’où les pèlerins l’importèrent souvent dans la populeuse vallée du Nil.

Ce qui se passait en Grèce et en Egypte se passait aussi en Palestine. Les Hébreux devaient visiter le temple du vrai Dieu durant la semaine de Pâque. A ce moment, Jérusalem était encombrée et, malgré les précautions prophylactiques prises par les sacrificateurs, des maladies sévissaient. C’était le temps où, à la faveur d’une promiscuité souvent malpropre, apparaissaient les dermatoses si fréquentes parmi les Juifs, contre lesquelles les législateurs et les prophètes durent à plusieurs reprises prendre des mesures sévères.

Au Moyen-Age. — Le christianisme développa encore davantage cette coutume. Rome, capitale de la chrétienté, vit venir à elle comme en un port de refuge toutes les âmes tourmentées, toutes les âmes coupables. La santé publique n’en fut pas meilleure. Lorsque sainte Hélène eut retrouvé la croix de Jésus, les croyants affluèrent vers Jérusalem où les moines se plaisaient à identifier, souvent bien à la légère, les lieux que la passion avait rendus célèbres. La domination musulmane n’arrêta point cet élan et le moyen-âge vit se constituer des ordres de pèlerins qui faisaient vœu d’aller, souvent à pied et en mendiant, visiter le saint sépulcre. Beaucoup n’arrivaient point au but de leur voyage et mouraient de fatigue et de misère à un carrefour de

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