‹ La Médecine et les ReligionsChapitre 6 sur 67 · RE RES · texte numérisé non relu

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ma, à Roudra, aux Acvins et à Dhanvantiari un sacrifice de miel, de beurre et de lait; le second jour était tout entier consacré à la prière et au jeûne ; le troisième jour, les jeunes disciples recevaient le cordon d’investiture ; le quatrième, on allumait le feu sacré, symbole de l'intelligence et de la vie ; l'élève en faisait lentement le tour et prononçait le Charaka. Le Charaka était le serment solenne! par lequel le jeune homme s’engageait à vivre selon les règles de la corporation, à ne jamais employer sa science pour exéculer des actes mauvais, à soigner les pau-

. vres aussi bien que les riches, à abandonner comme

indigne de lui toute idée de lucre ou de vengeance. Après le Charaka, l’élève était soumis pendant toute la durée de ses études à une règle sévère. En voici quelques passages tirés des lois de Manou. « Tous les jours après s’être baigné, lorsqu'il est bien pur, qu’il fasse une libation d’eau fraîche aux dieux, aux saints et aux mânes; qu’il honore les divinités et alimente le feu sacré. — Qu'il s’abstienne de miel, de viande, de parfums, de guirlandes, du suc savoureux extrait des végétaux, de femmes, de toute substance douce devenue acide, de mauvais traitements à l'égard des êtres animés; — de substances onctueuses pour son corps, de collyre pour ses yeux, de porter des souliers et un parasol; qu’il s’abstienne de désirs sensuels, de colère, de cupidité, de danse, de chant, de musique; de jeu, de querelles, de médisance, d’imposture, de regarder les femmes; de les embrasser, de nuire à autrui. — Qu'il parcoure en mendiant les villages et qu'il ne

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cesse jamais de mendier, car vivre d’aumône est regardé comme aussi méritoire pour l'élève que de jeûner... » <

Il y a encore à la suite une vingtaine de vers. En un mot l'étudiant doit mener une vie de sanctification et de prière, car c’est à un sacerdoce qu’il se prépare. Cette ligne de conduite serait peu du goût de la majorité des étudiants qui fréquentent actuellement les facultés. Nos jeunes confrères indous y sont-ils toujours fidèles? Nous ne voulons faire aucune enquête dans ce sens. Ce qui est semble inférieur à ce qui doit étre.

L'enseignement était gratuit. Cependant Manou recommande au jeune praticien de ne pas oublier son maître à la fin de ses études.

« Donne-lui, alors, un champ, de l'or, une vache, un cheval, un parasol, des souliers, un siège, du riz, des herbes potagères ou des vêtements pour te concilier son affection. »

L'enseignement était théorique et pratique. L’enseignement théorique portait sur l’histoire véridique et légendaire des maladies et des remèdes, sur l’influence des astres et des pierres précieuses qui jouent un grand rôle dans la thérapeutique indoue, sur la façon d'extraire le suc des plantes et de préparer les breuvages. L'élève apprenait par cœur les formules conjuratoires et les prières qu’un bon médecin doit faire à Soma, à Agni, aux Acvins, à Roudra et à Dhanvantiari. —Ces noms s’appliquent à de doubles personnalités. — Pour le peuple, Sama est la déesse de la jeunesse et des désirs sensuels; Agni le dieu

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conservateur du monde; les Acvins et Roudra, « le plus médecin des médecins », des divinités bienfaisantes poursuivant impitoyablement les maladies et les génies malfaisants. Pour les sages, pour les brahmanes, initiés à la connaissance d’un dieu unique, chacun de ces mots désigne une abstraction métaphysique, une attribution de l’Inconnaissable. Soma, la liqueur de vie, est la force mystérieuse qui tire les êtres du néant, la force vitale, animique; Agni symbolise le feu immatériel de l'intelligence divine, l’immortalité; les Acvins sont l’universalité des choses créées ; Roudra personnifie le renouvellement éternel des choses, le cercle des recommencements, la naissance et la mort, la transmigration des âmes. Seul Dhanvantari est un héros. C’est lui l’Esculape des Indous. Sage Brahmane, il a reçu de Brahma la science universelle et Dieu lui permit de révéler la médecine aux hommes.

L'enseignement pratique peut à bon droit fairerèver les professeurs de clinique chirurgicale. Comme il est interdit au juste de répandre le sang des bêtes, comme, d’un autre côté, celui qui touche un cadavre devient impur, on pratique des simulacres d'opérations sur des feuilles, sur des écorces, sur des fruits, sur des figurines de terre glaise. Le procédé se juge de lui-même et n’a pas besoin de commentaires. On ne peut envisager sans stupeur et inquiétude des chirurgiens qui ont gravement laparotomisé des grenades pendant tout le courant de leurs études!!

D'ailleurs les leçons étaient soumises à une foule

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