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route. Leur corps, tombé derrière une haie, y pourrissait tranquillement et engendrait la peste aux alentours.
Lorsque Jérusalemfut tombée au pouvoir du farouche Hakem, ses troupes fanatiques molestèrent les chrétiens. Pierre l’Hermite fut indigné de tels procédés. Il mit son éloquence au service de son indignation. L'Europe cria : « Dieu le veut! » Les grands prirent la croix. Les croisades furent de véritables pèlerinages militaires. Les rois faisaient vœu d’une croisade ettraînaientdes troupes innombrables poursatisfaire leur soif mystique. Il est à remarquer que ce temps fut celui des graudes épidémies. La lèpre augmenta dans des proportions effrayantes. Que devinrent les premières hordes qui, les yeux brillants d’extase, ignorantes et pauvres, se ruèrent comme un torrent vers Jérusalem, où leur foi les poussait?
Pas un n’atteignit le but. Pierre l’Hermite vit mourir ses compagnons par milliers. Leurs corps jonchèrent les routes d'Allemagne et de Hongrie. La peste, Le typhus, la dysenterie suivaient leur lamentable exode. — Les autres, plus disciplinés et plus prévoyants, furent plus heureux et gagnèrent la ville vers laquelle tendaient leurs rêves, mais la mort ne les épargna guère cependant; tout le monde connaît cette terrible peste qui fit mourir Louis IX et dont s’effraient les petits enfants qui apprennent l’histoire. Elle ne fut malheureusement point unique. Si l’on pouvait comparer le nombre de croisés que les flèches musulmanes couchèrentsur le champ de bataille,
au nombre de ceux que les épidémies tuèrent après de lentes et terribles agonies, il est bien probable que ce dernier chiffre serait le plus élevé.
Jérusalem ne fut pas le seul but des pèlerinages du moyen-âge. Les fidèles allaient aussi à Saint-Jacques de Compostelle,en Espagne. Au x° et au xn° siècle,ils y furent cruellement éprouvés par la maladie. Ils allaient encore à Tours,prier saint Martin, qui ne sut point les défendre contre plusieurs épidémies meurtrières. Get état de choses se perpétua pendant la renaissance et après.En date du premier août1738, le roi de France dut promulguer une ordonnance défendant aux pèlerins de sortir du royaume, et d’y rentrer sans une permission de l’évêquediocésain, et les soumettant, lorsqu'ils étaient suspects, à une sorte de quarantaine. — Cette ordonnance fut prise pour faire cesser certains maux. Les pèlerins, inviolables et jouissant du droit d’asile dans les couvents, y semaient la contagion, qui de là gagnait des provinces entières.
Dans l'Occident contemporain .— La Révolution fit cesser pour un temps les pèlerinages en France; mais le clergé ne devait point laisser mourir ainsi cette vieille coutume. La Restauration et le second Empire la virent reparaître. On essaya d’abord de lancer la Salette. Encore aujourd’hui, trente mille pèlerins y montent annuellement; mais cela n’a rien de comparable à la vogue de Lourdes. — Trois cent mille fidèles y viennent chaque été implorerla Vierge. Les malades du monde entier y affluent. Nous ne nous attarderons point à parler de cette manifesta-
tion religieuse dont l’étude mériterait d’être faite à part, au double point de vue de la psychologie et de la pathologie. On pourrait y trouver de merveilleuses observations de névropathies. On y rencontre assurément toutes les affections nerveuses si nombreuses à cette époque. Celles-là y guérissent et cela n’a rien d’extraordinaire. Au point de vue de l’hygiène on peut se demander quel résultat doit avoir la promiscuité des piscines et aussi la façon dont les pauvres accèdent au sanctuaire et vivent quelques jours auprès de lui. Des trains, composés uniquement de wagons de troisièmes empruntés au vieux matériel des compagnies, arrivent bondés de pauvres gens qui souvent y sont restés enfermés durant plusieurs nuits. Je connais une brave femme de la campagne qui en conserve comme souvenir un rhumatisme oculaire fort douloureux. Elle fut exposée pendant de longues heures au vent d’une portière que l’encombrement du compartiment forçait à tenir ouverte; depuis, elle souffre horriblement, heureuse encore de n’avoir pas perdu la vue. Les trains cahotent leur marchandise humaine à travers les campagnes. Les voyageurs ont payé un tarif réduit qui ne leur donne droit à aucun confortable, à peine ont-ils le temps de satisfaire leurs besoins durant de courts arrêts. Ils mangent comme ils peuvent et de ce qu’ils ont apporté.
Plus lamentable encore est l’aspect des convois de . malades. Malgré de nombreux infirmiers et infirmières, dont la foi et la bonne volonté n’ont du reste d’égal que linexpérience, les malheureux qu’un suprême espoir conduit vers la grotte miraculeuse,
râlent durant les heures lentes que scandent les rudes secousses du train. Ils délirent, ils clament la soif, ils rugissent de douleur sur d’étroites banquettes que les compagnies décorent emphatiquement du nom de couchettes. Nombreux sont ceux qui meurent en route.
Rendusà Lourdes,les pauvres,quisouventn’avaient que l'argent du transport, ont à choisir entre la belle étoile et des asiles de nuit où l’encombrement rend l'air irrespirable. Entrer le matin dans une salle où des centaines d’indigents ont vécu pendant les heures nocturnes, est épouvantable. Le sol est jonché de débris de toutes sortes.dont l’odeur vous prend à la gorge et vous ferait reculer sans un effort de volonté bien réel. Joignez à cela une nourriture insuffisante et une surexcitation nerveuse très grande, en voilà plusqu’il n’en faut pour préparer un bon terrain à l’éclosion de la typhoïde. Combien de pèlerins en meurent en rentrant chez eux?
Cependant, nous devons dire que depuis quelques années de réels efforts ont été faits pour sauvegarder à Lourdes l'hygiène publique. Les asiles sont mieux tenus qu’au début. Des hôpitaux ont été fondés pour hospitaliser les malades. Des distributions de soupe et de pain sont faites aux pauvres. Un comité médical fonctionne ; mais tout cela est encore bien insuffisant et si la police des piscines est mieux faite qu’au temps où tout le monde pouvait s’y plonger ety boire sans contrôle l’eau, après une journée de baignades, y est encore d’une pureté équivoque.
Les pèlerinages étrangers les plus en vogue sont ceux de Lorette, en Italie (cinq cent mille personnes le font chaque année) et de N.-D. d’Einsiedeln, en Suisse. Les statistiques y comptent cent cinquante mille pèlerins. Ce que nous avons dit de Lourdes s'applique également à Lorette et à Einsiedeln.
Depuis quelques années, on va beaucoup à Rome vers le temps de la semaine sainte. L’année du Jubilé pontifical y amena une foule énorme. Il est à remarquer que lPautomne suivant vit sévir, à Paris et dans les principales villes de France, une épidémie à forme grippale qui présenta des caractères de gravité inaccoutumée; la mortalité fut grande.
Pèlerinage chrétien à Jérusalem. — Jérusalem aussi estredevenue à la mode. L'Agence Cook contribua à y ramener de nombreux pèlerins. Les Jésuites frétèrent un navire, Notre-Dame-du-Salut, pour conduire les fidèles de Marseille à Jaffa. Mais ce sont surtout les Russes qui fournissent le grand contingent de ceux qui viennent tous les ans se prosterner et pleurer au Saint-Sépulcre. Le gouvernement y trouve, paraît-il, un dérivatif précieux aux idées révolutionnaires qu’il craint de voir se répandre dans les campagnes. Il occupe l’esprit simple des moujicks à des spéculations mystiquesafin deleur enlever le loisir de l’employer à des spéculations politiques. Chaque année, une somme est prélevée sur le trésor impérial pour payer le voyage à quelques centaines de malheureux. Beaucoup viennent des provinces reculées s’embarquer à Odessa. Ceux qui font le voyage à pied ne sont pas rares. Leur
misère physiologique est effrayante et terribles peuvent en être les conséquences ;
Il y a quatre ans, j'eus l’occasion de faire une traversée sur un paquebot chargé de deux mille pèlerins russes. Sales, déguenillés, sordides, couverts de vermine et d’ulcères, ils encombraient les entreponts. Dans l’Archipel nous eûmes une forte houle, le mal de mer les terrassa les uns sur les autres. Il était impossible de marcher à bord sans heurter du pied des tas de malades et sans marcher dans leurs vomissements. Trois moururent avant les Dardanelles. — De quoi? Mystère. — J'étais passager et à ce titre il me fut impossible d'obtenir le plus petit renseignement sur leur décès. Le matin, à l’aube, quand tout le monde dormait encore, on jetait leurs corps en pâture aux requins. Inutile de dire qu'à notre arrivée nous dûmes subir une quarantaine rigoureuse. La santé avait trouvé de nombreux cadavres de rats dans la cale.
Dans l'Inde. — Maintenant jetons un rapide coup d'œil sur les pèlerinages de l’Inde. Les eaux du Gange sont saintes. Heureux celui quis’y baigne, il
est du coup lavé de ses fautes et son âme redevient :
pure comme une âme d'enfant! Heureux celui qui meurt en le regardant, il est assuré de l’éternelle béatitudet Heureux celui dont elles emportent la cendre, il s’unira pour toujours à Brahma l’éternel
et le cycle de ses réincarnations est terminé! La foi.
éleva de nombreux sanctuaires sur les rives du fleuve divin et à chacun d’eux, depuis d'innombrables années, les fidèles viennent en foule. D’abord, c’est la
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Bouche de la Vache, la caverne mystérieuse creusée au flanc de l'Himalaya et dont l’eau sort en bouillonnant. Plus loin, c’est le vieux temple de Gangotri, puis Haridvar, au pied des montagnes, puis Allababad au confluent du Gange et de la Jumma, puis la sainte Bénarès, puis Ganza Sagar dans une île que forme les bouches du fleuve. En dehors du territoire que le fleuve béni arrose, nombreux encore sont les lieux de pèlerinage: Gaya dans la province de Behar, Pouri où sont les chars de Jagannatha, Eléphanta dans le Malabar, Ellora, Biskourma, Chadnée, Madras, Conjeveram, Poorée, Tupetty, Mahadéo, Trivellore, Ramesvaram l’île de Civa séparée du continent par le détroit de Pambam. Chacune de ces villes de prières, chacun de ces rendez-vous de la” foi brahmaniste a son intense poésie mystique, mais, hélas ! aussi son danger.
La Bouche de la Vache, Gangotri, Haridvar se trouvent dans les districts montagneux que le fleuve traverse avec une impétuosité de torrent, de rapides en cataractes. Une maladie spéciale connue sous le nom de Mahkamarée y règne à l’état endémique. Elle présente quelques analogies avec la peste. Les pèlerins la contractent souvent et en meurent. Ils la transportent aussi avec eux et contaminent des régions entières. En 1823, 1836, 1838, 1897, de grandes épidémies eurent cette origine. À Allahabad, 250.000 fidèles viennent prier chaque année ; tous les douze ans, à la grande fête de Kamb-Mela, ils sy rencontrent au nombre d’un million. Il est à remarquer qu’à ce moment la mortalité augmente dans la région.
Bénarès est par excellence la ville sainte du Brahmanisme. La classe sacerdotale l’habite et ses habitants concentrent toute l'intensité de leur vie sur le bord du fleuve. Deux cent temples, cinq cent mille idoles se mirent dans le large miroir de ses eaux. Il roule majestueux et vraiment divin dans un paysage de marbre et d’or, et tous les jours les fakirs plongés dans son onde implorent de lui leur réintégration au sein de l’inconnaissable Brahma. C’est lui qui emporte la cendre des morts, ses vagues charrient des couronnes de fleurs qui lui sont offertes. Les bûchers funèbres fument sur ses berges. Les vaches sacrées viennent tranquillement boire à son lit, l’eau immortelle et féconde; les singes de Genesa gambadent sur les escaliers dontils mouillentles basses marches. Les pigeons de Rama nichent, innombrables, dans les branches qui pendent en berceaux au-dessus de sa surface. Hommes et bêtes grouillent vers lui, se plongent en lui, s’abreuvent en lui, meurent en lui. Des débris de toute sorte lui sont jetés comme un hommage. Il emporte des fleurs, des herbes, des vêtements, des cadavres. Un parfum violent flotte audessus de lui, parfum mélangé d’odeurs exquises et rares et de puanteurs extrêmes. Dans son dernier livre, Pierre Loti a noté avec un rare talent lout le charme mystique de Bénarès, il a exprimé aussi avec un peu d’effroi, l’intense sentimentalité morbide qu’elle dégage, ville unique de rêves fous, de vie et de mort.
Les pèlerins affluent vers elle. Ils viennent y contempler le Lingam de Visvesvara, y adorer Anna
Pourna, la déesse nourricière, Sakchi, Vynayska et la hideuse Ganesa, cruelle et jamais lasse de détruire. Ils viennent y goûter l’eau des étangs de Jnanavapi ct de Manikarnika, eau fétide à cause de la profusion des fleurs qu’on y jette. Et de graves épidémies éclatent, qui fauchent sans merci parmi ces gens que la folie religieuse et l’ascétisme ont mis en état d’infériorité physiologique notoire. Le Gange porte à ses rives la fécondité, il leur porte aussi la contagion. Depuis Bénarès jusqu’à la mer, il est empoisonné, chacune de ses gouttes distille Le choléra et la peste. Les autorités anglaises ont dû intervenir pour veiller à la complète incinération des corps qu'on lui livre. Autrefois, il charriait des cadavres à demi carbonisés qui pourrissaient au soleil et dontles insectes suçaient à loisir les chairs verdies. En plus de la peste et du choléra, Bénarès voit sévir l’actinomycose,la pseudotuberculose aspergillaire et le charbon. Un grand nombre d'animaux sacrés, surtout de vaches et de pigeons, vivants en complète liberté, semblent en être la cause.
Aux bouches du Gange, les sanctuaires de Sagar sont visités à chaque printemps par 100.000 pèlerins. L'île est entourée de marécages brûâlants, de lagunes, de jungles humides. Le paludisme et le choléra ÿ règnent continuellement, la mortalité y est terrible, les bûchers funèbres ne s’y éteignent jamais. Que dirons-nous encore de Gaya, visitée chaque année par cent cinquante mille personnes? La ville est perchée au sommet de hautes roches qui dominent le Phalgor. Tous les égoûts se déversent dans cette ri-
vière et l’empoisonnent. À Pouri un million de fanati ques viennent aux fêtes de Jagannatha, s’attellentaux chars des dieux qu’ils roulent autour des temples. La folie du suicide s'empare de quelques-uns. Ils se jettent sous les grandes roues de bois cerclées de fer et se font écraser sans gémir, en murmurant des prières de supplique et d'amour. Le soleil active l’éclosion des germes.dans les cadavres laissés sans sépulture. Un voyageur raconte qu’à plus de cinquante milles autour de la ville les routes sont semées de squelettes. Dans l’île d'Elephanta, auprès de Bombay, le choléra faisait de tels ravages que ladministration britannique dutintervenir. Les temples y sont maintenant à peu près désertés. Il n’en est pas de même des souterrains d’Ellora. Cette montagne merveilleuse, que le génie des sculpteurs a transformée en une gigantesque ville de rêve, où l’on ne compte pas moins de trente-deux sanctuaires, dont quelques-uns ont plusieurs milliers d'années d’existence, attire encore la foule.Les couloirs et les sailes y sont sombres et humides. Ceux qui y prient sont exposés aux maladies de poitrine, à la malaria et à la dysenterie.
Les Pèlerinages musulmans. — Ces quelques pages suffisent à établir l’insalubrité des pèlerinages indous, voyons maintenant si ceux des musulmans s’accomplissent dans des conditions hygiéniques meilleures. Il faut, hélas! avouer que non.
Les musulmans du monde entier se rencontrent annuellement à La Mecque. On y compte 8.000 Malais, 25.000 Indiens, 6.000 Chinois, 4.000 Souda-
nais, 50.000 Arabes, 40.000 Marocains. La ville est malsaine, dominée par des montagnes arides, étouffée au fond d'une vallée étroite. Elle n’a pas assez d’eau potable. Les pèlerins y arrivent après mille fatigues. La dernière journée du voyagedoit être faite nu jusqu’à la ceinture, sous un soleil torride. Tous se renferment durant de longues heures dans la mosquée ; tous en font le tour dans la‘ poussière du plein midi; 200.000 bouches embrassent la pierre noire. On immole à Mina des victimes dont le sang se coagule sur la terre. Les Indous y ont apporté Le choléra qui ne tarde pas à éclater plus ou moins violent suivant les années. En 1865,30.000 personnes en moururent. La peste y fait aussi de grands ravages ; elle y régna en 1897, 1898, 1899. Elle semble demeurer d’une façon à peu près permanente à Assyr, qui se trouve dans le voisinage de la ville sainte.
Mesched et Kerbellah, grands centres de pèlerinages musulmans en Perse, sont aussi des foyers d’infection, d’où le choléra et la peste se répandent- Cela n’a rien d’extraordinaire lorsqu'on saura que les Persans ont l'incroyable habitude de transporter à dos dechameau, dans des sacs et des nattes, les cadavres des malheureux qui meurentpendantle voyage!!! Certaines familles pieuses mettent même leurs défunts dans des sépultures provisoires aux environs de Téhéran, à Iman Jadeh-Zeid, à Iman Jadeh- Ismael, à Chah-Abdoluzim et attendent l’époque du pèlerinage; alors elles les exhument et les transportent en pleine putréfaction, pour les faire enterrer définitivement auprès des mosquées vénérées. À
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Kirmanschad, où campent ces funèbres caravanes, non loin de la frontière ottomane, on a pu compter en une seule année le passage de 15.000 cadavres.
Lés routes des grandes épidémies. — Si encore ces coutumes n’élaient préjudiciables qu’à ceux qui les suivent; mais il suffit d'étudier un peu la route suivie par les grandes épidémies, pour constater qu’elles sont un danger pour l'Europe entière. Le choléra est d’origine indoue, personne actuellement ne cherche à le nier. Il naît sur les bords sacrés du Gange ou sur les rives également saintes du Brahmapoutra; il apparaît tous les ans à Madras, à Conjévéran, à Poorée, à Tripetty, à Makadeo, à Trivellore et son apparition y coïncide avec le passage des pèlerins. La loi religieuse proclame, nous l'avons vu, l’impureté des cadavres.Cette malédiction, bonne en soi, est exagérée par les dévots qui les laissent pouir sur place plutôt que d'y toucher. D’autre part les parias, très nombreux dans les villes saintes, parce qu’ils y trouvent mille petits métiers à exercer, habitent d'infectes cases dans la cour desquelles Les eaux ménagères croupissent. Donc la maladie éclate dans ce milieu favorable. Comment put-elle gagner plusieurs fois la lointaine Europe? En 1822, des pèlerins musulmans l’apportèrentà Kerbellah, en Perse, d’où elle franchit la mer Caspienne pour se répandre en Russie. En 1830, la même chose se produisit, pour se répéter encore en 1847 et 1892.
Les épidémies de 1865 et de 1884 vinrent par voie de mer. Des pèlerins partis de Singapour et de Calcutta l’apportèrent à la Mecque. D’autres, qui s’en
retournèrent en Egypte, l'y transportèrent. Le 19 mai 1865, un navire arrivait à Suez avec deux mille pèle-rins; le 21, les premiers cas se déclaraient dans cette ville. De la mème façon il s’implanta à Constantinople, à Odessa, à Smyrne, à Beyrouth, à Chypre. Soixante-sept musulmans de retour de la Mecque avaient pris passage à bord de Za Stella, qui aborda à Marseille le 11 juin. Deux étaient morts en route. Le 13, la maladie était signalée dans le quartier qui avoisine la Canebière. La France était envahie.
L’épidémie de 1884 suivit une route à peu près semblable. Au printemps 1881 le paquebot /e Colombien avait amené 1200 pèlerins en provenance de Bombay. Dès qu’ils eurent gagné la Mecque, le terrible mal y commença ses ravages. En 1883,il se ré- . pandait en Egypte d’où il gagnait Toulon au début de
Ces quelques rapides exemples seront suffisants à prouver combien dangereux pour l’Europe peuvent devenir les pèlerinages d'Orient.
Voyons maintenant si l’étude des épidémies de peste nous donnera la même assurance. Hélas! oui. Toutes les fois qu’elle vint en Occident elle arrivait de l’Inde ou de l'Arabie... les épidémies de 1575 en Italie, de 1635 à Nimègue, de 1681 en Espagne, de 1720 en Provence, de 1828 en Grèce n’eurent pas d’autre origine. Depuis l’organisation du service sanitaire international, elle ne dévaste plus l'Occident, mais cela au prix d’une lutte acharnée qu'on lui fait et d’une vigilance de tous les instants, exercées aux frontières du monde civilisé. Elle continue à régner
en Chine, dans l’Inde, en Indochine, ea Turquie d'Asie, en Arabie, en Egypte, en Océanie. En 1899, elle apparut à Cadix et à Bougie, où des pèlerins venus de La Mecque l'avaient apportée; en 1901 ilyen eut quelques cas isolés à Naples et à Marseille. La dernière épidémie occidentale fut celle d’Oporto, qui émut pendant quelques semaines l’opinion en 1902. Ce ne fut, heureusement, qu’une alerte.
Nous devons signaler la campagne faite actuellement en Algérie et en Tunisie, pour y faire accepter aux mulsumans de remplacer le dangereux voyage à La Mecque, par un autre moins dispendieux et d'une surveillance sanitaire plus facile, à la Mosquée du Barbier, à Kairouan. Plusieurs Arabes intelligents s’emploient à répandre cette idée parmi la foule des croyants sur lesquels ils ont de l'influence. Ils se mettent ainsi au service de la civilisation dont ils ont compris tout le prix. Peut-être réussiront-ils, mais il faut encore de nombreuses années.
Certaines maladies, européanisées depuis longtomps,nous furent également apportées dans un élan de prosélytisme religieux. Ainsi la variole, qui était, semble-t-il, inconnue des Grecs et des Romains, mais qui depuis des milliers d’ans dévastait périodique. ment l’Asie, ne s’acclimata chez nous qu'après les invasions sarrazines, cette dernière affirmation que
l’histoire vérifie (Grégoire de Tours) suffira à clore ce chapitre.
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