PATTES
exercer son arf, son maître lui conférait plein pouvoir et le menait au temple le plus proche, où avait lieu la dernière cérémonie d’investiture, qui consistait en un bain et en libations de miel et d’eau fratche.
Les procédés de traitement.— Les procédés de traitement élaient surtout conjuratoires. Certaines formules passaient pour toutes puissantes pour chasser la maladie etépouvanter la mort. — Le praticien, étendant les mains sur la tête du malade, disait : « Qu'Indra et Agrée le préservent et le défendent » (Ayurveda).
Voici une prière pour hâter l'accouchement :« Que l’ambroisie, la lune, le soleil et les chevaux d’Indra daignent venir protéger ta demeure, ô toi qui souffres sur ce lit de travail. Que cette ambroisie, sortie des eaux profondes, te débarrasse sans danger de ton enfant. Que le dieu du feu, le dieu des tempêtes, le soleil et Indra et avec lui tous les dieux qui ont en leur pouvoir le sel et l’eau viennent te soulager! Le bœuf s’est délivré du lien qui le retenait; le rayon a quitté Le soleil et est devenu libre. Toi, aussi, jeune enfant, délivre-toi, sans hésitation et sans crainte » (Ayurveda).
Souvent la formule sacrée était accompagnée de remèdes presque toujours empruntés au règne végétal, mais il semble que ces drogues, elles-mêmes, passaient pour être douées d’un pouvoir magique. Dans le Ramayana, il y a une longue et très belle prière du médecin à la gloire des plantes. Elles ÿ sont mentionnées comme des êtres bienfaisants,
Bruzon 2
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comme des géniesquiaiment les hommes.—Dureste, les formules qu’on devait prononcer en les absorbant prouvent, la plupart du temps, qu’elles étaient ainsi considérées : «Je te sauve et te fais vivre par ce breuvage, tedélivrant de la maladie qui te dévore, de la phtisie quite consume » (Ayurveda).
Réciproquement, la maladie apparaît comme l’œuvre d’un génie malfaisant, ou comme un châtiment que Dieu He aux coupables : « Pour des crimes commis dans cette vie ou pour des fautes d’une existence précédente, quelques hommes à. cœur pervers sont affligés de certains maux et difformités.—Celui qui a volé de l’or a une maladie des ongles, le buveur d'alcool a les dents noires; le menteur est affigé de consomption pulmonaire; l’homme qui a souillé le lit de son maître est privé de prépuce. — Celui qui médit a une odeur mauvaise du nez,— celui qui calomnie a une odeur empestée. Le voleur de grain a un membre de moins. Le faiseur de mélanges a un membre de trop.Gelui qui a volé de la nourriture apprêtée est dyspeptique. Le voleur de doctrines sacrées est muet, le voleur de vêtements est lépreux. Le voleur de chevaux boite. — De cette manière, suivant la différence des actes, naissent des hommes méprisés des gens de bien; idiots, muets, aveugles, sourds et difformes » (Manou, x1,48 à 52).
Nous venons d’esquisser rapidement ce qu'était la médecine indoue pendant sa période purement sacerdotale ; voyons ce qu’elle devint ensuite, et comment, science plus rationnelle, elle s’affranchit peu à peu du joug mystique.
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Apparition de la médecine scientifique dans l'Inde. — Charaka et Sucruta. — [a médecinescientifique fait son apparition dans l’Inde dans la première moitié du I‘ siècle de notre ère. L'Hippocrate indou fut Caanaka. Il nous reste de lui un livre absolument précieux et qui jette un grand jour dans l’histoire des sciences orientales ; c’est le S'amhita, traité complet de médecine. Cette encyclopédie médicale est divisée en huit volumes et contient l’ensemble des connaissances biologiques et thérapeutiques de l’époque. La méthode scientifique en est encore très vague el le raisonnement à priori y domine. L’expérimentation y apparaît à l’état rudimentaire ; on sent que l’auteur a plus de foi dans les formules magiques et dans les incantations que dans les remèdes eux-mêmes. La chirurgie s’y ébauche à peine, et les manuels opératoires décrits feraient frémir nos maîtres. Cinquante ans plus tard, d’autres disent en même temps, parut l’Ayurveda de Sucrura. A cette époque, les doctrines grecques avaient-elles pénétré dans l'Inde ? Il serait trop long d’essayer iei de répondre à la question. En tous cas, Sucrura semble connaître les théories humorales chères aux hippocratiques et son ouvrage révèle un esprit discipliné, méthodique, observateur. Le premier, il envisage hardiment la médecine comme une science rationnelle; il entrevoit le chimisme vital, il soupçonne que les phénomènes de la vie sont régis par des lois accessibles à l’entendement humain et que le raisonnement doit avoir sa place près des spéculations théurgiques. Son ouvrage contient une ana-
tomie, une pathologie, une thérapeutique, une toxicologie et une déontologie. Son anatomie nous fait supposer que déjà la loi védique était transgressée au sujet des cadavres et que les médecins devaient commencer à pratiquer la dissection,en grand secret, évidemment, et timidement, car leurs investigations n’ont pas été bien loin. SucruTA ignore à peu près tout des organes internes, se fait une idée très vague du système circulatoire ; connaît peut-être un peu mieux le foie et la rate. I] énumère avec une patience toute orientale les cent quatre parties du corps dont les lésions sont mortelles et quelques-unes de ses reremarques prouvent une observation attentive.
Sa pathologie s’applique surtout à l’étude des fièvres, des rhumatismes, de la scrofule, des dermatoses, du choléra. IF parle du diabète, des hémorragies, des maladies mentales qu’il attribue encore à l’influence d’un démon. Il décrit plus de soixante-dix variétés d’ophtalmies.
Au début de sa thérapeutique, il pose l’axiome suivant : « La nature oppose un remède à chaque maladie. » Puis il décrit sept cents plantes médicinales. Il serait difficile de les identifier toutes ; quelques-unes sont cependant assez reconnaissables; c’est ainsi que la soma, la fameuse plante sacrée, n’est autre que lPasclepias acida. La mamdja et la walwadja, dont la tige noueuse contient une sève agréable au goût, sont deux sortes de cannes à sucre. Dans la s/echmataka à la graine unique, on peut reconnaître la cordia myxa.Le vata, qui porte des fruits qui s’écrasent et parfument en tombant, est un