‹ La médecineChapitre 21 sur 41 · CHAR · texte numérisé non relu

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Les divers résultats qui viennent d'être indiqués sont résumés dans le tableau précédent, qui montre dans quel ordre succombent les animaux, suivant la voie d'introduction des microbes.

E71 résumé, les microbes injectés dans un vaisseau s'arrêtent, en grand nombre, dans le premier réseau qu'ils traversent. Il s'agit là peut-être d'un phénomène mécanique d'adhérence moléculaire, comparable à celui qui, dans un filtre de porcelaine, empêche les bactéries de traverser des pores plus larges qu'elles. Peut-être, cependant, faut-il invoquer un processus vital, une action d'arrêt exercée par l'endothélium, car des phénomènes analogues s'observent quand, au lieu d'éléments figurés, on introduit des substances solubles : en faisant des injections parles différentes parties du système vasculaire, on met également en évidence l'action des organes sur les poisons et sur les microbes.

C'est au foie qu'est dévolu, dans les deux cas, le rôle le plus important. Mais l'action de cette glande ne s'exerce pas d'une façon banale sur toutes les substances ou toutes les bactéries qui lui arrivent : il est des poisons que le foie retient et qu'il transforme, d'autres qu'il laisse passer, d'autres enfin qui semblent subir dans son intérieur un accroissement d'activité, comme il ressort des expériences de Teissier et Guinard sur la toxine diphtérique.

Les résultats sont semblables pour les microbes : quelquesuns s'y arrêtent et y périssent, tels sont le bacille charbonneux, le staphylocoque, certains paracolibacilles, Endomyccs albicans; d'autres, comme le streptocoque ou le colibacille» s'y développent facilement et s'y exaltent.

L'action du foie sur les microbes est encore plus marquée que son action sur les poisons. Quand on injecte un alcaloïde toxique par un rameau de la veine porte, on tue Tanimal en expérience, à la condition d'introduire une dose double de celle qui est mortelle par les veines périphériques. Pour les microbes, nous avons vu que le foie arrête 64 doses mortelles de charbon, 8 doses mortelles de staphylocoque. Son action est donc beaucoup plus importante, semble-t-il, ou du moins, plus manifeste dans les infections que dans les intoxications.

L'influence du foie sur les microbes varie suivant une foule de circonstances. Les lésions de la glande, le jeûne, les intoxications, les associations microbiennes diminuent ou abolissent son rôle protecteur. De même que pour agir sur les poisons, le parenchyme, pour agir sur les rrlicrobes, doit contenir du glycogène. Cette substance, d'après P. Teissier, est bactéricide, ce qui peut expliquer, au moins en partie, le mécanisme, encore si obscur, du rôle dévolu au foie.

D'autres organes sont capables de protéger l'organisme contre les infections. Tel est le poumon qui agit un peu sur la bactéridie charbonneuse et le staphylocoque et exerce une action plus efficace sur le streptocoque. Enfin, le rein peut retenir VEndomyces et empêcher la dissémination de ce parasite.

La localisation des bactéries est commandée par les trois conditions suivantes : la porte d'entrée, dont nous avons suffisamment montré l'importance; l'état physiologique des organes et leur état pathologique, dont nous allons aborder l'étude.

Des causes qui expliquent les localisations microbiennes. — Les bactéries qui ont traversé le réseau sanguin du premier organe qu'elles ont rencontré, ont une grande tendance à se fixer soit sur les parties douées d'une forte activité nutritive ou fonctionnelle, soit sur celles qui sont atteintes d'une faiblesse congénitale ou acquise. Un organe, dont la nutrition est insuffisante, qui se trouve, suivant l'expression de Potain, en état de miopragie^ est particulièrement sensible à l'infection.

Chez les sujets jeunes, les microbes s'arrêteront dans les os en voie d'accroissement, mais épargneront toujours les organes qui ne fonctionnent pas encore, comme le testicule ou l'ovaire. Chez les individus plus avancés en âge la localisation se produira dans les organes qui ont accompli un excès de travail.

On peut à volonté, en pratiquant des lésions traumatiques ou autres, fixer les microbes en un point de l'organisme; en affaiblissant la résistance d'un tissu, on favorise la colonisation des agents pathogènes.

La clinique fourmille d'exemples analogues. Les parents rattachent toujours le début d'une coxalgie, d'une méningite tuberculeuse ou d'un mal de Pott, à un coup que leur enfant aurait reçu ou à une chute qu'il aurait faite. L'observation est souvent juste; mais le coup ou la chute n'ont pas créé la lésion; ils ont seulement favorisé le développement et la localisation des bacilles tuberculeux qui se trouvaient déjà dans l'organisme.

Quand les microbes se sont fixés dans un organe ou un tissu, H lutte s'engage et le résultat final dépend des forces dont peut disposer chacun des deux partis en présence. Comme il était facile de le prévoir, les causes qui troublent la santé, que ce soient des causes mécaniques, physiques, chimiques ou animées, la mauvaise nourriture, le jeûne, la fatigue, le surmenage, les excès, en un mot toutes les conditions qui favorisent et permettent le développement des infections, sont aussi celles qui en rendent l'évolution plus grave.

Il faut d'abord tenir compte du nombre des agents envahisseurs. Il est tout à fait exceptionnel qu'un seul microbe puisse produire une maladie; le cas peut se réaliser avec des cultures charbonneuses très virulentes : une bactéridie tue un jeune cobaye. Le plus souvent, pour vaincre la résistance de l'organisme, il faut des quantités de microbes assez fortes. C'est ainsi que le cobaye, l'animal le plus sensible à la tuberculose, ne contracte cette infection que si on introduit sous sa peau 820 bacilles. Ce chiffre peut déjà paraître élevé : mais avec les pyogènes, nous arrivons à des quantités bien plus considérables.

Opérant avec Profeus vidgaris^ Watson Cheyne constate que 5 à 6 millions de microbes, injectés sous la peau, ne produisent aucune lésion; 8 millions amènent un abcès; 56 millions provoquent un phlegmon, auquel l'animal succombe au bout de cinq ou six semaines; pour amener la mort en vingt-quatre ou trente heures, il faut injecter 225 millions.

Le même auteur a étudié l'action du staphylocoque sur le lapin : pour produire un abcès, il faut 250 millions de microbes; pour amener la mort, il en faut i milliard.

Dans toutes ces expériences, on a injecté les microbes sous la peau. En variant les portes d'entrée, on obtient des résultats différents. Pour déterminer de la suppuration avec le staphylocoque doré, il fallait, dans les recherches de Herman, injecter 4 à 5 centimètres cubes de la culture dans le péritoine, 0,75 à i sous la peau, 0,25 dans la plèvre ou l'arachnoïde, 0,05 dans les veines, 0,0001 dans la chambre antérieure de l'œil. La chambre antérieure est donc la partie la moins bien protégée de l'organisme. C'est ce que démontre également l'étude du charbon symptomatique : ce virus, inoffensif pour le lapin quand on l'injecte sous la peau, détermine rapidement la mort quand on l'introduit dans cette partie de l'œil.

Les chiffres donnés par les auteurs n'ont, évidemment, qu'une valeur relative; car la virulcjice est fort différente suivant les échantillons et ses variations constituent incontestablement le facteur le plus important que nous ayons à étudier.

Les microbes s'atténuent quand ils sont maintenus en dehors de l'organisme. Dans les cultures artificielles, ils perdent rapidement leur virulence. On peut même hâter leur atténuation en les plaçant dans des conditions dysgénésiques : en maintenant la culture à une température trop élevée, en la soumettant à l'action de l'oxygène comprimé, en ajoutant au milieu des substances antiseptiques, on voit le pouvoir pathogène aller en diminuant progressivement.

Pour exalter la virulence, il faut mettre en jeu les conditions inverses, faire de nombreux passages sur les animaux, cultiver le microbe dans des milieux favorables, particulièrement dans des bouillons additionnés de sérum sanguin ou de liquide ascitique. Le procédé des inoculations en série, déjà employé par Davaine, a permis à ce savant d'obtenir un virus charbonneux tellement actif, que, pour tuer des lapins, il suffisait d'injecter le sang des animaux malades, à la dose d'un millionième de goutte. Des faits analogues s'observent en clinique. Un des parasites que nous portons, le pneumocoque, par exemple, s'exalte et détermine une pneumonie : il peut alors, par contagion, infecter un deuxième individu

et, se transmettant ainsi, produire un petit foyer épidémique. Remarquons cependant qu'un microbe exalté pour une espèce ne l'est pas forcément pour les autres; chaque jour, on voit des streptocoques qui ont produit des maladies mortelles chez l'homme, rester inoffensifs pour les animaux. Nous avons étudié un échantillon de charbon, qui, après des passages successifs sur des lapins, était devenu, contrairement à la règle, beaucoup plus virulent pour cet animal que pour îe cobaye.

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