‹ La médecineChapitre 24 sur 41 · II · texte numérisé non relu

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Le contenu stomacal est peu actif. En prenant les matières renfermées dans l'estomac d'un lapin, on peut introduire l'extrait de 30 à 40 grammes sans amener la mort immédiate. Avec le contenu gastrique du chien, des doses de 20 grammes ne sont pas toujours mortelles.

La toxicité du contenu intestinal dépend des transformations que les sucs digestifs font subir aux matières alimentaires et, pour une plus faible part, des sécrétions mêmes du tube digestif. Enfin, certains poisons résultent des putréfactions provoquées par les microbes.

Même à l'état normal, il n'est pas rare d'observer quelques troubles pendant la période digestive, surtout à la suite d'une ingestion trop copieuse d'aliments. Les affections gastrointestinales les plus diverses, l'embarras gastrique, la dyspepsie, la dilatation stomacale, la diarrhée aussi bien que la constipation provoquent de la céphalalgie, de la fatigue, et même des altérations sanguines, tous accidents qui relèvent d'une auto-intoxication.

Les manifestations les plus graves et aussi les plus intéressantes sont celles qui dépendent d'une occlusion inteslinaJc.

On sait que tout obstacle arrêtant le cours des matières entraîne une série de troubles qui, pour peu qu'ils se prolongent, se terminent par la mort.

Pour expliquer le mécanisme des manifestations morbides, les hypothèses n'ont pas manqué; elles ont reflété jusqu'à certain point l'état de nos conceptions pathogéniques. Autrefois, on faisait intervenir une action réflexe ayant pour point de départ l'excitation des nerfs comprimés par l'obstacle; puis on incrimina une infection de l'organisme par les microbes de l'intestin; mais la théorie qui, pendant longtemps, rallia tous les suffrages, consista à invoquer une intoxication par les poisons putrides. Les matières qui stagnent au-dessus de l'obstacle, envahies par d'innombrables bactéries, aérobies et anaérobies, subissent une putréfaction intense et donnent naissance à des substances toxiques qui sont résorbées et provoquent les accidents que la clinique révèle.

On peut adresser bien des objections à cette conception. Il faut remarquer tout d'abord que, contrairement à ce que la théorie fait prévoir, les accidents sont d'autant plus graves et leur évolution est d'autant plus rapide que l'obstacle est plus haut situé. La clinique et l'expérimentation démontrent que l'occlusion du duodénum est promptement mortelle, tandis qu'un obstacle siégeant sur le gros intestin est relativement bien supporté et permet une survie assez longue. C'est l'inverse qui devrait avoir lieu. Dans le duodénum, les microbes sont peu abondants; même en cas d'occlusion, les putréfactions sont peu intenses et la surface de résorption est limitée. Quand l'obstacle siège sur le gros intestin, les anaérobies qui pullulent dans cette portion du tube digestif donnent naissance à des poisons nombreux et énergiques et la résorption peut se faire sur toute la longueur du tube digestif. C'est surtout dans le coîcum que le processus putride est intense; cependant, quand cette partie de l'intestin est en deçà de l'obstacle, les accidents immédiats sont conjurés : malgré les putréfactions qui s'y passent, les matières y stagnent sans trop d'inconvénient.

Ce qui permet de rejeter encore le rôle des microbes, c'est que si l'on isole une anse intestinale, et qu'après avoir rétabli le cours des matières, on la ferme à ses deux extrémités, l'animal ne présente aucun des signes d'occlusion. Il survit environ un mois et l'autopsie montre que le segment isolé est

rempli d'un liquide purulent, d'odeur putride, où fourmillent les microbes les plus divers. Malgré l'intensité du processus microbien, une longue survie a été possible et la mort est survenue tardivement, comme dans tous les cas de suppuration viscérale.

Tous ces résultats nous ont conduit à supposer que c'est dans le fonctionnement même du tube digestif qu'il faut chercher la cause des troubles. L'obstacle empêche le jeu des divers éléments qui entrent dans la constitution de la muqueuse; il se produit une auto-intoxication analogue aux auto-intoxications consécutives aux autres insuffisances glandulaires.

Notre théorie, basée sur un grand nombre d'expériences réalisées avec l'aide de M. Garnier, a suscité, surtout en Amérique , de multiples travaux qui ont confirmé nos résultats.

On comprendra mieux notre conception quand nous aurons dit un mot des autres insuffisances glandulaires.

Auto-intoxication d'origine hépatique. — Nous avons essayé d'établir, dans une série de recherches dont les premières remontent à 1886, que le foie est capable d'arrêter et même de transformer un grand nombre de substances toxiques. Placé comme une barrière sur le trajet du sang qui, par la veine porte, revient de l'intestin, il exerce son rôle protecteur sur les substances toxiques introduites ou formées dans le tube digestif. Dans un grand nombre de conditions pathologiques, cette fonction du foie est entravée ou abolie. Or, les fonctions multiples dévolues à la cellule hépatique sont connexes et solidaires; quand l'une est troublée, les autres sont atteintes. En même temps que le foie cesse d'arrêter les poisons, il n'élabore plus d'une façon normale les pigments biliaires et l'on trouve de l'urobiline dans l'urine. Il n'agit plus sur les matières azotées et la quantité d'urée diminue ou du moins le rapport entre l'azote de l'urée et l'azote total; l'ammoniaque augmente; de l'albuminurie et de la peptonurie peuvent se produire. Enfin, le foie cesse de retenir les hydrates de carbone et le sucre passe dans l'urine, quand la veine porte en renferme en excès, c'est-

à-dire après les repas. On a mis à profit en clinique la connaissance de cette glycosurie alimentaire. On fait avaler au malade le matin à jeun 150 à 200 grammes de sirop de sucre, puis on recueille les urines émises pendant les quatre ou cinq heures suivantes; si le foie est normal, on ne trouve pas de glycose; si la fonction glycogénique est entravée, la glycosurie se produit. Mais plusieurs conditions viennent troubler les résultats. Bien que le foie soit insuffisant, la glycosurie peut faire défaut, soit parce que l'absorption intestinale est entras'ée, soit parce que l'aptitude des cellules à consommer le sucre est augmentée, soit enfin parce que l'émonctoire rénal ne fonctionne pas normalement.

On peut encore apprécier l'état du foie, en étudiant l'élimination des diverses substances que cette glande retient, au moins partiellement, à l'état normal. C'est ainsi qu'on peut chercher comment se fait l'élimination, par le poumon, de l'hydrogène sulfuré. Cette méthode fournit de précieux renseignements en pathologie expérimentale. Il suffit d'injecter dans le rectum d'un animal une certaine quantité d'une solution d'hydrogène sulfuré : le foie retient ce gaz; mais, s'il est altéré, des quantités plus ou moins considérables passeront dans l'air expiré, où l'on pourra facilement les déceler au moyen d'un papier à l'acétate de plomb placé devant les narines.

Un procédé d'exploration qui donne de bons résultats, mais qui n'est pas pratique, consiste à étudier la toxicité urinaire. Les recherches poursuivies dans cette voie démontrent que, si le pouvoir antitoxique du foie est conservé, les urines, même lorsqu'elles sont chargées de pigment biliaire, ne sont pas plus toxiques qu'à l'état normal. Quand les cellules sont profondément atteintes, les urines contiennent de 4 à 5 fois plus de poisons; c'est du moins ce qui a lieu quand le rein est perméable. Si cette glande est altérée, les poisons sont retenus dans l'organisme et entraînent bientôt la terminaison fatale.

Ce qui établit encore la corrélation qui existe entre les différentes fonctions du foie, notamment entre la glycogénèse et l'action antitoxique, c'est que la toxicité urinaire est toujours accrue quand la glycosurie alimentaire se produit.

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La synergie qui existe entre la fonction glycogéniqiie et la fonction antitoxique du foie, établie tout d'abord par des recherches expérimentales, s'explique aujourd'hui par une formule chimique. De nombreux poisons 's'unissent avec le glycose provenant du glycogène hépatique. Puis, une oxydation intervient qui donne naissance à un acide glycuronique conjugué. Celui-ci est peu toxique et s'élimine rapidement par l'urine. La recherche de la glycuronurie est facile et renseigne sur le fonctionnement du foie. Dans les conditions normales, le résultat est toujours positif: l'urine renferme constamment de l'acide glycuronique conjugué, c'est-à-dire uni aux poisons formés dans l'organisme. En cas d'insuffisance hépatique, la glycuronurie diminue ou disparaît. Pour obtenir des renseignements plus complets, on fait prendre au malade o,^ à I gramme de camphre, qui augmentera ou fera réapparaître la glycuronurie, si la fonction glycogénique n'est pas complètement abolie. La recherche de la glycuronurie est le meilleur procédé d'exploration des fonctions hépatiques.

Ces données physiologiques sur le rôle du foie dans les intoxications, trouvent de nombreuses applications; elles expliquent un des syndromes les plus intéressants de la pathologie, l'ictère grave.

Ictère grave. — Sous ce nom on décrit un complexus morbide qui se divise en trois variétés, suivant qu'il s'agit d'un processus infectieux, toxique ou dystrophique.

L'ictère grave infectieux peut être dû aux microbes les plus vulgaires, au streptocoque, et surtout au colibacille. Mais les travaux poursuivis dans ces dernières années ont établi que l'agent principal de la maladie ou, du moins, de la forme la plus fréquente de la maladie, est un spirochète. Spirochœta icterO'hœmorragiœ.

L'affection s'observe chez les jeunes sujets, parfois sous forme épidémique, et chez les soldats, à la suite du surmenage. Il survient chez des individus qui ont été exposés à des vapeurs méphitiques, qui ont respiré les gaz des égouts ou qui ont travaillé à des terrassements. Chez la femme, la grossesse et la puerpéralité représentent des causes prédisposantes indiscutables. La maladie se caractérise essentiellement par

l'association, toujours sérieuse, de l'ictère et de la fièvre; puis apparaissent des troubles du système ner\^eux et des hémorragies, qui indiquent la profonde imprégnation de l'organisme. Cette première forme clinique de l'ictère grave guérit souvent, généralement après une crise urinaire, c'est-àdire une augmentation brusque de la sécrétion rénale, qui entraîne au dehors les poisons accumulés pendant le cours de la maladie.

Une deuxième variété d'ictère grave est celle que déterminent les poisons capables de provoquer la dégénérescence des cellules hépatiques. Le phosphore est le type du genre.

Le troisième groupe comprend les ictères graves secondaires, qui viennent terminer l'évolution des diverses affections du foie, cirrhose, kyste hydatique, cancer, foie cardiaque. On voit se développer des troubles qui s'aggravent rapidement : des hémorragies, des manifestations nerveuses se produisent et l'individu succombe fatalement à son insuffisance hépatique.

Ces trois variétés bien distinctes par leur étiologie, ont certaines analogies dans leur expression clinique. C'est qu'elles relèvent d'un même processus : les causes que nous avons citées produisent toutes la dégénérescence des cellules hépatiques. Bien que le point de départ soit différent, les résultats sont semblables; il s'agit toujours de la suppression des fonctions dévolues au foie.

Il est donc facile d'expliquer aujourd'hui le mécanisme de l'ictère grave. L'ancienne théorie, qui invoquait le passage de la bile dans le sang, n'est plus soutenable, car on ne comprendrait pas pourquoi il existe des ictères bénins. La conception de Frerichs, qui incriminait l'accumulation dans l'organisme, non de la bile, mais des produits qui devraient être élaborés dans le foie pour sa formation, ne s'appuie sur aucune preuve concluante. Frappés de l'insuffisance des théories hépatiques, Whitla, Dccaudin ont fait jouer le principal rôle aux altérations concomitantes du rein. Il y a dans cette idée une part de vérité. Il est certain que, chez les brightiques, tout ictère comporte un pronostic fort sérieux. Néanmoins, il existe

des cas où le rein est perméable et où les accidents éclatent. Il faut donc rattacher les symptômes à des troubles hépa-* tiques. La connaissance du rôle dévolu au foie dans la protection de l'organisme contre les poisons a donné l'explication du syndrome clinique. Quand les cellules sont devenues insuffisantes, les nombreuses substances toxiques que le foie doit retenir et annihiler traversent librement la glande et vont imprégner l'économie. L'ictère grave peut donc être défini : une auto-intoxication par insuffisance du foie. On conçoit que les causes les plus variées puissent produire ce syndrome; il suffit qu'elles provoquent une dégénérescence diffuse des cellules hépatiques.

Auto -intoxication d'origine pancréatique. — L'extirpation du pancréas est suivie, comme l'a montré Minkowski, du développement d'une glycosurie permanente qui s'accompagne des symptômes habituels du diabète maigre. L'expérimentation réalise ce que la clinique avait admis. Depuis Lancereaux, on savait que le diabète maigre est lié à une atrophie du pancréas, à une sclérose qui, d'après Carnot, serait le plus souvent d'origine tuberculeuse. Or, le pancréas agit, non comme glande digestive, mais comme organe doué d'une sécrétion interne; il produit un hormone qui favorise la glycolyse, c'est-à-dire la destruction du sucre par le sang et les tissus.

Réciproquement, la glycosurie peut être consécutive aux injections répétées d'extraits thyroïdiens, et surtout d'extraits capsulaires. Le pancréas et les capsules surrénales semblent produire deux hormones antagonistes.

Système thyroïdien. — Le système thyroïdien comprend, chez les mammifères, trois groupes de glandes : les thyroïdes, les parathyroïdes, le thymus.

Les thyroïdes agissent sur la nutrition et sur le psychisme; les parathyroïdes sur les fonctions nerveuses et musculaires. L'extirpation ou l'insuffisance des thyroïdes a pour résultat le développement d'mie affection à marche lente, cachexie strutniprive ou myxœdème, caractérisée par l'infiltration mucoïde des tissus, une baisse intellectuelle aboutissant à l'apathie cérébrale ou à un état crétinoïde. Les troubles céré-

braux sont d'autant plus marqués que le sujet atteint est plus jeune. Chez l'enfant, l'insuffisance thyroïdienne se traduit par un défaut du développement intellectuel et corporel qui caractérise le crétiîiisme^ sporadique ou endémique.

A côté du myxœdème il faut placer Vhypothyroïdie bénigne chronique^ parfaitement décrite par Hertoghe. D'après cet auteur, tous les infantiles, quels qu'ils soient, même ceux qui ont une taille supérieure à la normale, sont des dysthyroïdiens. Que l'arrêt de développement soit lié à la syphilis, au paludisme, à l'alcoolisme ou à la tuberculose des générateurs, il y a toujours atteinte préalable de la glande thyroïde.

L'insuffisance thyroïdienne se traduit par des troubles trophiques de la peau et de ses annexes, la décoloration et la chute précoce des cheveux, les altérations des dents et des gencives, le développement de tumeurs adénoïdes, etc. A ces diverses manifestations, on peut ajouter peut-être une forme de chlorose. La fréquence des altérations thyroïdiennes au cours des intoxications et des infections les plus diverses (Garnier) explique le développement de ces divers troubles chez l'enfant et chez l'adulte.

L'importance de la thyroïde dans la nutrition ressort encore des recherches de A. Gautier. D'après ce savant, la glande renferme, outre de l'iode, une certaine quantité d'arsenic. Or, le flux menstruel, contrairement au sang de la circulation générale, contient de l'iode et de l'arsenic, qui proviennent de la réserve thyroïdienne. Ce fait met en évidence la synergie qui unit l'appareil thyroïdien à l'appareil génital. D'un autre côté, la relation fonctionnelle entre la thyroïde et le système pileux, déjà évidente dans le myxœdème, est démontrée par la présence d'arsenic et d'iode dans la peau et ses annexes.

Les troubles que nous venons d'indiquer sont heureusement combattus par l'opothérapie thyroïdienne. Sous l'influence de ce traitement, le myxœdème régresse; le crétinisme peut même être amélioré; on observe une reprise du développement corporel et intellectuel.

C'est à un trouble de la thyroïde qu'il faut rattacher le goitre exophtalmique^ qui s'explique par une hyper et une

dysthyroïdie; il y a à la fois augmentation et déviation de l'activité glandulaire.

L'extirpation ou l'insuffisance des parathyroïdes entraîne une auto-intoxication, qui se traduit par un syndrome différent des précédents, la tétanie. C'est par l'intermédiaire d'un trouble parathyroïdien qu'agissent les diverses causes citées à l'étiologie de la tétanie et notamment les dyspepsies, la grossesse et la lactation.

La tétanie est l'expression la plus haute de toute une série morbide désignée sous le nom caractéristique àQ spasmophilie* On a pu ainsi rattacher à l'insuffisance parathyroïdienne divers états pathologiques tels que la maladie de Thomsen ou Viiyotonie congénitale^ la myoclonie congénitale^ la myotonie acquise. Contre cette intoxication parathyroïdienne, on aurait, d'après Loeb, un antidote dans les sels de calcium.

L'influence du thymus sur la nutrition est moins manifeste. C'est que des suppléances se produisent facilement, la moelle osseuse pouvant remplacer cet organe (Ghika). D'après Mendel, le rachitisme serait lié à une insuffisance du thymus.

Auto-intoxications d'origine surrénale. — Nous sommes mieux renseignés sur le rôle des capsules surrénales. Les lésions de ces glandes produisent un syndrome particulier, la maladie d'Addison, que caractérisent deux symptômes principaux : la mélanodermie, qui est plutôt sous la dépendance des lésions concomitantes du plexus solaire; l'asthénie ou faiblesse générale, qui relève véritablement de l'altération des capsules. Il résulte, en effet, de certaines recherches physiologiques, que ces organes ont pour fonction de neutraliser les toxines qui prennent naissance pendant la contraction des muscles.

En face de la maladie d'Addison, il faut placer un syndrome tlinique bien étudié par Sergent et Bernard, qui en décrivent trois formes. Dans la forme aiguë, un sujet jeune, jusque-là bien portant, est pris de violents accidents gastro-intestinaux qui le tuent en quelques jours. Dans la forme subaiguë, l'asthénie progressive est le symptôme primordial. Enfin, l'insuffisance capsulaire peut être latente et entraîner la mort subite.

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Il est probable que l'insuffisance capsulaire intentent au cours d'un grand nombre d'états infectieux et explique certains troubles, notamment l'abaissement de la pression. L'injection de l'adrénaline peut conjurer les accidents.

Quand l'adrénaline est produite en excès, elle détermine un état d'hypertension qui semble la cause de l'athérome. C'est ce qui résulte des belles expériences de Josué.

La suractivité capsulaire, en jetant dans le sang un excès d'adrénaline, peut être une cause d'accidents aigus, parmi lesquels l'œdème pulmonaire.

Glandes génitales. — Les glandes gétiitales règlent l'aspect extérieur, c'est-à-dire les caractères sexuels secondaires des individus. L'étude de la castration produite chez les crustacés par certains parasites (castration parasitaire) est, à ce point de vue, absolument démonstrative : l'animal prend une forme moyenne, en quelque sorte neutre. 11 en est de même chez les mammifères et chez l'homme. C'est un fait connu que l'extirpation des testicules ou des ovaires^ surtout quand on la pratique chez des sujets jeunes, est suivie de troubles nutritifs très marqués. Devenu adulte, le garçon consers'e des formes infantiles ou plutôt féminines; le système pileux reste rudimentaire; le larynx ne se développe pas; l'embonpoint est très marqué. Enfin, la pathologie comparée nous apprend que, chez les chevaux hongres, le cerveau est plus petit que chez les chevaux entiers de même taille.

Chez la femme, l'ovariotomie double a pour effet le développement du système pileux, et surtout une obésité rapide. La plupart de ces troubles disparaissant par l'usage des extraits d'ovaires, on est tenté de les rattacher à une sécrétion interne. Cependant, on peut faire à cette théorie une objection intéressante. Chez les papillons hermaphrodites, les ailes du côté du testicule ont la même couleur que chez le mâle; du côté de l'ovaire, elles ont l'aspect des ailes de la femelle. Ce résultat ne peut guère s'expliquer que par une influence du système nerveux.

Hypophyse. — Il est deux troubles nutritifs intéressants, Vacromégalie et le gigafitisnie^ qu'on considère souvent comme étant d'origine hypoph^'sairc. Cependant, on tend à

admettre aujourd'hui que ces états morbides sont sous la dépendance de lésions glandulaires multiples.

Un type clinique particulier, Vobésité hypophysaire ou dystrophie adiposogénitaley a été individualisé par P'rolich en 1901 . 11 est caractérisé par un développement du panicule adipeux, une diminution de la sueur, des troubles trophiques des poils et des cheveux, un aspect infantile, une agénésie des organes génitaux. Souvent coexistent des symptômes de compression cérébrale. L'autopsie révèle une tumeur hypophysaire.

Il faut remarquer encore qu'il existe entre les diverses glandes endocrines une certaine synergie, et qu'il est fréquent d'observer des syndromes cliniques liés à des suractivités ou des insuffisances pluriglandulaires.

Auto-intoxications d'origines pulmonaire, cutanée, rénale. — A côté du foie, diverses glandes sont chargées d'empêcher l'intoxication de l'organisme. Nous avons déjà montré le rôle de la thyroïde et des capsules surrénales. Nous allons envisager maintenant les organes chargés d'éliminer les poisons.

Les poumons et le tégument cutané rentrent dans ce groupe. La plupart des poisons volatils s'éliminent par le poumon. Mais cette glande remplit dans l'économie un rôle plus complexe qu'on ne l'avait cru tout d'abord. Comme le foie, elle est capable d'arrêter et de neutraliser un certain nombre de substances toxiques, telles que la nicotine, la strychnine, l'atropine, l'arsénite de potasse, l'acide acéthylacétique, le bicarbonate d'ammoniaque, etc.

Quand on supprime les exhalations de la peau, par exemple en vernissant le corps d'un animal, on voit la mort survenir, dans le coma, avec abaissement de la température, raréfaction des urines, albuminurie, parfois hématurie. Les effets sont semblables quand une brûlure étendue, même superficielle, abolit l'actiori de la peau ou quand le tégument est le siège de larges dermatoses.

Dans tous ces cas, le rein vient encore au secours de l'organisme. Il peut, jusqu'à un certain point, suppléer à l'insuffisance cutanée, comme il peut suppléer à l'insuffisance hépatique; il élimine l'excès des poisons. Mais, à la longue,

par suite du travail excessif qui lui est imposé ou par suite du passage continuel de substances anormales, il s'altère à son tour et devient incapable d'assurer l'épuration; alors se développe un nouveau syndrome, l'urémie.

Urémie. — Vurémie est au rein ce que l'ictère grave est au foie; c'est un syndrome résultant d'une auto-intoxication par insuffisance fonctionnelle. C'est assez dire que cet état morbide apparaît dans les conditions les plus disparates, au cours des infections, des intoxications exogènes ou endogènes, de tous les processus capables d'altérer les épithéliums du rein.

On a beaucoup discuté sur le mécanisme de l'urémie. Depuis longtemps on invoque l'accumulation de l'urée; mais cette substance, loin d'être toxique, sert à assurer la diurèse, et son introduction sous-cutanée donne de bons résultats dans le traitement de certains cas d'insuffisance rénale. L'urée se transformant facilement en carbonate d'ammoniaque, ce sel a été ensuite incriminé. Cette théorie, qui contient une part de vérité, paraît trop exclusive. L'urémie est une intoxication complexe, due a la rétention des divers poisons dont l'analyse expérimentale a démontré la présence dans l'urine. Mais, suivant la nature, l'étendue ou la profondeur des altérations rénales, certaines substances traversent le filtre, d'autres sont retenues; c'est ce qui explique la diversité des accidents et la variabilité des manifestations cliniques qu'on a pu grouper sous trois formes principales, suivant que prédominent les troubles nerveux, gastro-intestinaux ou dyspnéiques.

Les travaux de Widal conduisent à admettre deux types cliniques d'insuffisance rénale. Dans la néphrite parenchymateuse des anciens auteurs, néphrite hydropigène de quelques auteurs modernes, le rein laisse passer les grosses molécules d'albumine, mais retient le chlorure de sodium. On observe des œdèmes attribués à cette rétention chlorurée, mais l'urémie fait défaut. Dans la néphrite interstitielle ou néphrite urémigène, c'est l'inverse : le chlorure de sodium s'élimine, mais la perméabilité rénale est diminuée pour les matières azotées : la quantité d'urée contenue dans le sang, qui oscille normalement entre 0,35 et 0,5, monte à i et 2 p. i 000; quand elle atteint 3 p. 1000 le pronostic est fatal.

Les poisons que le rein doit éliminer étant retenus dans l'organisme, l'urine des urémiques est fort peu toxique. Par contre, leur sang ou leur sérum injecté dans les veines du lapin entraîne la mort, même quand on en iiitroduit une faible dose. Ce n'est pas dire que le sang renferme les substances que l'urine aurait dû éliminer : la toxicité du sérum dépend de matières albuminoïdes, c'est-à-dire de matières qui n'entrent pour rien dans la toxicité urinaire. On peut donc se demander si les poisons qui sont retenus, ne suscitent pas de profondes modifications dans l'élaboration des matières protéïques et si le rein normal n'a pas pour fonction de dédoubler les molécules albuminoïdes complexes qui renferment dans leur intérieur un radical toxique. Celui-ci, mis en liberté, serait facilement éliminé. Si la glande devient incapable d'accomplir ce travail préliminaire, la molécule albuminoïde reste dans l'organisme et donne au sérum sa haute toxicité. On comprend ainsi, mieux qu'en invoquant un trouble de la sécrétion interne du rein, que l'urémie puisse éclater alors que l'élimination rénale semble se faire aussi activement qu'à l'état normal.

Éclampsie puerpérale. — L'insuffisance du foie et secondairement des reins joue un rôle considérable dans le développement de Véclampsie puerpérale. L'albuminurie, chez la femme enceinte, permet souvent de prédire l'imminence de cette redoutable manifestation. L'étude du sérum établit que ce liquide est fort toxique et peut tuer aux doses minimes de 3 à 6 centimètres cubes. Cette recherche toxicologique n'a pas seulement un intérêt spéculatif. L'expérience démontre que le pronostic reste bénin, malgré la gravité des symptômes, quand le sérum est peu toxique; réciproquement, un sérum fort toxique doit faire porter un pronostic grave, même quand les symptômes paraissent bénins.

Il semble logique de placer dans le placenta le point de départ de l'intoxication éclamptique. D'après Weichardt, l'extrait placentaire injecté dans les veines suscite des accidents convulsifs, analogues à ceux de l'éclampsie. Les mêmes manifestations peuvent être provoquées par l'injection des produits autolytiques du placenta. On observerait consé-

cutivement des altérations hépatiques et rénales semblables à celles qui ont été décrites chez les malades. Veit a trouvé dans le placenta une lysine, syncytiotoxine, qui tend à donner naissance au poison éclamptique. Dans les conditions favorables, une antitoxine se produit. Si cette substance protectrice fait défaut, l'éclampsie éclate.

Auto -intoxication dans les affections nerveuses. — On a encore poursuivi des recherches fort intéressantes sur l'autointoxication dans les affections mentales. En général, la toxicité de l'urine est augmentée et possède parfois des caractères particuliers, en rapport avec l'état des malades. D'après Brugia, l'urine des excités est convulsivante, l'urine des déprimés produit l'abattement et une hypothermie considérable. En portant son attention sur une maladie paroxystique, l'épilepsie, Féré a établi que les urines, fort toxiques et fortement convulsivantes avant l'attaque, deviennent ensuite peu toxiques et peu convulsivantes. D'après Mairet et Ardin Delteil, la toxicité de la sueur, recueillie pendant les attaques et aussitôt après, est extrêmement marquée.

Auto -intoxication dans les infections. — Nous avons déjà dit que, dans toute infection, l'intoxication joue le principal rôle. Les substances toxiques reconnaissent trois origines : les unes sont produites par l'agent pathogène; les autres proviennent des fermentations gastro-intestinales, généralement augmentées et de la désassimilation cellulaire, exagérée ou pervertie. Si on réfléchit que, dans toute maladie infectieuse, il y a altération des glandes chargées de détruire ou d'éliminer les poisons, que le foie, les reins, la thyroïde, les surrénales, le tégument cutané sont plus ou moins atteints, on devra conclure que tout concourt à empêcher la dépuration de l'organisme.

Les troubles dans l'élaboration des matériaux de la nutrition retentissent sur la composition de l'urine, qui se trouve contenir on excès des matières extractives et renferme souvent des substances anormales, serine, globulines, albumoses. C'est probablement à une modification des albuminoïdes, modification que révèle la giobulinurie, qu'est due la toxicité si marquée du sang. En étudiant le sérum d'individus atteints

de pneumonie, Rummo et Bordoni voient, qu'au lieu de I G centimètres cubes, dose mortelle avec le sérum normal, il suffit d'injecter pour amener la mort du lapin, de 5 à 6 centimètres cubes et même, au moment de la défervescence, 0,8. La dose mortelle du sérum des typhiques oscille dans les limites normales pendant la première semaine de la maladie; pendant la deuxième semaine, elle est de 2 et même i centimètre cube; puis elle revient à son chiffre habituel pendant le septénaire suivant.

Les variations de la toxicité de l'urine, loin d'être parallèles à celles de la toxicité du sérum, se font généralement en sens inverse. Dans la pneumonie, le sérum devient de plus en plus toxique à mesure que la maladie progresse, et la toxicité de l'urine diminue. A la veille de la crise, elle tombe à son minimum, puis s'élève brusquement. On peut donc supposer que, pendant le cours de la maladie, des matières non dialysables s'accumulent dans l'économie et donnent au sang sa toxicité. Au moment de la guérison, ces matières subissent probablement une transformation qui les rend dialysables; il doit se produire une dislocation des albuminoïdes fort instables, ce qui explique comment on trouve, dans l'urine, des ptomaïnes qui dérivent certainement du poison primaire que l'expérience démontre dans Je sang.

Auto-intoxications définies chimiquement. — A côté des auto-intoxications que nous avons étudiées jusqu'ici, et dans lesquelles il s'agissait de phénomènes complexes relevant de poisons multiples et mal définis, il faut placer les intoxications dues à des substances bien déterminées.

La lacticémie^ c'est-à-dire l'accumulation d'acide lactique dans le sang, se produit quand les oxydations sont entravées, dans les asphyxies, dans les maladies infectieuses, dans l'empoisonnement par le phosphore et l'oxyde de carbone; elle s'observe encore dans les affections gastro-intestinales et dans le diabète, où l'acide lactique se trouve accompagné de divers acides organiques.

Un syndrome spécial, V acétonémie ou diacèturie s'observe surtout chez les diabétiques et particulièrement chez ceux qui prennent de trop grandes quantités de viande. On voit alors,

le plus souvent à la suite d'une fatigue ou d'un voyage, éclater l'ensemble des phénomènes qui caractérisent cet état morbide. Les symptômes sont d'ailleurs très simples et peuvent se ramener à trois principaux : une douleur vive, siégeant à Tépigastre; une obnubilation progressive, aboutissant au coma; un type respiratoire, dit type de Kussmaul, caractérisé par une respiration à quatre temps : une inspiration brusque, une pause, une expiration brusque, une pause. En même temps que ces troubles ou avant leur apparition, se produit le phénomène caractéristique : c'est une odeur spéciale qu'exhalent l'haleine et l'urine du malade, odeur forte qui rappelle celle du chloroforme; on l'attribue à l'acétone, d'où le nom d'acétonémie ou à^acétonurie donné souvent au syndrome. Si l'acétone se produit dans ces circonstances, c'est à une accumulation d'acides, qu'on tend à rattacher les accidents : acide acétyl-acétique, acide lactique et surtout acide (i oxybutyrique. On a réussi parfois à conjurer les effets de cette acidose^ en faisant prendre au malade des quantités énormes de poudres alcalines ou en injectant dans les veines une solution de bicarbonate de soude.

L'acidose s'observe encore chez les individus soumis à un régime carné; dans certaines dyspepsies, au cours des infections et dans l'asphyxie.

Parmi les autres auto-intoxications définies chimiquement, il faut citer celle par l'^czW^? uriqne qui provient delà nucléïne, c'est-à-dire des noyaux cellulaires. La production exagérée de ce corps détermine le développement de la goutte.

Voxalurle, qui intervient dans la genèse de certains états morbides, paraît en rapport avec des troubles hépatiques : à l'état normal, le foie transforme l'acide oxalique en acide urique.

Nous signalerons encore Vinio.xication anuiiouiacale, qui intervient dans les maladies infectieuses et surtout dans les affections de tube digestif et du foie; — l'intoxication parles albumines anormales et les albumoses, qui se produisent dans un grand nombre de circonstances; — l'intoxication par les ptomaïnes^ dont nous avons montré la genèse ; — enfin l'intoxication par les substances volafiles provenant du tube digestif, hydrogène sulfuré et méthylmercaptan.

Résumé. — L'étude des poisons autogènes démontre que l'organisme vivant est toujours, même à l'état normal, en imminence d'intoxication. Dans les maladies, les poisons augmentent parce que des substances nouvelles sont produites par les agents pathogènes, parce que les putréfactions gastrointestinales sont exagérées et que la dénutrition cellulaire est activée et souvent déviée de son type régulier. Ces poisons, que l'analyse chimique n'a pas encore définis, ont été bien mis en évidence par l'étude expérimentale. Il a été établi que l'organisme possède contre eux plusieurs moyens de protection; il les transforme, les élimine, produit des substances antitoxiques qui contre-balancent et annihilent leurs effets. Quand un des organes protecteurs est atteint, d'autres le remplacent : le foie et le rein, par exemple, peuvent jusqu'à un certain point se suppléer mutuellement.

Les nombreux phénomènes morbides qui relèvent des autointoxications ont leur point de départ dans l'organisme. Il n'y a pas là une exception aux règles que nous avons posées : car ces troubles sont secondaires; ils reconnaissent toujours une cause exogène» c'est-à-dire un agent externe, qui a produit directement ou indirectement, des troubles cellulaires. Ceuxci déterminent secondairement des modifications humorales, transitoires, permanentes ou même héréditaires.

Les troubles de la nutrition. — A l'histoire des autointoxications et des troubles d'origine endocrine, on peut rattacher aujourd'hui l'étude des troubles nutritifs.

Nous avons déjà dit, à maintes reprises, que la nutrition est caractérisée par deux ordres de phénomènes simultanés et inverses, l'assimilation et la désassimilation.

Les troubles de l'assimilation se traduisent par deux états diamétralement opposés, l'obésité et la maigreur. Dans le premier cas, la graisse s'accumule en quantité trop considérable; dans le second, les cellules ne fixent pas en quantité suffisante les matières destinées à leur rénovation. Les travaux modernes tendent à démontrer que ces troubles sont sous la dépendance de glandes qui régissent le mouvement nutritif. Nous ne faisons qu'entrevoir le mécanisme pathogénique. Mais tout ce que nous a appris l'étude des sécrétions internes

prouve que l'élaboration de la matière est régie par des substances que déversent dans le sang diverses glandes, en tête desquelles il faut placer les glandes endocrines. L'insuffisance des glandes génitales, de la thyroïde, de l'hypophyse joue un rôle important dans le développement de l'obésité.

L'étude de la dénutrition n'est pas moins intéressante.

Nous avons déjà dit que la dénutrition engendre des substances toxiques qui contribuent, avec les déchets des matières ayant servi aux manifestations énergétiques, à l'arrêt des phénomènes vitaux. Considérons, par exemple, un être unicellulaire, une bactérie placée dans un bouillon de culture. Le végétal pullule, puis, à un moment donné, sa vie se suspend. Ce n'est pas que les aliments soient épuisés, car on peut en ajouter sans raviver les manifestations éteintes; mais si on soutire les produits élaborés par les cellules, la culture se ranime et la végétation reprend. Rien de plus démonstratif que l'histoire de la levure; placée dans un liquide sucré, elle donne naissance à de l'alcool, et cette substance, en s'accumulant, arrête la vie et les fonctions du végétal; ajoute-t-on du sucre, tout reste en l'état; mais si on vient à soutirer l'alcool produit, la fermentation leprend aussitôt.

L'auto-intoxication intervient même pour expliquer les accidents consécutifs à l'inanition. Un être privé de nourriture consomme les hydrates de carbone, puis les matières grasses qu'il tient en réserve. Plus tard, il attaque les substances pro- Léiques : à ce moment l'urée augmente dans l'urine, l'albuminurie se produit, la température organique s'abaisse; c'est alors que la situation devient grave.

La survie varie considérablement, suivant qu'on laisse ou qu'on supprime les liquides. Un chien, privé de nourriture et de boisson, succombe en vingt jours; un chien privé d'aliments, mais ayant de l'eau à sa disposition, est encore vivant au bout de trente jours, et pourra, si on cesse le jeûne, revenir à la santé. Les mêmes différences s'observent chez l'homme, et les jeûneurs célèbres de ces dernières années ont toujours eu soin de continuer à boire. L'eau agit en lavant l'organisme : en entraînant au dehors les produits de la désassimilation, elle empêche l'auto-intoxication. Nous avons constaté d'ailleurs

que chez les animaux mis au jeûne absolu, de l'eau se produit, souvent en quantité considérable, dont la plus grande partie provient du dédoublement des graisses.^ Ainsi, la proportion de l'eau contenue dans les organes et les tissus, ce qu'on pourrait appeler l'eau de constitution, reste sensiblement la même : dans les tissus très riches en graisse, comme la moelle des os, l'analyse indique même une notable augmentation. Ce qui manque, c'est l'eau de circulation ; l'économie n'a pas assez de liquide pour assurer le fonctionnement des émonctoires.

Quand le régime alimentaire n'est pas approprié aux besoins de l'organisme, des substances, ternaires ou quaternaires, sont absorbées qui n'étant pas utilisées, restent dans le sang et s'éliminent avec l'urine. Un des exemples les plus remarquables est fourni par l'histoire des glycosuries. 11 est démontré aujourd'hui que toute une série de glandes régissent la consommation du sucre par les cellules; deux surtout jouent un rôle important, le pancréas et les surrénales, dont les influences sont diamétralement opposées : ce sont les deux glandes antagonistes. La glycosurie peut reconnaître pour cause l'insuffisance du pancréas ou la suractivité des surrénales.

Dans d'autres cas ce sont les matières azotées; il arrive, au cours de différents états pathologiques, que la peptone diffuse à travers la muqueuse intestinale et passe dans l'économie. Comme elle ne peut guère servir à la nutrition, elle s'élimine par l'urine. Ainsi se crée la peptonurie d'origine intestinale ou peptonurie entérogène.

Une fois absorbées, les matières alimentaires subissent une transformation ultime dans les ganglions mésentériques et le foie. La physiologie ne nous a guère renseignés sur le rôle des ganglions lymphatiques, la pathologie ne nous a presque rien appris sur les troubles dépendant de leurs altérations. Nous connaissons mieux le sort des substances qui entrent par la veine porte. Le foie arrête les traces de peptone qui auraient pu échapper à l'action de l'intestin; il modifie les albumines qui ne sont pas encore absolument parfaites pour la rénovation des cellules. On conçoit donc que les affections hépatiques provoquent souvent de la peptonurie ou de l'albuminurie (peptonurie ou albuminurie hépatogène).

L'influence du foie s'étend à la plupart des substances organiques. Nous avons déjà étudié l'arrêt du sucre et nous avons mentionné les glycosuries d'origine hépatique; son action sur l'acide urique n'est pas moins intéressante. Le foie est capable de former cette substance aux dépens des produits d'origine nucléinique et, grâce à un ferment spécial, ferment uricolytique ou uricase, il préside aux transformations ultérieures, et d'ailleurs incomplètement déterminées, de l'acide urique. Il joue ainsi un rôle capital dans le développement de la goutte.

Si nous voulions faire une étude complète de la nutrition, il nous faudrait envisager ce processus aux différents âges de la vie et dans les diverses conditions physiologiques et pathologiques. Nous montrerions aussi le rôle du système ner\'eux qui intervient constamment pour diriger le métabolisme des matières organiques. Mais nous ne pouvons passer sous silence l'influence d'un des facteurs dont l'histoire complétera ce que nous avons dit dans le chapitre précédent : nous voulons parler des substances toxiques et médicamenteuses.

Certains médicaments activent la désassimilation, tel est riodure de potassium; d'autres, comme le bromure, ralentissent la nutrition. Prise à haute dose et continuée pendant longtemps, la morphine amène l'amaigrissement; dans les mêmes conditions, l'alcool détermine l'obésité.

Parmi les substances donc les effets sont les plus curieux, il faut citer le plomb, qui trouble la métamorphose de la matière azotée, produit l'accumulation de l'acide urique et finit parfois par déterminer la goutte (goutte saturnine).

C'est, comme on sait, par les poisons qu'ils sécrètent que les microbes agissent; il n'est donc pas étonnant que l'infection provoque de nombreux troubles nutritifs. Il suffit, pour s'en convaincre, de se rappeler ramaigrissement des malades. L'étude des excréta fournit des renseignements démonstratifs. L'anhydride carbonique est exhalé en plus grande quantité, l'urine contient un excès de matières extractives. L'urée diminue, ou du moins son rapport à l'azote total : elle est remplacée par des substances moins oxydées, par des acides aminés et même par de l'ammoniaque. C'est surtout dans les

infections retentissant sur le foie, comme la variole, la scarlatine, la diphtérie, que le coefficient s'abaisse (Bachmann). Il arrive cependant, que les déchets cellulaires restent emmagasinés dans l'économie pour être rejetés à la convalescence : l'amaigrissement se produit alors après la fin de la maladie.

Nous avons déjà dit que toute modification survenue dans l'organisme est presque fatalement suivie de réactions en sens inverse. Quand l'infection s'éteint, la réparation commence et souvent devient plus active que n'avait été la désassimilation; aussi est-il fréquent de voir les individus engraisser notablement. Ce fait est de notion vulgaire après la fièvre typhoïde. Il n'est pas rare que les tuberculeux, quand ils arrivent à guérir, soient atteints d'obésité.

Nous rappellerons enfin que, sous l'influence des toxines microbiennes, il se produit dans l'organisme des modifications humorales; il se forme des substances bactéricides et antitoxiques. Tous ces changements doivent être considérés comme liés à une modification nutritive : les cellules, impressionnées par les produits microbiens, réagissent d'une façon nouvelle et modifient la constitution chimique des humeurs.

On peut aujourd'hui rapprocher le processus néoplasique du processus infectieux. L'influence des tumeurs sur la nutrition est indéniable, comme en témoigne l'amaigrissement si marqué et si rapide. Elle paraît même porter spécialement sur les transformations de la matière azotée. Rommelaere a insisté sur la diminution de l'urée que l'inanition ne suffirait pas à expliquer. Son assertion a été reconnue exacte, mais l'interprétation est encore discutée.

Les vitamines. — L'histoire des troubles nutritifs a été rénovée dans ces dernières années par une série de travaux relatifs à ce qu'on a appelé, depuis Funk, les vitamines.

Il existe dans les aliments des substances dont la nature chimique est assez mal définie, dont le pouvoir énergétique est peu considérable ou nul, et dont l'importance fonctionnelle est primordiale. Une alimentation dépourvue de ces substances entraîne une série de troubles, constituant les maladies par avitamiriose^ maladies par carence de Weil et Mouriquand,

C'est dans ce groupe qu'on doit placer le béribéri, le scorbut et, très vraisemblablement, la pellagre.

Les vitamines sont fort nombreuses, mais peuvent être divisées en deux groupes, les unes, substances A, sont solubles dans les graisses et les lipoïdes : elles sont surtout abondantes dans le jaune d'oeuf, le lait et le beurre; les autres, substances B, insolubles dans les graisses et les lipoïdes, sont solubles dans l'eau et l'alcool; elles se trouvent dans l'écorce des graines, dans les embryons du blé, dans les fruits, dans les jaunes d'œuf. Le lait contient les deux groupes de vitamines : les A passent dans le beurre; les B passent dans le petit lait et se retrouvent dans le lactose. Ce sucre, quoique cristallisé, contient une certaine proportion d'azote, environ o gr. 024 p. 100. Si on le purifie par des cristallisations successives dans l'alcool, il perd son l'influence; l'extrait alcoolique, qui a retenu la matière azotée, exerce, au contraire, une action efficace.

La suppression des substances A provoque, chez les animaux, des lésions oculaires, de l'inflammation de la cornée et, au bout de trois ou quatre semaines, de la cécité. Si on améliore le régime, les manifestations rétrocèdent et guérissent.

La suppression des substances B entraîne des troubles plus intéressants. Des pigeons, nourris avec des graines décortiquées ou avec du riz bien raffiné, succombent au bout de dix-sept à vingt-deux jours, après avoir eu des paralysies comparables à celles du béribéri et dues, comme celles-ci, à des polynévrites. Quand les animaux sont malades, il suffit d'ajouter du son à leur alimentation, pour que les troubles disparaissent.

Le béribéri s'observe chez l'homme dans des conditions semblables. Il sévit dans les pays, comme la Chine, le Japon, les iles Philippines, où l'on consomme des quantités considérables de riz décortiqué ou de riz soumis à un chauffage prolongé qui détruit les vitamines.

On guérit le malade en faisant ingérer du son de riz ou en injectant des extraits alcooliques, plus ou moins purifiés. On a même obtenu un principe cristallisé (oryzanine cristallisée) qui s'est montré très actif.

LES AUrO-INTOXICATIONS 2do

Une autre affection rentrant dans le groupe des avitaminoses est le scorbut qui est dû, comme on sait, à l'usage d'aliments stérilisés et conservés, de viandes salées, de conserves végétales (épidémie de l'armée américaine en 191 7). On le guérit en donnant du jus de citron ou simplement des végétaux frais.

Chez l'enfant, l'abus du lait stérilisé et des farines raffinées provoque la maladie de Barlow ou scorbut infantile. Le lait, fraîchement stérilisé, est bien supporté. Mais les préparations industrielles, conserves de lait et farines lactées, finissent, au bout de six à huit mois, par provoquer le scorbut. Chez les enfants plus âgés, ayant un ou deux ans, c'est l'usage des farines raffinées, surtout quand on donne en même temps du lait conservé, qui cause les accidents. Dans l'un et l'autre cas, on guérit les troubles en faisant prendre du jus d'orange.

On a encore rangé dans le groupe des avitaminoses la pellagre. L'étiologie de cette curieuse affection est complexe. Les rayons du soleil jouent un rôle considérable en provoquant l'érythème caractéristique. Mais celui-ci ne se développe que chez les sujets prédisposés par une mauvaise alimentation, insuffisance des sels minéraux, des matières protéïques et des vitamines A.

De nombreuses expériences mettent en évidence le rôle des vitamines dans le fonctionnement nutritif et dans la croissance. Chez les jeunes sujets, la suppression d'un des deux groupes rend le développement incomplet; la suppression des deux groupes l'empêche et entraîne rapidement la mort.

Il est probable que beaucoup de troubles mal définis ne reconnaissent pas une autre cause. L'abus des régimes trop sévères, l'usage des légumes décortiqués, l'ingestion d'aliments trop cuits et la suppression des crudités doivent provoquer des avitaminoses. Il est même possible que, dans nos pays, certaines polynévrites d'origine inconnue, soient analogues au béribéri, dont elles constitueraient des formes frustes.

DiathèsGS. — Toutes les, modifications nutritives que nous avons étudiées jusqu'ici se produisent sous l'influence de causes externes; une fois constituées, elles pourront se trans-

mettre par hérédité. Les troubles sont souvent beaucoup plus marqués chez les enfants que chez les parents : les cellulesfilles, plus jeunes et, par conséquent, plus facilement impressionnables, exagèrent les vices de nutrition que les causes externes avaient provoqués chez les cellules-mères. C'est ainsi que se développent les diathèses.

Le sens attaché à ce mot a considérablement varié. Quelques auteurs parlent encore aujourd'hui de diathèses tuberculeuse, syphilitique, cancéreuse. Ces expressions sont évidemment déplorables : la tuberculose et la syphilis sont des infections; le cancer est une maladie inconnue dans son essence, mais ne rentre pas dans le groupe des diathèses. Pour laisser au mot diathèse une signification précise, il faut, à l'exemple de Bouchard, le définir un tempérament morbide; c'est d'ailleurs son sens traditionnel. Hippocrate appelait diathèse la manière d'être, et admettait une diathèse de santé et une diathèse de maladie : nous disons, aujourd'hui, un tempérament normal et un tempérament morbide. Le tempérament est l'état dynamique d'un individu, par opposition à la constitution, qui s'applique à son état statique ou à sa structure. Il exprime son activité physiologique, ou plutôt son activité nutritive. Nous arrivons ainsi à définir la diathèse un mode particulier de la nutrition.

S'il en est ainsi, le nombre des diathèses est considérablement réduit. Bouchard en admettait deux, la scrofule et l'arthritisme.

La scrofule correspond à ce qu'on appelait le tempérament lymphatique. Car, parmi les lésions considérées autrefois comme scrofuleuses, plusieurs doivent être rattachées à la tuberculose ou à la syphilis héréditaire dont, jusque dans ces derniers temps, on ne connaissait pas toutes les modalités cliniques.

Varthritisme est caractérisé par un ralentissement de la nutrition (Bouchard) ou, suivant l'expression de Landouzy, par une bradytrophie. Apanage des classes riches, cet état morbide s'observe surtout dans les pj*ysde civilisation avancée, 11 se crée progressivement, sous l'influence des conditions nouvelles qu'impose la civilisation, et s'exagère dans les

générations successives. Le trouble nutritif qui le caractérise engendre une série de prédispositions morbides et se traduit par des manifestations quelque peu disparates, qu'on voit alterner chez le même sujet ou dans sa «descendance : tels sont la goutte, la lithiase rénale, la lithiase hépatique, l'obésité, le diabète, la migraine, l'asthme, l'eczéma.

Certains de ces processus relèvent nettement d'une autointoxication, et la démonstration a été récemment étendue à l'asthme. Les expectorations des asthmatiques renferment des cristaux particuliers désignés sous le nom de cristaux de Charcot-Leyden. Si l'on recueille soigneusement ces cristaux et si, après les avoir dissous, on les injecte sous la peau d'un cobaye, on n'observe aucun trouble. Mais si l'animal a reçu huit jours auparavant i centimètre cube du sérum d'un asthmatique, il se trouve en état de réceptivité et l'injection des cristaux déclenche un accès d'asthme. Cette remarquable expérience, réalisée par Manoiloff, établit que l'asthmatique possède une prédisposition spéciale qu'on peut transmettre expérimentalement.

RoGKR. — La Médocine^

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