‹ La médecineChapitre 27 sur 41 · IV. Certains caractères physiques ou psychiques apparais · texte numérisé non relu

IV. Certains caractères physiques ou psychiques apparais

VHÈRÉDITÈ 283

sent chez les enfants à la même période d'évolution, c'està-dire à l'âge où ils sont survenus chez les parents.

La première loi, loi de V hérédité directe ou immédiate^ répète sous une forme différente, les faits que nous avons développés. Il est inutile d'y insister.

La deuxième loi, ou loi de prépondérance, mérite de nous arrêter un instant.

Théoriquement, d'après les données de l'embryogénie, les deux générateurs devraient impressionner également le produit, puisque les deux cellules qui viennent en conjonction apportent la même quantité de chromatine. En réalité, les résultats ne sont pas aussi simples et l'observation journalière établit que la ressemblance, tant physique que morale, n'est pas une moyenne : un des parents imprime davantage son influence.

Orchansky prétend que celui des deux générateurs qui est le plus rapproché de la maturité impose au produit un sexe et une ressemblance. Billon émet un avis diamétralement opposé.

Certains ascendants possèdent une puissance remarquable de transmission. C'est ainsi que, malgré des mariages de provenances diverses, quelques familles conservent un type spécial très accusé. Il suffit de citer le nez des Bourbon et le prognatisme des Habsbourg.

Parmi les tares pathologiques, quelques-unes ne se transmettent que par les femmes. Cette hérédité matriarcale explique la transmission de certaines affections telles que l'hémophilie, les exostoses ostéogéniques, l'atrophie papillaire familiale, la névrite optique héréditaire. Les femmes sont épargnées, mais leurs fils sont atteints; ceux-ci, bien que malades, donnent naissance à des enfants normaux, tandis que leurs sœurs qui sont indemnes, servent à la propagation du mal.

Dans d'autres cas, l'hérédité matriarcale est continue; elle se transmet de la mère à la fille; c'est le cas pour la paralysie périodique familiale et le daltonisme.

La troisième loi de Darwin est bien connue sous le nom d'atavisme. C'est l'hérédité en retour de Lucas, la rêver-

sion des auteurs anglais. Son importance ressort des curieuses recherches poursuivies par un moine autrichien, Gregor Mendel.

L'expérience fondamentale a été réalisée avec des végétaux.

On prend deux variétés de pois, l'une à graines vertes, l'autre à graines jaunes. On féconde les fleurs de la variété à graines vertes au moyen des écamines de la variété à graines jaunes. A la première génération, tous les pois obtenus sont semblables, c'est-à-dire sont tous jaunes. Le jaune constitue ce qu'on a appelé le caractère doniifia?!/.

A la deuxième génération où on laisse les fleurs jaunes qui sont hermaphrodites se féconder entre elles, les résultats sont bien différents. Les trois quarts des pois sont jaunes, un quart est vert. Les pois à graines vertes issus de cette deuxième génération, donneront indéfiniment des pois à graines vertes, tandis que les jaunes donneront trois quarts de pois à graines jaunes et un quart de pois à graines vertes. Ce résultat se reproduira dans toutes les générations successives et, toujours dans la même proportion, on verra reparaître la couleur verte, qui constitue le caractère récessif.

Les lois de Mendel peuvent être exprimées par des formules algébriques bien simples.

Représentons par D le caractère dominant et par R le caractère récessif et supposons qu'on soit parti de deux types purs D -h D et R -i- R, nous pourrons écrire :

Dans les hybrides le caractère dominant l'emporte. Tous les individus sont semblables et, dans le cas envisagé, sont jaunes.

Accouplons deux hybrides D H- R à caractère dominant. Nous aurons.

D 4- R X D -f- R=: DD -I- DR 4- DR f- RR

Autrement dit, un quart sera de type pur à caractère dominant; un quart de type pur à caractère récessif. La moitié sera formée d'iivbrides à caractère doininaïu.

i: II H HE DITE 28:j

Si on accouple un hybride avec un type pur, on aura les deux formules suivantes dont l'expérience démontre la réalité :

D -h Rx R H- R= DR 4- DR-f- RR-+- RR D + RxD-f-D=:DD4-DD-4-DR4-DR

Quand le type pur est vert, on a moitié de verts et moitié de jaunes. Quand il est jaune, c'est-à-dire dominant, tous les rejetons sont jaunes. Mais la moitié est formée d'hybrides.

Les expériences de Mendel ont été confirmées par les botanistes et les zoologistes. En accouplant des souris blanches et des souris grises, on obtient une première génération de souris grises. Le gris est donc le caractère dominant. Mais le caractère récessif reparaît à la génération suivante : ces souris grises se fécondant entre elles donnent 25 p. 100 de souris blanches.

Si l'on fait ensuite accoupler les souris grises hybrides avec une souris blanche de race pure, la proportion des souris blanches montera à 50 p. 100. C'est la deuxième proportion mendéléenne.

L'application de ces résultats à la pathologie a été faite en accouplant des souris normales avec des souris valseuses du Japon. Sous ce nom on désigne des souris qui, par suite d'une malformation labyrinthique, malformation qui se transmet par hérédité, tournent en cercle pendant des heures. L'accouplement des souris normales avec les souris valseuses donne des produits normaux. La tare pathologique est un caractère récessif, qui réapparaîtra chez les descendants des hybrides. La proportion des malades sera encore de 25 p. 100.

On a vérifié les lois de Mendel, dans l'espèce humaine, en étudiant la couleur des yeux. Le brun constitue le caractère dominant, le bleu le caractère récessif. Si des deux générateurs, l'un a les yeux bruns, l'enfant héritera cette couleur, mais c'est à la condition qu'aucun des grands parents n'ait eu les yeux bleus.

En pathologie humaine, on cite certaines maladies familiales où l'hérédité suit la proportion mendéléenne. Ce sont Thérédo-ataxie cérébelleuse, la névrite' hypertrophique familiale»

la chorée de Huntington et, d'après quelques médecins, la luxation congénitale de la hanche.

La quatrième loi de Darwin a trait, avons-nous dit, à l'âge où apparaissent certaines manifestations héréditaires; c'est Vhérédité par Jiomochronie de Hœckel. Comme exemple on cite toujours l'obser^^ation de Paul Raymond : dans une même famille, neuf personnes, appartenant à trois générations successives, furent frappées, à peu près au même âge, d'hémorragie cérébrale et moururent à la deuxième attaque. On connaît des cas où des individus se sont suicidés au même âge que leur père, et par le même procédé.

Parmi les troubles attribuables à la collaboration des deux générateurs, on peut citer ceux que produit la consanguinité. Il est admis que les mariages entre parents donnent de mauvais résultats. On prétend que ces unions sont souvent stériles et que les enfants sont atteints de malformations, polydactilie, albinisme, rétinite pigmentaire, surdi-mutité. Ces assertions sont loin d'être démontrées et, dans bien des cas, les enfants ont été parfaitement conformés.

En réalité, les effets des mariages consanguins s'expliquent par l'addition de caractères semblables. Appartenant à une même famille, les conjoints ont bien des chances d'avoir même caractère, mêmes tares physiques ou morales : les troubles, qui peuvent être légers chez chacun d'eux, s'additionnent et s'accumulent chez les descendants; il n'y a pas de correction par des qualités ou des défauts différents. Nous conclurons donc que le mariage entre consanguins donnera de bons résultats quand les deux conjoints, quoique parents, n'ont pas de défauts analogues; sinon la moindre tare s'exagérera dans des proportions considérables. La consanguinité doit être considérée comme une hérédité convergente accumulée.

Les mêmes remarques s'appliquent aux unions contractées par les individus appartenant aux mêmes classes sociales, ayant par conséquent les mêmes aptitudes, les mêmes goûts, les mêmes tendances. C'est la consanguinité sociale, qu'on peut rapprocher de la consanguinité familiale. Les résultats sont évidemment analogues. L'hérédité fixe et exagère diverses tares, mais la sélection naturelle vient, tôt ou tard, contre-

VHÉRÉDITÉ 287

balancer les effets régressifs de la sélection sociale et aboutit à la stérilisation de ces familles dégénérées.

L'influence du père ne se fait pas seulement sentir sur l'ovule qu'il a fécondé; on a vu des êtres nés plus tard rappeler par quelques caractères le premier générateur. Il y a eu, comme on dit, imprégnation de la mère. Tous les éleveurs savent qu'une chienne qui a été couverte une première fois par un chien de race différente, donne naissance, dans les deux portées suivantes, alors même qu'elle a été fécondée ensuite par un chien de même race qu'elle, à des petits qui rappellent le premier père.

On a encore cité des cas où des femmes blanches, après avoir eu un enfant d'un nègre, lorsqu'elles étaient plus tard fécondées par un blanc, donnaient naissance à des enfants sur le corps desquels on retrouvait quelques taches de pigment noir.

Ces faits sont si rares et paraissent si mystérieux, que quelques auteurs, incapables de les vérifier ou de les comprendre, ont trouvé plus simple de les nier. Ceux qui ont essayé de les expliquer ont proposé trois théories : ou bitu, au moment d'une première fécondation, iî'y aurait fécondation imparfaite de quelques ovules encore contenus dans l'ovaire; ou bien il y aurait fécondation parfaite et l'ovule attendrait des conditions meilleures pour se développer, ou bien enfin il y aurait une imprégnation de la mère par le fœtus. Celui-ci a hérité des qualités du père; ses cellules ont reçu du mâle une direction nutritive et fonctionnelle qui se traduit par un état humoral spécial; par suite des échanges continuels dont le placenta est le siège, des produits solubles vont impressionner la mère et lui donner une aptitude fonctionnelle qui rappellera celle de l'être qui l'a fécondée.

Hérédité des troubles nutritifs. — ■ Parmi les fonctions dont les modifications peuvent influencer l'hérédité, il faut citer d'abord celle qui est la plus générale, la nutrition. Nous serons bref sur ce sujet, qui a déjà été traité à propos des diathèses. Nous avons vu la part qu'il faut faire aux modifications héréditaires dans le développement de l'arthritisme et de la scrofule, et nous avons montré comment une tare, légère chez les

parents, s'exagère dans la descendance. Le fait est frappant chez les arthritiques, et l'explication est d'ailleurs facile. Quand l'arthritisme se développe sous l'influence de causes externes, celles-ci impressionnent des cellules adultes, douées d'une activité définie; il leur faut donc modifier un état existant et fixé depuis des années. Quand les troubles se transmettent par hérédité, l'impression mauvaise porte sur des cellules jeunes, n'ayant encore aucune direction nutritive et prêtes à se laisser influencer par les impressions qu'elles reçoivent. Nous adaptons ainsi à l'histoire de l'hérédité les conditions qui sont la base même de l'éducation des enfants : dans les deux cas, les cellules jeunes obéissent facilement aux impressions auxquelles, adultes, elles seront réfractaires.

Si on envisage une famille d'arthritiques, on obserA-e, chez certains membres, des modalités clinique? qui peuvent coexister ou alterner. Parmi ses manifestations les plus habituelles, l'arthritisme compte la goutte, l'eczéma, les affections nerveuses, depuis les névralgies et la migraine jusqu'à l'hypocondrie et la neurasthénie, le diabète gras, la gravelle, la lithiase biliaire, etc. Ces diverses affections peuvent coexister chez le môme individu; plus souvent, elles alternent chez lui ou chez ses descendants. Ainsi, un père goutteux donne naissance à un asthmatique. Un fils d'arthritique atteint de migraine dans sa jeunesse, deviendra asthmatique vers quinze ans; vers trente-cinq ou quarante ans, il aura la goutte et mourra plus tard d'hémorragie cérébrale. L'hérédité est dite si mi la ire quand l'enfant est atteint des mêmes affections que le générateur; par exemple quand ils ont tous deux l'asthme ou la gouite. Elle est dite JioDwJogJte quand les manifestations sont diff"érentes.

L'arthritisme est l'apanage des peuples civilisés et des classes élevées. La plupart des individus qui sont doués d'une intelligence supérieure en sont entachés. Le caractère des hommes de génie est souvent triste, bizarre, incomplet; les aptitudes cérébrales se sont développées inégalement; il existe des lacunes, des troubles qui, parfois, confinent à l'aliénation. L'hérédité pourra continuer le développement des qualités supérieures; trop souvent, elle assurera la prédomi-

nance des troubles cérébraux et aboutira au développement de la dégénérescence mentale ou de la folie. Nous reviendrons sur ces questions à propos de l'hérédité nerveuse.

La deuxième diathèse, la scrofule, s'observe, avons-nous dit, chez les enfants issus de parents mal portants, atteints d'une intoxication chronique ou d'une infection : alcoolisme, syphilis et surtout tuberculose. Enfants chétifs, aux chairs molles, aux cils longs et soyeux, aux amygdales hypertrophiées, au nez large, atteints, pendant les premières années, d'impétigo, d'inflammations bâtardes laissant à leur suite de volumineuses adénopathies, ils sont exposés, dans leur jeunesse, à la tuberculose osseuse ou articulaire, qui se généralisera bientôt et les fera périr de bonne heure. Ainsi s'éteindra cette race de dégénérés, ainsi se trouveront satisfaites les grandes lois de la sélection naturelle.

Les troubles de la nutrition, provoqués parles intoxications chroniques^ retentissent fréquemment sur la descendance. Les enfants des alcooliques sont mal développés et présentent de nombreux stigmates de dégénérescence. Leur taille est audessous de la moyenne : les statistiques publiées par les bureaux de recrutement établissent, pour chaque département, un parallélisme presque parfait entre la diminution de la taille chez les recrues et la quantité d'alcool consommée. Le trouble évolutif peut aller si loin que des jeunes gens âgés de dixhuit ou vingt ans ne sont pas plus développés que des enfants de quatorze ou quinze; le système pileux est rudimentaire, les organes génitaux sont grêles. Outre cet infantilisme, on peut trouver des malformations plus marquées ; ce sont l'asymétrie crânienne, l'asymétrie cérébrale, la porencéphalie, l'hydrocéphalie, la sclérose nevroglique des centres nerveux.

Si, après l'étude anatomique, on examine l'état des fonctions, on note de nombreux troubles nerveux; plaques d'anesthésie et d'hyperesthésie, exagération des réflexes, sommeil troublé par des cauchemars, des terreurs et, souvent, par l'incontinence d'urine.

Le caractère est triste, morose, la sensibilité exagérée. L'intelligence est souvent précoce et on pourra croire tout d'abord que l'enfant aura de brillantes qualités intellectuelles.

Roger. — La Médecine. lo

Mais bientôt un arrêt se produit, ou tout au moins on observe un manque d'équilibre, un défaut d'attention et de volonté, une bizarrerie d'idées et de caractère. Parfois, quelques aptitudes persistent, surtout des aptitudes artistiques. Même dans ce cas, l'asthénie du système nerveux se traduit par une absence de sens moral, des impulsions mauvaises et irrésistibles. Parmi les impulsions, il faut faire une place à part à la dipsomanie. On répète souvent que les excès de boisson entraînent à l'alcoolisme; c'est généralement l'inverse qui se produit; une première ivrefse met en mouvement un système nerveux prédispose.

Il faut s'empresser d'ajouter que l'hérédité n'est pas fatale; lorsqu'on peut soustraire le fils d'un alcoolique à l'influence des causes occasionnelles, on retarde, parfois même on empêche le développement de la dipsomanie. Mais, trop souvent, à l'atelier, dans l'armée et surtout dans les colonies, les occasions sont presque inévitables, et rien ne pourra plus arrêter l'individu qui, à l'exemple de ses parents, a commencé à boire.

Ce que nous disons de la dipsomanie, nous pouvons le répéter des actes délictueux, vols ou crimes. Depuis quelque temps les moralistes insistent, avec juste raison, sur l'augmentation de la criminalité infantile. Si on recherche dans les antécédents, on voit que la plupart des jeunes criminels sont des fds de dégénérés et surtout d'alcooliques. A la moindre occasion, le système nerveux a révélé ses aptitudes innées.

Bien d'autres troubles, assurément moins graves, reconnaissent la même pathogénie. Les convulsions, qu'on considère trop facilement comme des réactions banales chez l'enfant, surviennent surtout chez les tarés, à Toccasion d'un parasite, d'un ver intestinal ou d'une infection comme la pneumonie. Dans certains cas, les choses vont plus loin : l'infection se localise sur le système nen*eux prédisposé, noLamment sur la moelle, où elle provoque une paralysie infantile. Ailleurs, une cause intercurrente détermine l'apparition d'une névrose, de l'hystérie et surtout de l'épilepsic; dans 80 p. 100 des cas, les épileptiques sont issus de parents entachés d'alcoolisme;

Les autres intoxications chroniques sont également capables de déterminer des troubles morbides dans la descendance. On peut citer en première ligne, le saturnisme. Quand la mère est intoxiquée, on obsers'e le plus souvent l'avortement. Quand c'est le père, les accidents ne sont pas moins fréquents, comme on peut s'en convaincre par les chiffres suivants, empruntés à C. Paul. Sur 141 cas, il y eut ^2 avortements, 4 naissances avant terme et 5 enfants morts-nés. 50 enfants purent venir au monde : 20 d'entre eux étaient morts au bout d'un an, i^ périrent entre un et trois ans, 14 étaient encore vivants; mais, parmi ceux-ci, 4 seulement avaient dépassé trois ans. Quand ils survivent, les enfants sont atteints des diverses manifestations morbides que nous avons signalées : convulsions fréquentes à la moindre cause, dégénérescences diverses, troubles nerveux graves, tels que : épilepsie, imbécillité, idiotie, etc.

Inutile d'insister sur les autres intoxications. Nous pourrions répéter pour l'oxyde de carbone, le mercure, la morphine, ce que nous avons dit de l'alcool et du plomb; mais, quel que soit l'empoisonnement dont il s'agit, quand la dégénérescence atteint un certain degré, la stérilité survient. Ainsi disparaissent les races inférieures et tarées.

L'hérédité dans les maladies infectieuses. - — L'étude des intoxications nous conduit tout naturellement à aborder l'étude des infections, puisque c'est par leurs produits solubles qu'agissent les microbes. Parmi ceux-ci quelques-uns traversent le placenta et provoquent chez l'être qui se développe une maladie analogue à celle dont la mère est atteinte. Il s'agit dans ce cas d'une infection innée plutôt qu'héréditaire : c'est ce qui se produit dans la variole et, plus rarement, dans la fièvre typhoïde, le charbon, la mors^e; c'est ce qui a lieu dans les infections chroniques comme la syphilis et, d'une façon exceptionnelle, dans la tuberculose.

Alors même que l'agent pathogène ne traverse pas le placenta, l'enfant peut être atteint d'accidents qu'on désigne sous le nom de para-infectieux. On les a décrits surtout dans la syphilis. Mais leur étude devrait être reprise, aujourd'hui qu'on peut facilement déceler l'agent de cette maladie. 11 faudrait

rechercher si certaines manifestations dites para-syphilitiques ne relèvent pas simplement de l'infection. Quel qu'en soit le mécanisme, ces troubles sont fort nombreux : ce sont des altérations dentaires, un retard de l'ossification, des altérations oculaires, de la surdité, un défaut de développement, de l'infantilisme, parfois des malformations congénitales.

Chez les enfants issus de tuberculeux on a signalé quelques troubles analogues : déformation du thorax, retard de la dentition, insuffisance de l'ossification, aplasie de l'appareil circulatoire, particulièrement de l'aorte, ce qui expliquerait la fréquence de la chlorose.

Sans aller jusqu'à déterminer des stigmates et des lésions somatiques, les infections des parents impriment souvent une nutrition spéciale aux cellules de l'enfant et peuvent entraver l'évolution de certaines parties et notamment du système nerveux. D'Abundo soumet des femelles en gestation à des infections ou des intoxications, et il observe chez les petits un retard de la myélinisation des divers systèmes de connexions nerveuses. Ce résultat doit expliquer le développement, plus ou moins tardif, d'un grand nombre d'affections nerveuses et de psychoses.

Par cela même qu'elles modifient la nutrition, les infections des parents donnent aux humeurs du fœtus et de l'enfant une composition particulière. Ainsi se créQ\\i\cs prédispositions et les iui ni imités fa m ilia les.

Nombre d'infections, y compris la tuberculose, sévissent avec une prédilection remarquable sur certaines familles; c'est ce qui a lieu pour la diphtérie, et surtout pour l'érysipèle, qui, dans i) p. loo des cas, constitue une maladie familiale. Il est probable que l'enfant reçoit d'un des générateurs un mode de nutrition spécial, qui rend son organisme particulièrement favorable à la culture d'un microbe déterminé. On ne doit pas confondre ces faits avec ceux où l'un des générateurs est malade et donne naissance à un être débile, incapable de résister aux divers microbes qu'il rencontre. Dans le premier cas, la prédisposition est spécifique; dans le deuxième cas, la prédisposition est banale.

Réciproquement, l'hérédité explique certaines immunités.

VHÊRÊDITÊ 293

On dit, non sans raison, que les infections font des ravages terribles quand elles atteignent, pour la première fois, une population. Ce fut le cas de la rougeole aux îles Feroë et Fidji. Si ces maladies sont bénignes en Europe, c'est que nos ancêtres, en ayant été atteints, nous ont transmis une part de la résistance qu'ils avaient acquise. Mais il s'agit là de faits ayant évolué lentement à travers les âges; il est difficile d'en saisir le mécanisme. Mieux vaut considérer ce qui se passe quand les générateurs viennent d'acquérir l'immunité.

La première question est de savoir quel est le rôle respectif des deux parents. Envisageons d'abord le cas le plus simple : la mère est atteinte d'une maladie infectieuse pendant la gestation. On conçoit que les substances protectrices, qui prennent naissance dans son économie, traversent le placenta et confèrent au produit un certain degré d'immunité passive. Ainsi, l'enfant issu d'une mère qui, pendant sa grossesse, a eu la variole, est à l'abri de cette maladie. Si on vaccine une femme arrivée à la fm de la gestation, l'enfant sera, pendant un certain temps, réfractaire à la vaccine; mais cette immunité est peu marquée, peu durable, et d'ailleurs elle est inconstante. Des faits analogues, observés sur des animaux vaccinés contre la clavelée, le charbon symptomatique ou la rage, achèvent d'établir la possibilité d'une vaccination ovulaire (Toussaint), mais démontrent aussi que l'immunité ainsi conférée est légère et transitoire.

Le deuxième problème est plus intéressant; il peut se formuler ainsi : les générateurs peuvent-ils transmettre l'immunité qu'ils ont acquise contre une maladie infectieuse?

Ehrlich, qui le premier a transporté la question sur le terrain expérimental, vaccine un certain nombre d'animaux contre le tétanos, l'abrine ou la ricine. Accouplant ces animaux avec des individus non vaccinés, il constate que toujours les femelles rendues réfractaires transmettent un certain degré d'immunité à leurs produits, tandis que l'influence du mâle est nulle. Les recherches de Wernicke sur la diphtérie ont confirmé cette conclusion.

Cependant Tizzoni et Centani, Charrin et Gley prétendent que l'immunité peut être d'origine paternelle, bien que,

d'après ces auteurs, ce résultat soit exceptionnel. Reprenant la question avec des animaux vaccinés contre le tétanos, le choléra, le charbon, Vaillard arrive aux mêmes conclusions qu'Ehrlich : le père est sans influence, la mère transmet une immunité légère que l'allaitement peut augmenter.

Pour expliquer les faits, trois théories sont en présence. L'une a été émise par Duclaux et soutenue par Arloing, Charrin et Gley; c'est la théorie cellulaire, la seule qui soit acceptable si l'on admet que le père peut transmettre l'immunité. On suppose que, sous l'influence de la maladie, les cellules ont subi une orientation nouvelle qui persiste chez les descendants.

Si, avec Ehrlich, Wernicke, Vaillard, on rejette l'influence paternelle, on est conduit tout naturellement à admettre que l'immunité de l'enfant tient au passage, à travers le placenta, de substances protectrices produites dans l'organisme maternel. L'immunité du fœtus est moins durable que celle de la mère, parce que c'est une immunité passive, une simple imprégnation.

La théorie de Vaillard se rapproche de la précédente : le fœtus recevrait les p'*oduits solubles, mais ceux-ci, au lieu d'imbiber simplement les cellules, exerceraient sur les phagocytes Faction d'une stimuline. C'est étendre à l'hérédité les théories de Metchnikoff sur le mécanisme de l'immunité.

Si nous voulons résumer ce que nous a appris l'étude de l'hérédité dans les infections, nous voyons que six éventualités sont possibles.

i** Le microbe, provenant de la mère, traverse le phicenta et détermine chez le fœtus une maladie tantôt plus grave que celle de la mère (pneumonie, fièvre typhoïde, parfois syphilis); tantôt semblable (variole, rougeole), mais présentant parfois des symptômes particuliers (variole) ou des localisations spéciales (syphilis); tantôt différente (fièvre typhoïde, charbon). Les manifestations, généralement immédiates, peuvent être tardives (syphilis, peut-être tuberculose).

2° Le microbe provient du père et envahit le fœtus, la mère restant indemne, au moins on apparence, mais pouvant devenir réfractairc à l'infection dont est atteint le produit (syphilis).

rUh REDITE 295

3** Le microbe ne pénètre pas dans l'organisme foetal; mais l'enfant est atteint de troubles dystrophiques qui se traduisent par des malformations, des stigmates, de la dégénérescence, de l'infantilisme.

4° L'enfant tient, de son père ou de sa mère, une nutrition particulière qui le prédispose à certaines infections.

6" L'enfant n'est nullement influencé par l'infection des parents.

Ainsi toutes les éventualités sont possibles, depuis l'infection rapidement mortelle jusqu'à l'absence de toute imprégnation.

Hérédité nerveuse, — Déjà, à plusieurs reprises, nous avons dû faire intervenir l'influence de l'hérédité nerveuse. A propos des intoxications et des infections, nous avons vu que les désordres créés par les agents externes peuvent se continuer dans les générations successives et se traduire par des dégénérescences, des troubles ou des lésions portant surtout sur le système nerveux. L'alcoolisme chronique, le saturnisme, l'hydrargyrisme, le morphinisme et, parmi les infections, la syphilis et la tuberculose, exercent une influence néfaste que nous avons déjà étudiée. Une intoxication aiguë peut parfois engendrer les mêmes troubles : l'ivresse au moment de la conception est souvent une cause de dégénérescence; elle entre pour une grande part dans l'étiologie de l'épilepsie.

Les impressions morales exercent souvent une influence marquée sur le système nerveux des enfants. Quand la conception ou la gestation a eu lieu pendant un deuil, pendant des ennuis, des tourments, pendant les grandes émotions que déterminent les calamités publiques, les enfants naissent presque fatalement condamnés à la dégénérescence nerveuse.

Le déséquilibre nerveux peut encore résulter de l'âge des parents. Que les générateurs soient trop jeunes ou trop vieux, leur influence est également néfaste. S'ils sont trop jeunes, les premiers enfants sont dégénérés; ceux qui viennent plus tard, conçus en pleine maturité, sont normaux. Puis, avec l'âge les parents s'affaiblissent et donnent naissance à des enfants bien inférieurs à leurs aînés. On conçoit ainsi que les différents enfants d'une même famille ne se

ressemblent pas forcément. Ils se ressemblent d'autant moins que la plupart des causes déprimantes, les chagrins, les ennuis aussi bien que les maladies aiguës n'ont qu'une influence passagère; elles impressionnent un rejeton à l'exclusion des autres. S'il est facile théoriquement de saisir l'influence de ces diverses causes, on conçoit combien en pratique le déterminisme est malaisé, et combien la loi fatale qui régit l'hérédité échappe fréquemment.

Il faut se rappeler encore que les manifestations nerveuses vont en s'aggravant dans la descendance et, après quelques générations, deviennent telles, qu'elles entraînent la stérilité. C'est ce qu'on a appelé très justement Vhérédité morbide progressive.

Les manifestations nerveuses qu'on hérite ne sont pas toujours identiques ni même analogues à celles des parents. Trois cas se présentent : tantôt il y a similitude parfaite, c'est ce qui a fréquemment lieu pour l'hystérie; tantôt les manifestations sont seulement homologues, ce sont des troubles différents dans leur expression, mais ayant pour caractère commun de frapper le système nerveux; tantôt les symptômes paraissent tout à fait dissemblables et leur filiation ne se comprend qu'en tenant compte de la notion de diathèse. Dans la famille arthritique, il n'est pas rare que les parents goutteux ou diabétiques donnent naissance à des névropathes.

Pour que les manifestations ner\^euses, auxquelles l'hérédité prédispose, se développent, il faut toujours l'intervention d'une cause occasionnelle. C'est, soit dit en passant, une notion capitale, pour la prophylaxie. Les troubles éclatent à l'occasion d'un traumatisme, d'une infection, d'un excès, d'un choc moral : c'est la première ivresse qui est le point de départ de la dipsomanie; c'est une infection banale qui, en provoquant les convulsions ou le délire, révèle la névropathie congénitale. Il peut se faire que ces manifestations débutent plus tôt chez les enfants que chez les parents. Un père, dont les aptitudes nerveuses apparaîtront tardivement, pourra engendrer un fils qui, dès les premiers mois de sa vie, aura des convulsions. On ne comprendra l'hérédité que plus tard, et, si le père succombe, avant d'avoir révélé les tares qui sommeillaient,

le problème restera sans solution et les troubles de l'enfant sembleront spontanés.

Si, le plus souvent, les parents lèguent à leurs enfants une simple aptitude, ils peuvent parfois leur transmettre une véritable maladie liée, semble-t-il, à un trouble évolutif : c'est une sorte à' affection ovulaire. Comme exemples, nous citerons l'ataxie héréditaire de Friedreich, l'hérédo-ataxie cérébelleuse de Marie, la myopathie progressive de Landouzy-Dejerine, la maladie de Thomsen, le tremblement dit héréditaire. Ces diverses maladies ont pour caractères communs d'apparaître au même âge chez les parents et les enfants, de survenir sans cause occasionnelle, de se reproduire avec leur aspect uniforme.

Dans la plupart des cas, l'hérédité transmet une tendance à des manifestations nerveuses, réactions d'apparence banales, qui se produisent à l'occasion d'un traumatisme, d'un coup de soleil, d'une infection ou d'une intoxication. Même dans les cas où les manifestations nerveuses semblent inévitables, leur fréquence, leur intensité, leurs caractères sont régis par la prédisposition. Ainsi l'ivresse ne s'accompagne pas forcément d'accidents cérébraux. Il y a des hommes qui peuvent ingérer de grandes quantités de boissons : ils auront des troubles digestifs, mais leur raison demeurera intacte; d'autres, au contraire, préparés par leur hérédité, deviendront délirants au moindre écart de régime. ,

Ce que nous disons de l'empoisonnement alcoolique s'applique aux intoxications endogènes. Dans l'urémie, les manifestations sont si variables, qu'on a pu décrire trois formes cliniques, suivant que les accidents portent sur l'appareil digestif, l'appareil respiratoire ou le système ners^eux. On admet que la variabilité des symptômes est en rapport avec la multiplicité des poisons, et que les manifestations diffèrent suivant la substance qui s'accumule. Tout en acceptant cette conception, nous pensons qu'il faut faire intervenir en même temps le rôle des prédispositions héréditaires: les localisations sont commandées par l'état des organes. L'urémie n'est que la cause occasionnelle qui met en évidence des aptitudes morbides latentes jusque-là.

Dans un certain nombre de cas, la tare nerveuse explique le développement des troubles qui apparaîtront au cours ou à la suite d'une maladie et persisteront pendant un temps fort long. C'est le cas de la chorée, de l'hystérie, de l'épilepsie, de la paralysie agitante. La chorée, par exemple, survient souvent à la suite d'une attaque de rhumatisme, mais à la condition que le sujet soit prédisposé aux névropathies par hérédité. Il en est de même des autres névroses : les expressions d'hystérie traumatique, d'hystérie infectieuse, qui sont assez souvent employées, indiquent cette double tendance; non que l'hystérie diffère dans ses symptômes, elle est toujours semblable à elle-même; mais elle relève de causes occasionnelles multiples, qui ont pour caractère commun d'agir sur des êtres prédisposés.

Il serait facile de présenter des considérations analogues pour toutes les infections à localisation nerveuse : tuberculose méningée, rhumatisme cérébral, paralysie infantile, ataxie locomotrice, paralysie générale. Dans les deux derniers cas, le rôle de la syphilis, qui est indéniable, doit être complété par l'influence d'une cause adjuvante, héréditaire ou acquise, qui explique la localisation.

Ce n'est pas seulement en pathologie, c'est aussi en psychologie et en sociologie qu'il est intéressant d'étudier l'hérédité nerveuse. Les aptitudes intellectuelles sont transmissibles pendant plusieurs générations : on cite des familles de savants, d'écrivains, de musiciens, de peintres. Une qualité s'exagère et, devenant prédominante, explique l'apparition d'hommes supérieurs : le pouvoir d'attention, la fixité dans les idées peuvent, en se développant dans la descendance, aboutir au génie. C'est aussi par exagération insensible des qualités fainiliales, qu'on voit augmenter dans les races civilisées l'aptitude au travail cérébral et qu'on arrive progressivement à voir se développer l'aptitude au surmenage. Il est bien certain que ne se surmène pas qui veut; pour faire des excès, il faut y être préparé par sa souche originelle.

Réciproquement, un trouble léger peut dévier et s'accroître. La tendance à l'idée fixe peut engendrer la mélancolie; la suractivité cérébrale peut dépasser la limite et provoquer, chez l'enfant, les névroses les plus diverses.

C'est une vérité banale de dire que \2l folie est souvent héréditaire; elle le serait dans la proportion de 22,6 p. 100, d'après les relevés de Hutchinson.

Comme toujours, par conséquent, l'hérédité n'est pas fatale. Plus fréquente quand la folie a frappé la mère, elle est d'autant plus rare que les troubles cérébraux éclatent, chez les parents, plus longtemps après la naissance des enfants.

En dehors de l'hérédité similaire, il faut tenir compte de l'influence des conditions où se trouvent les parents. L'alcoolisme chronique et l'ivresse au moment de la conception jouent le même rôle que pour les autres tares nerveuses. Le surmenage d'une part, l'arthristisme d'autre part, interviennent également, ce qui explique l'augmentation du nombre des cas de folie dans les races civilisées; les complications croissantes de la vie, l'exagération des déboires et des désillusions, le surmenage mental, la prédominance du système nerveux, font bien comprendre la progression des troubles mentaux.

Ainsi doté d'une prédisposition héréditaire, l'individu attendra une cause occasionnelle pour verser dans la vésanie. Ce sera parfois au moment des grandes périodes de l'évolution : on a décrit une folie de la puberté, et, chez les femmes, une folie de la ménopause.. Dans d'autres cas, ce sera sous l'influence de la puerpéralité, d'un traumatisme, d'un choc nerveux, d'une violente impression morale, d'une intoxication ou d'une infection. Il faut remarquer cependant que l'interprétation n'est pas toujours facile. Bien souvent les excès alcooliques ou vénériens, les excès de travail, ne sont pas la cause de la maladie mentale, mais en représentent les premiers symptômes. Le fait est indéniable pour la paralysie générale, où les manifestations du début ont souvent été prises pour le point de départ des accidents.

L'hérédité n'intervient pas toujours dans la genèse des maladies mentales. On la retrouve constamment dans quelques formes, comme le délire chronique. Elle est très fréquente dans la démence précoce (30 pour 100 cas, d'après Claus, 80 pour 100 d'après Ziehen). Elle est, au contraire, fort rare dans la paralysie générale. Il est même à remarquer que

les fils de paralytiques généraux sont souvent des hommes doués d'une haute intelligence, parfois de génie.

Génie, folie, crime. — Dans un livre qui a fait sensation, Moreau de Tours a défini le génie une névrose. Si la conception est inacceptable, il faut reconnaître qu'on rencontre très souvent dans la même famille des cas de génie et de folie, de génie et de névrose. Il est certain aussi que, chez les hommes supérieurs, on trouve souvent un grand nombre de stigmates qui en font, suivant une expression qui fut longtemps en vogue, des dégénérés supérieurs. Pour ne parler que des morts, il suffit de citer Socrate causant avec son esprit familier, Pascal terrifié par ses hallucinations, J.-J. Rousseau dévoilant, dans ses confessions, son hypocondrie et ses tares morbides. En étudiant l'état psychique des hommes supérieurs, on discerne chez eux une sensibilité exagérée ou pervertie, une absence de sens pratique, des superstitions bizarres, et des accidents confinant à la pathologie, des manies ou des phobies. Que d'hommes supérieurs, d'artistes, de musiciens, de savants, traités d'insensés par leurs contemporains. Les hommes de génie peuvent passer auprès de la foule pour des fous, simplement parce qu'ils ont des idées opposées à celles de la majorité. Ce n'est d'ailleurs que l'expression exagérée de la grande différence qui sépare un homme de talent d'un homme de génie : chez le premier, les idées continuent et complètent celles qui ont cours à son époque : chez le second, elles s'en éloignent et en diffèrent.

Réciproquement, un aliéné peut, dit-on, avoir des éclairs de génie et l'on cite comme exemple ce qui se produit parfois au début de la paralysie générale. La tradition, du reste, avait compris la relation et créé le terme assez juste de délire poétique. Il faut reconnaître cependant que, dans la paralysie générale, l'excitation initiale consiste le plus souvent en une dépense intellectuelle superficielle et désordonnée. Le mouvement psychique est souvent exagéré, mais il est dépourvu de critique et de réflexion.

Entre la folie et le crime existe une parenté si manifeste, que la question de responsabilité se pose à chaque instant. Bien des délinquants, qu'on n'aurait pas hésité à punir autre-

fois, sont actuellement envoyés dans les asiles. La différenciation est d'ailleurs fort difficile et la notion de responsabilité partielle dont on use si souvent ne fait qu'indiquer les nombreuses transitions qui relient les deux états. On peut, pour établir la différenciation, se placera deux points de vue. Le public considère comme l'œuvre d'un aliéné tout crime ou, d'une façon générale, tout acte dont il ne saisit pas le mobile. Le médecin doit juger autrement; il doit déterminer les caractères somatiques du sujet qu'il examine, rechercher ses stigmates, établir son passé, ses antécédents personnels et surtout ses antécédents héréditaires.

En étudiant les familles des criminels, on trouve tantôt l'hérédité directe (les jeunes détenus sont, dans la proportion de 25 p. 100, issus de criminels), tantôt l'hérédité indirecte, c'est-à-dire les névroses, les dégénérescences, les vésanies, l'alcoolisme. Les crimes commis par les enfants s'observent presque toujours dans les familles d'alcooliques.

Si de la famille on passe à l'étude de l'individu, on constate fréquemment des stigmates de dégénérescence. Le criminel est un être sujet à des emportements non motivés, à des terreurs nocturnes; parfois, les troubles sont plus marqués; la fréquence de la folie dans les bagnes et les prisons s'explique, non par le genre de vie, mais par la prédisposition héréditaire. Enfin, dans certains cas, le caractère impulsif du crime est mis en évidence tardivement par l'apparition d'un accès d'épilepsie qui permet ainsi d'apprécier à sa juste valeur la responsabilité morale de l'individu.

L'hérédité n'est pas fatale. L'éducation est capable d'en pallier les eiïets, et, comme toujours, les manifestations n'éclatent le plus souvent que dans des conditions qu'on peut souvent éviter. Que de gens sont restés vertueux, faute d'une cause occasionnelle. Qu'on considère l'influence qu'exercent à ce point de vue les grandes perturbations sociales. Qu'on relise, dans Thucydide, l'histoire de la peste d'Athènes, ou qu'on envisage les faits qui se sont produits plus récemment dans les grandes révolutions, c'est toujours le même tableau; c'est le même déchaînement de débauches, de haine, de violence, de meurtre; c'est un état spécial, un retour ancestral

peut-être, en tout cas un mouvement régressif qui se produit quand la crainte des châtiments est diminuée et quand cesse notre hypocrisie sociale. La contagion propage le mal, mais elle atteint seulement ceux qui portaient une prédisposition jusqu'alors latente.

Si, d'autre part, la criminalité, comme la folie, augmente avec la civilisation, c'est que la complication croissante de la vie engendre le surmenage et nécessite une stimulation nouvelle que semble favoriser l'usage des boissons alcooliques. Dès lors, l'hérédité se traduit par l'incapacité d'clïorts soutenus qui est la grande cause de la criminalité.

L'ensemble des faits que nous venons de résumer nous paraît suffisamment démonstratif. On doit admettre des relations étroites entre le crime et la folie. Ces deux états ne sont séparés que par nos préjugés sociaux.

Hàtons-nous d'ajouter que les conclusions auxquelles conduit l'examen impartial des faits ne modifient en rien le droit de répression, elles changent seulement l'aspect de la question; le droit de punir doit être simplement considéré comme un droit de défense.

Stigmates physiques de dégénérescence. — La prédisposition héréditaire à la criminalité peut-elle se reconnaître à certains caractères somatiques? C'est la théorie développée par Lombroso. Le criminel-né présenterait divers stigmates qui le rapprochent de l'homme primitif. Les stigmates s'observent moins souvent chez l'homme que chez la femme, bien que cette dernière verse plus rarement dans le crime. Pour répondre à l'objection, Lombroso considère que la prostitution est l'équivalent du crime; de fait, il est fréquent d'observer des associations de criminels et de prostituées. Ces êtres également tarés se recherchent, s'unissent comme s'unissent tous les dégénérés. Car il semble bien établi que les différents stigmates relevés par les adeptes de l'école italienne ne caractérisent pas la tendance au crime, mais simplement la dégénérescence de la race.

Les stigmates physiques de la dégénérescence sont extrêmement nombreux. Nous n'en citerons que quelques-uns : la déformation du crâne et de la face^ leur asymétrie; l'existence

de sutures anormales, la saillie du maxillaire supérieur ou inférieur, l'aspect ogival de la voûte palatine, l'irrégularité dans le développement des dents et leur carie rapide, le becde-lièvre, le thorax en gouttière, l'absence d'un ou des deux pectoraux, la brièveté des doigts, l'hypertrichose lombaire, la présence de deux tourbillons dans les cheveux, le développement exagéré du système pileux chez la femme et le faible développement chez l'homme, l'arrêt du développement des organes génitaux, la descente tardive des testicules, le cloisonnement ou l'imperforation du vagin; sur les organes des sens, le strabisme, la choroïdite pigmentaire, le daltonisme, les déformations de l'iris, la surdi-mutité, le développement anormal des oreilles, l'adhérence du lobule, l'absence du bourrelet marginal, les anomalies de l'hélix qui, parfois rejoint l'anthélix; parmi les troubles nerveux, le bégaiement, les tics, etc.

Les troubles du développement intellectuel affectent tous les types imaginables. Au bas de l'échelle est l'idiotie. Cependant, une faculté peut persister : quelques idiots ont été excellents musiciens; d'autres ont calculé avec une facilité étonnante. A un degré déjà plus élevé se placent l'imbécillité,, puis la débilité mentale. Nous trouvons ensuite des êtres fort intelligents ou même supérieurs, mais ayant des lacunes; ce sont des originaux, des bizarres, des hommes doués parfois d'une supériorité partielle, mais dont le caractère traduit l'asthénie : c'est le défaut du jugement, l'impossibilité de se conduire dans la vie. Chez certains hommes de génie la dégénérescence mentale se révèle par l'absence de tout sens pratique ou par de petites lacunes qui étonnent, par des manies bizarres, des phobies incompréhensibles.

Beaucoup.de dégénérés, qu'ils soient supérieurs ou inférieurs, qu'ils touchent au génie, tombent dans la folie ou versent dans le crime, ont une tendance invincible au suicide. C'est souvent le seul stigmate ou du moins le plus apparent que cette obsession qui les pousse à attenter à leurs jours, parfois par des moyens enfantins; mais il s'agit de récidivistes qui, après des tentatives répétées, de plus en plus sérieuses, finissent généralement par se détruire:

La tendance au suicide peut se transmettre par hérédité, et, chose curieuse, chez tous les membres de la même famille, le procédé est le même et mis en œuvre au même âge. Hammond rapporte l'histoire d'un homme qui, à trente-cinq ans, se tua dans un bain en s'ouvrant la gorge avec un rasoir. Il eut deux fils qui se suicidèrent de la même façon et au même âge. L'un d'eux donna naissance à une fille qui se tua à trentequatre ans; le fils de celle-ci mit fin à ses jours à trente et un ans.

Les considérations que nous avons présentées sur l'hérédité nerveuse, conduisent immédiatement à des applications pratiques. Par la prophylaxie, on peut empêcher le développement des manifestations auxquelles l'enfant est prédisposé. On se rappellera qu'il faut, pour que les accidents éclatent, une cause occasionnelle. On éloignera, si possible, l'enfant de sa famille; c'est un devoir impérieux, quand il s'agit de parents alcooliques. Nous avons montré l'influence de la première ivresse qui est le point de départ de la dipsomanie. C'est dans ce cas que les sociétés de tempérance rendent des services. Il faut bien se rappeler que les moyens coercitifs, les peines, l'intimidation, la répression ne réussissent jamais : le véritable traitement, c'est le placement à la campagne, dans des familles calmes et honnêtes. Le patronage moral sauvera un grand nombre de prédisposés, et même quelques délinquants : nous laissons de côté les récidivistes, qui sont incorrigibles.

C'est ainsi qu'on arrivera à combattre les effets de l'hérédité, qui, nous ne saurions trop le répéter, ne pèsent pas sur la . race avec une fatalité inéluctable.

On peut échapper à son hérédité; on peut même différer complètement de ses ascendants ou de ses collatéraux. Il est des cas non réductibles, qui semblent défier toutes nos lois et nos théories. On voit parfois un homme apparaître, génial, fou ou criminel; il arrive sans qu'on ait pu le prévoir : rien ne l'a précédé, rien ne l'a suivi. L'anomalie n'est sûrement qu'apparente, mais le déterminisme échappe. Peut-être une influence est-elle intervenue que nous n'avons pu saisir. Peutêtre s'agit-il d'un retour ancestral, comme dans les cas si curieux que rapporte Darwin, où l'on voit un pigeon d'une

VUE fi ÉDITÉ 303

certaine couleur apparaître brusquement au milieu d'une race qui semblait fixée sur un autre type par une longue sélection.

Conclusion. — L'étude de l'hérédité complète l'histoire de l'étiologie. Si les causes des maladies doivent toujours être cherchées en dehors de l'organisme, les modalités réactionnelles sont dirigées par les prédispositions, les aptitudes, les résistances qu'ont léguées les parents. Les modifications fonctionnelles provoquées accidentellement se transmettent à la descendance, et s'exagèrent souvent dans les générations successives. Suivant que les changements survenus sont favorables ou nuisibles, on voit s'établir une amélioration ou une dégénérescence de la famille, de la race ou de l'espèce.

Par un abus de langage, on dit souvent que les affections des organes, du cœur, du foie, des reins, du système nerveux, sont héréditaires. Ce qui se transmet le plus souvent, c'est un trouble fonctionnel, c'est-à-dire une simple disposition qui ne deviendra apparente que sous l'influence d'une cause intercurrente.

Les enfants, dont les parents étaient atteints d'affections cardiaques, hépatiques, pulmonaires ou rénales sont plus que les autres prédisposés aux lésions du cœur, du foie, du poumon ou des reins. Mais ils attendront une occasion pour rendre apparente la prédisposition qu'ils ont héritée; il faudra une influence nouvelle, une intoxication, une infection, une réaction ner^^euse anormale, pour que l'organe soit atteint. C'est de cette façon qu'il faut comprendre l'hérédité des organopathies. Il est même probable que, dans bien des cas, l'hérédité apparente de la tuberculose pulmonaire tient à ce que les poumons des enfants issus de tuberculeux ont un fonctionnement insuffisant, et possèdent une capacité respiratoire inférieure à la normale.

Nous avons déjà dit qu'il ne faut pas confondre l'hérédité avec l'innéité.-Sous ce dernier terme on comprend les cas où l'individu vient au monde avec certaines aptitudes morbides dont le point de départ doit être cherché dans des causes accidentelles ayant agi, directement ou indirectement, pendant la conception ou la gestation.

Roger. — La Médecine. 20

L'innéité résulte de causes externes ayant impressionné le foetus, à travers les membranes qui l'enveloppent; plus souvent, elle est due à des agents toxiques ou infectieux transmis à travers le placenta; parfois elle relève simplement des troubles somatiques ou psychiques des parents. Un individu bien constitué, engendrant un enfant pendant la convalescence d'une maladie intercurrente, une femme subissant, au cours de sa grossesse, des influences morales tristes ou déprimantes, donneront naissance à un être doué d'une innéité particulière qui aura des troubles nutritifs ou des stigmates de dégénérescence, qui sera prédisposé aux névropathies et contractera facilement les infections. L'influence morbide ayant agi sur des cellules jeunes, en quelque sorte malléables, laissera une empreinte ineffaçable. Le trouble sera permanent chez l'enfant, alors qu'il aura été passager chez les générateurs.

Les causes dont relève l'innéité sont souvent si légères qu'elles passent inaperçues. Si les grandes lois de l'hérédité semblent parfois en défaut, c'est que nous ne parvenons pas toujours à saisir les conditions qui en modifient l'influence.

En matière d'affections organiques comme en matière d'affections nerveuses, c'est le plus souvent une prédisposition qui se transmet; on conçoit donc l'importance de la prophylaxie et de l'éducation.

Trop souvent, l'éducation aggrave les tares héréditaires. Les fils de névropathes ou d'alcooliques trouvent dans le milieu familial des exemples ou des incitations qui achèvent de les perdre. Sont-ils, au contraire, placés dès leur enfance auprès de personnes capables de les bien diriger, les effets de l'hérédité pourront être combattus et même complètement conjurés.

Si l'éducation n'intervient pas ou si son influence est insuffisante, on verra s'accroître progressivement les troubles observés chez les parents. Ainsi se créent les familles pathologiques et, comme les mômes tares se retrouvent souvent dans les mêmes classes, on conçoit que les unions entre individus ayant les mêmes aptitudes exagèrent encore les troubles héréditaires. D'un autre côté, la sélection sociale a

souvent pour effet la survie des faibles et des dégénérés; elle semble donc supplanter la sélection naturelle, mais ce n'est que d'une façon passagère. Les êtres inférieurs finissent par s'éteindre par suite de leur infécondité ou de leur débilité croissante. On est ramené ainsi aux grandes lois qui régissent toute l'évolution et on est conduit à considérer la sélection sociale comme un simple chapitre de la sélection naturelle, la sociologie n'étant elle-même qu'un chapitre de la biologie.

En transm^ettant et fixant certains caractères, l'hérédité explique l'évolution des races, leurs aspects différents aux divers âges et aux divers pays, et rend compte, par cela même, des variations de la pathologie. Les maladies ne sont pas semblables sur toutes les parties du globe, elles diffèrent aussi aux différentes époques. Les variations de la pathologie dans le temps et dans l'espace trouvent une explication dans les variations incessantes des agents cosmiques, des êtres animés et surtout de l'espèce humaine. Voilà pourquoi les maladies que nous observons diffèrent de celles qu'observaient nos pères, comme elles diffèrent de celles qu'observeront nos descendants.

Pour nous borner à l'époque actuelle, il nous sera facile de comprendre maintenant pourquoi les types cliniques sont variables. Les localisations diverses qui se produisent au cours des infections ou des intoxications, les réactions ners^euses variées qui surviennent à l'occasion d'un traumatisme, ne sont pas l'œuvre du hasard. Partout et toujours, elles relèvent de causes multiples qui ont influencé l'être ou ses générateurs.

Si l'on arrivait à démêler les différentes conditions qui ont agi avant et après la naissance, si l'on obtenait des renseignements précis sur l'hérédité et l'innéité, si l'on pouvait connaître les causes externes qui interviennent, on pourrait prédire l'avenir des êtres et écrire d'avance leur histoire physiologique, pathologique ou morale. Il est bien certain, en effet, que tous les actes vitaux, n'étant que des réactions provoquées par les agents externes, doivent tous être enchaînés d'une façon aussi systématique que les autres phénomènes

cosmiques. Seulement, il est impossible de discerner les innombrables causes qui interv'iennent. Voilà pourquoi on a admis, pendant si longtemps, l'indépendance des êtres vivants. Notre croyance à la spontanéité morbide, comme notre croyance au libre arbitre, n'a pas d'autre raison que notre ignorance des influences multiples auxquelles nous sommes soumis.

Page 1