DÉVOLUTION EN PATHOLOGIE
hypothèse, fort probable, nous conduit à étudier brièvement les variations des maladies dans l'espace.
L'influence des pays sur les symptômes d'une même maladie infectieuse est prouvée par un grand nombre d'exemples. On cite souvent le paludisme. Mais, contrairement à l'opinion ancienne, il semble que les différentes formes de la maladie sont en rapport avec la puUulation d'hématozoaires différents.
Parmi les infections qui sévissent sur toute l'étendue du globe et revêtent suivant les pays des caractères spéciaux, on peut mentionner, outre la syphilis dont nous avons déjà parlé, la fièvre typhoïde. Cette maladie a souvent décimé les armées européennes envoyées dans les pays chauds. D'après P. Manson, dans les Indes anglaises, la mortalité des soldats européens par fièvre typhoïde serait plus élevée que la mortalité par choléra.
Il est enfin quelques maladies qui sont localisées en certaines régions et ne semblent pas pouvoir s'acclimater dans d'autres. Telle est, par exemple, la fièvre jaune. Mais des travaux récents nous expliquent ce résultat; la maladie n'est transmissible que là où existe l'insecte servant à transporter les germes pathogènes, c'est-à-dire Stegomya fasciata. Beaucoup d'autres faits, en apparence inexplicables, doivent tenir à des conditions étiologiques analogues.
Influence des conditions sociales. — Les maladies subissent, dans leur fréquence ou leur forme, des changements parallèles aux variations des conditions sociales. La civilisation est un des principaux facteurs qui interviennent pour modifier la pathologie.
Pendant les périodes guerrières de l'humanité, on observe surtout les traumatismes et les affections qui résultent de la misère, du surmenage, de l'encombrement. Ces fléaux ont existé de tout temps; mais, quand vinrent les armes à feu, la nature des plaies se modifia et entraîna une véritable révolution dans la chirurgie de l'époque. Aujourd'hui, les blessures sont encore différentes; les nouvelles armes exercent des ravages de plus en plus terribles; mais les infections sont plus rares; les progrès de l'antisepsie et de l'hygiène, l'usage des vaccinations préventives et de la sérothérapie ont diminué
les maladies des camps et les infections traumatiques, fièvre typhoïde, septicémies, pyohémies, tétanos, érysipèles.
La période de la civilisation, qu'on pourrait appeler la période de navigation, a servi à la propagation de nombreuses infections. Nous avons transporté au delà des mers les maladies de notre continent. Qui ne connaît les ravages des fièvres éruptives, décimant les populations qui en avaient été épargnées jusqu'à cette époque? Réciproquement, nous avons importé diverses maladies exotiques; quelques auteurs soutiennent que la syphilis fut du nombre; il y eut, en tout cas, le choléra, dont on connaît les nombreuses invasions. Heureusement, par suite d'une compensation dont nous trouvons de si nombreux exemples, les progrès de l'hygiène ont souvent permis d'arrêter la marche des épidémies.
Le moyen âge a été une époque de guerre et de famine. C'est à cette dernière cause qu'il faut attribuer certaines pandémies, dont on a voulu faire des entités spéciales et qu'on a désignées sous les noms de typhus famélique et de fièvre de f a 111 in e.
En réalité, la famine ne crée pas une maladie spéciale, mais prédispose l'organisme à une série d'infections différentes, en tête desquelles se place le typhus exanthématique. C'est la véritable maladie des malheureux, des affamés, des surmenés; c'est celle qui sévit pendant la guerre de Trente ans, surtout de 1630 à 1640; qui régna pendant la Fronde; qui décima à maintes reprises l'Irlande et la Silésie; qui frappa l'Algérie en 1867 et 1868 et fit périr 217000 indigènes; qui a été observée encore en 1893, sous forme de petits foyers épidémiques, à Lille, à Amiens, à Paris. D'autres infections ont pu exister en même temps, telle est la fièvre à rechutes qui est presque toujours sous la dépendance de l'insuffisance alimentaire. Enfin, on a observé simultanément le scorbut, des suppurations externes ou internes, de la bronchite purulente, des endocardites, des péricardites, des pneumonies, des ulcérations buccales, des diarrhées colliquativcs, de l'ascite et de l'anarsaque, des ecchymoses, des éruptions, des troubles intellectuels.
Cette éiuiméraiion suffit à établir que la famine diffère de