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L'ÉVOLUTION EN PATHOLOGIE

l'inanition. Le tableau présenté par les malades n'a pas de rapport avec les phénomènes qu'on observe chez un animal privé de nourriture. C'est que, dans la famine, il n'y a pas abstinence absolue; les malheureux mangent des substances infectes, des matières putréfiées, des plantes non comestibles et quelquefois toxiques; ils vivent dans une atmosphère empestée par les nombreux cadavres qui jonchent les routes; ajoutons à ces causes l'influence des impressions morales, du découragement, de la terreur et souvent l'action des conditions météoriques, sécheresse torride ou humidité considérable, qui ont préparé la disette.

Sous ces manifestations disparates, on retrouve un fonds commun. En créant la réceptivité morbide et en causant l'impuissance de la réaction, la famine confère une physionomie particulière aux maladies qu'elle provoque.

Parmi les diverses causes qui lui donnent naissance, on peut citer les perturbations sociales (guerres, révolutions), les intempéries des saisons, les maladies des végétaux (ergotisme, maladies des pommes de terre). Mais ce qui domine toute l'étiologie, c'est le rôle de l'accaparement et de l'agiotage. C'est ainsi qu'on explique les épidémies qui ont ravagé les pays les plus fertiles, comme la France; personne n'ignore le fameux Pacte de famine qui, de 1729 à 1789, entretint la misère dans notre pays.

Influence de la civilisation. — Si nous jouissons des avantages d'un progrès incessant, il nous faut tenir compte de certains inconvénients inhérents au progrès lui-même. Chaque fois que les lettres et les sciences sont grandement cultivées, on retrouve les mêmes particularités : un travail intellectuel considérable, un surmenage mental, l'élévation, au-dessus de la moyenne, d'intelligences d'élite. Mais la dégénérescence, fatalement inhérente à tout ce qui s'élève, abaisse la race de ces privilégiés du talent, du pouvoir ou de la richesse. Il en résulte la production de névropathes, de débiles, de dégénérés. Ces êtres inférieurs ne se montrent pas seulement dans notre siècle ; on les retrouve à toute période de civilisation avancée.

A côté des maladies, des affections, des défauts ou des vices

qui sont communs à toute société policée, il en existe qui sont particuliers à notre état actuel et que nous devons essayer de mettre en évidence.

Les progrès de l'industrie ont, par exemple, notablement augmenté les empoisonnements par sophistications. Dans un grand nombre d'aliments ou de boissons, on trouve des métaux toxiques, comme le plomb, des matières nocives antiseptiques ou colorantes, de dangereux produits artificiels, comme les huiles de vin et les bouquets, des poisons putrides, etc. Le danger est d'autant plus important que ces produits pathogènes sont ingérés à petites doses fréquemment répétées et détériorent la santé d'une façon insensible. Bien des cas de néphrite interstitielle ou d'artério-sclérose, dont la cause échappe, relèvent en réalité d'une intoxication progressive par les poisons alimentaires. On peut expliquer par des intoxications de ce genre certaines épidémies dont on n'avait pas tout d'abord compris la nature. Telle fut Vacrodynie, affection bizarre qui frappa Paris et les départements voisins en 1828, puis s'étendit vers la Belgique, atteignit plus tard le Mexique et la Perse. On s'accorde aujourd'hui à rattacher cette affection à l'intoxication arsenicale.

En étendant son champ d'action, l'industrie a augmenté aussi le nombre des intoxications professionnelles, intoxications par le mercure, le plomb, le phosphore. Il est vrai que diverses mesures prophylactiques ont réussi à rétablir l'équilibre et à diminuer la fréquence des accidents. Mais les améliorations obtenues ne contre-balancent pas encore les mauvais effets de la civilisation.

En revanche, nous avons vu diminuer considérablement les maladies parasitaires et surtout les maladies infectieuses. Les progrès de l'hygiène en ont arrêté la marche; les progrès de la thérapeutique en ont abaissé la mortalité. Enfin, l'usage des vaccinations préventives pars^iendra probablement à en atténuer encore ou même à en supprimer les effets. Les résultats ont été merveilleux en ce qui concerne la variole; les Allemands n'y voient plus qu'une maladie historique, et quelques-uns négligent de la décrire dans leurs livres. Les vaccinations par cultures stérilisées ou par extraits microbiens,

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