U ÉVOLUTION EN PATHOLOGIE
la séro-prophylaxie contribueront encore à diminuer la morbidité et à faire disparaître certaines infections. L'amélioration des égouts, des systèmes de vidanges, l'épuration des eaux, la désinfection des locaux contaminés ont progressivement abaissé la fréquence de la fièvre typhoïde dans les villes; la vaccination préventive l'a fait presque complètement disparaître dans l'armée. Les merveilleux résultats observés pendant la grande guerre ont été absolument démons-, tratifs.
La science parviendra tôt ou tard à enrayer la tuberculose. Actuellement, elle n'a su qu'édicter des mesures de prophylaxie. La tuberculose reste le véritable fléau de l'humanité, on pourrait même dire de la plupart des animaux; nombre de mammifères et d'oiseaux étant susceptibles de la contracter et de la transmettre.
L'état social d'un pays ou d'un peuple influence un grand nombre de réactions morbides et agit surtout sur les manifestations psychopathiques. Les idées délirantes traduisent les préoccupations ou les tendances d'une époque; au moyen âge, elles revêtaient une forme religieuse et mystique; avant la guerre, elles affectaient surtout un caractère ambitieux.
Les facilités de l'instruction, la possibilité pour chacun de s'élever au-dessus de ses conditions originelles, justifiaient toutes les ambitions; mais elles rendaient les luttes âpres et acharnées. Ceux qui échouaient dans leurs tentatives, versaient trop souvent dans les névroses et les vésanies. Ceux qui réussissaient, s'ils résistaient au surmenage physique et mental qu'ils s'étaient imposé, donnaient trop souvent naissance à des êtres tarés, des névropathes incapables de tout effort soutenu ou de tout travail utile. La mauvaise éducation des enfants dans les familles riches, les mariages qui unissaient trop tardivement des jeunes gens déjà épuisés par le travail ou les excès avec des jeunes filles élevées dans des conditions hygiéniques déplorables, achevait d'assurer le déséquilibre mental des privilégiés de la fortune.
Quelle influence la guerre exercera-t-elle sur les vésanies? Quel sera le délire prédominant dans les différentes classes de la société nouvelle?
Il est probable qu'un changement profond va s'accomplir. L'ambition se déplacera. On ne briguera plus, avec la même âpreté, les places et les honneurs, mais on recherchera avec beaucoup plus de brutalité, le plaisir et la richesse. La guerre a étouffé nos anciennes utopies et elle a développé le sens des réalités. Nos jeunes gens ont l'esprit beaucoup plus pratique que nos pères. Ils ont trop souffert; ils veulent jouir de la vie. Ainsi s'explique cette double tendance qui porte aujourd'hui même ceux que leur âge a tenus loin du champ de bataille, à la paresse et au plaisir. Combien de temps va se prolonger cet état mental? Quelles réactions vont se produire? Quelle sera l'influence des revendications sociales, des agitations actuelles, des nouvelles difficultés de l'existence? C'est ce qu'il est difficile de prévoir. Tout ce qu'on peut dire, c'est que nous allons assister certainement à une nouvelle évolution des psychopathies.
A l'occasion des grandes perturbations physiques ou sociales, on a vu, de tout temps, certaines variétés de folie prendre une extension insolite, véritablement épidémique.
Au moment de la peste d'Athènes, il y eut un redoublement d'impiété et de débauches; avant de mourir, dit Thucydide, on trouvait tout naturel de jouir de la vie. <?: On voulait jouir sans retard et on ne visait qu'au plaisir du moment, en songeant que les biens et la vie étaient également éphémères. Ni la crainte des dieux, ni aucune loi humaine ne retenait personne. » Boccace nous apprend qu'il en fut de même pendant la peste de Florence. « L'autorité révérée des lois tant divines qu'humaines était comme tombée en abandon. » La crainte faisait fuir les malades; « les pères et les mères refusaient de voir et de soigner leurs enfants ».
En même temps, l'aberration se traduit par des actes de sauvagerie : au xiv* siècle, lors de la peste noire, on martyrisa les Israélites, on en brûla 2000 à Hambourg, on en tua 12 000 à Mayence. De même, quand le choléra éclata en Europe, on s'en prit aux commerçants, aux marchands de denrées, aux porteurs d'eau, et la fureur populaire fit un nombre considérable de victimes. Plus récemment, en Russie, pendant les dernières épidémies de choléra, les médecins furent accusés