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CHAPITRE IV

Les quatre classes de causes pathogènes. — Le$ agents mécaniques. — Les agents physiques. — Les agents chimiques. — Les agents animés. — htude spéciale des agents înécaniques et physiques. — Lnfluence de la pression, de la chaleur, du froid ^ de la lumière, du son, de l'électricité, des rayons de Rôntgen et des radiations.

Nous avons déjà dit qu'en tenant compte de leur nature, on peut diviser les causes morbifiques en quatre groupes : les causes mécaniques., les causes phy si qttes., les causes chimiques , les causes animées. Nous devons ajouter que ces dernières rentrent en réalité, par leur mode d'action, dans un des trois groupes précédents. Certains êtres vivants mettent en œuvre des moyens mécaniques : il suffit de citer les traumatismes produits par les coups de pied, parla pénétration des cornes ou des griffes, par les morsures. Des serpents dépourvus de venin, comme le boa, sont redoutables par la puissance de leurs muscles rachidiens; ils arrivent à étouffer les animaux autour desquels ils s'enroulent. Il est plus rare d'observer des troubles d'ordre physique. Cependant quelques poissons, comme le gymnote ou la torpille, possèdent des appareils électriques; leur contact ne produit chez l'homme qu'une secousse légère; mais la décharge suffit à sidérer les petit«; animaux.

Plus importants sont les animaux venimeux, pourvus de glandes qui déversent soit dans la bouche, soit sur les tégu-

mcnts, des substances toxiques; ils exercent ainsi une action chimique. C'est aussi dans les actes chimiques qu'il faut faire rentrer les effets produits par les animaux et les végétaux vénéneux; leurs tissus ou certaines pa'rties de leur organisme renferment des substances toxiques agissant le plus souvent après ingestion.

Reste enfin la très grande classe des animaux et végétaux parasites qui habitent notre corps ou qui y pénètrent accidentellement à la faveur d'une plaie, à la suite d'une inoculation ou d'une ingestion. Certains provoquent le développement de maladies plus ou moins graves décrites sous le nom de maladies infectieuses. Mais tous, parasites relativement inoffensifs ou agents infectieux énergiques, n'agissent sur l'organisme que par les poisons qu'ils renferment ou qu'il sécrètent. L'infection se résout en une intoxication; c'est un processus d'ordre chimique.

La division que nous avons admise est excessivement simple. Mais il est rare qu'une seule cause intervienne : le plus souvent, le développement de la maladie est lié à l'action synergique de plusieurs influences morbifiques.

En envisageant ce côté de la question, c'est-à-dire en tenant compte de l'action exercée sur l'organisme, on peut diviser les causes pathogènes en trois groupes : les causes efficientes, les causes adjuvantes, les causes prédisposantes.

Les causes efficientes sont toujours nécessaires : parfois seulement elles sont suffisantes. Prenons, par exemple, un des microbes que les expérimentateurs ont le mieux étudié, le bacille du charbon. Introduisons-le sous la peau d'un cobaye : l'animal contracte la maladie et meurt en trois ou quatre jours. Dans ce cas, la cause efficiente a été suffisante. Faisons la même inoculation à un animal plus résistant, au rat blanc; nous ne provoquerons aucun trouble. Soumettons ce rat à un travail fatigant, ou bien injectons-lui quelque substance toxique, l'intervention de cette cause adjuvante permettra l'action de la cause efficiente : le charbon se développera.

Plus on étudie la pathologie, plus on pénètre dans l'histoire des infections, plus on comprend l'importance des causes adjuvantes. Il est certains microbes qui se développent

dès qu'ils sont déposés sur une plaie ou même sur une muqueuse saine; c'est l'exception. Dans la plupart des cas, diverses causes doivent leur venir en aide. Cette vérité est surtout apparente quand on envisage les microbes que nous hébergeons à l'état normal. Sur nos téguments, sur nos muqueuses, pullulent d'innombrables agents pathogènes; ils végètent comme de simples parasites inoffensifs, jusqu'au jour où une cause adjuvante ou, comme on dit encore, déterminante, leur permettra de triompher de notre résistance et d'exercer leur influence nocive; alors apparaîtra la série des actes qui aboutissent à l'indisposition et à la maladie. La pneumonie, par exemple, est une infection provoquée par un microbe, qui se trouve presque constamment dans la bouche des individus bien portants; tant que l'organisme est à l'état normal, le microbe ne peut se développer; survienne une cause banale qui diminue la résistance, une fatigue, un coup de froid, l'inhalation de vapeurs irritantes, le microbe, jusque-là inoffensif, deviendra pathogène. Cet exemple bien connu prouve que l'intervention des deux ordres de causes était indispensable. L'erreur des premiers bactériologues fut de subordonner toutes les manifestations morbides à l'action des microbes, erreur moins excusable que celle des anciens nosographes qui, ignorant le rôle des agents animés, n'envisageaient que les causes adjuvantes : voilà pourquoi ils avaient cru à la spontanéité morbide.

Ils y avaient cru aussi parce qu'ils n'avaient pas saisi la nature et le mécanisme des causes prédisposanies. Ils avaient assigné une origine interne à la prédisposition, au lieu d'y voir la résultante des impressions produites, sur le sujet ou ses générateurs, par les causes externes ayant agi antérieurement. Les causes prédisposantes sont des causes antécédentes par rapport aux troubles qu'on envisage; les causes efficientes et adjuvantes sont des causes actuelles.

Chaque agent pathogène peut jouer alternativement le rôle de cause efficiente et de cause adjuvante; la chaleur et le froid, par exemple, s'ils nécrosent un tissu, représentent des causes efficientes; ils tombent à l'état de causes adjuvantes quand ils favorisent le développement d'un microbe. De

même, un microbe ou un poison peut provoquer une maladie ou aider un autre agent pathogène.

D'après le mode et l'étendue de leur action, les causes pathogènes sont souvent divisées en 'causes locales et causes orénéraJes. Les premières agissent sur un point limité de l'organisme, les autres agissent sur l'économie entière ou plutôt sur des points nombreux de l'économie; ce sont en réalité des causes à localisations multiples. Un même agent pathogène peut rentrer dans l'un et l'autre groupe. Voici, par exemple, un microbe qu'on appelle le streptocoque : inoculé sous la peau, il produit une lésion locale, l'érysipèle; injecté dans les veines, il détermine une infection générale, la septicémie.

Toute lésion locale présente, à étudier, deux ordres de phénomènes : ceux qui surviennent au point d'application de la cause; ceux qui se produisent sur des parties éloignées.

Au point où la cause agit, les éléments cellulaires sont détruits, altérés ou irrités. Ces premiers troubles, provoqués directement par les agents pathogènes, suscitent secondairement des phénomènes réactionnels.

C'est que l'organisme est constitué de telle façon qu'une lésion ne peut jamais rester locale; elle déclenche une série de manifestations secondaires, dont les unes sont dues à des réactions nerA'-euses, dont les autres sont provoquées par la résorption et la pénétration de substances nocives ayant pris naissance dans le foyer primitif. Ces manifestations morbides secondaires représentent les processus patliogéniques de deuxième ordre. Elles aboutissent à la formation de nouvelles lésions et à la production de nouveaux troubles, qui deviennent eux-mêmes le point de départ de manifestations de troisième ordre, et ainsi de suite. On conçoit toute la série de phénomènes qui peuvent se développer ainsi et qui rendent le processus de plus en plus complexe. Ces manifestations successives sont véritablement d'ordre interne, seulement le point de départ, \e primuni inovens de la série morbide, a été, comme toujours un agent externe.

Agents mécaniques. — De tous les agents externes, les plus simples sont sans contredit les agents mécaniques. Ils peuvent

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être définis : ^ tous ceux qui tendent à modifier l'état de repos ou de mouvement d'une partie ou de la totalité d'un corps vivant, c'est-à-dire à modifier sa situation dans l'espace ».

Trois cas se présentent :

L'agent mécanique est un corps doué d'un certain mouvement; il rencontre un être vivant qui lui oppose une résistance.

L'agent mécanique représente la résistance et le corps humain la puissance; c'est la situation d'un homme tombant d'une certaine hauteur.

Dans ces deux cas, bien que le mécanisme soit différent, le résultat est le même; il y a conflit entre la puissance et la résistance.

Le troisième groupe, de beaucoup le moins important, comprend les agents qui tendent à imprimer un mouvement de totalité à notre corps : c'est ce qui a lieu quand on se trouve sur un sol mobile ou sur un bateau agité par la mer.

L'étude des agents mécaniques ne nous arrêtera pas longtemps. Dans leur conflit avec les êtres vivants, on peut leur

appliquer la formule bien connue F=-MV^ c'est dire que

les effets varient comme la moitié du produit de la masse par le carré de la vitesse. La vitesse importe donc bien plus que la masse et c'est là tout le secret des grands délabrements produits par les armes à feu.

Les agents mécaniques, suivant qu'ils viennent en contact avec l'organisme vivant par un point, une ligne ou un plan, sont divisés en corps piquants, coupants ou contondants. Ils produisent une série de lésions locales, peuvent susciter des manifestations réflexes, ou enfin, s'ils sont chargés de germes microbiens, deviennent capables de servir à l'inoculation des infections.

Agents physiques. — Les agents physiques qui personnifient les différentes modalités de l'énergie, sont actuellement au nombre de six : la pression; — la chaleur; — la lumière; — le son; — l'électricité; — la radio-activité.

Pression. — La pression que l'air exerce sur notre globe est de I kgr. o) par centimètre carré, ce qui fait pour le corps

humain 18000 kilogrammes. Si nous supportons cette pression considérable, c'est qu'elle est répartie d'une façon uniforme.

Les variations de la pression atmosphérique, quand elles sont brusques et intenses, sont capables d'influencer notre état de santé. Les abaissements rapides- du baromètre provoquent chez certains sujets des troubles nerveux dont l'ensemble constitue la névrose barométrique. Sans doute cette expression n'est pas parfaite : en même temps que les variations dépression, se produisent des changements dans la température, dans l'hygrométrie, dans les radiations solaires, dans la direction des vents, qui doivent jouer un rôle dans le résultat final. Les mêmes influences interviennent pour modifier la résistance des êtres vivants aux agents infectieux; elles expliquent le développement des maladies saisonnières et jouent un rôle considérable dans ce qu'on a dénommé le génie épidémiqite.

Pour dégager l'influence de la pression barométrique, il faut envisager ce qui se passe quand on gravit une montagne ou qu'on monte en ballon.

Fréquent à 3000 mètres, le mal des montagnes est presque inévitable à 4000. Son mécanisme est d'ailleurs complexe; la fatigue est un facteur important de son développement, ce qui explique pourquoi il est plus fréquent chez les alpinistes que chez les aéronautes.

Il est caractérisé par de la fatigue, un sentiment de brisement général, des troubles digestifs. Puis surviennent des vertiges, des éblouissements, des bourdonnements d'oreilles, un violent mal de tête. Le sujet tombe dans une indifférence plus ou moins complète, une apathie absolue; il demande qu'on le laisse tranquille, il est incapable de marcher, sa volonté est complètement anéantie; il ne peut résister à une invincible envie de dormir. Dans les cas graves, tout mouvement devient bientôt impossible; un anéantissement profond se produit, qui aboutit à la mort.

Pour expliquer le mal des montagnes on a proposé un très grand nombre d'hypothèses. Celle qui est généralement adoptée aujourd'hui, a été émise par Jourdanet et développée par Paul Bert et par Regnard. D'après ces auteurs, le mal des

montagnes tient simplement à la raréfaction de l'air, c'est-àdire à la diminution de l'oxygène : comme l'a dit Jourdanet, il y a désoxygénalion haromélrique. Paul Bert a fait à ce sujet, plusieurs expériences très importantes. Il a d'abord soumis à l'analyse du sang pris sur des animaux qui avaient été maintenus dans de l'air raréfié; il observa que la quantité d'oxygène contenue dans le sang diminue à mesure que la pression s'abaisse. Si la raréfaction correspond à la tension qui existe à 2 ooo mètres d'altitude, l'oxygène diminue de i^ p. loo; à 3 000 mètres, de 21 p. 100; à 6 500 mètres, de 43 et, à 8 500, de 50 p. 100. C'est ce défaut d'oxygène qui cause la mort; en effet si, à mesure qu'on raréfie l'air, on augmente sa teneur en oxygène, l'animal ne succombe pas; il vit à basse pression, à la condition que l'air soit suroxygéné.

Partant de ce principe, Paul Bert a expérimenté sur luimême; il s'est enfermé dans une grande cloche, en compagnie d'un oiseau et d'un rat. On a progressivement raréfié l'air; la pression est tombée à 24 centimètres : c'est la situation du plus haut sommet du globe, à 8800 mètres d'altitude. Dans ces conditions, le rat et l'oiseau ont succombé. Quant à Paul Bert, un dispositif spécial lui permettant de respirer de l'air suroxygéné, il n'éprouva aucun trouble; mais, dès qu'il essayait de respirer l'air raréfié de la cloche, des accidents éclataient, qui disparaissaient sous l'influence de l'oxygène.

Crocé-Spinelli, qui avait assisté à l'expérience, espéra en tire* profit. Dans une ascension en ballon qu'il fit quelques jours plus tard, avec Sivel, il s'éleva à 8 600 mètres. Les aéronautes avaient emporté avec eux des récipients pleins d'oxygène; mais, au moment de s'en servir, paralysés parle froid, anéantis par le mal des altitudes, ils ne purent atteindre leurs appareils et succombèrent dans les mêmes conditions d'aération où avait survécu Paul Bert.

La théorie qui vient d'être exposée explique parfaitement pourquoi on résiste mieux quand on s'élève en ballon que lorsqu'on gravit une montagne; dans ce dernier cas, le travail musculaire, auquel on s'astreint, exige une consommation considérable d'oxygène pour subvenir aux oxydations plus

énergiques; les effets produits parla diminution de ce gaz se font donc sentir beaucoup plus rapidement.

A côté de ce facteur principal, il faut tenir compte de quelques autres conditions. L'air ambiant se raréfiant, les gaz intestinaux se dilatent et produisent du ballonnement. En même temps, le sang afflue vers la peau, et il en résulte une anémie des organes profonds. Mais il est bien certain que ces divers troubles ne jouent qu'un rôle tout à fait accessoire.

La conception de Paul Bert a été combattue parMosso qui, à la suite de nombreuses expériences, conclut que le mal des montagnes est dû à la diminution de l'acide carbonique. C'est la théorie de Vacapnie (axauvbç, sans fumée) qu'il oppose à la théorie de l'anoxhémie de Paul Bert. Comme conclusion pratique, Mosso propose de faire inhaler, non de l'oxygène, mais un mélange d'oxygène et de CO^ dans la proportion de 88 et 12 p. 100. Le gaz inerte, l'azote, ne doit pas se trouver dans le mélange. L'expérience a permis, dans ces conditions, de supporter sans inconvénients une diminution de pression correspondant à une altitude de 14 000 mètres.

Le séjour à une altitude élevée, mais compatible avec le maintien de l'existence, aboutit plus ou moins vite à Vacclimatement. C'est un cas particulier d'une loi générale : toute modification du milieu entraîne forcément une adaptation, sans quoi la maladie éclate et la mort survient. Dans le cas contraire, des réactions organiques se produisent qui peuvent avoir d'heureuses conséquences.

La raréfaction de l'oxygène amène dans le sang des modifications compensatrices : les globules rouges deviennent plus nombreux; leur teneur en fer augmente et consécutivement leur aptitude à fixer l'oxygène s'élève. La surproduction et la suractivité des globules rouges compensent et au delà la diminution de ce gaz. Il en résulte qu'au retour dans la plaine, le sang est plus apte à fixer l'oxygène et par conséquent plus apte à favoriser les combustions organiques. C'est là tout le secret des cures d'altitude.

L'étude des troubles produits par les augmentations de pression a acquis un grand intérêt depuis que l'industrie a organisé le travail dans l'air comprimé.

Les ouvriers qui séjournent au fond de l'eau, soit pour la pêche des éponges, des perles ou du corail, soit pour les fondations d'un pont, sont enfermés dans des cloches où l'air est comprimé à deux et parfois à trois atmosphères.

Les scaphandriers qui descendent dans les grands fonds, par exemple à 50 mètres, sont soumis à des pressions de y atmosphères.

Pendant la phase de compression, on observe une dilatation du thorax avec aplatissement de l'abdomen. L'individu éprouve des bourdonnements d'oreilles, ce qui tient à la différence de pression entre les deux faces du tympan; l'air contenu dans l'oreille moyenne ne se met qu'assez lentement en équilibre avec la pression extérieure. La différence peut être assez grande pour provoquer la rupture de la membrane du tympan; aussi faut-il interdire le séjour dans l'air comprimé à tous ceux qui ont du catarrhe de la trompe d'Eustache.

A la période de pression constante, on observe un ralentissement des mouvements respiratoires, qui parfois deviennent irréguliers. Le pouls, d'abord rapide, se ralentit. La sécrétion urinaire est notablement augmentée. Les sujets ont une certaine difficulté à respirer et à parler, et ne peuvent siffler.

Tous ces phénomènes sont en somme assez bénins. Les accidents graves surviennent au moment de la décompression; ils sont d'autant plus fréquents qu'on opère plus rapidement ou que le sujet a séjourné plus longtemps dans l'air comprimé; dès qu'ils apparaissent, il suffit, pour les faire cesser, de recomprimer un peu d'air, puis de décomprimer avec plus de lenteur. La pression diminuant à l'extérieur, alors qu'elle reste élevée dans la caisse du tympan, on conçoit que, par un mécanisme diamétralement opposé, surviennent, comme tout à l'heure, des troubles auditifs. Les individus éprouvent des bourdonnements d'oreilles. Dans quelques cas, les accidents vont plus loin : des hémorragies se produisent, la membrane du tympan peut se rompre. D'autres fois, les sujets se plaignent d'une grande fatigue, d'une tendance à la syncope. Si la décompression est rapide, des écoulements sanguins se feront par le nez, les oreilles, les poumons. Sur la peau, on verra de petites hémorragies punctiformes, que les ouvriers

désignent sous le nom expressif de « puces ». Dans les cas graves, on obsen^e des paralysies, qui frappent surtout les membres inférieurs, atteignant souvent la vessie et le rectum. Généralement incomplètes et transitoires, -ces manifestations ners^euses, si elles se prolongent plus de quarante-huit heures, peuvent être considérées comme à peu près incurables. Enfin, les décompressions encore plus rapides peuvent déterminer la mort subite.

Ces divers accidents s'expliquent facilement quand on fait l'autopsie. Tous les vaisseaux sont remplis de bulles de gaz; c'est que pendant la compression, l'azote s'est dissous en grande quantité dans le sang, dans l'eau et la graisse des tissus; au moment de la décompression, si l'on opère lentement, l'azote s'élimine progressivement par les poumons; si on décomprime rapidement, les changements brusques de la pression extérieure déterminent le dégagement du gaz, dont les bulles oblitèrent les vaisseaux, provoquant des hémorragies, arrêtant le fonctionnement des organes, du cœur, des poumons et, surtout, des centres nerveux, cerveau, moelle, bulbe.

Les grandes variations de pression qui se produisent en cas d'explosion expliquent certains phénomènes mécaniques, et notamment la projection des petits objets qui, par suite de leur force vive, déterminent des accidents fort graves. L'élévation de la pression, qui parfois ne dépasse pas 20 atmosphères peut arriver à i 500. Mais, au moment où l'explosion se produit, il se fait d'abord une dépression, c'est-à-dire un vide presque absolu autour des victimes : c'est ce qui explique pourquoi elles sont dépouillées de leurs vêtements. L'air accumulé entre les habits et le corps se dilate, déchire et pulvérise les étoffes. Ce n'est qu'aux endroits où il est serré contre la peau que l'habillement persiste : on retrouve ai^si des restes de bottines, de jarretières, des fragments de corset.

Chaleur. — La chaleur peut agir sur l'être tout entier ou sur une partie de son corps; elle détermine alors une brûlure.

D'une façon générale, on peut dire que la chaleur est moins bien supportée que le froid. Il suffit que la température ambiante monte à 40" pour que nous éprouvions du malaise;

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nous souffrons de cette température de 3*^ supérieure à celle de notre corps, alors que des froids de — 10 et — 15", c'est-àdire de 47 à 52° au-dessous de notre température organique, ne produisent pas de troubles.

Il est vrai que la vie peut se maintenir dans des contrées où le thermomètre atteint, comme en certaines régions tropicales, 50 ou 53°, mais il faut reconnaître aussi que l'acclimatement y est difficile. Beaucoup d'Européens y succombent; leurs enfants s'étiolent, dépérissent, et la race s'éteint. Au contraire, quand on se rend dans les contrées froides, l'organisme s'adapte facilement aux conditions nouvelles.

Les variations de la température organique, qu'elles se fassent dans un sens ou dans un autre, sont assez mal supportées. Pour une élévation de 4 ou 5", la situation est considérée comme très grave, et ce n'est qu'exceptionnellement qu'on a vu survivre des individus ayant eu 43° dans le rectum. Les abaissements de température sont moins graves au moins chez les animaux, qui se remettent assez facilement alors que, par une soustraction de calorique, on est arrivé à faire tomber leur température centrale à ^o et même à 25".

Il ne faut pas croire cependant que nous soyons incapables de supporter des chaleurs élevées. On peut séjourner dans des locaux ayant 100°. Blagden est entré dans une éluve marquant 129° et il y est resté neuf minutes.

Si l'organisme résiste à ces élévations de température, c'est qu'il possède plusieurs moyens de protection.

Tout d'abord, les combustions internes diminuent; puis les vaisseaux se dilatent, et le sang se porte à la périphérie, ce qui facilite la déperdition du calorique. Enfin, et ce troisième mode de résistance est le plus important, la sudation s'établit et l'évâporation du liquide sécrété produit une notable réfrigération. C'est pour cette raison qu'on supporte beaucoup mieux la chaleur sèche que la chaleur humide.

Chez les animaux qui ne transpirent pas, comme le chien, l'évaporation se fait par la muqueuse buccale; fanimal tire la langue et exécute de rapides mouvements respiratoires. Si, comme l'a montré Ch. Richet, on empoche l'évaporation du liquide au moyen d'une muselière solidement fixée, l'animal

succombe au coup de chaleur, alors que le témoin, qui respire librement, résiste.

Pour mettre de l'ordre dans l'étude de la chaleur, il faut envisager successivement les effets locaux et les effets généraux.

Les effets locaux de la chaleur, sont désignés sous le nom de brûlures. Celles-ci, qui sont parfois produites par rayonnement, comme cela s'observe surtout dans certaines professions, chez les verriers, par exemple, sont dues le plus souvent au contact avec un corps chaud, gazeux, liquide ou solide. Si c'est un gaz, les brûlures sont superficielles, mais étendues, et nous verrons que l'étendue a plus d'importance que la profondeur. S'agit-il d'un liquide, les brûlures sont plus profondes; leur étendue varie suivant les circonstances. Elles atteignent tout le tégument chez les individus qui tombent dans une cuve contenant des matières en ébullition. Ce qui augmente souvent la gravité de ces blessures, c'est que les vêtements s'imprègnent du liquide brûlant et en prolongent les effets. Dans certains cas, des phénomènes de caléfaction empêchent l'action du corps liquide; ainsi, on peut, paraît-il, sans aucun inconvénient, plonger la main ou le bras dans la fonte en fusion dont la température atteint i 000°.

Les brûlures produites par les corps solides sont, en général, très profondes, mais elles sont limitées et, par conséquent, peu graves.

D'après leur profondeur on a divisé les brûlures en plusieurs degrés. Cette classification est assez commode : mais, pour établir un pronostic, il faut surtout tenir compte de l'étendue. Un individu qui tombe dans une cuve d'eau chaude et qu'on retire aussitôt n'a que des lésions cutanées superficielles, en apparence bénignes; mais il succombera au développement de manifestations générales, les unes précoces, les autres tardives; les premières reconnaissent pour cause l'excitation violente des terminaisons nerveuses; c'est une variété de choc; les secondes relèvent d'une intoxication, due à la suppression de l'émonctoire cutané et à la formation de poisons dans les tissus lésés.

En face des brûlures, on place le coup de chaleur, qui

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s'observe surtout chez les ouvriers travaillant dans les milieux où la température est très élevée, chez les verriers, les fondeurs, les chauffeurs, chez les hommes occupés dans les chambres de chauffe des bateaux à vapeur.

Du coup- de chaleur on peut rapprocher le coup de soleil.

Le soleil fait d'assez nombreuses victimes, même dans nos pays. Pendant l'été, on observe souvent des insolations chez les moissonneurs, particulièrement quand ils s'endorment au soleil. Ce sont surtout les soldats qui sont fréquemment frappés; à l'action de la chaleur s'ajoute l'action de la fatigue; aussi les accidents sont-ils plus fréquents chez les fantassins que chez les cavaliers et surviennent-ils, le plus souvent, au moment des grandes manœuvres ou des revues.

Froid. — Le froid est capable de produire, comme la chaleur, des lésions locales, les gelures, qui font pendant aux brûlures et des manifestations générales, telles que fatigue et tendance invincible au sommeil. Pendant la retraite de Russie, les soldats suppliaient qu'on les laissât se reposer et dormir quelques instants, et cependant ils voyaient, par l'exemple de leurs camarades, que ceux qui s'endormaient ne se réveillaient plus!

Cet état d'apathie est parfois entrecoupé par du délire, ou par des convulsions et des attaques épileptiformes. Comme l'a montré Brown-Séquard, quand la température organique tombe à 22^, il se produit, probablement par suite de la paralysie des centres supérieurs, une excitation médullaire qui se traduit par une exagération énorme des réflexes.

Au début, l'organisme essaye de lutter en activant ses combustions; jusqu'à 30°, l'exhalation de l'anhydride carbonique est accrue; mais, quand la température tombe au-dessous de 26°, la nutrition se ralentit, l'exhalation de l'anhydride carbonique s'abaisse ou plutôt sa formation diminue, car le sang veineux devient rouge; le sucre cesse d'être consommé, et passe dans l'urine. En étudiant au moyen d'aiguilles thermoélectriques la température de la peau, du tissu sous-cutané, des muscles, du rectum et du foie, Lefèvre a tracé des courbes montrant la perte de chaleur, subie par ces diflcrentes parties au cours du refroidissement. A mesure qu'on prolonge Texpé-

rience, les courbes se rapprochent et convergent vers la température de a^"* qui serait, pour Lefèvre, la température centrale minima compatible avec la vie des homéothermes.

Le froid n'agit pas seulement en provoquant une déperdition de calorique; il détermine souvent une excitation des terminaisons nerveuses. Les phénomènes sont en effet fort complexes, car nous avons pu, sans produire d'accident, injecter dans les veines des quantités considérables d'eau glacée, jusqu'à loo et i6o centimètres cubes par kilogramme. La température qui s'abaisse d'abord de 2" à 5° revient à la normale, en une heure ou deux, puis elle s'élève de i à 1°,^ au-dessus du chiffre initial; il se produit ainsi une hyperthermie réactionnelle d'ailleurs passagère.

Les injections intrapéritonéales d'eau glacée sont également bien supportées et ne produisent aucun trouble, pas même de la diarrhée. Au contraire, en poussant le liquide par le bout central de l'artère carotide, on voit fréquemment survenir des convulsions, du nystagmus, des mouvements de rotation ou de manège. C'est que le liquide glacé, passant par les carotides et les vertébrales, atteint les centres nerveux et provoque des foyers de ramollissement dans le cerveau, le cervelet ou les pédoncules.

Quelle qu'ait été la voie d'introduction, l'eau glacée n'a jamais déterminé de diarrhée, ni d'altérations pulmonaires, ni de troubles urinaires. Si ces manifestations morbides s'observent souvent à la suite d'un coup de froid, c'est que, dans ce dernier cas, il ne se produit pas seulement une soustraction de calorique : le froid provoque des excitations nerveuses extrêmement violentes et parfois rapidement mortelles. Un cobaye qu'on plonge dans de l'eau à 4°, en ayant soin de maintenir sa tête à l'air, cesse de respirer et succombe en quelques minutes. Ce résultat comporte une déduction pour la médecine légale. On voit des individus survivre, après être restés assez longtemps sous l'eau, alors que d'autres, retirés plus rapidement, ne peuvent être rappelés à la vie. La différence tient en grande partie à la température. Quand le liquide n'est pas trop froid, l'individu respire, il introduit de l'eau dans son poumon et

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s'asphyxie. Quand il est intense, le froid provoque une syncope cardiaque et respiratoire; l'eau ne pénètre pas dans les bronches. Dans le premier cas, les noyés sont bleus; dans le second cas, ils sont blancs (asphyxie blanche de quelques auteurs), et, si on pratique la respiration artificielle, ils survivent alors même qu'ils ont séjourné dans l'eau dix et quinze minutes.

Le froid peut provoquer les manifestations les plus diverses, des douleurs, peut-être même des paralysies; il détermine des modifications vaso-motrices aboutissant parfois à des hémorragies, il fait sécréter certaines glandes : le larmoiement, le catarrhe nasal, la polyurie, la diarrhée sont les manifestations les plus connues. Dans d'autres cas, il sert de cause adjuvante et favorise le développement de bactéries qui, jusque-là, végétaient sur notre corps à l'état de simples parasites. C'est par ce procédé que le refroidissement provoque les angines, les laryngites, les pneumonies. Par le même mécanisme, il peut susciter une complication au cours d'une maladie préexistante ou déterminer une rechute.

Lumière. — La lumière exerce une influence très marquée sur tous les êtres vivants. Tantôt elle les attire (héliotropisme animal et végétal); tantôt elle les repousse : parfois elle tend à les détruire; les bactéries périssent sous son influence. Le plus souvent son action se traduit, chez les plantes aussi bien que chez les animaux, par une stimulation de l'activité nutritive. Il en résulte une augmentation de résistance aux causes pathogènes, un fonctionnement plus énergique des organes, une amélioration notable des idées et des sentiments.

Quand elle est trop intense, la lumière provoque des accidents. Ceux-ci sont dus aux radiations ultraviolettes, c'est-àdire à des radiations que notre œil ne voit pas. C'est ce qu'on peut démontrer très facilement en faisant agir sur un tissu ou sur des êtres vivants, le spectre du soleil ou d'une source lumineuse puissante. Les ondes du spectre visibles comprises entre 8 loo et 3 820 Au/^strom ne produisent aucun trouble. C'est à 3 130 que l'action apparaît brusquement, elle est très forte de 3025 à 2636 A., pour diminuer lentement jusqu'à I 030, limite de l'ultra-violet.

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Toute source de lumière qui ne donnera pas de radiations plus courtes que 3 130 et surtout 3 025 est excellente pour la vue. C'est le cas des lampes à huile, à pétrole et à gaz. Les lampes à incandescence ont un spectre limité à 3200; la lampe Nernst à 3000; la lampe à arc voltaïque à 2500; la lampe à vapeur de mercure :\ tube de quartz à 2 225 A. Cette dernière émet en même temps une grande quantité de radiations pathogènes d'où ses effets extrêmement actifs.

Le spectre du soleil atteint dans les hautes altitudes 2 922 A. Mais en général, ne dépasse pas 2 948 ou 2950. On comprend qu'il puisse exercer une action pathogène. Les rayons, arrivant directement ou après s'être réfléchis sur les objets voisins, déterminent des érythèmes, s'accompagnant parfois d'un léger soulèvement épidermique par du liquide séreux. Cet effet relève bien de la lumière et non de la chaleur, puisque le coup de soleil s'observe sur les glaciers par une température basse. Il est même intéressant de faire remarquer que le froid provoque une ischémie, c'est-à-dire un état exsangue des tissus, qui favorise l'éclosion des lésions ou en augmente l'intensité.

Le coup de soleil électrique^ produit par les lampes à arc voltaïque, n'est pas rare. Il est généralement grave, la lumière de la lampe n'étant pas, comme celle du soleil, filtrée par l'atmosphère. Les yeux participent souvent à l'irritation : on observe des conjonctivites, parfois suppurées. Contrairement à ce qui a lieu avec les rayons calorifiques, les effets des rayons ultra-violets ne sont pas immédiats : ils ne se développent qu'après quelques heures, ou après un ou deux jours.

Dans certains cas d'irritations chroniques, lentes et répétées, on observe des pigmentations plus ou moins marquées (haie des marins, alpinistes, paysans) s'accompagnant parfois de dilatations vasculaires. La lumière électrique produit des effets analogues.

La lumière peut encore provoquer des phénomènes réflexes. Quand on passe de l'obscurité au soleil on est pris d'éternuements. Lorsqu'on fait fixer pendant longtemps un objet lumineux, on peut déterminer un sommeil artificiel, désigné sous le nom de braidisnie^ en l'honneur de l'auteur qui a décou-

vert ce phénomène. Le sujet en expérience se trouve suffisamment endormi pour qu'on puisse pratiquer, sans le réveiller, des opérations douloureuses. Le même procédé permet d'endormir certains animaux, comme les gallinacés.

Si la lumière éclate brusquement, elle pourra chez certains êtres prédisposés, produire des phénomènes plus complexes. Lorsqu'on allume une lampe au magnésium, on provoque la catalepsie; l'individu est frappé d'immobilité dans la situation même qu'il occupait; il reste ainsi dans les positions les plus bizarres. Si l'on supprime brusquement la lumière, la catalepsie fait place à la léthargie.

Son. — Les vibrations sonores, quand elles sont intenses, sont capables de produire des lésions mécaniques, c'est-à-dire de déterminer la perforation du tympan. Plus souvent elles agissent sur le système nerveux et produisent quelques troubles d'ordre réflexe.

Électricité. — De nombreuses recherches, poursuivies dans ces dernières années, ont bien fait connaître le mécanisme des accidents produits par le fluide électrique.

Il faut envisager séparément l'action de la foudre et l'action de l'électricité industrielle.

Quand l'éclair éclate, un courant s'établit, dont l'intensité s'élève à des dizaines de mille ampères. L'individu frappé est atteint de brûlures ou de phénomènes inhibitoires analogues à ceux du choc nerveux : parfois il succombe par un arrêt du cœur ou de la respiration qu'expliquent des hémorragies dans les centres nerveux, notamment dans le bulbe.

Quand l'individu survit, on peut voir persister des paralysies dont les unes relèvent d'une lésion matérielle, dont les autres ont été considérées comme rentrant dans la catégorie des phénomènes hystériques et ont été désignées par Charcot sous le nom de kéraiino-paraîysies (xspauvdç, foudre).

Les courants continus, d'intensité moyenne, n'agissent sur l'organisme que lorsque leur potentiel se modifie, c'est-à-dire pendant les périodes variables, à la fermeture ou à la rupture; tant que dure l'état permanent, il ne se produit aucun phénomène, abstraction faite, bien entendu, des troubles dus à l'électrolyse.

Les courants continus énergiques, qui atteignent plusieurs milliers de volts, peuvent déterminer une secousse mortelle. Ceux que produisent les dynamos, sont beaucoup plus dangereux que ceux fournis par les piles. Car les courants de rupture donnent naissance à des phénomènes de self-induction et à la formation d'extra-courants qui, si le voltage est élevé, occasionnent la sidération. Avec les machines, un courant qui n'atteint pas 300 volts produit seulement une secousse; entre 300 et i 000 volts, il détermine une sensation très pénible; à 3000 volts, il peut, mais pas toujours, entraîner la mort.

Un courant galvanique à basse tension {)o volts par . exemple) interrompu 150 à 200 fois par seconde, a la propriété d'inhiber les centres nerveux du langage, de la motilité et de la sensibilité (Leduc). Si l'on place l'électrode négative sur la tête d'un lapin et l'électrode positive sur le dos, on amène une anesthésie complète.

Les effets des courants alternatifs sinusoïdaux ont été bien étudiés pas Tesla et d'Arsonval.

Supposons un courant alternatif sinusoïdal , n'ayant aucune action chimique : si le potentiel est peu élevé et si la fréquence est basse, le courant ne produit pas d'effet appréciable sur le corps humain; il modifie seulement la nutrition, comme on peut s'en convaincre par l'analyse des urines.

A potentiel moyen et à fréquence moyenne, le courant produit une contraction musculaire non douloureuse.

Si le potentiel est élevé et si la fréquence est de 100 à 200 par seconde, les courants sinusoïdaux provoquent des accidents graves et même mortels. Ce sont ces courants qui sont le plus souvent utilisés dans l'industrie et qui sont employés en Amérique pour l'électrocution. Les plus dangereux sont ceux qui ont de 100 à 150 périodes à la seconde.

Supposons maintenant qu'on augmente le potentiel et la fréquence, l'action sera de plus en plus marquée, puis, à un moment, les effets sur l'organisme ne varieront plus: à partir de 2 500 à 5 000 excitations par seconde, les manifestations diminueront. Quand la fréquence atteindra plusieurs cen-

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laines de millions ou plusieurs billions, quel que soit le voltage, les courants seront inoffensifs.

Pour expliquer l'innocuité des courants de haute fréquence, d'Arsonval a proposé deux hypothèses : ou bien le courant n'a pas de force de pénétration et glisse simplement à la surface du corps; ou bien le système nerveux, cesse d'être influencé quand les vibrations électriques deviennent trop fréquentes. A l'appui de cette dernière conception, on invoque l'exemple du son et de la lumière. Le nerf auditif n'est impressionné que par des ondes ayant plus de 30 et moins de 30 000 vibrations à la seconde. La rétine ne perçoit que les rayons dont les vibrations sont comprises entre 497 billions et 728 billions à la seconde. En deçà ou au delà de ces chiffres, il n'y a plus d'excitation. On peut admettre pour l'électricité ce qui est démontré pour le son et la lumière.

Les courants de fréquence moyenne, employés dans l'industrie, ont produit un certain nombre d'accidents dont plusieurs ont été mortels. Mais, en tenant compte de l'extension qu'a prise l'industrie électrique, on doit reconnaître que le nombre des cas mortels n'est pas très considérable.

D'après les recherches de Prévost et Batelli, Galimard, les différentes espèces de courants ne tueraient pas par le même mécanisme. Les courants continus tuent par paralysie du cœur [tréniulaiiojis fihrillaircs). Il faut i 500 volts pour l'homme alors qu'il suffit de 400 à 500 pour le cheval et de 50 à 70 pour le chien.

Les courants alternatifs tuent par paralysie du cœur ou par paralysie des centres respiratoires, suivant que leur tension est faible (120 volts par exemple) ou élevée (i 200 volts et audessus).

Les courants de haute fréquence appliqués directement sur l'animal amènent l'inhibition des centres nerveux respiratoires. Les courants faradiques ont trop peu d'intensité pour être mortels.

Dans les usines, on prend un certain nombre de précautions qui, si elles étaient bien suivies, seraient tout à fait efficaces. Les ouvriers doivent protéger leurs mains au moyen de gants de caoutchouc; seulement il arrive que le caoutchouc, en

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vieillissant, se fissure et laisse passer le fluide. Une autre précaution consiste à ne pas porter des souliers à clous et à utiliser des semelles en caoutchouc; cette mesure est excellente, car les accidents les plus graves sont ceux que produisent les courants passant des mains vers le sol. Enfin, toujours dans le même but, les instruments sont à manche isolant.

Quand ces précautions ont été négligées, si un accident se produit, les effets varient suivant l'étendue du contact, l'état des parties atteintes, la situation du corps par rapport au courant.

Il est bien évident que les troubles sont d'autant plus graves que le contact est plus étendu et que les parties servant à l'entrée et à la sortie du courant sont de meilleurs conducteurs; l'humidité des mains, par exemple, favorise considérablement la pénétration.

C'est surtout la situation du corps par rapport au courant qui intervient pour modifier les résultats.

Trois cas se présentent.

Les deux mains touchent deux points d'un fil conducteur et donnent lieu à un circuit dérivé. La résistance du corps étant supérieure à celle du fil, les effets sont généralement peu graves.

Dans d'autres cas, tout le courant passe par le corps : par exemple : lorsqu'un ouvrier saisit, pour les ressouder, les deux bouts d'un fil qui a été brisé. Si le courant ne trouve pas de dérivation vers le sol, les accidents sont souvent encore assez bénins.

Quand le courant gagne le sol, on voit survenir les phénomènes de sidération; des courants de 2000 volts peuvent entraîner la mort, alors que, dans les cas précédents, des courants de 3 000 volts ne déterminaient que quelques secousses.

Les effets produits par les courants sont divisés en deux groupes, suivant qu'il s'agit de manifestations locales ou générales. Localement, ce sont des destructions électrolytiques des tissus si le courant est continu; des brûlures (effet joule) si le courant est alternatif. Ces brûlures sont d'autant plus fréquentes que la résistance est plus grande, aussi s'observent-elles surtout dans les cas relativement bénins,

quand, par exemple, les mains très sèches s'opposent à la pénétration. Si, au contraire, les mains sont humides, elles constituent de bons conducteurs et il se produit des phénomènes de sidération. Ceux-ci sont très simples : l'individu tombe foudroyé et sa respiration s'arrête. Cependant, les accidents ne sont pas irrémédiables; la mort n'est qu'apparente; il s'agit d'une variété de choc nerveux, et, si l'on pratique la respiration artificielle pendant un temps suffisamment long, on rappelle les sujets à la vie. Mais il se produit parfois des hémorragies irrémédiables dans les centres nerveux. Ces lésions qui sont de règle dans la fulguration, sont plus rares dans la sidération.

Radiations. — Depuis la découverte des rayons X par -Rôntgen en 1895, un nouveau chapitre a été ajouté au rôle pathogène et thérapeutique des agents physiques.

Les rayons X exercent sur les cellules animales une action très marquée, mais élective; certaines variétés de cellules sont atteintes, d'autres sont presque complètement épargnées. C'est sur ce fait que sont basées les indications de leur emploi thérapeutique.

Même lorsqu'on les manie avec précaution, les rayons X sont capables de provoquer des troubles sérieux et des lésions graves.

Quelques sujets éprouvent, quatre ou cinq heures après une exposition aux rayons X, de la céphalalgie, des névralgies, des palpitations cardiaques; d'autres ont des vomissements, des coliques, ou du tremblement et une hyperesthésie souvent douloureuse. Chez les animaux, on observe des paraplégies.

Localement, les rayons déterminent des dermites (radiodermites). Après une séance unique, quand l'action a été trop intense ou trop prolongée, on voit se développer, mais toujours après une période d'incubation, de la rougeur et des bulles, laissant des plaies très douloureuses, dont la cicatrisation est fort longue (ulcères Rôntgen).

Chez les personnes qui, par leur profession, manient fréquemment les radiations, les mains deviennent rouges et violacées. La peau est sèche, écailleuse; les ongles sont cassants. Un eczéma rebelle se produit, qui aboutit, dans

quelques cas, au développement de lésions cancéreuses (carciiiome Rôntgen).

On évite ces accidents en protégeant les mains par des gants opaques. Si on n'a pas la précaution de se garantir les yeux par des lunettes avec des verres en flint, on sera atteint de conjonctivite et de lésions rétiniennes entraînant la diminution et la perte de la vue. On portera enfin un suspensoir doublé de plusieurs couches de papier d'étain, car les radiations ont encore la curieuse propriété d'amener l'atrophie des testicules ou, du moins, de détruire l'épithélium séminal, tandis que s'hypertrophie la glande interstitielle; il en résulte une azoospermie définitive.

Il y a une grande analogie entre les lésions que produit le radium et celles que déterminent les rayons X, Cette analogie pathologique est en rapport avec l'analogie physique. Les accidents sont semblables et les applications thérapeutiques sont analogues. Le radium a surtout été utilisé dans le traitement des épithéliomes cutanés et des nœvi vasculaires.

L'émanation du radium exerce sur les animaux une action toxique, bien étudiée par Bouchard, Curie et Balthazard. Sous l'influence de l'émanation, les tissus deviennent radioactifs; mais la radioactivité se répartit d'une façon inégale; elle se localise plus spécialement dans les capsules surrénales, la rate, le poumon et la peau.

Grâce à leur pouvoir destructeur, les rayons X ont été employés en thérapeutique pour combattre certaines lésions ou certains troubles glandulaires. Leur action la plus remarquable porte sur les organes hématopoétiques et surtout sur la rate. Ils sont fréquemment utilisés contre les affections cutanées, contre les dermites rebelles, les prurits, les lupus et surtout les épithéliomes de la peau qui guérissent parfaitement sous leur influence.

En amenant la chute des cheveux et des poils, les rayons X ont pu servir à la dépilation dans les cas de teigne tondante. Une séance suffit à guérir ces affections autrefois si rebelles.

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