DE LA VIE ET DES OUVRAGES DE GALIEX
Avant d’aborder notre sujet, disons quelques mots de la vie et des ouvrages de Galien.
Claude Galien naquit l'an 131 de notre ère à Pergame, en Asie, sous le règne de l'empereur Adiien. Son père, nommé Nicon, architecte très-distingué, possédait des connaissances étendues en mathématiques, en astronomie, en philosophie, et jouissait en outre d’une fortune assez considérable ^ Premier précepteur de son fils, Nicon ne contribua pas peu à lui inculquer de bonne heure l’amour de toutes les sciences
1 . Gai., De bon. pravhqne alim. snccîs.. cap, 1 , t. VI, p. 4 19. (Les citations se rapportent toujours à l’édition de Kuelin, à moins de mention spéciale d’une autre édition.) De dipii. et curât, anhn. affect., cap. 8. t. V, p. 40 et 45.
qu’il cuUivait lui-même, surtout le goût des mathématiques; ce goût, qu’on est un peu étonné de rencontrer chez un médecin, attira même quelquefois à Galien, ainsi quil nous l'apprend, les railleries de ses confrères
Dès l'âge de quatorze ans, Galien, envoyé aux écoles de philosophie, passa successivement dans celle des stoïciens, des académiciens, des épicuriens et des péripaléîiciens; il y écouta les leçons des meilleurs maîtres de l'époque : entre autres d’un disciple de Cajus le platonicien, d’un disciple de Philopalor le stoïcien, d'un disciple d'Âspasius le péripatéticien, d'un autre platonicien du nom d'Âlbinus; enfin plus tard, à Sniyrne, d'un certain épicurien qui venait d’Athènes et dont le nom est inconnu. Kicon accompagnait partout son fils et lui servait de répétiteur'^.
Ce fut à l’âge de dix-sept ans que, d’après un songe de son père, Galien se décida à embrasser la médecine et se consacra dès lors tout entier à l étude de cette science*. Il avait un goût prononcé pour les voyages, mais il n’en fit aucun sans un but vraiment scientifique. Eu l’an 164 il vint à Rome où il passa la plus grande partie de sa vie, exerçant son art avec un succès presque inouï, rédigeant ses nombreux et immor-
1 . De un. part.,x, 12,13, 1 4 »? fine ,1. lit, p. 807 s=qq., el 4. 1 de ma Irmliirlion, p. 637 el siiiv.; voyez aussi ma disserlalion iutitulée : Erpotc dea cumiaissnnces de Galien snr l'anaiomie, la physiologie et la paiho’ogie dn système nerveux, p. 49.
2. De dign. et evr t. ainm. affect., cap. 8, l. V, p. 4 ! , 42 ; De Ub. prop , cap. lO,t. XIX, p. 16.
3. Metk. med., ix, 4, t. X. p. 609; De prœnot. ad Fosthutmim, cap. 2, t. XIV. p. 608.
DE GALIE5
tels ouvrages. Souvent en butte à l’envie de ses confrères, et cependant honoré par eux et par ses contemporains comme un des plus savants médecins de son siècle, il reçut ainsi la récompense due à son mérite, récompense qu'on accorde rarement aux hommes de leur vivant. On ne connaît ni le lieu ni la date précise de la mort de Galien ; on sait seulement qu’il parvint à un âge très avancé et qu'il mourut au commencement du troisième siècle de notre ère '.
Nous n'avons point à parler ici de sa philosophie médicale; seulement, dans le cours de cet article, nous retrouverons quelques-uns des principes qui la dominent et la dirigent; car dans la philosophie d’une science on rencontre incessamment deux éléments : la méthode appartenant à la philosophie proprement dite, et les principes généraux puisés dans l'étude de la science elle-même. Pour les anciens, ces principes faisaient partie intégrante de la philosophie; car ils entendaient par ce mot non-seulement la science spéciale à laquelle nous avons conservé ce nom, mais encore toute étude spéculative, par opposition aux études qui avaient un but pratique. Disons encore que pour les anciens la considération de la vie en général et de la nature, mais d’une nature imaginaire et, pour ainsi dire, inventée, était regardée comme partie constituante de la philosophie proprement dite.
Le nombre des écrits philosophiques de Galien était considérable; une partie a péri, du vivant même de
1. Pour de plus amples renseignemenis sur la vie de Galien, vovez Ackermann, IJistoria liternria, dans l’édition de Kuehn, t. 1,
p. XiVlI à \ui.
l'autear, dans l’incendie du temple de la Paix* ; de ceux qui ont échappé à ce désastre, ou qui ont été rédigés depuis, un très-petit nombre est arrivé jusqu'à nous ; cela se conçoit aisément par la grande ipiportancc qu'on accordait aux ouvrages d’Aristote; d’ailleurs le nom de Galien comme médecin semblait effacer pour lui toute autre renommée. Ses livres philosophiques se rapportaient la plupart à la logique et à la dialectique^, quelques-uns à la morale®, les autres presque entièrement historiques, renfermaient l’exposition critique des quatre principaux systèmes suivis alors (académiciens, péripatéticiens, stoïciens, épicuriens) ; c’est dans cette dernière classe que se rangent le traité