‹ La médecine légale, relative à l'art des accouchemensChapitre 10 sur 40 · SEPTIÈME QUESTION · texte numérisé non relu

SEPTIÈME QUESTION

De la viabilité.

La viabilité , pour un enfant qui vient au monde , n’est autre chose que la possibilité de vivre complètement et aussi long-temps que le commun des hommes, c’est-à-dire, de devenir un adulte , un homme fait , un véritable membre de la société.

Cette question n’est pas d’un médiocre intérêt sous le rapport de la médecine légale. D’après l’ordre établi par la justice et les lois, il n’y a que les enfafts viables ou capables de vivre qui puissent succéder , recevoir par donation ou par testament , et transmettre leurs biens à des hé-

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rîtiers. Les avortons , les en fans mort-nés, ceux qui meurent aussitôt ou peu de temps après avoir vu le jour, et en général tous les individus incapables de vivre après leur naissance , sont aussi , par cela seul incapables de jouir des privilèges attachés à la vie. Ne pouvoir pas vivre ou mourir après être né , est pour eux la même chose que ne pas naître ou mourir avant 3a naissance. Non nasci idem est ac non posse vivere . Code de Posthumis. Non nasci , et natnm mori , paria sunt. Paul Zacchias.

Pour rendre la chose plus claire et plus frappante , supposons qu’une femme vienne à perdre son mari pendant sa première grossesse. Il s’agit alors de savoir si l’enfant qu’elle porte sera viable ou non, en venant au monde. Dans le premier cas, il succède de droit à son père , et s’il vient à mourir , il transmet les biens qu’il a recueillis à ses héritiers naturels ; dans le second, la succession retourne aux collatéraux du père décédé. Il peut donc alors y avoir lieu de faire constater sa viabilité ou non viabilité.

Mais avant d’entrer en matière, il est à propos d’examiner si l’enfant est toujours mort , comme quelques auteurs le supposent, et s’il ne pourrait pas être vivant lorsque les débats sur la viabilité s’élèvent, et que la justice demande les lumières des gens de l’art. Il est clair que les circonstances, et par conséquent les données du

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problème ne sauraient être les mêmes pour les experts , quand ils ont Ù prononcer d’après ce qu’ils observent sur un être animé , ou d’après ce qu’ils découvrent par l’inspection de son cadavre.

D’abord il est certain qu’il y a des cas où la question de viabilité ne peut être agitée qu’après la mort de l’enfant nouveau-né ; par exemple , lorsqu’il s’agit de successions , de donations ou de legs dévolus à cet enfant , et qu’il ne peut recueillir que sous la condition expresse de sa viabilité, exigée par la loi. Tant qu’il vit, il est saisi et il conserve la possession des biens , sans que personne ait le droit de les lui disputer. Ce n’est que lorsqu’il a cessé de vivre qu’il y a lieu de rechercher s’il était viable ou non , pour décider s’il doit transmettre sa succession, ou bien s’il doit être considéré comme n’étant pas né, comme n’ayant recueilli ni succession , ni donation , ni legs. Dans ce dernier cas , les successions qu’il aurait recueillies , passent aux héritiers les plus proches en degré après lui; les donations et legs sont comme non avenus , et les biens donnés ou légués restent dans la succession ab intestat des donateurs ou testateurs.

Mais il y a aussi d’autres circonstances où il est permis , même nécessaire , de faire constater et juger si un enfant est viable ou non , lorsqu’il est encore vivant.

Par exemple, l’article 3 12 du Code civil

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donne au mari le droit de désavouer l’enfant -né dans le mariage , « s’il prouve que pendant le temps qui a couru depuis le trois centième jusqu’au cent quatre-vingtième jour avant la naissance de cet enfant , il était , soit par cause d’éloignement, soit par l’effet de quelque accident , dans l’impossibilité physique de cohabiter avec sa femme. »

D’un autre côté F article 5i4 du même Code porte que « l’enfant , né avant le cent quatrevingtième jour du mariage , ne pourra être désavoué par le mari dans les cas suivans : i° S’il a eu connaissance de la grossesse avant le mariage; 2q s’il a assisté a l’acte de naissance , et si cet acte est signé de lui , ou contient sa déclaration qu’il ne sait signer ; 3° sz V enfant n’est pas déclaré viable . »

D’après ce dernier article de la loi , le mari ne pourra désavouer l’eufant-né avant le cent quatre-vingtième jour du mariage , s’il n’est pas déclaré viable : or , le désaveu peut avoir pour objet un enfant qui n’a pas encore cessé de vivre : donc il peut s’élever des contestations sur la viabilité d’un enfant qui vit , et il y aura lieu alors de faire juger ce point de la cause. C’est, en effet, ainsi que cela s’est toujours pratiqué , comme on le voit , par plusieurs espèces rapportées dans la jurisprudence de la Cour de cassation. Voyez notamment le Journal des

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audiences cette cour, par Denevers , vol. de l’an. 1806, supplément, pag. 76^ 77 et 78.

Il résulte de là que la question de la viabilité peut se présenter non-seulement après la mort de l’enfant , mais encore pendant sa vie ; par conséquent elle doit être envisagée et traitée sous ce double rapport : c’est aussi la tâche que nous entreprenons de remplir avec le plus de méthode et de clarté qu’il nous sera possible.

Mais ici quelle règle suivre , quel principe ou quelle base adopter pour arriver exactement à la vérité ? Faut-il remonter jusqu’à l’époque où l’enfant a été conçu , pour calculer les mois de sôn âge y et déterminer s’il est viable ? Il est hors de doute que , si l’on pouvait s’assurer de cette époque , il faudrait y avoir égard ; mais on n’a là-dessus que des incertitudes , et la femme ellemême ne peut fournir le plus souvent aucune preuve positive. Tantôt elle rapporte la conception à l’époque où elle n’a plus été sujette à l’écoulement des menstrues : ce qui l’expose à se tromper au moins d’un mois , parce qu’elle peut avoir conçu , soit le lendemain du jour où cette excrétion s’est arrêtée, soit la veille du jour où elle en attendait le retour périodique ; encore y a-t-il des femmes qui sont réglées le premier mois après la conception , même jusqu’à leur accouchement. Tantôt elle compte le temps de sa grossesse d’après celui où elle a senti les mou-

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vemens de l’enfant : ce qui l’expose encore à l’erreur , parce que ces mouvemens ne se manifestent pas à la même époque chez toutes les femmes , ni dans toutes les grossesses ; quelquefois même ils ne se manifestent pas du tout avant l’accouchement.

D’ailleurs , en admettant qu’on pût s’assurer de l’époque de la conception, il resterait encore à fixer l’époque de la grossesse où le foetus serait viable ; et cette dernière question ne serait ni moins difficile , ni moins embarrassante que la première. On sait, il est vrai , qu’il ne peut jamais y avoir de viabilité pour le foetus avant la fin du cinquième mois de grossesse; car, jusqu’à cette époque , il est très-rare qu’il naisse vivant , ou qu’il continue de vivre après sa naissance. On cite néanmoins l’exemple de For tunio Liceti qui naquit, dit-on, à quatre mois et demi , et vécut ensuite jusqu’à quatre-vingts ans ; on cite encore celui du maréchal de Richelieu , que le parlement de Paris reconnut être viable à cinq mois ; mais ce ne sont là que des exceptions qui n’empêchent pas la loi d’être générale. D’ailleurs peut-on affirmer que ces faits , ainsi que plusieurs autres du même genre, qu’on trouve dans les auteurs, ne soient apocryphes, ou n’aient été mal observés ? Avait-on des renseignemens précis sur l’époque de la conception ?

Dans les deux mois suivans , depuis la fin du

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cinquième jusqu’à la fin du septième , lesenfans ne sont guère plus viables ; ils ont presque tous le même sort que ceux dont la naissance est plus précoce. On pourrait bien en citer quelques uns qui Ont vécu : tel fut l’enfant dont parle Brouzet , et qui était né entre le cinquième et le sixième mois après la conception : telle fut aussi la fille d’un riche négociant d’Agen dont Belloc rapporte l’histoire ; elle était née à six mois suivant le rapport de sa mère ; elle n’avait qu’un léger duvet ou poil follet sui la tête ; ses ongles étaient à peine formés ; elle ne put ni ne voulut téter pendant quelques jours; en un mot tout annonçait en elle la plus grande faiblesse et le défaut de viabilité. Elle vécut néanmoins jusqu’à l’âge de quinze ans , jouissant d’une trèsbonne santé, et mourut dans un couvent d’une maladie aiguë. On trouve de semblables exemples dans Paul JLmman, Montanus , Ballèsius et Schenkius. On lit aussi dans .Adrien Spigélius, que des enfans ont vécu à six mois. Nous pouvons ajouter à tous ces faits celui d’une petite fille qui naquit à six mois et demi , dans la rue Montmartre, au mois d’août 1818; elle était si faible , si petite et si peu formée , que ses pareils désespéraient de la conserver ; elle tomba plusieurs fois en syncope durant les premières six semaines ; ensuite elle se fortifia peu à peu ; elle put être vaccinée à trois mois environ , et au-

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jour d’hui elle se porte aussi bien que les autres enfans de son âge. Mais si l’on compare tous ces exemples à ceux des enfans qui n’ont pas eu le même bonheur , ou qui sont morts après être nés pendant le sixième et le septième mois de la grossesse , il s’en faudra bien qu’on puisse trouver dans cet intervalle une terme general pour la viabilité.

Au reste, ce que nous disons ici se trouve parfaitement d’accord avec l’observation des plus grands praticiens , tant anciens que modernes. Hippocrate et Galien assurent que les enfans qui naissent à cent quatre-vingt-deux ou quatrevingt-quatre “jours , c’est-à-dire , après six mois ou durant le cours du septième mois, périssent le plus communément, parce qu’ils sont imparfaits. On peut ajouter à ce témoignage celui de Mau riceau , de La Motte , de Baudelocque. Le professeur Fodéréy dans une pratique de vingt-sept ans , dit aussi n’avoir vu aucun enfant conserver fa vie avant le terme de sept mois accomplis.

Cependant les anciens, d’après l’autorité à' Hippocrate , admettaient deux termes pour la viabilité , l’un à sept et l’autre à neuf mois ; en sorte que les enfans de huit mois étaient censés moins viables ou aptes à vivre que ceux de sept , quoiqu’ils fussent plus âgés. Cette opinion , toute extravagante qu’elle est , a néanmoins prévalu long-temps dans les écoles, même jusqu’à nos

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jours parmi le vulgaire. Mais elle peut à peine soutenir l’examen des gens de l’art , parce qu’elle est entièrement contraire à la raison et à l’expérience.

D’abord il est faux qu’on puisse fixer l’un des termes de la viabilité à sept mois , comme Hippocrate et les anciens l’avaient pensé. Les enfans qui naissent à cette époque , ne prolongent guère plias leur carrière que ceux qui naissent avant ; cela est attesté par le père de la médecine luimême. Mauriceau , dont le témoignage est certainement ici de quelque poids , dit avoir toujours observé que les enfans , nés effectivement à sept mois, n’ont jamais vécu plus de quinze jours. De La Motte déclare aussi que sur un grand nombre d’enfans nés à la même époque, la plus grande partie ont péri. Mahon assure que les enfans de sept mois vivent rarement. B au delocque est du même avis. La Fosse > àznsY Encyclopédie méthodique y leur refuse aussi la viabilité. Fodéré n’a vu vivre à sept mois de naissance, qu’un enfant dans le duché d’Aoste.

En second lieu , supposé qu’un des termes de la viabilité pût être fixé à sept mois , les enfans nés à cette époque ne seraient point pour cela plus viables que ceux de huit mois. En effet, comme l’a très-bien observé Mahon , la conservation des enfans devient d’autant plus facile, que leur naissance se rapproche davantage du

terme ordinaire de la grossesse ; tandis qu’au contraire il est d’autant plus difficile de les faire vivre , qu’ils en sont plus éloignés. Tout nouveau né doit nécessairement avoir d’autant plus d’aptitude à vivre , qu’il est plus âgé , plus formé , plus voisin de sa complète maturité. Par conséquent celui qui naît à sept mois a plus de chances contre lui , ou est moins viable que celui qui naît un mois plus tard. C’est une vérité qui saute aux yeux.

Mais d’où vient donc que l’opinion contraire s’est accréditée et a prévalu depuis Hippocrate jusqu’à nos jours ? Pourquoi , malgré l’évidence des faits , a-t-on généralement regardé l’enfant de sept mois , comme plus viable que celui de huit ? Il ne peut y avoir eu qu’un mal-entendu , un faux raisonnement qui ait pu faire passer un tel paradoxe. On aura sans doute vu naître quelques enfans naturellement à sept mois , et continuer ensuite de vivre , quoiqu’ils ne fussent pas encore complètement formés : ce qui n’offre certainement rien d’impossible. On aura aussi vu naître d’autres enfans à huit mois , par suite de quelque accident survenu à la mère „ et cette naissance fortuite , violente , aura été suivie de la mort de ces nouveau -nés, ce qui n’a rien non plus de très^surprenant. On aura conclu de là , mais fort mal-à-propos et sans réflexion, que les enfans septiraestres étaient plus viables que

les octimestres. Or, quiNne sent le vice d’une pareille conséquence ? Elle ne serait admissible en bonne logique que dans le cas où les en fans de sept et ceüx de huit mois se trouveraient absolument dans les mêmes circonstances. Il faudrait que les uns et les autres naquissent de la même manière , naturellement ou accidentellement , et que les premiers fussent alors plus viables que les seconds. Mais c’est là justement ce qui est sujet à contestation , et entièrement oppose à l’expérience journalière.

Foclêré , pour expliquer le paradoxe des anciens , prétend que « l’accouchement est plus )) souvent naturel à sept mois , et que l’avor- » temeiït arrive à cette époque , sans qu’il ait » existé des causes externes , tandis qu’au con- » traire tous ceux venus au huitième mois, sont » l’effet de quelque chute, de quelque coup , ou » de toute autre violence, soit physique, soit 3) morale. Or, dans ces circonstances , dit-il , le » fœtus reçoit presque toujours quelque atteinte 3) mortelle ; il en reçoit même au neuvième 3) mois, lorsqu’il est forcé de naître des suites » d’un accident dont l’effet est , par exemple , » d’opérer le décollement prématuré du pla- » centa; et voilà, ajoute-t-il , le sens dans lequel 3) les fœtus de sept mois ont été constamment 3) plus viables que ceux de huit. Conclusion 3) qui doit même s’étendre à l’enfant de neuf mois.

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» si sa naissance est l’effet d’une cause violente, » tandis que le premier serait né sans effort et » comme naturellement. »

Cette explication peut paraître plausible an premier coup-d’oeil; mais, au fond, elle repose sur un principe hypothétique ou qui manque de preuves. Elle suppose que l’accouchement est plus souvent naturel à sept mois qu’à huit , et que l’avortement arrive à la première de ces deux époques spontanément ou sans causes externes , tandis qu’il est toujours forcé à la seconde. Or, c’est là ce que l’on peut contester, même nier jusqu’à ce que l’expérience l’ait démontré. Ane consulter même que la raison , l’accouchement doit être d’autant plus naturel , qu’il arrive plus près du terme de la grossesse ; et quant à l’avortement, il n’y a guère de différence entre les causes qui le provoquent à sept ou à huit mois.

Fodéré ajoute « qu’à parité d’accouchement « violent ou d’avortement , l’enfant de huit mois » étant, toutes choses égales d’ailleurs, plusvo- )> lumineux que celui de sept , il doit avoir plus » de peine à naître , souffrir davantage et exiger » le secours de plus de manœuvres que le second : » ce qui augmente les chances réciproques. » Mais on peut répondre que l’enfant de huit mois étant plus âgé , plus formé et plus mûr que celui de sept , doit avoir aussi plus de force pour supporter la peine , les souffrances et les ma-

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nœuvres qu’il éprouvé en naissant ; par conséquent j toutes choses d’ailleurs égales , il sera en* core plus viable que celui de sept. Outre cela, cette peine , ces souffrances , ces manœuvres , il ne faut pas croire qu’elles existent, comme on le dit , pour l’enfant de huit mois. Car, s’il est plus volumineux , la matrice n’est-elle pas aussi plus développée , et n’a-t-elle pas plus d’énergie ou de force pour l’expulser? D’un autre côté , le col utérin , le vagin et la vulve n’ontils pas plus de souplesse et n’offrent-ils pas moins de résistance à l’enfant de huit mois qu’à celui de sept? On a beau faire et beau dire, on ne prouvera jamais que le premier ait moins de chances avantageuses ou soit moins viable que le . second , si l’on suppose d’ailleurs que tout est égal de part et d’autre.

Nous conclurons donc que la viabilité d’un enfant est d’autant plus grande , qu’il naît plus près du terme de la grossesse , parce qu’il est alors plus mûr et plus parfait. Mais nous nous garderons bien de prononcer sur les chances de vie et de mort des nouveau-nés, en comptant leur âge ou le temps que leurs mères les ont portés après la conception; il n’y aurait rien de plus incertain, de plus sujet à l’erreur que ce calcul.

Le meilleur et le plus sûr moyen de juger si un enfant qui vient de naître est viable ou non , est d’examiner la structure de son corps et de vé-

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rifier si l’organisation en est complète ou incomplète , s’il offre des caractères de maturité ou d’immaturité , s’il exécute bien ou mal toutes les fonctions de la vie.

En suivant les progrès du fœtus dans la matrice, on voit qu’il s’y développe d’une manière très- variable et plus ou moins rapide, non-seulement chez toutes les femmes aux memes époques de la grossesse , mais encore dans les différentes grossesses de la même femme. Si l’on compare néanmoins les recherches et les observations d 'Aristote > d’ Hippocrate , de Riolan , de Haller , de Rhœ dérer , de Mechel , de Barton , de Baudelocque des professeurs Chaussier et Béclard sur ce sujet, il en résulte qu’en général on n’aperçoit dans la matrice , à la fin de la première semaine après la conception , qu’une petite vésicule remplie de liquide transparent.

Vers le quinzième jour, le germe ne paraît que sous la forme d’un petit nuage ou flocon mucilagineux , grisâtre , un peu opaque , cylindrique , de la grosseur d’un petit pois : il ne présente alors rien de distinct, même à la loupe. On a dit cependant qu’on pouvait y démêler une tète qui en forme la plus grosse partie , un tronc beaucoup plus petit , un large nombril, le cœur avec quelques vaisseaux , le cerveau et la moelle épinière. Mais cela est-il vraisemblable ? l’a-t- on bien observé?

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A un mois, l’embryon a le volume d’une grosse fourmi , d’une mouche ordinaire ou d’une graine de laitue , d’un grain d’orge , d’un petit ver ; il ressemble à l’osselet de Fouie , connu sous le nom de marteau, et paraît recourbé sur lui-même en forme de croissant*; il a trois, quatre, six ou sept lignes de longueur, et ne pèse que quelques grairïs suivant les uns, ou quelques gros suivant les autres. Deux points noirs marquent, dit-on , la place des yeux , et deux petits trous celle des oreilles ; la bouche est ouverte , les mains sont fermées et divisées en doigts , les pieds non encore formés et plus courts que les mains ; le nombril est au fond du ventre , le chorion un peu charnu et semblable à la substance du plaçenta. Mais il est encore fort douteux qu’il y ait d’assez bons yeux , même d’assez bonnes loupes pour faire de pareilles observations. On dit néanmoins que la clavicule et le cubitus offrent alors des traces d’ossification.

À six ou sept semaines , l’embryon a la grosseur d’une abeille ou d’un ver à soie ; sa longueur est de dix à onze lignes , et sa pesanteur , de six gros à une once. On y distingue très-bien la forme et les linéamens des organes , ainsi que remplacement et l’origine des membres. L’os frontal présente deux points osseux, et l’os ilium un seul. Le chorion paraît velouté à l’extérieur et reçoit les vaissaux ombilicaux .

A deux mois , l’embryon devient fœtus et a

près de deux pouces et demi de longueur ; il pèse à peu près deux Onces ; la peau , encore gluante et assez transparente , n’offre aucune trace de fibres. On distingue plusieurs points d’ossification à la tête , au tronc et aux membres. Quelquefois le sexe mâle se distingue déjà. Les doigts et les orteils sont bien séparés ; les mains presque attachées aux épaules et les pieds aux hanches , les membres très-courts ; le nez et les oreilles encore fermés; la tête très-grosse, les viscères dessinés.

A trois mois , le fœtus a trois pouces et demi environ , et pèse à peu près trois onces. La peau est plus douce ; la bouche ouverte et le nez bouché ; il n’y a point de sinus maxillaires ni frontaux. Les yeux sont fermés, les oreilles non percées; la tête plus grosse et plus pesante que le reste du corps; presque tous les os du crâne, du tronc , des membres, même de l’oreille , sont distincts. L’os ischium cesse d’être cartilagineux; le foie remplit les deux hypochondres ; le cordon ombilical est bien formé ; les poumons sont blancs fermes; le ventricule et l’oreillette gauches plus grands que les droits ; la langue achevée, le cerveau gélatineux , le crystallin liquide.

A quatre mois , le fœtus a cinq ou six pouces de longueur et pèse depuis quatre onces ou quatre onces et demie jusqu’à cinq onces et demie ou si x onces. Depuis cette époque, toutes les parties se développent pfomptement ; sa texture se fortifie*

ses dimensions et sa pesanteur augmentent avec une rapidité sensible. La peau présente quelques traces de tissu graisseux ; on commence à y distinguer des poils et des cheveux ; les cornets inférieurs du nez s’ossifient.

A cinq mois, la longueur totale du corps est de neuf pouces et demi ; sa pesanteur de neuf à dix ou douze onces. L’os pubis n’est plus cartilagineux. Le cerveau est blanc , uni, lisse, mou , difïluant ; sa surface n’offre ni sillons , ni circonvolutions : quand on la coupe, on n’y distingue ni substance grise , ni points rouges à l’intérieur ; on en sépare la méningine ou piemère avec facilité. Les poumons ont très-peu de volume ; le coeur est très-apparent , mais on en distingue à peine les ventricules d’avec les oreillettes ; le foie est peu éloigné du nombril , trèsvolumineux et composé de deux lobes égaux ; la rate peu développée et accolée à l’estomac. 11 n’y a qu’un peu de sérosité incolore dans la vésicule du fiel; le méconium est encore contenu dans l’intestin grêle. Les testicules-, chez les mâles , avoisinent les reins vers les lombes ; et les ovaires, chez les femelles, sont petits, mous, allongés, trèsrelevés, situés dans la meme région abdominale.

À six mois toutes les parties extérieures sont bien prononcées ; la bouche fendue ; les narines ouvertes, les oreilles formées, mais non percées ; les paupières collées ; les sourcils et les

cils peu épais ; les yeux formés ; la pupille ordinairement fermée par une membrane ; la tête encore très-grosse, molle; les fontanelles trèsévasées ; lçs commissures des os du crâne trèslarges. La peau commence à présenter des fibres ; elle est fine, mince, lisse, rouge, même pourprée, surtout aux mains, aux pieds, au visage, aux lèvres , aux oreilles , aux mamelles , aux plis des aines, des cuisses , des fesses; 3e foie est très-étendu ; l’estomac rempli de mucosité , une partie du gros intestin de méconium; les poumons sont blancs et fermes ; les testicules encore dans le ventre sous le péritoine ; la vessie dure , pyriforme , hors du bassin, ne présente qu’une petite cavité ; le scrotum est peu développé , d’un rouge vif; la vulve proéminente , entr’ouverte par la saillie du clitoris ; les ongles sont nuis , ou minces, courts, mous, rougeâtres,* les cheveux encore rares, courts, blancs, argentins. Lalon- ' gueur du corps , du sommet de la tête aux talons , est de douze pouces , dont la moitié répond vers l’extrémité abdominale du sternum ; la pesanteur totale est d’une à deux livres.

À sept mois , tous les organes , tant externes qu’internes du fœtus, sont encore plus formés. La peau est moins rouge , plus rosée , plus dense et plus fibreuse ; elle se couvre d’un enduit gras , sébacé , blanchâtre, onctueux, inégalement épais et adhérent dans les différens endroits du corps;

la membrane pupillaire disparaît ; les paupières ne sont plus collées; les cheveux ont plus de longueur ; les ongles plus de consistance. La pulpe cérébrale est moins difiluante ; sa substance médullaire ou interne plus arrosée de vaisseaux et partant plus rouge ; sa surface externe toujours blanche, mais inégale, un peu sillonnée, plus adhérente à la méningine. Les poumons sont rougeâtres; les ventricules et les oreillettes du cœur bien distincts ; le foie est plus éloigné du nombril ; la bile plus jaune , plus amère ; le méconium, plus abondant, occupe le cæcum et presque tout le gros intestin ; les testicules et les ovaires sont plus rapprochés du bassin. La longueur totale du corps est de quatorze pouces, la moitié plus voisine du sternum que du nombril ; la pesanteur est de deux à trois livres.

À huit mois le fœtus est encore plus développé , et approche plus de sa maturité ; la peau plus ferme , plus fibreuse et plus blanche , est couverte de petits poils , courts et très-fins. La matière onctueuse dont elle est enduite a plus de consistance; les ongles sont plus solides , les cheveux plus longs, plus colorés , nuancés de blond, de brun ; les vaisseaux du cerveau assez fortement injectés. Souvent les mamelles proéminent et rendent par expression un fluide lactiforme ; les testicules s’engagent dans l’anneau suspubien ou inguinal; le vagin et le col de l’utérus sont

enduits d’une mucosité visqueuse , transparente. La longueur totale est de seize pouces , dont la moitié répond plus près du nombril que du sternum ; la pesanteur de trois à quatre livres.

A neuf mois révolus , ternie ordinaire de la grossesse , l’ossification est plus avancée et plus complète ; la branche descendante du pubis, et la branche ascendante de l’ischium se solidifient. La clavicule a seize lignes de longueur, le cubitus vingt - six lignes , le fémur deux pouces huit lignes. Le fœtus a la tête fort grosse, mais assez ferme ; elle est à peu près la dixième partie du volume total ; le crâne est large , grand , le visage étroit , petit ; les os du sommet > se touchent par leurs bords membraneux , et ont encore de la mobilité ; les fontanelles sont moins évasées , les sutures moins larges ; les cheveux plus forts , plus épais , plus longs , plus foncés, les ongles plus solides. La surface externe du cerveau présente des sillons plus nombreux , plus profonds ; elle commence à prendre une teinte grisâtre , cendrée ; les lobes, dont cette masse est composée , conservent de la mollesse , tandis que le cervelet , le mésocéphaîe , le prolongement rachidien, et surtout les endroits qui répondent aux cordons nerveux, ont acquis beaucoup de consistance; les dimensions de la tête sont alors de cinq pouces et un quart de l’occiput au menton , de quatre pouces

et un quart de l’occiput au front , de trois pouces et demi d’une bosse pariétale à l’autre, et du sommet à la base.

À cette epoque le thorax est court, cylindrique , relevé ; l’abdomen ample , très-étendu , arrondi , saillant vers le nombril ; le bassin étroit, peu développé; les membres abdominaux sont courts et pas beaucoup plus longs que les membres thoraciques; le canal artériel très-ample et ses parois très-denses ; le trou de botal très-grand ; la valvule qui doit le boucher est plus ferme et plus étendue que dans les premiers mois; tout le gros intestin rempli de méconium , et la vessie d’urine. En un mot, l’appareil digestif, les poumons et le cœur sont en état de commencer et de continuer les fonctions de la vie extérieure, sociale , propre à l’enfant qui n’est plus dans le sein de sa mère. La longueur totale du corps est de dix-huit ou vingt pouces, dont la moitié répond au nombril ou très-peu au-dessus. Le fœtus pèse alors de six à sept livres. Mais ces dernières évaluations admettent beaucoup de variétés. Il est des fœtus qui n’ont que seize pouces de long et d’autres qui en ont vingt-deux , vingt-trois et davantage. De même on en a vu qui étaient audessous de quatre livres , quoique à terme , tandis que d’autres en pesaient neuf ou dix. Nous en avons vu deux qui pesaient douze livres ; on en cite aussi un de treize livres ; il avait plusieurs

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dents, et son volume était si considérable, qu’on ne peut guère croire qu’il en ait existé , comme on l’a rapporté , de ving-cinq livres , même de vingt, ni de quinze.

Il suit de là qu’on ne pourrait pas toujours prononcer d’une manière exacte et positive sur la viabilité des enfans d’après leur structure, leur volume , leurs dimensions , leur pesanteur. Ces signes ne spnt pas assez constans pour former la base d’un jugement certain, d’une règle fixe, absolue. Ils varient suivant les circonstances individuelles et hygiéniques où se trouvent les parens; suivant l’âge, le tempérament , la vigueur de la mère , son genre de vie , sa profession , ses passions , le climat et le logement qu’elle habite -, l’époque où elle a conçu , les saisons que traverse la grossesse , les maladies et les accidens qui viennent en troubler le cours ; suivant l’âge, la constitution, la santé du père ; suivant le sexe, les maladies ou vices de conformation du fœtus.

Ce qu’il y a de moins équivoque, à l’égard du volume et de la longueur du nouveau-né, c’est le rapport d’équilibre entre ses parties supérieures et ses parties inférieures , entre le nombril et le milieu de son corps; rapport qui paraît constant à la dernière époque de la grossesse, et qu’on peut regarder comme un des moyens les plus sûrs de vérifier l’âge et la viabilité du fœtus. Règle générale, les parties supérieures lem-

portent d’autant plus ou moins sur les inférieures* que le fœtus se rapproche ou s’éloigne plus de la conception ; en sorte qu’il y a équilibre entre les unes et les autres * au terme ordinaire de la grossesse. De même la moitié de la longueur totale du fœtus répond au col vers la fin du premier mois ; ensuite elle répond à un point plus ou moins élevé du thorax , à mesure que la grossesse avance et se rapproche de son terme * époque où elle esttout-à-fait au nombril. Par conséquent l’équilibre entre les parties supérieures et les parties inférieures du fœtus, et la coïncidence du nombril avec le milieu de son corps , indiquent toujours que la naissance a eu lieu au terme de la grossesse , à neuf mois révolus , époque où , suivant l’état ordinaire des choses , il n’y a nul doute que l’organisation de l’enfant ne soit propre au mécanisme de la vie complète , extérieure , sociale.

Dans le cas où la mort suivrait de près la naissance , on pourrait encore retirer beaucoup de lumières de l’état des poumons, de leur couleur, de leur volume, de leur pesanteur absolue, comparée à celle du corps entier. Ces organes, av£nt la naissance, sont compactes, d’une teinte brune; ils se précipitent au fond de l’eau , et ne pèsent que douze à quinze gros , environ soixante-dix fois moins que le corps entier. Après la naissance et la respiration, au contraire , ils sont ve'sicu-

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leux , crëpitans sous le scalpel , d’une couleur rouge , vermeille ; projetés dans l’eau, ils y surnagent ; ils pèsent de vingt à vingt- quatre gros, environ trente-cinq fois moins que tout le corps. Par conséquent , un des effets de la naissance et de la respiration sur les poumons, est d’augmenter la pesanteur absolue de ces organes et de diminuer cependant leur pesanteur spécifique : phénomène qui semble impliquer contradiction au premier coup-d’œil , mais dont l’explication est bien facile pour le physicien et le physiologiste. Le premier sait que la densité ou pesanteur absolue des corps résulte du produit de leur masse par leur volume, tandis que leur pesanteur spécifique est en raison directe de leur masse , et en raison inverse de leur* volume. Le I second sait aussi que le sang qui circule dans les poumons , après la naissance , augmente la masse de ces organes , mais moins que l’air inspiré | n’en augmente le volume. Avec ces principes , j rien n’est inconcevable dans les modifications ou changemens que les poumons éprouvent par la" respiration après la naissance.

En résumé, l’organisation du fœtus, àneufmois de conception, est la plus parfaite qu'il puisse acquérir dans le sein de la mère. Jusque-là il n’a- ! vait joui que d’une vie pour ainsi dire végétative , intérieure, imparfaite, commune avec la matrice, dont il était le parasite , l’annexe; d’une vie en-

tièrement subordonnée au cœur et à la circulation. Mais parvenu au terme de sa maturité , il est capable de commencer et de continuer la vie animale, extérieure, complète, propre ou individuelle, sociale; en un mpt, la vie qui succède a la naissance, etqui rend le nouveau-né habile à être citoyen, à exercer des droits , à succéder, à recevoir par donation et par testament , à transmettre ses biens à ses héritiers naturels. Cette vie n’est pas entièrement subordonnée à la circulation comme la vie fœtale ; elle dépend aussi de la digestion , et principalement de la respiration , fonctions qui fournissent au corps les matériaux de la nutrition , de l’accroissement , et dont l’exercice conduit, par degrés insensibles, à celui de toutes les autres fonctions et facultés qui constituent l’adulte , l’homme fait , c’est-àdire , de la locomotion , de la sensation , de l’intellect , de la pensée, de la liberté, de la volonté, de la génération.

On voit donc maintenant en quoi consiste le type sensible et caractéristique de la viabilité ; on voit aussi quels sont les moyens les plus sûrs de la reconnaître , pour les médecins légalement chargés de la constater. Ils doivent d’abord, conformément à l’esprit de la loi , s’assurer que l’enfant soumis à leur examen , est né vivant , c’est-à-dire, qu’il a passé de la tie intra-utérine, commune avec la mère, fœtale , à la vie extra-

MÉDECINE LÉGAJjE. 177

utérine , propre , sociale ; ensuite qu’il est capable de continuer et de parcourir la carrière de cette nouvelle vie , de devenir un homme , et qu’il n’y a rien , dans son organisation au moins extérieure, qui s’y oppose. Si, par quelque accident, l’enfant vient à perdre , peu de temps après sa naissance , la vie qu’il avait commencée, les experts, outre les connaissances qu’ils peuvent acquérir par l’examen des organes extérieurs > visibles, peuvent encore recourir à l’ouverture du cadavre , et consulter la structure, la disposition du cerveau, du conduit alimentaire et de ses annexes , du cœur et du système de la circulation, surtout de la poitrine et des poumons, en un mot, de tous les organes intérieurs. On a cette double ressource , quand il s%agit de constater en justice la viabilité de l’enfant pour des successions , pour des donations ou legs qui lui étaient dévolus; car il est toujours mort, dans ces cas-là , au moment où les débats s’élèvent entre les parties intéressées , comme nous l’avons déjà fait remarquer.

Cela posé , les experts consultés auront à décider deux choses , si l’enfant est né à l’état de vie ou de mort, et s’il était viable ou non. Pour la première , ils ne seront point embarrassés , s’ils ont assisté à l’accouchement , ou si les circonstances qui l’ont précédé , accompagné et suivi , sont rapportées par des témoins dignes de

jrjS MÉDECINE légale.

foi par des médecins éclairés , instruits, et surtout prévenus de l’importance de leur ministère.

Nous disons par des médecins éclairés. , ins traits , c’est-à-dire qui connaissent l’esprit de la loi à cet égard ; qui sachent qu’il s’agit uniquement ici de la vie extra-utérine de 1 enfant , et non de la vie fœtale ; de la vie qui est caractérisée par l’exercice libre , facile et complet de la respiration, et non delà vie qui peut se manifester par l’agitation ou mouvement des membres , par les battemens du cœur et du cordon ombilkal , même par l’essai incomplet de la respiration , et par quelques faibles cris Le législateur ne dit pas seulement que l’enfant do.t etre ne pour succéder, pour recevoir par donation ou par testament ; mais il ajoute qu’il doit etre viable. 11 manifeste donc bien clairement sa pensée; il exige pour première condition que l’enfant respire complètement apres sa . nais sance; qu’il jouisse de la vie propre , individuelle , extérieure, sociale : il déclaré donc par là que la vie intérieure , commune avec la mère, fœtale , ne lui suffit paspour exercer des droits, pour transmettre ses biens a des heritiers.

Nous disons aussi par des médecins prévenus de l'importance de leur ministère, c’est-a dire, qui sachent qu’il s’agit de constater la vie ou la mort d’un enfant nouveau-né ; que, par conse-

quent, leur erreur ou méprise peut avoir les suites les plus graves ; quelle peut donner lieu a une injustice, compromettre la fortune des personnes, faire adjuger une succession , une donation , un legs à ceux qui n’y ont aucun droit; forcer un mari a reconnaître la légitimité d’un enfant conçu hors du mariage, dont il n’est pas le père.

Quant a la seconde condition exigée par la loi , savoir , la viabilité ou non viabilité , il n’y a , comme nous l’avons déj a dit , aucune époque, avant la naissance , où l’on puisse la déterminer d’une manière précise , si ce n’est à la fin de la grossesse , a neuf mois révolus depuis la conception. Encore est-on forcé de convenir qu’à cet égard il y a beaucoup d’anomalies ou d’irrégularités , et presque autant de variétés et de nuances que d’individus. Cependant, comme il est nécessaire , en pratique , de partir d’un point fixe , d’adopter une règle ou mesure générale , les experts peuvent avoir recours au moyen suivant qui est le plus sûr ; c’est de comparer l’organisation extérieure et les fonctions de l’enfant qui est soumis à leur examen , quand il est vivant , avec l’organisation et les fonctions de l’enfant à terme , et l’organisation intérieure du premier, quand il est déjà mort, avec celle du second. Il est évident qu’alors le degi’é de rapprochement ou d’éloignement entre ces deux

i8o MÉDECINE LÉGALE,

termes de comparaison , sera un signe plus oü moins caractéristique de viabilité ou de non viabilité. Cette règle générale , nous le dirons encore une fois , est fondée sur ce principe , qu’à la lin de la grossesse, ou neuf mois après la conception , le fœtus doit avoir reçu de la nature toutes les qualités et attributs nécessaires pour entrer dans la vie sociale , et pour en parcourir la carrière.

D’après ces notions préliminaires , un enfant doit toujours être censé viable , quand il fait entendre des cris pleins , forts , soutenus et prolongés en naissant , ou peu de temps âprès , ce qui indique que sa respiration est établie complètement ; quand il remue tous ses membres avec facilité , et avec plus ou moins de force ; quand la couleur de son corps est d’un rouge clair ; quand sa bouche , ses narines , ses paupières et ses oreilles spnt bien ouvertes ; quand les os du crâne ont de la solidité , sans être trop écartés , ni les fontanelles trop évasées ; quand il a des cheveux , des sourcils , des cils , des ongles bien prononcés ; quand toutes ses parties sont bien conformées , et dans une juste proportion ; quand il rend facilement l’urine et le méconium après la naissance, ce qui prouve que les excrétions s’établissent ; surtout quand il saisit bien le mamelon , ou qu’il suce le doigt qu’on lui met dans la bouche, ce qui atteste

MÉDECINE LÉGALE. i8r

qu’il est capable d’avaler, de digérer, en un mot , de commencer et de continuer la vie extérieure , sociale.

Un enfant, au contraire , présente des caractères d’immaturité , et n’est pas censé viable , s’il est d’une taille et d’une grosseur beaucoup au-dessous de celles d’un enfant à terme ; s’il ne f remue point ses membres, ou s’il n’exécute que de faibles mouvemens, après sa naissance; s’il ne crie point , ou s’il ne pousse que des cris plaintifs ; si son corps est d’un rouge vif ou pourpré dans toute son étendue ; si la peau en est marbrée , parsemée de vaisseaux bleuâtres ; si la tète n’est recouverte que de poil follet, d’un tendre duvet; si les os du crâne sont encore mois , leurs commissures très-larges, membraneuses, les fontanelles très-évasées, les paupières collées, la bouche, les narines et les oreilles encore fermées ; si les articulations sont relâchées ; si les ongles des pieds et des mains paraissent à peine ; si l’enfant ne saisit point le mamelon , s’il ne peut point téter ; s’il ne suce point le doigt qu’on lui met dans la bouche ; s’il dort presque continuellement; s’il ne rend point d’urine ni de méconium; • si la membrane pupillaire n’a pas encore disparu ; si l’on est obligé de le réchauffer sans cesse par une chaleur artificielle. Quelle apparence y a-t-il qu’un enfant aussi chétif et aussi faible puisse entrer dans la carrière de la vie

et la parcourir de la manière que la loi suppose !

L’immaturité , l’imperfection, qui annoncent le défaut de viabilité chez l’enfant , sont encore confirmées, lorsque l’accouchement n’a point été ^ naturel , mais provoqué par quelque cause accidentelle , soit au physique , soit au moral ; lorsque la mère a été malade pendant sa gros- ! sesse ou avant ses couches ; lorsque le placenta ou arrière-faix est dans un état pathologique ; enfin , lorsque l’enfant naît avec quelque vice de conformation incurable , ou quelque maladie grave , mortelle , telle que l’hydrocéphalie ,

» Thydrorachis , l’acéphalie , etc. , qui s’opposent à 5 l’exercice entier des fonctions vitales , principa- » lement.de la respiration.

Nous avons dit que les caractères de viabilité A \ ne se manifestaient, pour l’ordinaire, que chez ■ les enfans qui naissent à terme , ou à neuf mois : ce qui suppose que cette règle générale peut souffrir des exceptions. En effet , des fœtus se développent quelquefois dans l’utérus avec tant f d’énergie et de vitesse , qu’à six mois et demi ou sept mois, ils sont aussi viables ou aptes à vivre, que d’autres à huit ou à huit et demi. A la véi rité de pareils cas sont bien rares ; mais un seul exemple suffirait pour prouver que la viabilité peut devancer le terme de la grossesse , et que, par conséquent, il ne serait pas toujours juste

MÉDECINE LÉGALE. i83

de Tëtablir sur l’âge du fœtus depuis la conception. Cela est si vrai , qu’il peut naître des enfans parfaitement à terme ou â neuf mois-, qui ne paraissent pas avoir plus de six mois , et qui ne laissent pas de vivre , ni de se bien porter dans la suite. Fodéré en cite plusieurs , et entre autres un dont il est le père; ce dernier, quoique né plusieurs jours au-delà de neuf mois, était si7 petit et si chétif, qu’il fallut le réchauffer et le nourrir artificiellement pendant quelque temps.

Quel serait donc le moyen de reconnaître la viabilité de pareils enfans ? Il faudrait avoir égard à la consistance et à la couleur de la peau, à la solidité des os du crâne, et à la conformation des membres. Les enfans de neuf mois , quoique faibles et petits , ont les organes des sens plus développés , la poitrine plus grande , le ventre moins gros et moins étendu , à proportion , que les avortons ; ils portent aussi sur leur physionomie un certain air de maturité qui n’échappe point à l’œil de l’observateur exercé.

D’ailleurs, personne ne doute que la grossesse ne puisse se prolonger au-delà du terme ordinaire , et que, par conséquent , la naissance de l’enfant ne puisse être aussi retardée. Cela ne proviendrait-il pas de ce qu’il arrive alors plus tard à sa maturité, ou perfection complète? Enfin , il est de principe et de fait, que la puberté

peut être précoce ou tardive ; pourquoi n'en se-*

rait-il pas de même de la viabilité ?

Quoi qu’il en soit , si l’on réfléchit maintenant sur le double tableau des signes de maturité et d’immaturité que nous venons d’exposer, on verra qu’il peut y avoir des enfans qui naissent vivans , sans être viables , et qu’il peut y en avoir aussi qui meurent pendant leur naissance , ou quelque temps après , quoiqu’ils offrent des caractères bien prononcés de viabilité. D’abord cela est incontestable pour les premiers ; car de tous les enfans qui naissent vivans après le cinquième et le sixième mois , ainsi qu’au septième, .1 en est bien peu qui continuent de vivre, et cela parce qu’ils ne sont pas encore parvenus à leur état de perfection ou de complète maturité. Mais un coup d’œil sur leur frêle et chétive organisation suffit alors pour les distinguer et pour faire apercevoir leur défaut absolu de viabilité. Cependant , si l’on n’était appelé pour prononcer $ur l’état de ces enfans , que plusieurs semaines après leur naissance , et qu’on les trouvât encore vivans, il faudrait suspendre son jugement. Au reste , s’il arrivait qu’un enfant déclaré viable, mourût peu de jours après , ou qu’il vécût plusieurs mois et plusieurs années après avoir été déclaré non viable , on ne pourrait point accuser pour cela les experts, ou autres gens de l’art, d’avoir fait un mauvais rapport ; car la viabilité ,

comme l’observent fort bien les jurisconsultes , n’est établie que sur la perfection ou maturité de l’enfant, laquelle ne peut s’estimer que par comparaison, et d’une manière approximative. Il n’y a que la vie ou la mort qui soient établies sur le fait , et qu’on puisse constater d’une manière positive, indubitable.

Mais lorsqu’un enfant meurt avant la visite , comment décider s’il est né viable ou non ? On doit, comme nous l’avons déjà dit , avoir recours alors à l’examen anatomique du cadavre. Dans le cas de viabilité, on aperçoit à l’extérieur la plupart des signes de maturité dont nous avons déjà parlé , tels que la bonne conformation de la tête, du tronc et des membres , le rapport des parties supérieures avec les inférieures, et celui de la longueur du corps avec le nombril , des cheveux , des sourcils , des cils et des ongles bien formés , la couleur naturelle de la peau , etc. A l’intérieur le système ombilical est moins développé , et le foie occupe moins de place que chez les avortons ; les cavités droites du cœur sont plus spacieuses , plus rouges , plus fermes ; les poumons plus colorés , plus spongieux , plus aptes à la respiration : on trouve aussi quelquefois des signes qui annoncent que cette fonction a eu lieu avant la mort. Dans le cas d’immaturité ou de non viabilité , au contraire , on rencontre des signes très-différens ,

j86 médecine légale.

même opposés , tant à l'extérieur qu’à l’intérieur.

Ce n’est pas tout; il faut encore s’informer alors des circonstances qui ont accompagné la grossesse et l’accouchement. En général , l’enfant est d’autant plus viable , que la mère a joui d’une meilleure santé quand elle le portait dans son sein , et qu’elle a été soumise à un travail plus naturel, ou qu’elle a eu moins besoin des ressources de l’art , quand elle l’a mis au monde.

Nous avons fait observer plus haut que la vie de l’enfant, après la naissance , s’établissait par le fait ; mais il peut arriver que ce fait soit sujet à contestation, soit parce qu’il a été mal observé, soit parce qu’il est attesté par des témoins peu habiles ou sujets à l’illusion des sens. Ainsi on a quelquefois considéré, comme des signes de vie , certains mouvemens automatiques , un léger frémissement des paupières ou des lèvres, l’ouverture de la bouche, l’élévation des yeux , la contraction ou l’extension des membres, lorsque ces mouvemens n’avaient lieu que sur des cadavres, ou sur des enfans qui rendaient le dernier soupir. On sait aussi quels peuvent être les effets de l’influence galvanique , de la contractilité musculaire, ou de l’action de l’air qui s’insinue dans les cavités après la mort. Fodéréy à ce sujet , rapporte avoir vu , lorsqu’il était jeune, porter des enfans morts-nés dans une chapelle dédiée à la Vierge , placée sur une

hauteur; l’air vif de ce lieu, dit-il , faisait quelquefois remuerles paupières et les lèvres , ou bien, à force de regarder, on croyait voir ces mouvemens, et on profitait de ce moment pour administrer le baptême. Mais Dieu sait combien on devait ondoyer de cadavres pour des enfans vivans !

On ne saurait donc être trop attentif et trop circonspect, quand il s’agit de prononcer sur la vie et la mort des enfans qui viennent de naître. Cette précaution est surtout nécessaire , après l’avortement, après l’opération césarienne, même après l’accouchement à terme , lorsqu’il a été laborieux ou difficile ; que l’enfant a été affaibli par quelque cause , avant ou après sa naissance ; qu’il est né dans l’état d’apoplexie ou d’asphyxie. 11 est assez facile, dans tous ces caslà , de prendre pour la réalité de la vie , ce qui n’en est que l’apparence. M, Southon , chirurgien du deuxième régiment de la garde royale, nous a rapporté qu’un enfant nouveau-né fut abandonné , comme mort , parce qu’il n’avait donné aucun signe de vie. On le laissa pendant vingt-quatre heures sur une paillasse , où il n’était recouvert que d’une serviette. Lorsqu’on se disposait à l’ensevelir , sa mère voulut absolument le voir pour l’embrasser; on le trouva plein de vie et respirant sans aucune difficulté. 11 serait bien à souhaiter que ce cas-là fût le seul du même genre.

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On demande si les enfans qui naissent avec des monstruosités ou des vices de conformation , peuvent être déclarés viables et propres à recueillir des successions ; ou s’ils doivent être réduits a la condition des avortons , des enfans mortsnés. Pour répondre à cette question , nous diviserons, à l’exemple du célèbre Buffon , tous les monstres en trois classes; la première comprend les monstres par excès , la seconde , les monstres par défaut, et la troisième, les monstres par dérangement ou par fausse position de parties.

Les monstres par excès de parties , sont ceux qui ont deux têtes sur le même tronc, ce qui est très-rare, ou deux têtes posées l’une sur l’autre , comme chez un enfant né au Bengale, que Louis Valentin a vu dans le cabinet de John Hunier , et dont il a communiqué l’histoire à la société de médecine de Paris; histoire que Home a consignée aussi dans les Transactions philosophiques de la société royale , pour l’année 1 799. Cet enfant avait le corps bien conformé ; outre la tête ordinaire , une autre tête du même volume et presque aussi parfaite, était fixée sur son sommet, mais renversée et fortement adhérente à l’inférieure , de manière que les sommets de ces deux tètes paraissaient contigus et recouverts de l’enveloppe commune. Le visage de la tête supérieure n’était pas directement au-dessus de celle de l’in-

férieure , mais dans une position oblique dont le centre répondait immédiatement au-dessus de l’œil droit. Du reste , les deux têtes avaient les mêmes organes , doués de la même sensibilité, deux cerveaux, deux cols, des vaisseaux séparés.

La mère , âgée de trente ans , avait eu auparavant trois enfans bien conformés ; elle assurait que son imagination n’avait été frappée par aucune cause à laquelle on pût attribuer le vice de conformation du quatrième dont il s’agit \ sa grossesse avait été exactement la même que pour les autres enfans.

La sage-femme qui assista à l’accouchement , épouvantée de cette étrange conformation, voulut détruire l’enfant en le jetant dans le feu , où il resta assez long-temps pour avoir les yeux et les oreilles considérablement endommagés ; il vécut néanmoins quatre ans , et mourut de la morsure d’un Cobra de capello .

On met encore au nombre des monstres par excès de parties , les enfans qui ont deux corps ; tels que les deux filles de Tzoni , en Hongrie , dont Buffon a recueilli l’histoire. Elles naquirent le 16 octobre 1701 , et moururent dans un couvent à Pétersbourg le 2 3 février 1725. Ces deux filles , nommées , l’une Hélène , et l’autre Judith , étaient en tout séparées l’une de l’autre , excepté par les reins et par l’anus , ce qui faisait qu’il n’y avait qu’un même besoin pour aller à la garde-

IQO MÉDECINE LÉGALE,

robe; du reste la taille , la santé et l'humeur étaient différentes. Comme elles approchaient de vingt-deux ans , Judith fut saisie de la fièvre , tomba en léthargie et mourut. La pauvre Hélène fut obligée de subir le même sort ; elle tomba i dans l’agonie trois minutes avant la mort de sa sœur , et mourut presque en même temps.

Parmi les difformités qui proviennent de surcroît ou excès de parties , on peut signaler aussi l’atrétisme ou imperforation des ouvertures naturelles , des oreilles, des paupières , des pupilles, des lèvres , de l’urètre , du vagin , de l’anus , du rectum.

Mais il est à peine utile de parler ici des en- > fans qui naissent avec plus de deux membres thoraciques ou abdominaux , avec des doigts ou des orteils surnuméraires, avec des cornes et autres excroissances sessiles ou pédiculées. Ces sortes de monstruosités ou de vices de conformation , beaucoup plus communes que les précédentes , ne présentent point le même degré d’intérêt , sous le rapport de la médecine légale.

La classe des monstres par défaut de parties , comprend les acéphales , ou enfans qui viennent au monde sans tête, sans toutes les parties du cerveau , avec la base du crâne seulement ; ceux qui sont privés de poumons , d’un membre , d’un ou plusieurs organes des sens , qui n’ont qu’un œil au milieu du front comme les cy dopes de la fable.

Buffon rapporte l’histoire d’un enfant femelle ainsi conformé , qui naquit vivant au mois d’octobre 1 766, et ne vécut que quelques heures ; les deux yeux et les narines étaient réunis et confondus dans un seul trou triangulaire , placé à la racine ordinaire du nez. On peut ajouter à la classe des monstres par défaut de parties, les becs de lièvre ou en fans qui naissent avec les lèvres fendues , ceux dont la paroi antérieure du thorax ou de l’abdomen n’est qu’une membrane plus ou moins épaisse , les hypospadias, dont le membre viril est fendu à sa base ou dans sa longueur.

Enfin les monstres par fausse position de parties, sont ceux qu’on ne connaît qu’après la mort, parce qu’il n’y a que leurs organes intérieurs qui ne soient pas dans leur véritable situation ; le foie est à gauche , le cœur à droite , et ainsi des autres. Ces individus ne sont que très-rarement l’objet de la médecine légale. On peut rapporter à cette classe de monstres , les fœtus trouvés dans le corps des personnes du sexe masculin. On se rappelle encore I’Iiistoire d '^émédée Bissieu , de la ville de Verneuil , qui mourut à l’âge de qua- | torze ans, en i8o5. A l’ouverture du cadavre, on lui trouva un fœtus enkysté dans le mésocolon transverse , auprès de l’intestin colon , avec lequel le kyste communiquait accidentellement. Un fait analogue a été consigné dans les Tansac-

tions me'dico -chirurgicales de Londres , pour l’annee 1809. Ne pourrait- on pas ajouter à ces deux exemples remarquables celui que le docteur Queydariy médecin de S. A. R. la duchesse douairière d’Orléans , nous a dit avoir observé che? une demoiselle très-honnête, âgée de vingtdeux ans , qui , après une longue maladie , rendit par le fondement des matières de différente nature , et une quantité considérable de cheveux ?

Ce sont là des phénomènes bien rares et qu’on ne peut guère expliquer , au moins les deux premiers , que par la différence de vitalité entre les deux embryons , dont le plus fort absorbe en quelque sorte, et enveloppe le plus faible, comme cela arrive quelquefois à l’égard de certains fruits, des oranges, des citrons, etc.

Nous placerons encore à la suite des monstres par fausse position de parties , l’ectropie ou renversement des organes ; par exemple , de la vessie, sorte de difformité avec laquelle on peut parvenir jusqu’à un âge assez avancé. Nous avons eu occasion de l’observer à Paris, chez un garçon adolescent , auquel le docteur Lullier donnait des soins vers l’entrée du faubourg St.- Antoine.

On peut encore considérer comme des monstruosités, certaines conformations bizarres des organes génitaux , qui empêchent de distinguer

au premier coup-d’œii le sexe des nouveau-nés , et contribuent quelquefois à accréditer l’existence de prétendus hermaphrodites. Le clitoris est si saillant chez certaines petites filles au moment de leur naissance , qu’on les-prendrait pour des garçons, sans un examen attentif; il est même arrivé qu’on en a baptisé et inscrit sur les registres de l’état civil, comme appartenant à un sexe dont elles n’avaient que l’apparence. La conformation et la saillie des nymphes ou petites lèvres , peuvent causer la même méprise ; on a vu naître aussi des garçons avec des hypospodias si larges vers la racine de la vei*ge , que le scrotum, divisé en deux portions , ressemblait aux deux lèvres de la vulve ; ce qui pouvait faire croire à l’existence simultanée des deux sexes sur le même individu .

Si l’on considère maintenant tous ces monstres sous le rapport delà question qui nous occupe, on peut dire qu’en général ceux de la première classe ou par excès de parties , sont viables ; par conséquent ils sont aptes à jouir des privilèges de la société,dontleur difformité, quelque hideuse qu’elle soit, ne saurait les empêcher d’être membres. Il | n’en est pas de même des monstres par défaut de parties ; ceux qui sont privés de cerveau , comme | les acéphales , ou de quelque autre organe essenj tiel à la vie , doivent être regardés comme mortsnés, et n’ont aucun droit à la succession de leurs

194 médecine légale.

paï ens ; mais on peut déclarer viables ceux qui manquent de parties moins importantes, tels que les unimanes, ou à une seule main ; les unipèdes, ou à un seul pied ; ceux qui manquent de cuisses et de bras , comme le sauteur nain dont il est question dans la physiologie de Dumas , et dont les jambes étaient attachées aux hanches, et les avant-bras aux épaules ; ceux qui ont un doigt ou un orteil de moins , ceux qui ont les membres inégaux ou disproportionnés, etc. Quant aux monstres par dérangement ou fausse position de parties , on ne peut les reconnaître qu’après leur mort , par l’ouverture des cadavres ; on ne saurait donc élever le moindre doute sur leur viabilité , à moins qu’ils n’apportent en naissant , des caractères extérieurs d’immaturité. Cependant s’ils venaient à périr peu de temps après l leur naissance, on pourrait, comme le remarque Fodéré , dans le cas où la cause de leur mort serait un objet de contestation, on pourrait tirer quelques inductions des dérangemens qu’on découvrirait par Tinspection des cadavres.

Enfin, quand les enfans naissent avec les organes de la génération bizarrement conformés, ] ils peuvent être viables ; il faut seulement les j faire visiter par des gens de l’art bien expérimen- i tés , afin de faire constater leur sexe : on évitera par ce moyen les lourdes et scandaleuses méprises » qui ont été commises par d’ignorantes matrones j

MÉDECINE LÉGALE. iq5

et par des officiers de l’état civil. Ne rapportet-on pas que , pendant la révolution , de jeunes filles ont été requises pour prendre les armes , et marcher aux frontières , parce qu’elles se trouvaient inscrites comme garçons sur les registres de leur municipalité ?

Mais pour résoudre plus clairement, et sans aucune sorte d’équivoque , la question de viabilité par rapport aux enfans qui naissent avec des monstruosités ou vices de conformation , il faut nécessairement remonter aux principes que nous avons posés plus haut. Nous avons établi une grande différence entre la vie du fœtus dans le sein de la mère , et la vie de l’enfant après sa naissance. Nous avons bien fait sentir aussi que la viabilité ne devait pas s’entendre de la possibilité de prolonger la première de ces deux vies , la vie fœtale , pendant quelque temps , pendant un nombre de jours indéterminé ; mais bien de la possibilité ou faculté de parcourir la carrière ordinaire de la vie , c’est-à-dire de vivre de la vie complète, extérieure, sociale.

Cette distinction et cette interprétation sont évidemment conformes à l’étymologie du mot viabilité y qui dérive, non du latin vit a , vie , mais de via , voie , carrière , chemin : en sorte que , d’après la grammaire seule , l’enfant pourrait vivre quelques heures , même quelques jours après sa naissance , comme il vivait dans le sein

196 médecine légale.

de sa mère , sans être pour cela viable , ou capable de parcourir la carrière de la vie.

Ce n’est pas tout , le sens du mot viabilité, tel que nous venons, de l’expliquer d’après son origine , renferme encore le véritable esprit de la loi ; les médecins et les jurisconsultes les plus célèbres ne lui donnent pas d’autre signification; tous entendent par ce mot la possibilité de parcourir la carrière ordinaire de la vie. On peut d’abord consulter là-dessus Zacchias , Mahon 9 Focléré ; ensuite Bigot de Préameneu ^qui présenta l’article 725 du Code civil sur les successions , au corps législatif, au nom du conseil d’état, et Chabot de l’Ailier , qui en fit le rapport au tribunat, au nom de la section de législation.

Il ne s’agit donc plus maintenant que d’examiner en quoi consiste la vie ordinaire , quels en sont le fondement et l’essence. Les médecins et les jurisconsultes vont encore nous l’apprendre:

« On a jugé, dit Alphonse Leroy , qu’un en- » faut venu à terme avait vécu , parce que la » sage -femme attestait qu’il avait agité sçs mem- » bres , même sa poitrine ; qu’elle avait vu de » petites inspirations et des soupirs , et senti des » palpitations du cœur et des artères ; mais tous » ces mouvemens ne peuvent pas constituer vé- » ritablement la vie acquise, hors du sein de la » mère. Un enfant nouvellement venu au monde,

» et non encore séparé de sa mère , a quelque-

» fois des mouvemens convulsifs , et s’il est faible, » il a des respirations incomplètes , accompaî) gnées de soupirs : un tel enfant , selon moi , v n’a point acquis ses droits civils , parce qu’il » n’a pas respire complètement ? et que c’est la )) respiration complète qui lui acquiert sa vie » propre, indépendante de celle de sa mère. »

« Hippocrate prescrit de ne pas couper le cor- )) don ombilical , tant que l’enfant n’a pas res- )) pire complètement et crié. »

« Par la respiration complète , la circulation » du sang s’établit dans les poumons ; alors il )) puise dans l’air le principe d’une vie qui lui » devient propre ; il vit de la vie commune , )) différente de celle qu’il avait dans le sein de )) sa mère , où il ne respirait pas , et où le sang )) 11e circulait pas dans son poumon. 11 vivait en » commun avec sa mère ; mais dès qu’un enfant )) a respiré complètement , il a vécu de sa vie )) propre , à l’air et à la lumière ; et devant la loi » il a vécu civilement. C’est donc la respiration , » mais la respiration complète qui constitue la » pie ; les pulsations , le mouvement des mem- « bres , du diaphragme des artères , peuvent » durer sans la vie complète , jusqu’à une et )) deux heures. »

A l’appui de cette autorité , nous pouvons invoquer le témoignage de l’expérience et de l’observation. Le professeur Chaussier a eu occa-

iq8 médecine légale, sion d’ouvrir les cadavres de plusieurs en fans de cinq , six et même sept mois , qu’on disait avoir vécu pendant une ou deux heures, et chez lesquels on avait distingué le battement du cœur , le mouvement des mâchoires et des membres , même la respiration accompagnée de soupirs et décris légers. Cependant il a constaté par l’anatomie , • la statique et l’hydrostatique des poumons, qu’aucun de ces fœtus n’avait vécu après sa naissance : d’où il a conclu que les mouvemens de leurs mâchoires, de leurs membres et de leurs poitrines étaient moins réels qu’illusoires, et dépendaient non de la vie ordinaire , fondée sur la respiration complète, mais de la vie fœtale et incomplète dont le reste s’éteignait , comme on l’observe encore quelques heures après la décapitation d’un animal. Voyez Considérations médico-légales sur La viabilité du fœtus , par Eu~ gène Haracque ; Paris , août 1820.

Enfin les jurisconsultes ont adopté l’opinion des médecins â cet égard , et ne font consister la vie ordinaire que dans la respiration complète. Un capitulaire du roi Dagobert voulait que, pour être capable de succéder , l’enfant eût vécu l’espace d’une heure , et eût pu voir les quatre murs et le plafond de la chambre. Une ordonnance de Louis IX. réforma cette loi , et statua que l’enfant ne pourrait succéder s’il n’avait crié , c’està-dire , complètement respiré ,

De nos jours le célèbre Merlin dit aussi trèsformellement qu’il n’y a que la respiration complète qui constitue la vie. Voyez Questions de droit , tom. 6 , au mot vie.

En partant de ces principes , nous pouvons répondre maintenant à la question de viabilité par rapport aux enfans qui naissent avec des monstruosités , des vices de conformation, ou des maladies de quelque nature qu’elles soient. jNous dirons donc ^vecles médecins et les jurisconsultes que ces monstruosités , ces vices de conformation ^ ces maladies ne sont jamais incompatibles avec la viabilité des enfans nouveau-nés, pourvu qu’elles ne s’opposent point à l’exercice de la respiration complète , et réciproquement; n’importe que ces monstruosités, ces vices de conformation , ces maladies proviennent d’un excès ou d’un défaut de parties, du dérangement ou fausse position , de l’ectropie ou renversement d’organes , de l’atrétisme ou imperforation des ouvertures naturelles.

Pour rendre l’application de ces principes encore plus claire , nous rappellerons quelques exemples déjà cités. Les deux filles de Tzoni étaient viables , parce que l’adhérence de leur corps 11e les empêchait pas de respirer complètement ; aussi vécurent-elles jusqu’à l’âge de 25 ans. L’enfant à deux têtes, du Bengale, vécut jusqu’à sa quatrième année, et aurait vécu sans

contredît pluslong-temps , sans la morsure d’un cobra de capello qui le fît périr , et surtout sans l’inhumanité de la sage femme , qui le jeta dans le feu où il se brûla les yeux et les oreilles; sa conformation bicipitale ne l’empêchait pas de respirer complètement, il était donc viable. 11 èn serait de même des autres monstruosités ou difformités par excès de parties , surtout si l’on pouvait les retrancher du corps, sans compromettre le salut des individus , comme les doigts surnuméraires , les cornes , certaines excroissances , les membranes qui ferment la pupille , l’urètre , l’anus , le vagin , etc.

Mais on devrait dire le contraire des difformités par défaut de parties auxquelles il serait impossible de remédier. Comment, par exemple , les acéphales seraient-ils viables ? Ou ils sont privés de la tête entière , dont il reste à peine quelques os à la base du crâne, ou bien ils n’ont perdu que les hémisphères supérieurs du cerveau : dans le premier cas , ils ne peuvent respirer complètement ni incomplètement, parce que les nerfs pneumo gastriques qui donnent le mouvement au thorax et aux poumons , ont été détruits ; dans le second cas, la respiration peut commencer, même durer plusieurs jours , parce que les nerfs moteurs de cette fonction vitale existent encore; mais elle ne peut être complète et constituer la vie ordinaire y parce que le cerveau, privé

MÉDECINE LÉGALE, de ses parties essentielles , ne communique pas long temps aux poumons l’influence qui leur est nécessaire : donc les acéphales ne sont viables dans aucun cas. Il n’en serait pas ainsi des becsde-lièvre , dont la difformité n’empêche pas de respirer , et peut être avantageusement effacée par une opération chirurgicale.

A l’égard des organes déraugés , mal situés à l’intérieur , même principe , même règle. On lit dans les auteurs qu’en ouvrant les cadavres de quelques individus , déjà adultes, on a trouvé les viscères de la poitrine et de l’abdomen dans un état de fausse position. Il y a une vingtaine d’années que nous observâmes un pareil phénomène dans les amphithéâtres de Bichat , sur le cadavre d’un enfant qui avait succombé à une maladie accidentelle long-temps après sa naissance. Nous connaissons à Paris un élève distingué en pharmacie , âgé de trente ans , dont le cœur est situé à droite ; il a été visité par le docteur Le Roux , doyen de la faculté de médecine, et par le docteur Bectuchène fils. Chez tous ces individus, la respiration a été complète pendant plus ou moins de temps ; ils étaient donc très viables en naissant.

Même règle encore pour l’ectropie ou renversement d’organes. On a vu vivre jusqu’à un âge avancé , des individus nés avec la vessie renversée ; celui qui était soigné par le docteur Lullier ,

était dans son adolescence, lorsque nous le vîmes il y a une quinzaine d’années ; il était donc né viable.

Enfin , même règle pour les en fans qui naîtraient avec le germe d’un autre enfant, pour ainsi dire emboîté dans leur corps. Le jeune Bissïeïi de Verneuil ne mourut qu’à l’âge de quatorze ans; il en fut de même de l’individu dont l’histoire est consignée dans les Transactions philosophiques. La demoiselle soignée et guérie par le docteur Gueydan , si l’on peut l’assimiler aux deux garçons précédens , était dans sa vingt-deuxième année , lorsqu’elle éprouva la crise qui la débarrassa d’un prétendu germe conservé dans son corps depuis sa conception. Voilà donc encore des cas où la viabilité serait incontestable, puisque la respiration peut être long-temps complète , malgré la réunion de deux germes dont le plus fort absorbe le plus faible.

Par de pareils faits et de pareils raisonnemens, on pourra toujours décider la viabilité ou la non viabilité des enfans qui apportent en naissant des monstruosités, des vices de conformation , des maladies quelles qu’elles soient. La respiration est-elle alors complète ou incomplète? Les obstacles qui s’opposent à cette fonction, peuvent-ils être surmontés, ou bien sont-ils au-dessus de toute ressource ? Voilà le nœud de la question: c’est aux hommes de l’art à prononcer.

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