‹ La médecine légale, relative à l'art des accouchemensChapitre 13 sur 40 · DIXIÈME QUESTION · texte numérisé non relu

DIXIÈME QUESTION

Des signes qui indiquent la vie ou la mort du fœtus dans la matrice .

Dans notre cours théorique et pratique d’aceouchemens , nous avons déjà fait sentir toute l’importance de cette question. Nous avons dit qu’il y aurait de la témérité et de l’impéritie à porter des instrumens tranchans , meurtriers, tels que le crochet ou le perce-crâne, sur le corps de l’enfant , pour l’extraire de la matrice , avant de s’être bien assuré qu’il était privé de la vie. En effet , sans cette précaution, on s’exposerait à voir des nouveau- nés , après avoir été mutilés , pour ainsi dire , mis en lambeaux , pousser encore des cris et des plaintes , pour reprocher à l’opérateur son imprudence , sa maladresse et sa cruauté : scènes horribles , méprises déplorables , dont Crantz , Saviard et Deventer ont été témoins.

Nous avons dit aussi qu’il serait inutile et contraire aux principes de l’art, de pratiquer, sur le corps de la femme, des opérations toujours dangereuses , souvent meurtrières, telles que l’hystérotomie et la sympbysiotomie , avant d’avoir constate la vie de l’enfant. Nous avons seulement

excepté le cas où le bassin de la femme serait d’une difformité excessive, et où l’opération césarienne serait préférable à l’embryotomie , quoique l’enfant fût déjà mort. En général , ne serait-il pas pénible , affligeant , de n’offrir à une mère qu’un cadavre pour la dédommager des souffrances qu’elle aurait endurées , même du sacrifice qu’elle aurait fait de sa vie , dans l’espérance d’embrasser et de voir vivre l’enfant qu’elle aurait conçu et porté neuf mois dans son sein ?

En médecine légale , il n’est pas moins important cle s’assurer de la vie ou de la mort du fœtus dans la matrice. Une femme est accusée de suppression de part , d’infanticide ; elle dit pour se défendre que son enfant était mort avant de naître , qu’elle n’est accouchée que d’un corps inanimé, sans vie; il faut de toute nécessité, avant de la condamner ou de l’absoudre , constater la vérité ou la fausseté d’une pareille allégation.

Les experts, ou médecins jurés, ne seraient jamais embarrassés dans ces occasions , s’ils avaient été présens à la naissance de l’enfant ; ils auraient bientôt vu s’il était doué ou privé de la vie. Mais il est rare que la chose se passe ainsi; l’accouchement alors est presque toujours clandestin , ou n’a pour témoins que des gens intéressés à disculper et à sauver la femme : comment donc viendra-t-on à bout de connaître si l’enfant

qu’on a trouvé mort a vécu ou non après" sa naissance , s’il est mort naturellement ou par l’effet d’une violence criminelle ?

On ne peut se dissimuler que , pour résoudre ces questions , il ne soit utile , même nécessaire de recourir aux signes qui indiquent la vie ou la mort du fœtus dans la matrice ; car ils serviront à confirmer la vérité ou la fausseté de ce que la femme allègue pour sa défense , suivant qu’ils seront conformes ou opposés à sa déclaration. Par exemple, quand elle dit être accouchée d’un enfant mort-né , si tout annonce que cet enfant , avait déjà perdu la vie avant de naître , toute prévention ou présomption du crime doit nécessairement s’évanouir , pourvu toutefois qu’il n’y ait point eu de provocation à l’avortement. Dans le cas contraire , c’est-à-dire , lorsqu’il n’y a aucun signe qui indique la mort de l’enfant , avant ou pendant le travail de l’accouchement, n’a-t-on pas droit de soupçonner la femme de mensonge , et de l’accuser d’infanticide ?

Cela posé, nous allons d’abord examiner les signes qui indiquent la vie du fœtus dans la matrice, parce qu’ils nous aideront ensuite à mieux apprécier ceux qui indiquent sa mort avant sa naissance.

Les signes de la vie du fœtus dans la matrice, peuvent se manifester pendant la grossesse ou pendant le travail de l’accouchement. On met

au nombre des premiers la bonne santé de la femme, l’accroissement progressif de son ventre, les mouvemens qu’elle éprouve , ou que l’accoucheur distingue avec sa main , après le milieu de la grossesse. Mais ces signes, au moins pour la plupart, sont souvent fort équivoques. Combien n’a-t-011 pas vu de femmes mettre au monde des enfans qui se portaient à merveille , quoiqu’elles fussent valétudinaires, et d’une santé chancelante ; on en a vu d’autres, au contraire, qui n’avaient pas éprouvé la moindre incommodité durant la grossesse , et dont les enfans naissaient privés de la vie. On sait que le ventre peut s’accroître progressivement durant la fausse, comme durant la vraie grossesse ; quand la matrice ne contient qu’une môle, et quand un foetus se développe dans ce viscère. L’observation atteste aussi que pendant les affections hystériques, et pendant ce qu’on nomme grossesse nerveuse, les femmes éprouvent dans l’abdomen des mouvemens qui ressemblent beaucoup à ceux d’un enfant , et trompent même les accoucheurs les plus habiles , s’ils ne prennent les plus grandes précautions en pratiquant le toucher. Dans quelques circonstances , au contraire , la véritable grossesse parcourt ses périodes , et arrive à terme , sans que la femme ait rien senti remuer dans son corps. Enfin, ne cite-t-on pas des mères qui s’en sont tellement laissé im-

poser , qu’elles ont eu la douleur d'accoucher d’enfans morts et putréfiés, le jour ou l’instant même après qu’elles avaient cru en distinguer le mouvement actif ? C’est un fait dont nous avons été témoin , il y a deux ans, en assistant l’épouse d’un pharmacien dans ses couches.

Les signes de la vie du fœtus, qui se manifestent pendant le travail de l’accouchement, sont la limpidité des eaux de l’amnios, la régularité des douleurs ou leur accroissement uniforme en intensité et en durée , le battement du cœur et du cordon ombilical , le mouvement de la mâchoire et de la langue , ainsi que les pulsations de la fontanelle antérieure ; enfin le gonflement , la tension , l’élasticité et la rénitence de la partie que le fœtus présente à l’orifice de la matrice ou de la vulve.

11 est certain que l’ensemble ou réunion de tous ces signes , ne laisserait aucun doute sur la vie de l’enfant ; mais que d’observations n’auraiton pas à faire sur chacun d’eux ? D’abord l’expérience a prouvé qu’on aurait tort de croire à la vie de l’enfant , d’après la régularité des douleurs et la limpidité des eaux de l’amnios; il n’y a peut-être pas de signe plus inconstant, plus équivoque , plus capable d’induire en erreur.

Quant au battement du cœur et du cordon ombilical, au mouvement de la bouche et de la langue , ils mériteraient assurément toute ia

confiance des accoucheurs , des experts ; car il n’y a pas de signes qui caractérisent mieux la vie de l’enfant avant sa naissance. Mais pour les vérifier , ne faudrait-il pas introduire la main dans la matrice ? et cela serait-il toujours facile , même possible?

A l’égard des pulsations de la ^fontanelle antérieure, on pourrait s’en assurer, si l’enfant présentait toujours le vertex ou sommet de la tête pendant le travail de l’accouchement; mais tous les physiologistes ne sont pas d’accord sur ce signe. Il y en a qui en nient l’existence , sous prétexte que le fœtus ne peut pas respirer dans la matrice : ce qui empêche , disent-ils , l’élévation et l’abaissement alternatif du cerveau , qu’ils regardent comme isochrones avec les mouvemens d’inspiration et d’expiration. D’un autre côté , parmi ceux qui admettent ce signe , et l’attribuent à la systole et à la diastole des vais-» seaux céphaliques , quelques-uns pensent qu’on peut s’en laisser imposer par le mouvement des artères digitales. Quoiqu’il en soit, les pulsations de la fontanelle antérieure n’existeraient certainement pas dans les cas où l’enfant serait frappé d’apoplexie ou d’asphyxie avant de naître. Cependant l’absence de ce signe ne suffirait point alors , pour prouver l’absence de la vie, puisqu’il est bien constant qu’on a conservé des enfans qui étaient nés dans cet état de mort apparente.

De tous les signes qui indiquent la vie du foetus, pendant le travail de l’accouchement, aucun ne parait en même temps plus décisif et plus facile à constater , que la tuméfaction de la partie qui se présente a l’orifice de l’utérus. La peau , dont elle est recouverte , pressée contre l’ouverture plus ou moins étroite du bassin , ou seulement par les contractions du col utérin ^ s’empâte, s’engorge et se gonfle nécessairement, pour peu que le travail soit violent et de longue durée. De là un bourrelet, une tumeur plus ou moins volumineuse , le plus souvent tendue , élastique etrénitente. Or, cette tumeur prouve presque incontestablement que l’enfant vit encore , parce qu’elle est incompatible avec l’extinction des propriétés vitales. Cependant on conçoit que ce signe pourrait n’être pas toujours infaillible , si l’enfant venait à mourir pendant le travail de l’accouchement, et qu’on portât aussitôt après le doigt sur la partie qui se présenterait à l’orifie de l’utérus. On y sentirait encore de la tension et de la résistance , parce que les fluides , dont la congestion formait la tumeur, n’auraient pas eu le temps de se dissiper ; donc on pourrait croire alors que l’enfant vivrait , quoiqu’il ne fut déjà plus.

Mais s’il est si difficile de reconnaître la vie de l’enfant encore renfermé dans la matrice , on est bien plus embarrassé , quand il s’agit alors de pro-

rioncer sur sa mort. L’observation atteste cfu’on a vu naître en vie des enfans qu’on croyait ne plus exister, et que d’autres ont été, pour ainsi dire, ressuscités après leur naissance , par la continuation de soins qui avaient paru assez longtemps inutiles. Il s’en faut donc bien que l’absence des signes qui indiquent la vie, suffisent ici pour caractériser la mort. Mais comment éviter alors la méprise et l’erreur ? Comment décider si l’enfant est mort avant de naître ?

Pour résoudre une question aussi délicate , il faut faire attention à tous les signes que peuvent fournir la mère et l’enfant; il faut passer en revue toutes les circonstances qui ont eu lieu durant la grossesse , qui ont précédé ou accompagné le travail de l’accouchement , qui ont pu causer la mort de l’enfant avant sa naissance.

D’abord , pour ce qui concerne la mère , les causes qui peuvent influer sur la santé et la vie du fruit qu elle porte dans son sein , et le faire périr, sont tous les écarts, toutes les fautes, tous les abus réprouvés par l’hygiène et la morale.

On. s informera donc si elle a respire un mauvais air, et habité dans des lieux malsains pendant la grossesse ; si elle a fait usage de vêtemens peu conformes à la température des saisons, ou trop serrés, par exemple de corsets , de busqués, comme le font certaines femmes, qui cherchent

k mieux cacher leur état ; si elle a manqué de nourriture , surtout vers la fin de la grossesse, ou si elle a usé d’alimens trop substantiels , de liqueurs spiritueuses; si elle a pris des médicamens trop actifs ; si elle a fait trop d’exercice , des courses forcées , à pied , à cheval , dans des voitures mal suspendues , par des chemins âpres, raboteux; si elle a porté ou soulevé des fardeaux trop lourds ; si elle a fait des chutes , reçu des coups sur le ventre , sur les reins ; si elle s’est livrée à des excès vénériens ; si elle a trop prolongé le mouvement ou le repos , le sommeil ou la veille ; si elle a éprouvé quelque excrétion ou évacuation trop abondante , une sueur, une diarrhée excessive ; si elle a été agitée de passions ou de violentes affections de l’âme , telles que la colère, la haine , la jalousie , la joie , la tristesse , les chagrins concentrés; si elle a essuyé des maladies aigues ou chroniques , des phlegmasies externes ou internes , des hémorragies , surtout utérines, des convulsions.

Toutefois on aura égard au tempérament, a la disposition particulière de la femme, pour apprécier la puissance et l’effet de ces causes physiques et morales ; pour savoir si elles ont été capables de troubler la grossesse , et de faire périr l’enfant dans la matrice. On ne manquera pas non plus de faire des recherches sur la conduite qu’elle a tenue , lorsqu’elle a été malade ,

incommodée , ou après avoir reçu de mauvais traite me ns , des coups, des blessures. A t-elle appelé du secours , pris les précautions nécessaires pour prévenir l’avortement ou fausse couche , ou bien est-elle coupable d’omission et de négligence à cet égard ? Cette diversité de circonstances mérite bien d’être remarquée en médecine légale , parce qu’elle peut influer sur la léthalité des sévices , des maladies , atténuer ou aggraver les délits.

On s’informera aussi de ce qui s’est passé pendant l’accouchement. Le travail en a-t-il été long, pénible, laborieux, compliqué d’accidens , de syncope , de mouvemens convulsifs , d’hémorragie utérine , d’issue prématurée du cordon ombilical ? S’est-il terminé naturellement, ou bien a-t-on été obligé de recourir aux ressources de l’art , à la main , aux instrumens ? L’enfant était-il bien ou mal situé ? venait-il par l’une de ses extrémités , par la tête ou parles pieds, ou bien se présentait-il en travers , par l’une des faces du tronc ?

Quant aux causes qui dépendent de l’enfant et qui peuvent lui donner la mort dans le sein de la mère , elles sont si obscures , qu’il est trèsdifficile, pour ne pas dire impossible, de les découvrir. On ne peut cependant pas contester qu’il ne soit alors sujet à des maladies, même contagieuses, à la petite vérole, à des convulsions ,

à l’impression du fluide électrique , à la nouure, à la torsion du cordon ombilical , à l’hydrocéphale, à l’hydrothorax , à l’ascite, à l’atrophie ou défaut de nutrition. Mais on ne peut guère soupçonner que ces causes, au moins pour la plupart, aient été meurtrières pour l’enfant, Sans avoir préalablement examiné si la mère a été exposée à leur influence pendant la grossesse. Il n’en serait pas de même pour certains états pathologiques ou morbides du placenta , pour la brièveté du cordon ombilical , pour son issue prématurée , pour son entortillement autour du col de l’enfant : circonstances qui se manifestent pendant ou après l’accouchement.

Jusqu’ici nous n’avons examiné que les signes commémoratifs de la mort du fœtus dans le sein de la mère ; nous disons commémoratifs , parce qu’ils ne rappellent que des causes qui l’ont empêché de vivre jusqu’à la fin de la grossesse , ou l’onrt fait périr pendant le travail de l’accouchement. Au surplus ces signes ne sont pas toujours certains ; car on a vu naître des enfans en vie , quoiqu’il eût existé antérieurement des causes qu’on aurait pu croire capables de lui donner la mort , telles que des maladies aiguës ou chroniques de la mère , des hémorragies , des convulsions , l’issue du cordon ombilical, etc.

Passons donc maintenant £ des signes plus

positifs et plus directs , aux phénomènes qui se manifestent ordinairement après la mort du fœtus dans la matrice, et qui en sont généralement regardés comme les effets consécutifs.

La femme alors ne sent plus remuer l’enfant qui , après avoir exécuté de grands mouvemens, éprouvé des soubresauts, des convulsions, s’arrête tout à coup , et demeure dans l’état de calme , de repos. La matrice ne semble plus contenir qu’une boule ou masse inerte , qui se porte vers la partie la plus déclive , à droite , à gauche > vers le pubis ou le sacrum , suivant l’attitude et l’inflexion du corps. 11 survient des lassitudes, des baillemens , des maux de tête , des nausées ; quelque temps après l’abdomen ou ventre s’abaisse , le nombril offre moins de saillie ; le visage pâlit , prend une couleur terreuse ; les yeux sont enfoncés , les paupières bordées d’un cercle livide, plombé • arrivent ensuite la fièvre lente , la tristesse , la sombre mélancolie ; il n’y a plus d’appétit ; les mamelles s’affaissent ; l’haleine est fe% tide, insupportable.

On ne peut disconvenir que ces signes, s’ils n’indiquent pas positivement la mort du fœtus dans le sein de la mère , ne la fassent au moins fortement présumer. On ne connaît guère qu’un Cas rapporté par Baudelocque , où une femme , après une chute , offrit tous les symptômes dont nous avous fait l’énumération, et accoucha néan-

moins à terme d’un enfant , à la vérité languissant et faible, mais vivant.

Enfin , lorsque le fœtus , privé de la vie , séjourne quelque temps dans la matrice, la putréfaction s’en empare; il tombe en macération, en dissolution. Alors nouvelle série de phénomènes, qui peuvent se manifester pendant la grossesse ou pendant l’accouchement.

Dans le premier cas , la femme rend par la vulve des eaux roussâtres , noirâtres , fétides, surtout lorsque les membranes , privées de leur vitalité par la mort du fœtus , viennent à se déchirer, et permettent l’entrée de l’air dans la matrice. Lorsqu’au contraire ces enveloppes conservent leur état d’intégrité , il peut arriver que l’enfant séjourne long-temps dans le sein de la mère, sans s’j décomposer : exception qu’on a quelquefois observée , et dont il est facile de se rendre compte.

Dans le second cas , ou pendant que la femme est en travail , outre la cessation de tout mouvement de la part du fœtus et l’issue de matières troubles, bourbeuses, noirâtres , fétides , la partie du petit cadavre qui s’engage dans le bassin , présente des signes plus ou moins prononcés de décomposition , selon qu’elle a séjourné dans la matrice plus ou moins de temps après la mort. Si la tête s’engage la première , le cuir chevelu n’offre point ce bourrelet ou cette tumeur élasti*

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que et rénitente qui indique ordinairement la vie ; il est mollasse , fané , prêt a tomber en lambeaux ; les os du crâne s’affaissent , vacillent et chevauchent les uns sur les autres. Si le cordon ombilical est sorti prématurément, on n’y sent plus de pulsations ; il est flétri , froid , pourri.

Toutefois il ne serait pas prudent de s’en rapporter à un seul de ces signes , pour prononcer la mort du foetus avant sa naissance ; on s’exposerait alors a commettre les plus grandes méprises. L’expérience a prouvé plus d’une fois que l’enfant était né en vie , quoique la mère ne le sentit plus remuer vers la fin de la grossesse, ni pendant le travail de l’accouchement. On sait aussi que la couleur trouble et l’odeur fétide des eaux de l’amnios peuvent tenir , soit a leur mélange avec le méconium dont les contractions de la matrice ont provoqué l’excrétion prématurée, surtout si l’enfant est venu par les pieds ; soit à la dissolution de quelques caillots de sang extravasé qui ont long-temps croupi dans les membranes ; soit à une grossesse composée de deux jumeaux dont l’un s’est corrompu a côté de l’autre qui est resté vivant. La mollesse, la flaccidité des tégumens , la vacillation et le chevauchement des os du crâne, peuvent encore n’annoncer que la faiblesse extrême du foetus. La macération et le soulèvement de l’épiderme , même un com-

mencement de corruption et de pourriture dans la partie qui se présente , ne sont pas non plus des signes infaillibles de mort. Mauriceau , JBeiloc et Baudelocque rapportent que des enfans sont nés vivans , malgré la couleur livide et la corruption apparente du cordon et de l’arrièrefaix. A JBreslaw , dit Vicq-d* Azyr> le bras d’un enfant, sorti de la matrice , était si livide et si froid , qu’on le crut en proie a la gangrène , et qu’on en fit l’amputation ; cet enfant naquit néanmoins vivant trois jours après. D’ailleurs ignoret-on que la tête ou toute autre partie , qui séjourne long- temps au passage, se fane, s’obscurcit , s’altère et se décompose par le seul contact de l’air, principalement par les attouchemens trop rudes ou trop répétés? En un mot , n’a-t-on pas vu naître des enfans pleins de vie et de santé , quoiqu’ils eussent été arrêtés cinq ou six jours au col de la matrice après l’écoulement des eaux de l’amnios?

Ce n’est donc qu’avec la plus grande circonspection qu’on doit affirmer la mort du fœtus pendant la grossesse ou pendant le travail de l’accouchement. 11 n’y a que l’ensemble des signes rapportés ci- dessus , ou du moins leur plus grand nombre , qui puissent servir de base à un jugement décisif sur ce point de jurisprudence médicale.

Il n’en serait pas de même immédiatement

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après la naissance de l’enfant , si son corps avait perdu de sa fermeté , si ses membres étaient lâches et les chairs sans consistance ; s’il présentait des marques de putréfaction ; si la peau de tout son corps était rouge , ponrprée , brunâtre , l’épiderme macéré , soulevé ou facile à détacher; si le crâne , le thorax et l’abdomen étaient affaissés , infiltrés , l’arrière-faix et le cordon ombilical flétris , livides, décomposés. Il faudrait être bien aveugle alors pour méconnaître la mort de l’enfant , et pour ne pas juger qu’elle est d’autant plus ancienne , que la putréfaction est plus avancée. On ne serait embarrassé , après l’accouchement, que lorsque l’enfant naîtrait frappé d’apoplexie ou d’asphyxie : deux sortes de mort apparente , après lesquelles on a vu des enfans ressusciter et conserver la vie pendant longtemps. On ne pourrait donc alors être sûr de leur mort , qu’ après leur avoir long-temps et inutilement prodigué les soins nécessaires pour les rappeler à la vie.

Il résulte de là que les experts ou médecins qui assistent à l’accouchement d’une femme, sont dans la circonstance la plus favorable pour décider si son enfant était mort dans la matrice ou après la naissance. La question, au contraire, est beaucoup plus difficile à résoudre pour ceux qui n’ont point été témoins de l’accouchement, qui sont consultés plus ou moins de temps après ,

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et réduits à prononcer d’après des signes commémoratifs , ou d’après l’examen du petit cadavre. Dans ce dernier cas, il ne reste qu’une ressource, c’est de constater que l’enfant a ou n’a pas respiré, parce que vivre ou respirer après la naissance , sont absolument une même chose en médecine légale. S’il n’a pas respiré, c’est une preuve qu’il est mort avant ou pendant le travail de l’accouchement. On doit donc avoir recours alors à l’anatomie , à la statique et à l’hydrostatique des poumons , qui sont les principaux organes de la respiration, et de la vie qui en dépend chez l’enfant , lorsqu’il n’est plus dans le sein de la mère; or , ce point de la question sera discuté avec tout le détail et tout le soin qu’il exige à la question de X infanticide, où l’on trouvera aussi l’application de la plupart des principes que nous venons d’exposer.

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