ONZIÈME QUESTION
De V exposition de part.
Nous ne considérons ici que l’exposition de part dont se rend coupable une femme qui expose ou fait exposer un enfant dont elle est récemment accouchée, lorsqu’elle devrait lui prodiguer les soins qu’il réclame.
Ce délit révolte sans doute la nature d’où dérive le sentiment de l’amour maternel ; mais il peut y avoir des motifs et des circonstances qui
MÉDECINE LÉGALE. s5i
l’atténuent ou l’aggravent. Tantôt c’est une jeune fille coupable d’une première faute , qui expose le malheureux fruit de sa faiblesse , parce qu’elle craint de compromettre sa réputation; tantôt, au contraire , il s’agit d’une infâme prostituée qui ne renonce au titre de mère , que pour continuer de vivre plus librement dans la débauche. Là une femme conserve pour l’enfant qu’elle abandonne un certain degré de tendresse ; elle affecte de l’exposer dans un endroit fréquenté, couvre sa nudité le mieux qu’elle peut , pour le mettre à l’abri de l’intempérie de l’air , le fait même surveiller, jusqu’à ce que des âmes sensibles lui aient tendu une main secourable. Ici, au contraire , une faible créature qui vient de naître est délaissée dans un lieu désert, sans vêtement , sans secours contre la rigueur de la saison , contre la férocité des animaux. Que dirons-nous encore de certaines mères , qui , non contentes de se séparer de leurs enfans , portent l’inhumanité et la barbarie jusqu’à les mutiler , les estropier , ou les blesser , comme s’il leur tardait que la mort vînt enlever ces innocentes victimes!
D’un autre côté ne peut-il pas arriver qu’une femme soit accouchée d’un avorton, d’un enfant qui n’était pas viable , ou qui était mort avant de naître ? Elle peut dire alors , pour se disculper , qu’elle n’a considéré que l’avantage
de sauver son honneur , en exposant un cadavre dont elle croyait inutile de donner connaissance au public.
Dans l'exposition de part , ce n’est qu’aux tribunaux qu’il appartient de peser ou de mesurer l’intensite du crime, et par conséquent les circonstances qui peuvent l’atténuer ou l’aggraver; l’unique fonction déléguée aux médecins-experts, est d’en constater, dans certains cas , l’existence matérielle. Or, voici la question qui peut se présenter : une femme est soupçonnée d’être enceinte , et on voit disparaître tout a coup sa grossesse ; dans le même temps , on trouve un enfant exposé dans un bois solitaire ou sur la voie publique ; le rapprochement de ces deux circonstances lait qu’on accuse alors cette femme d’en être la mère ; en conséquence la justice ordonne qu’elle soit visitée ou soumise aux recherches des médecins experts , des accoucheurs.
Pour décider cette question , il s’agit d’examn lier trois choses : la première , si l’accusée a été réellement enceinte ; la seconde , si elle est récemment accouchée ; la troisième , si elle est accouchée de l’enfant qui a été exposé , et non d’un autre.
Nous renvoyons, pour la discussion de ces trois points , aux questions suivantes, où nous traiterons de la suppression, de la supposition et de la substitution de part.