SEIZIÈME QUESTION
De V infanticide .
Le mot infanticide, d’après son origine, signifie meurtre d’un enfant; mais, en médecine legale , on a beaucoup restreint le sens de cette dénomination ; on est convenu de ne la donner qu’au meurtre volontaire d’un enfant nouveau-né , c’est-à-dire , aussitôt après qu’il est sorti du sein de sa mère , pour continuer de vivre comme membre de la société : ce qui suppose encore qu’il est né viable et à terme.
Cependant rien n’empêche de donner aussi le nom à' infanticide au meurtre volontaire d’un fœtus , soit lorsqu’il est encore dans la matrice , pendant la grossesse , soit lorsqu’il en sort pour venir au monde , pendant l’accouchement. En général il n’est que trop vrai que ce crime peut être commis avant, pendant et après la naissance de l’enfant, quoiqu’il ne soit pas puni de la même peine dans ces trois cas. C’est aussi sous ce triple rapport cjue nous allons l’envisager , pour tâcher de ne rien omettre d’essentiel sur une matière qui intéresse à la fois la médecine et la jurisprudence. Nous tomberons peut-être dans quelques répétitions ; niais seront-elles , inutiles, si elles servent à trouver ou à éclaircir la vérité et à éviter l’erreur , quand il s’agit de chercher des
coupables et des innocens , de mettre en question la moralité , l’honneur et la vie des citoyens ?
D’abord , avant sa naissance , ou pendant qu’il est encore dans la matrice , l’enfant ne peut être mis à mort criminellement, que dans les cas où la mère s’expose de son plein gré à l’influence ou action des moyens abortifs , soit généraux , soit locaux. Il s’agit donc ici de faire des recherches sur l’usage réel de ces moyens, sur leur puissance abortive , sur leur effet, sur l’avortement Sans cette triple investigation , il est impossible de distinguer l’infanticide ou meurtre de l’énfant avant sa naissance, d’avec la mort du même individu , produite par une maladie de la mère ou de lui-même , par un accident imprévu , par toute autre cause naturelle ou spontanée.
L’infanticide , avant la naissance de l’enfant , rentre donc dans la question de l’avortement dont nous avons déjà parlé , et où nous avons discuté la manière de procéder à l’examen de la femme accusée de ce crime et à celui des matières qu’elle a rendues par la matrice. Quant à la dernière partie de cet examen , nous avons fait entrevoir les mesures ou précautions nécessaires pour ne pas confondre un avorton dans les premiers mois de la grossesse avec une môle , ou avec un caillot de sang : ce qui n’est pas toujours facile , et n’exige pas peu de lumières et de discernement. Toutefois la même difficulté n’existe point ,
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quand la grossesse est plus avancée, et que le foetus a reçu des accroissemens sensibles. Un coup d’œil suffit alors , pour le distinguer d’avec les diverses matières qui sortent communément de la matrice après une fausse grossesse. Mais on peut être embarrassé quand il s’agit de décider si la mort qu’il a reçue a été 1 effet d’un meurtre volontaire, ou bien celui d’une cause naturelle, spontanée, innocente. ' Pour résoudre ce point de la question, il faut, outre les perquisitions relatives à la mère, examiner encore si l’enfant est né à terme ou prématurément ; s’il est bien ou mal conformé tant à l'extérieur qu’à l’intérieur. Car s’il n’est pas viable, s’il manque de quelques-uns des organes essentiels à la vie , sa mort peut bien n’être pas l’effet du crime. Laborie rapporte l’exemple d’un enfant mort-né , chez lequel on avait trouvé l’occlusion précoce du trou de Botal : ce qui était certainement une cause bien extraordinaire et bien innocente de la mort de Cet enfant avant sa naissance. Nous avons vu naître nous-mêmes, chez une sage-femme qui demeurait rue des Prêtres Saint-Germain-l’Auxerrois , un enfant à moitié pouri dont la paroi antérieure jde l’abdomen n’offrait qu’une membrane et point de muscles ni de tissu cellulaire : en sorte que les viscères renfermés dans cette cavité splanchnique s’étaient élancés à travers sa paroi membraneuse, pendant le travail de l’accouchement, et faisaient saillie hors de la
vulve ; ce qui avait fait croire, même à des praticiens distingués , que la mère avait la grangrène dans l’abdomen et qu’elle allait mourir.
Il faut examiner encore si les marques de sévices qu’on découvre sur le corps de l’enfant et avec lesquelles il est venu au monde , ont été l’effet de quelque instrument, comme d’un stylet ou d’une longue aiguille insinuée dans la matrice, ou celui des maladies , des accidens auxquels il a pu être exposé, ainsi que la mère, pendant la grossesse et le travail de l’accouchement.
La femme qui est assez dénaturée pour faire périr l’enfant qu’elle porte dans son sein, le cache d’ordinaire après l’accouchement , le dérobe au public , surtout quand il est assez volumineux pour devenir son accusateur et le témoin incommode de son déshonneur, de son infidélité. D’où il résulte que cette espèce de suppression de part suit presque toujours l’avortement , ou l’infanticide commis avant la naissance de l’enfant. Le premier de ces faits peut donc faire supposer ou soupçonner les deux autres ; car pourquoi une mère soustrairait-elle le cadavre d’un enfant dont la mort n’aurait été ni violente , ni criminelle , et ne pourrait être attribuée qu’à des causes spontanées , innocentes ?
Nous disons que la suppression de part, peut faire soupçonner l’avortement volontaire > l’infanticide ; mais elle ne prouve pas toujours l’exis-
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tence matérielle de ces crimes : car il est possible qu’une femme qui n’a pas de mari soit avortée, même accouchée naturellement d’un foetus sans vie , et l’ait soustrait au public avec la seule intention de conserver son honneur. Outre cela , ne peut-elle pas croire inutile de montrer un enfant dont il ne reste plus que le cadavre , et dont la connaissance ne saurait être, par conséquent, d’aucun intérêt pour la société ? Enfin, qui ignore que des gens mariés , très-honnêtes, niais pauvres et ignorans , ont souvent enfoui eux-mêmes ou rejeté loin de leur domicile des avortons , des enfans mort-nés , avec la seule intention d’épargner les frais de sépulture ?
Nous n’insisterons pas davantage sur l’infanticide commis avant la naissance de l’enfant. Tout ce qui est relatif à cette question, se trouve assez détaillé dans celles où nous avons parlé de l’avortement et de la suppression de part. D’ailleurs, si nous avons omis quelque chose d’important , nous tâcherons d’y suppléer dans la suite de cette discussion. Nous n’avons donc à nous occuper ici que de l’infanticide ou meurtre volontaire de l’enfant , soit lorsqu’il vient au monde, soit après sa naissance.
Premièrement, nul médecin ne peut être expert , et se mettre à même de constater l’infanticide commis sur un enfant qui naît ou vient au monde , sans être muni de certaines connais-
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sances préliminaires , qui servent à le guider dans ses recherches ; il doit être parfaitement instruit de toutes les causes qui peuvent faire périr alors l’enfant sans aucune volonté ou intention criminelle, afin de ne pas les confondre avec les ressources que la scélératesse et la ruse ont inventées pour lui arracher la vie dans le même temps. Nous allons donc exposer ici le tableau des unes et des autres avec le plus de méthode et de clarté qu’il nous sera possible.
Les causes innocentes qui peuvent faire périr l’enfant lorsqu’il vient au monde sont : i° un accouchement dont le travail est long et pénible y surtout si les eaux de l’amnios se sont écoulées prématurément , avant la dilatation complète de l’orifice utérin , et si la tête de l’enfant séjourne long temps dans le bassin , au détroit inférieur ou à la vulve. Ce retard peut tenir à la mauvaise conformation du bassin , à la grosseur de l’enfant, à l’épaisseur, à la rigidité de l’orifice de l’utérus, ou à celle des autres organes de la génération. La mort de l’enfant est ici l’effet de longues , fortes et fréquentes contractions de la matrice , qui poussent la tête contre le bassin , compriment le placenta et le cordon ombilical , refoulent le sang vers le cerveau, et déterminent l’apoplexie. Cet accident se manifeste après la naissance , par l’insensibilité et l’immobilité de l’enfant , presque toujours par une tumeur sé-
reuse ou sanguine, plus ou moins étendue, plus ou moins considérable du vertex ou de l’occiput sur lequel l’orifice utérin s’est contracté pendant le travail ; par la difformité et l’allongement de la tête ; par l’enfoncement .la fracture , la mobilité , la teinte noire des os du crâne ; par le relâchement et la déchirure des membranes qui les unissent ; par le soulèvement du péricrâne ; par la tuméfaction , l’ecchymose , même la contusion du visage ; par la couleur rouge , livide , noirâtre, marbrée des lèvres, des joues, des paupières , du cou ; par la difficulté ou l’impos sibilité de ranimer les propriétés vitales ; par l’engorgement des vaisseaux céphaliques; par l’épanchement du sang sous le péricrâne , sur la méninge ou dure-mère , entre les lames de la méningineou pie-mère, dans les ventricules du cerveau , à la base du crâne.
2° Un accouchement , précédé du décollement total ou partiel du placenta , soit qu’il s’implante sur quelque partie de la cavité utérine , soit qu’il réponde à l’orifice de cette même cavité. Dans le premier cas , le travail est accompagné d’hémorragie apparente ou latente, et toujours apparente dans le second ; l’enfant meurt alors en venant au monde , parce qu’il perd tout son sang par la surface du placenta ; il naît exsanguin , pâle , décoloré ou couleur de cire ; cet état d’anémie se manifeste â l’ouverture du cadavrç
par le vide et l’affaissement du système sanguin , depuis le cœur et les gros troncs des artères et des veines , jusqu’à leurs ramuscules capillaires.
3° Un accouchement compliqué de l’issue prématurée du cordon ombilical. Si le travail se soutient alors, l’enfant peut périr , parce que le cordon se trouve pincé entre la tête et les os du bassin, ou comprimé parle col de l’utérus. Dans l’un et l’autre cas , la circulation de la mère à l’enfant est interrompue ; le sang se refoule vers la tête ; l’apoplexie est inévitable.
4° Un accouchement où l’enfant vient par les pieds, les genoux et les fesses , et où le tronc étant déjà sorti jusqu’au cou, la tête est long-temps arrêtée par l’excès de son volume , par l’étroitesse du bassin , par la dureté ou rigidité des parties externes de la génération. La mort de l’enfant paraît encore due ici à la compression du cordon ombilical. Toutefois les auteurs ne sont pas d’accord là-dessus ; il y en a qui l’attribuent au tiraillement du col par le poids de l’enfant. En général on trouve alors des tâches rouges , livides , ecchymosées aux paupières et aux lèvres, ainsi qu’aux parties qui se sont présentées les premières à l’entrée du bassin.
5° Un accouchement où , après la sortie de la tête , les épaules sont long - temps arrêtées , parce qu’elles se présentent directement au détroit supérieur ou diagonalement au détroit in-
férieur. La cause de la mort est encore la même que dans le cas précédent , la compression du cordon ombilical. Mais on peut y ajouter , diton , sinon l’impossibilité, du moins la difficulté de respirer, à cause du serrement de la poitrine dans la matrice ou dans le bassin : ce qui empêche l’entrée libre de l’air dans cette cavité et l’action des muscles intercostaux , qui est si nécessaire pour la respiration. Quelques auteurs croient aussi que le col de l’utérus , se contractant alors sur celui de l’enfant , peut l’étrangler : ce qui n’est guère vraisemblable.
6° Un accouchement compliqué d’hémorragie utérine , de convulsions ou d’autres accidens qui en exigent la prompte terminaison , soit que le foetus vienne par une de ses extrémités, par la tête ou par les pieds, soit qu’il se présente en travers, par quelqu’une des faces du torse. Sa mort est d’autant plus à craindre alors , qu’on est obligé de le pelotonner en totalité ou en partie , detirer avec plus de force sur les pieds ou sur le tronc pour l’extraire. Cela peut arriver , lorsqu’il est très-volumineux , ou qu’il est fortement serré par la matrice. On aperçoit alors l’impression rouge, livide, ecchymosée des doigts de l’opérateur sur les jambes , sur les cuisses ; en un mot, sur toutes les parties du tronc ou des membres qui ont été pressées , tiraillées , violentées.
70 Un accouchement où la tête de l’enfant mal
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située , mal dirigée ou mal engagée dans le bassin , a été extraite au moyen du forceps qui l’a écrasée , des crochets qui l’ont désarticulée , ou des perce-crânes qui ont pénétré dans le cerveau : cela se reconnaît aux traces que ces instrumens laissent sur la tête , et qui varient suivant leur forme et leur action.
8° La faiblesse de l’enfant , soit qu’il vienne au monde prématurément ou dans l’état d’avorton , soit qu’il ait été affaibli par quelque maladie de la mère ou de lui-même , qui l’a rendu incapable de supporter le travail de l’accouchement. Cette cause de mort est constatée par l’immaturité de l’enfant , par l’imperfection de ses organes , par les circonstances où la femme s’est trouvée pendant la grossesse , etc.
9° L’entortillement du cordon ombilical autour du col de l’enfant. Il peut arriver alors que les vaisseaux , dont ce cordon est composé , soient comprimés par l’action de la matrice , et les veines jugulaires par le serrement du cordon : double cause qui détermine le refoulement et la stagnation du sang dans la tête de l’enfant, l’apoplexie et la mort. Ce cas est indiqué par des ecchymoses circulaires autour du cou, sans éraillement ou altération de l’épiderme.
io° La rupture du cordon ombilical , pendant le travail de l’accouchement , comme Rœderer , J)elamottey Levret eXBaudelocque ont dit l’avoir
observé. Le résultat en est une hémorragie qui peut devenir mortelle pour l’enfant , s’il ne vient promptement au monde pour respirer , et pour recevoir les soins que son état exige ; il est alors pâle, décoloré, dans l’état d’anémie, exsanguin , et le cordon présente une solution de continuité, dont les bords inégaux , irréguliers , attestent l’accident qui a causé la mort.
Telles sont les causes involontaires , innocentes , qui peuvent faire périr l’enfant pendant le travail de raccouchement. Voici maintenant les ressources criminelles ou moyens imaginés avec intention de lui donner la mort pendant cette fonction naturelle. Elles supposent une si noire malice qu’on croirait à peine une mère capable de les mettre en pratique > dans un moment où elle est tout-à-fait absorbée par les douleurs qu’elle souffre , et où elle semble devoir plutôt songer à se conserver qu’à détruire un être conçu et nourri pendant neuf mois dans son sein. Cependant il s’est trouvé des femmes qui avaient alors assez de présence d’esprit et de scélératesse, pour se rendre coupables de ce crime. Fodéré rapporte qu’une jeune veuve , assise sur un petit sceau , près du feu , entourée de huit voisines , qui s’étaient réunies chez elles pour y passer la veillée, accoucha, sans qu’elles s’en aperçussent , d’un enfant dont elle écrasa la tête en la comprimant fortement avec les cuisses , pendant
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qu’il sortait. Cette atrocité fut constatée dans les
débats qui eurent lieu devant une cour d’assises.
Un autre moyen non moins barbare et criminel , est l’acuponcture ou introduction d’une aiguille très-déliée a travers les fontanelles , les sutures, etc., aussitôt que la tête est dans le bassin ou hors de la vulve. Mais il paraît encore bien difficile , pour ne pas dire impossible ; qu’une mère emploie une pareille manœuvre durant le travail de l’accouchement, si elle n’a point de complices qui l’assistent et partagent son crime. Guy-Patin atteste qu’une sage-femme fut pendue à Paris , pour avoir assassiné ainsi plusieurs enfans qui étaient sur le point de naître, et dont la tête avait franchi le col de l’utérus. On trouve d’autres exemples de cette horrible espèce d’infanticide dans Alberti , Brendel et Belloc.
Nous pourrions exposer encore quelques autres manœuvres non moins atroces auxquelles le crime a recours , pour mettre à mort un enfant qui vient au monde , telles que la torsion du col après la sortie de la tête , la détroncation ou section de cette partie avec un instrument tranchant, l’étranglement avec les mains ou avec un cordon , etc. Mais comme la plupart de ces ressources abominables ne sont mises en œuvre qu’après la naissance complète de l’enfant, nous aurons occasion d’y revenir.
Il est inutile de faire observer ici que le me-
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decin-expert , qui connaît d’avance la double série des causes dont nous venons de faire rénumération , sera bien plus apte à décider si un enfant est mort naturellement ou par l’effet d’une cause volontaire et criminelle pendant qu’il est venu au monde. 11 faudra pour cela qu’il s’informe de toutes les circonstances qui ont accompagné l’accouchement. Le travail en a-til été long, pénible , laborieux, compliqué d’hémorragie , de syncope , de convulsions , d’issue prématurée du cordon ombilical ? L’enfant présente-t-il des signes d’apoplexie , d’anémie , de faiblesse, d’immaturité ? Est-il très-gros ou peu volumineux , bien conformé ou monstrueux , difforme ? Le cordon ombilical est-il rompu , noué sur lui-même , entortillé autour du col de l’enfant ? Les membranes se sont-elles déchirées naturellement au début , au milieu ou à la fin du travail , ou bien les a-t-on déchirées à dessein ? L’enfant est-il venu par la tête , par les fesses ou par les pieds? La femme était-elle seule, sans secours , ou assistée de ses amies , de ses confidentes , de ses voisines , des gens de l’art ? Àt-elle le bassin étroit ou bien conformé ? Estelle jeune ou déjà âgée , primipare ou mère d’autres enfans ? Le placenta est-il sorti avant ou après l’enfant ? L’accouchement a-t-il été naturel , ou bien a-t-on eu recours à la main , à des instrumens pour le terminer? L’enfant a-i-
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il été long-temps retenu par les épaules , après la sortie de la tete, ou par la tête après la sortie du tronc ? Présentait- il des tumeurs, des ecchy moses, des contusions , des fractures, des luxations , des piqûres ou autres marques de sévices ?
On ne doit pas oublier que la tête , qui se présente la première , s’allonge plus ou moins de 1 occiput au menton , pendant le travail , surtout quand il continue long- temps après l’écoulement des eaux. Il se forme aussi pour l’ordinaire une tumeur dure et rénitente au vertex ou vers l’un des pariétaux : tumeur qui est produite par la pression de l’orifice utérin sur le cuir chevelu, et qui s’affaisse ou se ramollit après la mort de 1 enfant. On remarque également sur toute autre partie qui répond au col de la matrice et a 1 ouverture du bassin , une tumeur plus ou moins considérable , infiltrée de sérosité ou de, sang : tumeur qui est due à la même cause que celle de la tete , et qui fait reconnaître la position du fœtus , ainsi que les efforts qu’on ^ faits pour en déterminer la sortie.
Les gens de l’art , principalement les accoucheurs, savent encore qu’il peut exister des contusions, des meurtrissures digitales, circulaires audessus des poignets ou des malléoles , dans les plis des jarrets ou des aînés , sous les aisselles , quand on applique les doigts , des lacs , ou des crochets mousses sur ces parties , pour extraire l’enfajît.
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Le forceps peut produire des ecchymoses qui en indiquent l’empreinte oblique sur les parties latérales de la tète. Cet instrument peut aussi écraser les os pariétaux , quand il est trop serré, la tète de l’enfant trop volumineuse, ou le bassin de la femme mal conformé. Les effets des crochets, des perce- crânes et des tire-têtes, ne sont ni moins violens, ni moins faciles a distinguer. Enfin, la main de l’accoucheur peut meurtrir, tirailler, luxer, fracturer les membres, la colonne vertébrale de l’enfant , en produire même la détroncation quand il tire avec trop de force : il peut aussi contondre , altérer les viscères renfermés dans l’abdomen et la poitrine, quand il appuie sans ménagement sur ces cavités.
A l’égard des plaies , des piqûres , ou autres lésions qu’un enfant peut recevoir en venant au monde , il faut également les examiner avec beaucoup de soin , afin d’en tirer des inductions relatives à l’espèce de crime dont il s’agit. Car s’il est quelques unes de ces lésions qui peuvent faire soupçonner l’infanticide , il en est aussi qui ne supposent aucune volonté ou intention criminelle. Par exemple, l’acuponcture, accompagnée d’ecchymose , qu’on aperçoit sur les sutures , sur les fontanelles , à la nuque , entre la tête et la première vertèbre cervicale , à la poitrine, surtout dans la région du cœur , ne peut jamais être attribuée qu’à la plus noire scélératesse^
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quand on peut en suivre par la dissection le trajet jusqu’au cerveau ou à la moelle épinière.
11 n’en est pas de même de plusieurs autres lésions que présente le corps d’un enfant , im- i médiatement après sa naissance. Elles peuvent être l’effet de l’accouchement ou des efforts in~ nocens que fait une femme avec les mains pour se délivrer, quand elle est seule et sans secours. I Nous citerons à ce sujet l’excellent mémoire con- I sultatif de Fodéré sur l’affaire de Marguerite Granger . Cette femme avait déclaré qu’elle était i tombée neuf jours avant ses couches, n’étant pas tout-à-fait à terme, et qu’elle était accouchée seule dans son lit , une heure après s’y être mise , et quatre heures après la première douleur. Elle prétendit qu’elle n’avait pas entendu crier son enfant au moment de sa naissance ; qu’elle ignorait comment elle avait rompu le cordon ombilical, et quels efforts elle avait pu faire sur l’enfant en l’arrachant elle-même * de son sein. C’était sa première couche. On la vit les mains teintes de sang après l’accouchement , et la délivrance eut lieu quatre heures plus tard. Elle déclara qu’elle n’avait pas été bien sûre de sa grossesse , et que son chirurgien avait partagé son opinion. Nulle trace de sang n’avait été reconnue par le juge de paix dans aucun endroit , ni sur aucun des meubles du cabinet où cette fille couchait, et d’où elle n’était
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pas sortie. Le rapport des experts portait « que » le corps de l’enfant était sain et sans corrup- » tion ; qu’il leur paraissait être venu à terme ; » que le cordon n’avait été ni lié, ni coupé , » mais déchiré à un pouce et demi du ventre; » qu’il existait une ecchymose répandue tant sur » la tête qu’au cou et à la poitrine, principale** » ment du côté gauche ; qu’ils avaient observé » vingt-quatre à vingt-cinq blessures ou meur- » trissures , longues la plupart de quelques » lignes, les plus longues n’excédant pas dix- » huit lignes^, dont quelques unes affectaient » une forme circulaire , les autres étaient droi- » tes , n’ayant pas toutes plus d’une ligne de » longueur , situées sur les différentes parties de » la face , excepté six répandues au col et à la )) partie supérieure de la poitrine : ce qui leur » avait fait présumer que la tête de cet enfant » avait pu être lancée contre quelques corps » étrangers et durs , dont les impressions étaien t )) inégales ; qu’ayant examiné la bouche , ils » avaient vu la mâchoire inférieure divisée en » deux , et fracturée à sa symphyse , laquelle » séparation avait pu prévenir des efforts faits » pour empêcher F enfant de crier, ou pour Vé - » touffer ; qu’ils avaient aperçu , au-dessus de » l’oreille gauche une dépression ou enfonce- » ment qui n’existait point au côté droit , et, « n’était pas ordinaire ; qu’ils s’étaient détermi-
» nés à ouvrir la tête et avaient reconnu le » pariétal gauche enfoncé dans sa partie infé- » rieure ; qu’à l’ouverture du crâne il s’était » écoulé beaucoup de sang liquide , ce qui n’au- » rait pas çu lieu si l’enfant fût mort avant que » de naître , et s’il n’avait pas été contus , parce » qu’on avait trouvé beaucoup de sang extra- » vasé à la base du crâne ; que pour s’assurer » davantage si l’enfant était vivant, en venant » au monde , ils avaient ouvert la poitrine , à » l’inspection de laquelle ils s’étaient convaincus » que le poumon avait été dilaté et gonflé par » l’air extérieur : ce qui prouvait qu’il était né vi- » vant en sortant de la matrice. » Én conséquence les experts prononcèrent qu’il y avait eu infanticide , et Marguerite Oranger fut condamnée à mort par le tribunal criminel du département de l’Yonne.
Fodéré s’étant pénétré de la situation de cette mère au moment de l’accouchement , chercha d’abord à établir que les vingt-quatre à vingt-cinq lésions peu étendues , auxquelles les auteurs du rapport donnaient indifféremment et mal à propos le nom de blessures ou meurtrissures , n’avaient rien de commun avec un choc , et qu’elles annonçaient plutôt la manière dont la fille s’était délivrée et les armes dont elle avait fait usage pour cela ; que la division de la symphyse de la mâchoire inférieure attestait seulement les efforts que
j’accusée avait dû faire , au milieu des plus violentes douleurs , pour se délivrer, par tous les moyens possibles, d’un premier enfant ; que l’enfoncement du pariétal et la dépréssion observée au-dessus de l’oreille, étaient un effet assez ordinaire de l’accouchement ; que le sang fluide épanché à la base du crâne , se rencontrait dans tous les enfans dont la tete était restée long-temps au passage , et qui avaient péri dans cette pénible fonction ; que d’ailleurs les ventricules cérébraux des nouveau -nés, contenaient ordinairement beaucoup de sérosité rougeâtre , et le cerveau beaucoup de sang ; qu’ainsi il était absurde d’en inférer que l’enfant était né vivant ; que le défaut des épreuves respiratoires empêchait d’établir cette dernière conséquence , laquelle était d’ailleuis écartée par 1 état du cordon ombilical rompu très-près du ventre , qui aurait sans doute donné lieu à une hémorragie dont on aurait observé les traces , si l’enfant était né vivant ; mais que précisément parce qu’il n’avait pas donné une seule goutte de sang , c’était une preuve que l’enfant était mort en naissant , s’il ne l’était pas déjà avant que de naître. Ces conclusions se trouvèrent conformes à celles de six médecins et de trois chirurgiens de Troyes , ainsi qu’à celles de MM. Bourdois et Baudelocque qui avaient été consultés en meme temps ; aussi furent-elles adoptées par le tribunal de l’Aube qui acquitta
Marguerite Granger et lui rendit la liberté .
On voit donc, d’après cet exemple, combien il faut apporter de prudence et de circonspection dans l’examen des plaies et autres marques de sévices, qu’on aperçoit sur le cadavre d’un enfant qui vient de naître. Ce n’est qu’à ceux qui se pénètrent bien de la situation d’une femme en travail , surtout quand elle est seule et sans secours , qu’il appartient de distinguer les effets de l’accouchement d’avec ceux du crime sur le corps du nouveau-né.
Il nous reste à parler maintenant de l’infanticide , commis après la naissance de l’enfant , et à examiner les preuves médico-légales les plus propres à le constater. Pour cela nous suivrons le même ordre que dans le cas précédent ; nous exposerons d’abord les causes naturelles , spontanées , innocentes , qui peuvent donner la mort à l’enfant , aussitôt qu’il a vu le jour. Nous passerons ensuite aux différens moyens que le crime et la scélératesse mettent ordinairement en usage alors pour lui arracher la vie. Ce double tableau aidera les experts à éviter la méprise et l’erreur dans une question des plus importantes, et souvent des plus épineuses.
L’enfant qui vient de naître peut périr naturellement, i°. lorsqu’il est avorton, ou qu’il est venu avant terme; lorsqu’il est très-faible, très-délicat, après une maladie que lanière ou
lui-même a essuyée pendant la grossesse ; lorsqu’il est acéphale, hydrocéphale , mal conformé, monstrueux ; lorsqu’il porte à la tête , à la nuque, le long delà colonne vertébrale ou ailleurs des tumeurs plus ou moins volumineuses qui communiquent avec les grandes cavités splanchuiques. Dans les mémoires de l’Académie des Sciences , année 1760 , pag. 4? y de l’histoire, Morand rapporte qu’un enfant était né sans clavicules , ni sternum , ni cartilages ; en sorte que le cœur et les poumons étaient à découvert. Cet enfant ne vécut que vingt heures.
2°. Après un accouchement trop pénible et trop lent, lorsque l’enfant a été long-temps comprimé , fatigué par les contractions de la matrice , ou par les efforts des gens de l’art , soit avec la main , soit avec des instrumens ; c’est ce qui peut arriver , si l’enfant est trop volumineux ou mal situé , le bassin trop resserré, la matrice trop oblique; surtout si la femme n’est plus dans sa première jeunesse, dans cet âge où les organes de la génération , encore souples , se laissent facilement dilater par les corps qui les traversent. On a dit aussi que les violentes contractions de l’utérus pouvaient briser les os des membres, aplatir ou déprimer ceux de la tête, ce qui ne doit pas être fort commun quand l’enfant est à terme.
3°. Après un accouchement trop brusque ou
trop prompt , par exemple , lorsque le fœtus est expulsé dans les premières contractions ou douleurs utérines. Cela peut arriver , lorsque le travail se déclare tout à coup avec beaucoup de violence , surtout si l’orifice de l’utérus , le vagin et la vulve sont relâchés, les détroits du bassin très-évasés, si la femme a déjà fait plusieurs enfans. Le produit de la conception est expulsé en bloc ; tout sort à la fois , le fœtus , le délivre , les membranes et les eaux de l’amnios. La mort de l’enfant peut provenir alors de ce que les membranes et les eaux qui l’environnent Tempêchent de respirer , ou de ce que la circulation continuant d’avoir lieu comme dans l’utérus , tout le sang s’écoule par la surface du placenta. Mais il faut supposer pour cela que la femme est accouchée seule , qu’elle a perdu la raison, et que nulle main secourable ne s’est présentée pour dégager le nouveau-né de ses dépendances, et pour le faire revenir de l’état de stupeur où il a été jeté par la célérité de l’accouchement.
4°. Lorsque l’enfant, aussitôt après sa naissance , tombe la tète première , sur un sol extrêmement dur , sur le carreau , sur des pierres qui enfoncent ou brisent les os du crâne , et déterminent la commotion ou la compression du cerveau. Des expériences faites à l’Hospice de la Maternité, sous la direction du professeur
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Chaussier , sembleraient attester la possibilité de ce genre de mort. On a soulevé quinze cadavres d’en fans par les pieds , de manière que le sommet était à peu près à la hauteur de dix-huit pouces, et on les a laissé tomber perpendiculairement sur un sol carrelé. L’examen anatomique a fait découvrir sur douze de ces enfans, une fracture longitudinale ou anguleuse à l’un des pariétaux et quelquefois à ces deux os. On a également laissé tomber quinze autres cadavres d’enfans de la hauteur de trois pieds environ , et on a reconnu par la dissection sur douze d’entre eux , une fracture des os pariétaux , qui s’étendait chez quelques uns jusqu’à l’os frontal. Quand on a laissé tomber les enfans d’une plus grande hauteur , les commissures membraneuses de la voûte du crâne ont été relâchées, même rompues en quelques points; souvent la forme du cerveau a été altérée, et, dans quelques cas , on a trouvé sous la méninge, ou dans l’épaisseur de la méningine , une ecchymose, un épanchement de sang produit par la rupture de quelques vaisseaux. Ce n’a été- que sur des enfans dont les os du crâne étaient très-mous et très-flexibles qu’on n’a pas trouvé de fracture.
Mais ici se présentent plusieurs réflexions naturelles. D’abord peut-on comparer la chute d’un enfant vivant , qui sort brusquement de l’utérus , à celle d’un enfant mort qu’on laisse tomber
par son propre poids , après Pavoir soulevé par les pieds ? L’effet sera-t-il alors le meme sur la tête pendant la présence ou l’absence des propriétés vitales? Ensuite les accôuchemens prompts et faciles , où l’enfant est lancé tout à coup hors de la cavité pelvienne , sont-ils aussi communs qu’on le pense ? Quel que soit l’évasement des détroits , et la dilatation du vagin et de la vulve, l’enfant n’éprouve-t-il pas des frottemens , ne rencontre-t-il pas quelques obstacles qui modèrent ou ralentissent sa chute ? D’ailleurs , la mère n’est-elle pas presque toujours avertie à temps ? Ne peut-elle pas appeler au secours , prendre les précautions nécessaires pour prévenir un tel accident, se coucher, ou fléchir les genoux , afin que l’enfant ne tombe pas de bien haut et risque moins de s’écraser ? Enfin le cordon ombilical n’est-il pas toujours assez fort pour le supporter , quand la femme accouche debout ? Et s’il se rompt par le poids et la vitesse de l’enfant qui tombe , ce que nous croyons devoir être bien rare , cette solution de continuité, toujours frangée, inégale et irrégulière, ne sera-t-elle pas alors facile à distinguer d’avec la section , toujours uniforme et unie, faite avec un instrument tranchant ?
5°. Lorsque la mère seule, isolée pendant le travail de l’accouchement , tombe en syncope, en apoplexie, en convulsions, ou lorsque la
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faiblesse qu’elle éprouve après une hémorragie, la rend incapable de donner à l’enfant les soins qu’il réclame après sa naissance. Celui-ci peut périr alors , parce que son visage , après s’être dégagé , se porte en arrière vers le périnée de la mère, ou parce qu’il reste la bouche directement sous la vulye après la sortie du tronc : situation qui l’expose à périr d’asphyxie , à recevoir par la bouche et les narines des ordures , telles que des glaires , des caillots de sang qui l’empêchent de respirer.
Voilà les causes innocentes qui peuvent faire périr l’enfant après sa naissance. Voici maintenant les moyens criminels que la femme ou ses complices mettent le plus souvent en usage alors pour lui ôter la vie. Ils consistent dans l’omission volontaire des soins , des secours que le nouveau-né exige naturellement, ou dans des violences atroces qu’on exerce sur son corps.
L’enfant peut périr par omission volontaire, i*. quand on l’expose nu ou presque sans vêtemens dans un lieu isolé et très-froid , pendant la rigueur de l’hiver ; de même , quand on le laisse dans un endroit extrêmement chaud , sous un soleil brûlant , dans le cœur de l’été , ou près d*un foyer embrasé , à côté de l’arrière-faix , qui se décompose et tombe en putréfaction. Le meurtre et par conséquent l’infanticide ne laissent alors aucun doute , si , par les moyens que nous
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indiquerons plus bas, on découvre que le nouveau-né a respiré.
2*. Quand on néglige trop long -temps, plusieurs jours de suite, de donner une nourriture convenable à Fenfant. Cette négligence est censée volontaire , criminelle , meurtrière , toutes les fois qu’il est trouvé mort après avoir respiré , l’estomac et l’intestin dans un état de vacuité complète; ce qui indique l’état d’inanition qui Fa fait périr. A quelle autre cause, en effet , pourrait-on attribuer sa mort, surtout s’il n’existait aucune marque extérieure de violence ?
3°. Quand on néglige volontairement, et à dessein , de retirer l’enfant de dessous les hardes de la mère , aussitôt après qu’il est né , et qu’on le laisse croupir long -temps dans l’ordure, exposé à respirer un mauvais air, et à recevoir , dans la bouche et les narines , les matières qui découlent de la matrice , de la vessie , du fondement ; surtout quand on n’a pas soin de le placer en travers , sur le côté , entre les cuisses de la femme , le plus près possible de la vulve : précepte que les accoucheurs et les sages-femmes ne doivent point ignorer , ni oublier de mettre en pratique.
4°. Quand on omet la ligature du cordon ombilical. Mais ici les opinions sont partagées , et la question est presque indécise. D’une part, de célèbres médecins, et des universités entières ont
pensé que la ligature du cordon ombilical était indispensable, et que l’omission en était mortelle; de i autre , des auteurs non moins recommandables ont avance qu elle n’était pas absolument nécessaire. Qui croira-t-on? Hippocrate , Galien, Avicenne et beaucoup d’autres auteurs dans 1 antiquité , ont regardé cette opération comme absolument nécessaire. Lesseps , l’un des compagnons de Lapeyrouse , dans le Journal historique de son voyage, rapporte qu’elle est pratiquée chez les peuples les plus reculés et les moins civilises , chez les K.amchadales et les Karagaises, dont les femmes emploient pour cela différens liens , meme des tresses de leurs cheveux. Mais on peut opposer à toutes ces autorités celles de beaucoup d’auteurs modernes, tels que Jean Fan toni , professeur a Turin , Michel Alberti et Jean Henri Schulzius , à Hall, et Kaltsmidt , a ïéna, qui ont prouvé , par l’expérience et le raisonnement, que l’omission de la ligature du cordon ombilical , n’était point essentiellement mortelle. D’ailleurs, les animaux qui ne sont guides que par 1 instinct naturel, se contentent do mâcher le cordon ombilical de leurs petits , et ne les perdent jamais par l’effet d’une hémorragie. Pourquoi donc n’en serait-il pas de même des fœtus humains ?
Rose , dans son Manuel d’autopsie cadavérique, assure que le cordon ombilical est resté ou-
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vert , sans qu’il soit survenu d’hémorragie chez plusieurs nouveau-nés , placés dans des circonstances favorables. Cependant il en croit la ligature utile , parce qu’il y a plusieurs exemples d’enfans morts d’hémorragie , lorsqu’on a omis cette opération. Ce savant médecin pense aussi qu’on ne doit jamais conclure exclusivement de la ligature ou de la non ligature du cordon ombilical à une hémorragie mortelle ou au cas contraire , parce qu’il est possible que le cordon ombilical ait été lié après l’hémorragie , et que lenfant ait péri par toute autre cause que la perte de son sang. Suivant le même auteur, les enfans faibles , dont la masse du sang est moindre et la circulation moins animée , sont moins exposés que les enfans vigoureux a périr d^hémorragie par le cordon. Mais son traducteur, le docteur Marc , ne partage pas ce sentiment ; si un enfant robuste , dit ce dernier, peut périr d’une hémorragie active , un enfant faible peut être victime d’une hémorragie passive, et toute perle de sang lui est bien plus fatale qu’au premier.
Rose prétend encore que la perte de sang par le cordon ombilical est moins dangereuse, après que l’enfant a crié et respiré, que dans le cas contraire ; ce qui est parfaitement d’accord avec les connaissances physiologiques sur la circulation des fluides chez le fœtus, et sur les changemens qu’elle éprouve après la naissance. Il ajoute
qu’elle sera d’autant plus dangereuse, que la section du cordon ombilical sera plus près de l’abdomen de l’enfant , ce qui est encore facile à concevoir. D’après lui la rupture ou le déchirement du cordon expose moins à l’hémorragie que la section avec un instrument tranchant ; cet accident n’est point à craindre , lorsque le cordon ombilical déchiré présente des traces de sugillation et de coagulation sanguine.
On ne peut affirmer , dit-il encore , qu’une hémorragie a causé la mort , lors même que tous les signes existent, qu’autant qu’on ne trouve aucune autre lésion capable de permettre une perte de sang ; que le corps du nouveau-né est bien constitué, et que le cordon ombilical n’est ni flétri , ni dans un état d’affaissement. Enfin il ne faut pas prononcer, ajoute -t-il, qu’il existe une action criminellement préméditée , lors même que tout concourt à démontrer que l’enfant a été victime d’une hémorragie ombilicale. Cet. écoulement excessif de sang ne peut-il pas avoir été causé pendant le travail de renfantemcnt , soit par le déchirement du cordon , soit par le décollement trop précipité du placenta , surtout lorsque l’expulsion du fœtus a été subite et suivie d’une syncope de la mère ?
Toutes ces propositions sont généralement vraies ; mais de quelque manière qu’on lesenvisage il est impossible d’en rien conclure de bien po-
sitif sur émission de la ligature du cordon, par rapport au crime d’infanticide. Il nous semble que Rose ne précise point assez les cas où cette omission est dangereuse et peut être suivie de la mort du nouveau-né.
Girard y de Lyon, a observé que les pulsations des artères ombilicales , aussitôt que le nouveau-né a vu le jour, étaient régulières et bien prononcées; que bientôt elles s’affaiblissaient, sans perdre de leur régularité ; qu’enfin elles cessaient d’abord du côté du placenta, puis par gradation jusqu’au nombril, et que pendant ce temps le cordon diminuait de volume et prenait une teinte jaune. Il résulte de là , dit l’auteur , que si, lorsqu’on ne sent plus le battement des artères près du placenta , on coupe le cordon ombilical dans cette partie, le sang coule encore avec abondance ; mais lorsque ce battement n’est plus sensible que vers l’ombilic , le sang ne coule plus que goutte à goutte, par l’extrémité du cordon coupé. Il veut donc qu’on attende pour en faire la ligature , qu’il soit froid dans toute son étendue , et qu’on n’y sente plus aucune pulsation artérielle ; car alors la circulation nouvelle s’est établie sans trouble et sans orage. En laissant agir ainsi la nature , Girard n’a jamais vu les enfans en éprouver le moindre accident ; au contraire , ils étaient toujours mieux , ils avaient un air de santé plus florissante que lorsqu’on leur
faisait cette ligature peu après la naissance. Dans ce dernier cas , il se forme une congestion vers les artères iliaques, d’où résultent des engorgemens consecutifs au foie , l’ictère des nouveau-nés, un état de malaise plus ou moins considérable des viscères abdominaux , la congestion des poumons , une prédisposition à l’hydrocéphale , aux convulsions , au tétanos : accidens dont la plupart ont été observés par le célèbre Morgagni , et depuis lui par MM. Pinel et Le Roux , professeurs à l’école de Paris.
Tout cela peut être vrai ; mais qu’en conclurat-on encore pour l’omission de la ligature du cordon ombilical, relativement au crime d’infanticide ? Les observations de Gircii'd prouvent que la circulation ombilicale s’affaiblit insensiblement , et cesse d’elle-même après la naissance du foetus, à mesure que la circulation pulmoétablit; donc ces observations tendent à prouver plutôt l’inutilité que la nécessité de la ligature du cordon ombilical ; pourquoi donc l’omission de cette ligature serait-elle mortelle , et aurait-elle place parmi les causes de l’infanticide?
Suivant Mahon , il est des circonstances qui peuvent n’avoir pas rendu la ligature du cordon nécessaire , ou plutôt avoir empêché que l’omission de cette ligature ne fût la cause de la mort. La compression de l’abdomen par un bandage, l’action d’un froid très-vif, la faiblesse extrême
du nouveau-né , une conformation particulière des vaisseaux ombilicaux, ont pu prévenir Thémorragie , et la mort dépend alors d’une autre cause. Si la têtç est sortie la première, dit ce médecin-expert, l’enfant peut avoir respiré; mais si ensuite un accident ou l’extrême difficulté du travail a fait périr l’enfant ; par exemple , si le cordon ombilical est venu à se rompre , et si l’hémorragie a causé la mort , la ligature du cordon ombilical est devenue inutile. On se tromperait donc alors , continue le même auteur , si d’après les inductions fournies par la docimasie pulmonaire , et par tous les signes d’anémie , on prononçait que l’enfant a vécu, et qu’il est mort par l’omission de la ligature du cordon. On se tromperait encore si l’on croyait qu’un enfant n’a pas succombé à une hémorragie, lorsqu’on trouve le cordon lié ; car , ne serait-il pas possible que cette ligature n’eût été pratiquée qu’après l’écoulement de tout le sang. On dira peut-être que, dans ce cas là, on devrait trouver le linge de l’enfant ensanglanté. Mais une coupable mère n’aurait-elle pas soin , comme Aiberti l’observe , de changer ce linge , même de laver le plancher et autres objets teints de sang, pour faire disparaître jusqu’aux moindres traces du crime ?
Fodéré croit qp3 la ligature du cordon ombilical est indispensable. La structure des artè-
res, dit- il , est telle qu’elles restent toujours ouvertes apres la section , et laissent passer tout le sang de l’animal. On a vu , ajoute-t-il, l’hémorragie par une artère dentaire , suivie de la mort j a plus forte raison, ce malheur sera-t-il à craindre après une hémorragie par les artères ombilicales. IMais, sans parler ici de la différence entre les artères du corps en général et les artères ombilicales , il est évident qu’il n’y a point d’analogie exacte entre les hémorragies par ces deux sortes de vaisseaux ; car l’hémorragie, par le cordon ombilical , tend à s’arrêter d’eilemême à mesure que la respiration s’établit après la naissance , au lieu que l’hemorragie par les artères du corps en général ne finit que lorsque l’individu n’a plus de sang , à moins qu’on ne l’arrête par la compression ou par la ligature des vaisseaux.
Quand est-ce donc que l’enfant sera censé avoir péri par 1 omission de la ligature du cordon ombilical ? Certes c’est une question à laquelle il est fort difficile de répondre, au moins d apres les opinions des auteurs que nous avons cités. S’il nous était permis d’émettre notre sentiment sur cette matière ; nous dirions que la seule omission de la ligature du cordon ombilical , indépendamment de toute autre cause , ne nous parait devoir jamais causer la mort du nouveau-né. De deux choses l’une : ou la res-
piration est libre après la naissance , ou elle est gênée , suspendue. Dans le premier cas , la circulation ne se faisant plus chez l’enfant , comme s’il était encore dans la matrice , tout le sang qui retournait au placenta avant la naissance , passe par les poumons , et ne s’échappe plus par les artères ombilicales. Dans le second cas , lorsque la respiration est suspendue , c’est comme si l’enfant ne vivait pas ; il est dans un état de mort apparente ; la circulation est arrêtée y on n’a donc point à craindre d’hémorragie , et l’omission de la ligature du cordon ombilical serait peut-être moins dangereuse alors que la pratique de cette opération.
Au reste , voici les observations que l’expérience nous a fournies à ce sujet. Nous avons vu naître plusieurs fois des enfans très-vigoureux , pléthoriques, sanguins, qui criaient aussitôt après qu’ils étaient hors de la matrice ; nous avoiiï» coupé le cordon ombilical, et nous en avons différé la ligature jusqu’après la délivrance complète de la mère , sans qu’il j ait jamais eu d’hémorragie mortelle ; le sang s’est arrêté de lui-même. Nous avons fait la même observation sur des enfans qui étaient nés dans l’état d’apoplexie, de mort apparente, de faiblesse extrême. Le sang n’a jamais coulé abondamment , quand la respiration a été libre, et nous avons toujours trouvé le cordon affaissé et décoloré, quand
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nous en ayons fait la ligature quelque temps après l’accouchement et la délivrance. Ne citet-on pas encore quelques exemples d’enfans qu’on avait abandonnés après leur naissance , parce qu’ils n’avaient donné aucun signe de vie, et qui ensuite, quand on se disposait à les ensevelir, avaient été retrouvés vivans, quoiqu’on n’eût pas fait îa ligature du cordon ombilical ? Nous sommes donc très-fortement portés à croire que , dans les cas où l’on voulait attribuer la mort des nouveau-nés à l’omission de cette ligature , il y avait eu quelque autre cause qui avait contribué à les faire périr , comme des vêtemens trop sériés autour de la poitrine ou de l’abdomen 5 etc. Pai conséquent , si l’on nous présentait le cadavre d’un nouveau-né, pâle, exsanguin, couleur de cire , et sans ligature au cordon ombilical , nous regarderions l’hémorragie qui aurait causé la mort après sa naissance , comme 1 effet, non de l’omission de cette ligature , mais des obstacles qui auraient empêché ou supprimé la respiration et la circulation pulmonaire.
On nous objectera peut-être la pratique des sages-femmes qui accouchent les femmes du Grand- Seigneur. Ces matrones , dit-on , sont obligées , sous peine de la vie , de mettre à mort tous les enfans males qui naissent dans le sérail ; et , comme elles craindraient de manquer de respect au sang impérial , en portant la main sur
ces nouveau - nés , elles s’acquittent de leur horrible ministère , en laissant le cordon ombilical sans ligature. Nous osons assurer que cette pratique doit être souvent infructueuse , et que l’auteur espagnol d’un voyage à Constantinople , de qui l’on tient ce récit , a été mal informé ; car nous n’oserions croire qu’il ait été témoin oculaire de ce qu’il raconte , et s’il l’avait été , nous dirions encore qu’il avait mal observé.
Passons maintenant à l’examen des causes violentes et criminelles, qui peuvent arracher la vie aux nouveau-nés. Ces causes sont i°. des plaies ou blessures plus ou moins considérables dans différentes parties du corps , l’écrasement de la tête avec des corps contondans , l’acuponcture pratiquée à l’endroit des fontanelles , des sutures ou commissures membraneuses des os du crâne , â la nuque , entre les vertèbres , â la poitrine, principalement dans la région du cœur, à l’abdomen, à l’anus, etc.
20. La détroncation ou le décollement de l’en- j fant , la séparation de son corps en deux parties avec un instrument tranchant.
3°. La fracture , la luxation des membres, de ( la colonne vertébrale , la torsion du col.
4°. La torréfaction , la brûlure de l’enfant ou de J quelques unes de ses parties.
5°. L’asphyxie, quand on enfouit ou qu’on
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enterre l’enfant en vie; quand on l’enferme dans un coffre où il est privé d’air ; quand on le suffoque entre deux matelas ; quand on remplit sa bouche de charpie , de boue , etc. ; quand on le plonge tout entier, ou la tète seulement dans leau; quand on lui serre fortement la poitrine; quand on 1 étranglé avec les mains , avec des lacs ; quand on l’expose à des gaz ou vapeurs délétères, à la vapeur du souffre allumé, comme le fît une femme dont Alberti rapporte l’exemple ; quand on le jette dans les fosses d’aisance , comme cela arrive assez communément.
1 Telles sont les notions préliminaires qui doivent servir de guideaux médecins-experts chargés de faire des recherches médico-légales sur 1 infanticide commis après la naissance. Ils doivent donc constater si la mort de l’enfant qu’on leur présente a été naturelle ou violente. Pour cela ils examineront d’abord les circonstances qui ont accompagné l’accouchement, s’il a été long ou rapide , facile ou laborieux ; s’il s’est terminé spontanément, ou s’il a réclamé le secours de l’art , de la main , des instrumens ; si la femme a été malade pendant la grossesse ; si elle a été attaquée d’hémorragie, de syncope, de convulsions en accouchant ; si elle était seule ou assistée par des personnes intelligentes et expérimentées, ou entièrement dépourvues de connaissances dans l’art des accouchemens ; si
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elle avait été déjà mère ; si elle était capable ou non de donner à l’enfant les premiers soins qu’il réclamait après sa naissance ; si elle a le bassin bien ou mal conformé.
Les experts , après l’examen de la femme , passeront à celui de l’enfant. Ils en laveront très-soigneusement le cadavre de la tète aux pieds. Ils examineront s’il est né à terme ou prématurément ; s’il a la couleur i le volume , la longueur et le poids d’un enfant ordinaire , fort , vivace ; s’il est bien ou mal conforme , tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. Ils constateront l’état où ils l’ont trouvé , la température du lieu où il a été exposé, la quantité et la qualité des vêtemens dont il était enveloppé. Ils examineront s’il est mort d inanition, ou s il a pris de la nourriture après sa naissance ; si son estomac est vide ou contient des alimens. Ils ne négligeront pas surtout de faire attention au placenta et au cordon ombilical; sont-ils dans l’état naturel , rouges , spongieux , dépourvus ou gorgés de sang ? présentent-ils quelque mar-, que de désorganisation , de mauvaise conformation ? sont-ils encore frais ou flétris , décolorés , dans l’état de décomposition ou de putriiage ? L’extrémité libre du cordon est-elle égale, uniforme , ou frangée , irrégulière ? En avait-on fait ou omis la ligature ? Cette opération avaitelle été faite avant ou après la section des vais-;
seaux ? Le fil dont on s’est servi pour cela , était— il lâche ou très-serré ? Le sang a-t-il coulé par le cordon ombilical ? Quoique ce soit là un signe que l’enfant est né en vie, cependant le défaut d’hémorragie ombilicale , n’est qu’une preuve équivoque de sa mort avant la naissance ; de même quelques gouttes ou quelques grumeaux de sang à l’extrémité du cordon , ne prouvent pas qu’il soit lié en vie.
On doit examiner ensuite si le cadavre de l’enfant est pâle, décoloré, affaissé, couleur de cire , comme dans l’état d’anémie ^ ou bien violet , noirâtre, gonflé, comme dans l’état d’apoplexie. Tout le système vasculaire est-il vide, ou n’y a-t-il que les artères qui ne contiennent point de sang ? Dans le premier cas , l’enfant a succombé à une hémorragie ; dans le second , sa mort peut dépendre d’une autre cause.
En examinant les-marques de sévices ou de violences qu’on aperçoit sur le petit cadavre , on en constatera le nombre , la profondeur , l’étendue , la figure , le siège , la couleur. Ainsi pour les ecchymoses , on indiquera si elles sont peu foncées , jaunâtres , brunes , livides , noirâtres. On n’ignore pas que ces couleurs prouvent que l’enfant a vécu , avant d’être ainsi violenté ; on ne peut jamais produire d’ecchymose sur un cadavre , parce que les vaisseaux capillaires ne contiennent point de sang après la mort. On
cherchera encore si ces lésions sont superficielles ou profondes dans les chairs ; si elles pénètrent jusqu’aux os ; si elles sont accompagnées de quelque désordre à l’intérieur ou dans les viscères : ce qui indique alors qu’elles sont l’effet de quelque violence considérable. On les distinguera ainsi d’avec les lividités , les marbrures ou vergetures qui existent dans la partie la plus déclive sur laquelle un cadavre eM couché , et qui dépendent de la stase du sang dans les vaisseaux capillaires de la peau. Ces dernières sont des plaques livides, brunâtres ,plusoumoins étendues , toujours superficielles , souvent traversées de sillons plus ou moins blanchâtres , plus ou moins nombreux , plus ou moins profonds , suivant les plis des vêtemens et les saillies ou inégalités du sol.
Les ecchymoses du cou exigent surtout une attention particulière. Ont -elles une forme circulaire , ou ressemblent-elles à des empreintes digitales ? La peau y est-elle entière ou écorchée ? On tâchera de découvrir si l’étranglement a été l’effet d’un lien , ou du cordon ombilical , ou de l’orifice utérin appliqué sur le col de l’enfant. L’excoriation de l’épiderme , suivant Plouquet , est un signe que l’enfant n’a point été étranglé par l’orifice de l’utérus ou du vagin , ni par le cordon ombilical , qui sont très-lisses, mais par un agent plus rude, tel qu’un lacet, un cordon. On croit néanmoins
qu’il y a des circonstances qui peuvent déterminer une excoriation de la peau chez un enfant étranglé pendant l’accouchement sans aucune violence extérieure. Rose fait observer que la main de l’enfant, placée à côté du cou, peut produire l’effet dont il est question ; mais cela est-il prouvé par des exemples ? Plouquet , dit- on aussi , a peut-être avancé trop légèrement que le col utérin, le vagin et le cordon ombilical ne produisaient qu’une ecchymose uniforme sur tous les points , tandis que celle qui a été exercée par une violence extérieure , est toujours inégale quant à sa forme et à sa profondeur. N’est-il pas possible , dit le docteur Marc , de déterminer une ecchymose uniforme, en se servant d’un lacet très-uni ? Cela nous paraît au moins bien difficile. De deux choses l’une : ou l’on ferait un nœud coulant avec ce lacet , ou l’on en tirerait les deux chefs en sens contraire pour étrangler l’enfant. Dans les deux cas l’ecchymose serait plus large et plus profonde , à l’endroit où les deux chefs du lacet se rencontreraient que dans les autres points ; elle ne serait donc pas uniforme , comme dans les cas où l’enfant serait étranglé par le col utérin , par le cordon ombilical, par le vagin. D’ailleurs le nœud du lacet ouïe resserrement de ses extrémités sur le cou de l’enfant , n’en éraillerait-il pas la peau ?
À l’égard des tumeurs elles prouvent aussi
la vie du foetus avant l’accident qui en a été la cause ; car il n’est pas plus possible de produire une tumeur qu’une ecchymose sur un cadavre. Lune et l’autre sont l’effet d’une congestion ou amas de fluides, de sérosité, de san<* • ce qui suppose l’action delà vie, sans laquelle il ne saurait y avoir de circulation. Les tumeurs jui ont leur siège à la tete , doivent être surtout examinées avec beaucoup d’attention , afin de distinguer celles qui sont l’effet du travail d’avec celles qui peuvent provenir d’autres causes. Les premières après un accouchement naturel , sont, pour l’ordinaire, superficielles, circonscrites’ peu étendues , souvent de même couleur que la peau ou peu foncées; elles ont leur siège sur le sommet, près de l’occiput ou des pariétaux ; elles ne contiennent guère que de la sérosité infiltrée dans le tissu cellulaire. Les autres, au contraire, peuvent exister sur tous les points de la tête ; elles sont plus irrégulières, plus profondes, plus étendues ; elles contiennent du sang extravasé ou épanché , ce qui leur donne une teinte rouge ou noirâtre; elles sont aussi accompagnées de la dépréssion , de la fracture du crâne , de l’altération , de la désorganisation du cerveau ; du décollement, de la déchirure des méninges, suivant 1 espèce et la violence de la cause qui les a produites.
H en sera de même des plaies, des piqûres
qu’on remarquera sur la tête , sur îa poitrine et sur l’abdomen; on prendra toutes les précautions nécessaires pour en découvrir l’étendue , la profondeur, la leth alité- Sont-elles superficielles, ou pénètrent-elles dans les cavités splanchniques ? ont elles altéré, désorganisé les parties essentielles à la vie , le cerveau , la moelle épinière , le poumon , le foie , l’intestin , le cœur ou les gros vaisseaux qui en sortent ? Belloc rapporte qu’à la visite d’un enfant qui avait été trouvé mort sous un tas de pierres , on aperçut à la tête une petite plaie qui n’avait pas plus d’une demi-ligne de diamètre ; on procéda doue à îa dilatation de cette petite plaie , en ne comprenant que la peau ; comme on vit qu’elle pénétrait dans le crâne , on ouvrit cette cavité avec beaucoup de précaution , et on trouva que les enveloppes du cerveau , et le cerveau même avaient été pénétrés par l’instrument à la profondeur de deux pouces , et que dans ce point la substance cérébrale était déchirée en plusieurs sens; il y avait environ une cuillerée de sang répandu soit entre les enveloppes , soit dans le ventricule latéral gauche.
On visitera aussi l’intérieur de la bouche et des narines , pour examiner si l’on n’y découvre point des corps étrangers qui aient pu fermer les voies aériennes à l’accès de l’air et suffoquer le nouveau- né. On aura égard à la couleur et à
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l’odeur de ces voies, pour savoir si elles n’ont point e'té exposées à la vapeur du souffre. On fera surtout attention à l’épiglotte, pour s’assurer si elle n’a pas été comprimée avec le doigt ou d’une autre manière ; si la langue n’a pas été repoussée , renversée sur cet appendice cartilagineux.
Nous croyons qu’il est inutile de rappeler ici * avec quelle circonspection et avec quelle délicatesse on doit ouvrir les cadavres des nouveaunés , sur lesquels on fait des recherches médicolégales. Nous supposons que les experts , chargés de pareilles fonctions , sont versés dans l’art des dissections , qu’ils savent manier la pince et le scalpel. Il n’appartient , en effet , qu’à l’anatomiste exercé de visiter les organes , surtout intérieurs , sans les dénaturer. Au reste, nous indiquerons plus bas la manière de procéder à cette partie de l’examen judiciaire.
S’il existe des fractures , des luxations , on examinera si elles ont pu être l’effet des contractions utérines , comme quelques auteurs l’ont cru , ou des efforts qu’on a faits sur les membres , pour terminer l’accouchement , ou de quelque violence criminelle , exercée sur l’enfant après sa naissance. Les circonstances concomitantes de l’accouchement, devront donc être encore rappelées et appréciées , autant qu’il sera possible , afin d’éviter toute méprise à cet égard.
Jusqu’ici nous n’avons considère que les sévices , comme coups , blessures , ou autres mauvais traitemens qui pouvaient donner la mort au nouveau-né. Mais cela ne suffit pas pour constater qu’il a péri par l’efïet du meurtre ou de l’infanticide ; il faut encore s’assurer s’il a réellement joui de la vie après sa naissance.
D’ailleurs il peut arriver que des experts soient commis pour visiter le cadavre d’un enfant qui n’offre aucune marque de violence extérieure. Comment décider alors si sa mort a précédé ou suivi la naissance ; si elle est récente ou ancienne ; s’il a respiré ou non avant de mourir ; si sa vie a été courte ou de quelque durée ; s’il a succombé à quelque cause innocente ou criminelle ?
Pour résoudre la première de ces questions y qui n’est pas toujours la plus facile , il faut d’abord examiner si la femme n’a point éprouvé quelque maladie aiguë ou chronique avant l’accouchement , telles que des phlegmasies , des convulsions , de grandes hémorragies , surtout utérines ; s’il ne s’est point manifesté chez elle des signes de pléthore sanguine , comme des maux de tête y des éblouissemens 9 des vertiges , des tintemens d’oreille , la rougeur du visage r l’engourdissen^ent général , la somnolence ; si elle n’a pas essuyé de mauvais traitemens , reçu des coups sur les reins , sur le ventre ; si elle
n’a pas fait quelque cahute violente ; si elle n’a pas commis des imprudences , des excès , en prolongeant des veilles trop avant dans la nuit , en faisant des courses trop longues ou trop rapides , des efforts immodérés pour soulever des fardeaux , en se livrant avec trop d’ardeur aux plaisirs vénériens , en abusant de liqueurs spiritueuses, de café, d’alimensou de remèdes trop actifs , iucendiaires ; si elle n’a pas manqué de nourriture durant la grossesse , surtout vers la fin ; si elle n’a pas été exposée à de vives affections de l’âme , â la colère , au chagrin , à la tristesse , à la crainte , à la terreur, etc.
Toutefois il faut alors avoir égard au tempérament ou disposition habituelle de la femme , à sa sensibilité, à sa mobilité, afin de mieux juger si les causes ci-dessus ont pu faire de fortes impressions sur elle et donner la mort à l’enfant qu’elle portait dans son sein. Telle femme peut commettre les plus grands écarts de régime pendant la grossesse , sans en être incommodée ; telle autre ressent la plus vive émotion du plus léger accident , ou en est entièrement bouleversée.
Quant aux causes propres à l’enfant, et capables de lui donner la mort dans le sein de la mère , elles sont très- difficiles à indiquer, parce qu’on ne les connaît que très-imparfaitement. Cependant on croit assez généralement qu’il peut
MÉDECINE LÉGALE. 58i
périr alors par l’effet de l’électricité , dont la mère reçoit la commotion ; par l’effet de la petite vérole, lorsqu’elle s’expose à la contagion de cette maladie ; par des mouvemens convulsifs. Mais le plus communément le fœtus meurt avant de naître , quand il est acéphale , hydrocéphale , mal conformé , et , suivant quelques auteurs , quand le cordon ombilical est tordu , noué sur lui-même , trop court , entortillé autour du col de l’enfant : ce qui l’expose à des tiraillemens qui peuvent décoller le placenta , ou interrompre la circulation des fluides que la mère fournit.
11 faut s’informer encore si la mort du fœtus ne s’est pas manifestée avant l’accouchement. Les signes extérieurs qui l’indiquent alors, sont la cessation de tout mouvement dans la matrice , après une agitation extraordinaire ; le gonflement et la douleur , puis l’affaissement subit des mamelles ; un sentiment de pesanteur du côté où la femme se couche, et un ballottement incommode , tantôt sur Je rectum , tantôt sur la vessie; la pâleur du visage, l’enfoncement des yeux, les paupières bordées d’un cercle livide, noirâtre , plombé ; la bouche mauvaise, des bâillemens fréquens , des maux de tète , des tintemens d’oreilles ; la perte de l’appétit, des nausées , des vomissemens , des syncopes , des lassitudes spontanées ; l’affaissement du ventre ,
la rétraction du nombril, enfin la fièvre lente," la fétidité de l’haleine , l’humeur sombre , mélancolique , l’écoulement de matières noirâtres , putrides par la vulve.
11 est vrai que chacun de ces signes, pris en particulier , est équivoque , comme l’expérience l’a prouvé. Si l’on en croit même Baudelocque , deux femmes, après avoir éprouvé la plupart des accidens ci-dessus , accouchèrent, l’une d’un enfant languissant et faible , l’autre d’un enfant robuste , vigoureux et du poids de neuf livres. Quoiqu’il en soit , la réunion de tous ces signes laisse rarement des doutes sur la mort du fœtus dans la cavité de la matrice.
Les phénomènes qui se manifestent pendant le travail de l’accouchement , offrent moins d’incertitude. Le fœtus alors ne remue plus ; les eaux de l’amnios sont bourbeuses , noirâtres , fétides ; le cuir chevelu toujours ferme, élastique et tendu chez l’enfant qui vit, est au contraire mou , flasque , ridé ; il tombe quelquefois en lambeaux ; les os du crâne sont mobiles , vacillans , comme désarticulés ; le cordon ombilical , quand il est accessible au doigt , ne présente ni rénitence, ni pulsations.
Cependant il faut convenir que ces derniers signes seront plus ou moins sensibles , plus ou moins prononcés , suivant que le fœtus aura péri plus ou moins de temps avant l’accouchement >
suivant que les eaux se seront écoulées plus tôt ou plus tard ; car alors elles auront donné accès à l’air, dont l’impression, conjointement avec la chaleur et l’humidité , favorise beaucoup la putréfaction des substances animales privées de la vie.
Au reste , il est bon d’observer que la couleur trouble et bourbeuse , même la fétidité des eaux de l’amnios , n’indique pas toujours la mort du fœtus dans la matrice. Ce fluide peut se mêler, soit avec le méconium qui se vide par la compression du ventre , principalement chez les enfans qui viennent par les pieds , soit avec des caillots de sang extravasé , qui ont séjourné dans la matrice. N’est-il pas possible aussi, comme le remarque Mauriceau , qu’il y ait deux fœtus, l’un mort et déjà corrompu, l’autre vivant et parfaitement sain ? On a vu naître encore des enfans pleins de vie , malgré l’apparence gangreneuse de l’arrière-faix, du cordon, même d’un membre qui était hors de la vulve. Enfin, la facilité avec laquelle l’épiderme se détache de la tête , ou de toute autre partie qui se présente, n’est pas toujours une preuve que l’enfant soit mort dans la matrice. Cette sorte de dissolution peut provenir du séjour long-temps prolongé de la partie que l’enfant présente au passage où elle est exposée à l’air et à l’impression souvent répétée, presque toujours intempestive des doigts des accoucheurs, des matrones.
11 importe encore de s’assurer si le fœtus est mort pendant l’accouchement. On s’informera donc si la mère et l’accoucheur en ont senti ou non les mouvemens peu de temps avant ou pendant le travail ; si les tégumens du crâne , après avoir offert de la résistance , se sont ramollis ; si le cordon ombilical a été exposé à la compression ; si l’enfant s’est présenté dans une mauvaise position ; s’il a été extrait avec violence , par des manœuvres que l’art réprouve ; en un mot , si les circonstances concomitantes de l’accouchement ont pu le faire périr.
Après la naissance , les signes qui indiquent la mort antérieure du fœtus dans la matrice , sont d’autant plus caractéristiques , d’autant plus frappans , que cette mort est plus ancienne , et la putréfaction ou dissolution qui la suit, plus avancée. Les tégumens sont alors souples , mollasses, pâles, jaunâtres, livides, d’une couleur pourprée ou brunâtre ; l’épiderme s’enlève facilement et par le simple contact; le crâne, surtout dans le lieu des fontanelles , est affaissé , le thorax déprimé , l’abdomen aplati , le cerveau dissous , fétide ; les poumons , le foie , l’intestin , la plèvre , le péritoine , en un mot, tous les viscères , les vaisseaux même ont une teinte rougeâtre ; il y a des crevasses , des gerçures ,, principalement autour du nombril ; il s’en écoule une sorte de sanie putride ainsi que par les
ouvertures naturelles ; le cordon ombilical est mou , gros , jaunâtre, livide, décomposé ; tout le cadavre est en colliquation , œdématié , infiltré d’une sérosité roussâtre , sanguinolente , qu’on trouve aussi dans les cavités splanchniques , dans le péricarde ; les membres sont relâchés , les chairs n’ont point de consistance ; quelquefois , mais rarement , le corps est desséché, compacte , réduit à ce qu’on appelle Y état de gras.
Quant à la seconde question qui est de savoir si la mort de l’enfanta précédé ou suivi la respiration , le bon sens et la raison disent qu’il est impossible de la résoudre , sans avoir examiné la poitrine et les poumons; car la physiologie enseigne que cette cavité et ces organes , chez le fœtus renfermé dans la matrice , ne doivent point être dans le même état que chez l’enfant qui a respiré. La vie du fœtus , avant sa naissance , est en quelque sorte végétative ; elle ne s’entretient et ne subsiste qu’au moyen du système ombilical par lequel le fœtus communique avec la mère , dont il est l’annexe ? le parasite; elle est entièrement indépendante de la poitrine et des poumons, qui ne croissent et ne se développent alors que comme les autres cavités et les autres organes. Mais , par l’effet du travail de l’accouchement , toute communication cesse entre le fœtus et la matrice ; l’en-
fant naît , et commence une nouvelle vie , toute subordonnée à la poitrine , aux poumons , à leurs fonctions , en un mot à la respiration. L’air pénètre dans la trachée artère , dilate les vésicules bronchiques , augmente le volume et la légèreté spécifique des poumons , refoule le diaphragme vers l’abdomen , soulève le sternum et les côtes , agrandit la capacité du thorax dans tous les sens. D’un autre côté , dès que l’enfant respire , la circulation pulmonaire remplace la circulation ombilicale ; par conséquent , les poumons reçoivent alors une plus grande quantité de sang qu’auparavant , ce qui doit nécessairement les faire changer de couleur et de poids absolu. D’où il résulte que ces organes deviennent spécifiquement plus légers , à cause ' des changemens que la respiration apporte dan leur volume, et absolument plus pesans , à cause des changemens que cette même fonction apporte dans leur système vasculaire.
Il s’agit donc , pour décider si un enfant a respiré ou non avant sa mort , de constater les changemens qui caractérisent le passage de la vie ombilicale du fœtus à la vie pulmonaire de l’enfant. Or le meilleur moyen de faire ces recherches est d’avoir recours à l’anatomie , à la statique et à l’hydrostatique des poumons.
i°. Si l’on examine anatomiquement le thoràx du fœtus qui n’a pas respiré, on le trouve j
aplati , comme comprimé. Les poumons sont denses, fermes, d’un rouge brun, dans l’état d’affaissement , appliqués sur la partie supérieure des vertèbres dorsales, où ils n’occupent qu’un petit espace , et laissent à découvert le péricarde et le cœur , surtout du côté gauche. Quand on les coupe , on dirait que l’instrument traverse le tissu d’un organe entièrement compacte et charnu , comme celui du foie , des reins , ou mieux encore de la rate. Les vaisseaux pulmonaires sont vides, ou ne contiennent que peu de sang ; mais le canal artériel et le canal veineux sont encore pleins de ce fluide ; le trou de Botal est ouvert , le diaphragme considérablement refoulé vers la poitrine , la vessie pour l'ordinaire remplie d’urine, l’estomac de mucosités, l’intestin de méconium ; la bouche fermée, la langue appliquée contre le palais.
Quand , au contraire , l’enfant a respiré , c’est une toute autre disposition. Le thorax est arrondi , voûté , élevé , agrandi en tout sens. On trouve les poumons dilatés, spongieux, moins foncés ou d’un rouge plus clair ; ils recouvrent davantage les parties latérales du péricarde , et remplissent la capacité du thorax. Le poumon droit surtout est plus dilaté, plus volumineux, quelque faible qu’ait été la respiration , parce que la branche trachéale en est moins étroite et plus courte que celle dit côté opposé. Si l’on
588 médecine légale.
coupe ces organes * iis crépitent ou sifflent sous le tranchant du scalpel ; et quand on les presse entre les doigts , ils offrent une élasticité et une résistance semblables à celles des corps emphysémateux , remplis d’air; il en sort aussi un sang plus abondant , plus rouge , plus écumeux ; le canal artériel et le canal veineux sont vides, tandis que les vaisseaux pulmonaires sont gorgés de sang ; le trou de Botal est fermé , le centre tendineux du diaphragme déprimé vers F abdomen ; la vessie ne contient presque point d’urine , l’intestin peu de méconium ; la bouche est ouverte, la langue quelquefois saillante.
Il faudrait être bien aveugle ou de bien mauvaise foi , pour ne pas accorder aux signes qui composent l’une et l’autre de ces deux séries le degré de certitude qu’ils méritent, etpour ne pas les regarder comme une preuve positive ou négative de la respiration , quand ils se trouvent réunis. Mais il n en serait pas de même , s’ils 1 étaient épars , isolés ; car , en les considérant chacun en particuliér on est force de convenir qu’ils ont beaucoup moins de valeur et qu ils sont insufïisans * pour décider la question qui nous occupe.
D’abord la dilatation du thorax , d’après laquelle Olberg , dans sa docimasie hydrostatique* prétend qu’on peut distinguer si un enfant a respiré , n’est qu’un signe fort incertain. Des -
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•sens ne peuvent apprécier cette dilatation que d’une manière inexacte ; on n’a aucun terme de comparaison , aucune observation précise à cet égard. D’ailleurs la poitrine n’est jamais assez bien conformée chez les divers individus pour servir de base à une règle fixe et exempte d’erreur, quand il s’agit d’estimer l’élévation ou l’aplatissement de dette cavité*
Daniel y dans son commentaire sur l’ombilic et les poumons des nouveau-nés, propose, pour plus de sûreté, de mesurer la circonférence du thorax avec un cordon , de la comparer avec la hauteur des vertèbres dorsales , et d’examiner la distance du sternum au rachis. Mais cette opération n’estelle pas trop minutieuse , trop compliquée , trop variable pour donner des résultats positifs dans un examen judirique ?
La seule dépression du diaphragme ne suffit pas non plus pour caractériser la respiration. Dans le fait , comment espérer quelque chose d’exact et de précis d’un tel signe ? Ira-t-on, comme l’indique Plouquet dans sa dissertation sur les procédures criminelles ; ira-t-on avec un fil-à-plomb partant du sternum , constater à quel point du thorax , à quelle côte répond le centre tendineux de la cloison musculaire qui sépare la poitrine de l’abdomen ? Doit-on essayer aussi , d’après le meme auteur , si le diaphragme peut ou ne peut pas être refoulé plus avant dans la poitrine , afin
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de décider si l’enfant a respiré ou non ? Mais la simple exposition de pareils procédés doit faire sentir qu’ils ne méritent pas l’attention des praticiens. Il faut quelque chose de plu? constant, de moins sujet à l’erreur , pour prononcer en matière criminelle.
Il en est de même du changement que les poumons éprouvent par rapport à leur volume. O11 ne peut contester que l’air inspiré ne dilate ces organes , et ne leur fasse occuper plus d’espace dans la cavité du thorax. Cependant on s’exposerait aux plus gravçs méprises , en ne faisant attention qu'à ce phénomène , pour constater si la respiration aprécédé la mort desenfans qu’on soumet aux recherches médico-légales. Schmitt a ouvert quatre foetus qui n’avaient point respiré, et a trouvé que leurs poumons remplissaient complètement la poitrine. En ouvrant, au contraire, un autre enfant qui avait respiré pendant trente-six heures , il a trouvé les poumons remplis d’air, mais si petits qu’ils n’occupaient que peu d’espace , et qu’on avait de la peine à les découvrir. Voilà donc des variétés , des anomalies , des exceptions qui , quelque rares qu’elles soient , empêchent d’établir une règle universelle ou péremptoire sur le volume et la situation de ces organes.
Doit-on ajouter une confiance illimitée à la couleur des poumons , et toujours prononcer que la mort de l’enfant a précédé ou suivi la res-
MÉDECINE LÉGALE. 5gi
piration , suivant que cette couleur est brune ou rosée ? Ce signe est encore trop variable pour être exclusif. On a observé que la teinte des poumons offrait beaucoup de nuances relativement aux divers degrés de respiration , et a l’action d’une infinité de causes tant externes qu’internes ; elle devient plus claire par la seule impression de l’air atmosphérique , presque aussitôt après l’ouverture du thorax. Schmitt et le docteur Marc ont observé aussi que les poumons des enfans mort-nés ressemblaient quelquefois , par la couleur , à ceux des enfans qui avaient respiré, et que cette ressemblance était plus ou moins fréquente , selon que le fœtus était plus ou moins éloigné de sa maturité. Enfin on a vu que les poumons des enfans morts par suffocation ou dont la poitrine était remplie de sang , présentaient une nuance aussi brune que ceux qui n’avaient point respiré. La seule couleur de ces organes n’indique donc que d’une manière fort équivoque la réalité ou l’absence de la respiration.
Quant aux changemens du canal artériel, et du trou de Botal, du canal veineux et du cordon ombilical, on ne saurait contester qu’ils ne soient la meilleure preuve de la respiration. Mais, comme ces changemens ne sont bien prononcés , bien manifestes que plusieurs jours après le commencement de cette fonction , et comme le crime d’infanticide se commet pour l’ordinaire aussitôt
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cjue Fenfant est né , il en résulte qu’on ne peut pas toujours les observer , ni en tirer des inductions péremptoires , décisives.
Enfin la vacuité ou la plénitude de la vessie et de l’intestin ne suffiraient pas pour faire décider, d’une manière positive , si Fenfant a respiré. Car les contractions de la matrice , pendant le travail de l’accouchement, peuvent déterminer l’expulsion de l’urine et du méconium c hez Fenfant qui meurt avant de naitre , comme aussi plusieurs causes accidentelles peuvent retarder ces excrétions chez celui qui a respiré,
INous répéterons donc que la plupart des signes anatomiques dont nous avons fait l’énurnération , considérés isolément ou indépendamment les uns des autres , ne prouvent rien ou presque rien. 11 n’y a véritablement que leur ensemble qui puisse être de quelque poids dans la question présente.
20. La statique des poumons consiste à peser d’abord au moyen d’une balance le fœtus, avant d’en faire l’ouverture ; à peser ensuite les poumons seuls ou séparés de leurs annexes , et à déterminer le rapport de pesanteur entre ces organes et le corps entier. 11 est certain que ce rapport ne peut être le même avant et après la respiration ; car nous avons déjà vu que l’effet immédiat de cette fonction était , non-seule-
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ment de dilater les poumons, mais encore d’y faire circuler le sang qui retournait au placenta chez le fœtus avant sa naissance. C’est là ce qui constitue , à proprement parler , le passage de la vie fœtale ou végétative, à la vie pulmonaire ou animale. Par conséquent les poumons doivent recevoir une plus grande quantité de sang chez l’enfant qui respire ; donc ils doivent acquérir par là même plus de pesanteur absolue relativement à tout le corps.
Ce fut d’après ces principes et ce raisonnement > dont on ne peut contester la vérité et la justesse en théorie , que Plouquet imagina de constater, au moyen de la balance, si l’enfant avait respiré ou non avant de mourir : procédé ingénieux qu’il fît connaître en 1783. Il résultait de ses essais que la respiration doublait la pesanteur absolue des poumons ; il trouva , en effet, que le rapport entre ces organes et le corps était comme un à soixante -dix , chez l’enfant qui n’avait pas respiré, et comme deux à soixantedix , ou comme un à trente-cinq dans le cas contraire.
Mais quelque spécieuse que soit l’épreuve statique des poumons ; quelque incontestable même que soit le principe de Physique sur lequel elle est fondée, il s’en faut bien qu’elle soit satisfaisante , et qu’elle puisse indiquer exactement en pratique la différence entre l’enfant qui a
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respiré et celui qui est mort-né. Pour adopter la méthode de Plouquet comme une règle exclusive en médecine légale , il faudrait que la respiration et la circulation pulmonaire s’établissent avec la même facilité , avec la même promptitude chez tous les nouveau-nés : ce qui ne peut point avoir lieu. Il faudrait aussi que le rapport des poumons avec le corps entier fût constamment le même : ce qui est certainement bien loin d’être conforme à l’observation. Ce rapport varie suivant le sexe , suivant l’activité nutritive des organes , et suivant le degré d’obésité ou d’embonpoint des individus. Voilà sans doute pourquoi les expériences de Plouquet ne sont nullement d’accord avec celles de Jaeger , de Hartmann, de Schmitt , et du professeur Chaussier sur le même sujet. Les deux derniers ont constaté par de nombreuses observations , l’un à Vienne en Autriche , et l’autre à Paris, que le rapport de pesanteur entre les poumons et le corps y pouvait être comme un à soixante-dix et au-dessus de soixante-dix chez l’enfant qui avait respiré , et comme un à trente-cinq , et au-dessus de trente-cinq chez celui qui n’avait point respiré. D’où il résulterait que la respiration , au lieu de doubler la pesanteur des poumons j comme l’expérience de Plouquet l’indique , produirait quelquefois un effet contraire,
ou rendrait ces organes deux fois plus légers relativement au poids total du corps.
L’épreuve des poumons par la balance est donc trop variable et trop incertaine, pour fournir quelque chose de bien positif sur la respiration. Si l’on pouvait en retirer quelque avantage en pratique , ce serait seulement lorsqu’elle donnerait des résultats conformes à ceux qu’on aurait obtenus par les autres procèdes. Elle ser-^ virait alors d’appui et pour ainsi dire de complément à la vérité ; elle la confirmerait ou la fortifierait principalement quand on ferait des l’echerches médico-légales sur des foetus à terme, chez lesquels le rapport des poumons au corps entier est à peu près tel que Plouqtiet l’a établi. Peut-être aussi cette méthode aiderait à vérifier quelquefois si les poumons , qui surnagent ou flottent sur l’eau , doivent leur augmentation de volume et de légèreté spécifique à la respiration plutôt qu’à l’insufflation et à la putréfaction. Lorsque ces organes, par l’effet de quelque maladie, d’un squirrhe, par exemple, se précipiteraient au fond de l’eau , quoique l’enfant eût respiré , la statique ne pourrait-elle pas encore procurer quelques éclaircissemens , en déterminant le rapport de leur poids avec celui de tout le corps? Cela paraît au moins fondé sur les propriétés de la respiration , qui dilate les poumons et en change la circulation ; d’où il résulte qu’il n’ap-
partient qu’à cette fonction de leur donner en même temps plus de légèreté spécifique par rapport à l’eau , et plus de pesanteur absolue relativement à tout le corps. Aussi la réunion de ces deux changemens prouve-t-elle incontestablement la respiration , et en distingue-t-elle les effets d’avec ceux de toute autre cause. L’insufflation et la putréfaction peuvent bien rendre les poumons plus volumineux et plus légers , mais non y attirer plus de sang , et en augmenter la pesanteur absolue.
Quoi qu’il en soit , on a conseillé de vérifier et de confirmer rexpérience de Plouquet par celle de Daniel, également fondée sur l’augmentation de volume et de pesanteur absolue que les poumons acquièrent chez l’enfant qui respire. Voici donc comment il faut procéder suivant ce dernier auteur. Après avoir retiré les poymons et le cœur du thorax , on en lie les gros vaisseaux , pour empêcher l’eau d’y pénétrer. On constate ensuite le poids absolu de ces organes à l’aide d’un trébuche t très-sensible. Gela fait, on les plonge sans les retirer de la balance , dans un vase rempli d’eau , et assez profond , afin d’estimer ce qu’ils perdent de leur poids. On réitère l’expérience sur les poumons seuls, et on obtient ainsi le poidsdu cœur qu’on déduit du premier résultat. Pour faire plonger' les poumons que l’air a distendus, Daniel propose d’en augmenter la pesanteur,
en les plaçant dans un petit panier en fil d’argent , dont le poids est connu , et doit être défalqué de celui qu’on a déjà obtenu; du reste , cette sorte de lest ne sert qu’à rendre l’expérience plus exacte. On a soin aussi de fixer à la surface interne et latérale du vase, qui doit contenir l’eau , un tube de verre dont l’échelle graduée marque l’élévation du liquide , peqidant que les poumons y son t plongés.
Pour peu qu’on soit versé dans la Physique , il est facile de se rendre compte de tout ce qui se passe dans cette expérience. D’abord l’échelle graduée, qui marque l’élévation de l’eau, indique nécessairement le volume des poumons; car il est démontré que tout corps solide , plongé dans un liquide , en déplace une quantité égale à son propre volume. Or les poumons sont pins volumineux après qu’avant la respiration ; donc ils doivent déplacer plus d’eau , et la faire monter plus haut dans le premier cas que dans le second ; donc l’échelle graduée fera connaître la différence de ces organes , suivant que l’enfant aura respiré ou non avant la mort.
D’un autre coté , en pesant d’abord les poumons dans l’air , et en les plongeant ensuite dans l’eau , on peut estimer ce qu’ils perdent de leur poids dans ce dernier liquide ; car tout corps solide qui passe d’un milieu plus rare dans un
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milieu plus dense , y perd d’autant plus de sa pesanteur , qu’il est plus volumineux ; or , les poumons , encore une fois , ont plus de volume après qu’avant la respiration ; donc ils doivent perdre plus de pesanteur, ou être spécifiquement plus légers dans le premier cas que dans le second.
On conçoit donc comment et pourquoi Daniel peut venir a bout d’estimer avec sa balance le volume et la pesanteur des poumons, et de vérifier si ces organes ont servi ou non à la respiration : il ne s’agit que de faire assez d’essais ou d’épreuves , pour établir deux ternies de comparaison. Le premier consiste à fixer, d’après les principes ci-dessus , le rapport de volume entre les poumons qui ont respiré , et ceux qui n’ont point respiré. Quand on l’aura obtenu , il suffira de plonger des poumons dans l’eau, pour savoir s’ils contiennent ou non de l’air. Le second terme de comparaison doit servir à vérifier si cet air provient plutôt de la respiration que de l’insufflation ou de la putréfaction. Il consiste donc à multiplier les essais jusqu’à ce qu’on ait déterminé, d’une manière fixe, ce que des poumons perdent en pesanteur dans l’eau, quand ils n’ont pas respiré, quand ils ont respiré, quand ils ont reçu de l’air par insufflation , ou qu’ils sont putréfiés. On obtiendra ainsi un rapport ou terme de comparaison qui servira en
quelquesorte d’étalon ou demesurepour constater si le fœtus a respiré ou non avant de mourir.
il faut convenir que toutes ces expériences reposent sur des principes incontestables. Mais les instrumens que Daniel y emploie sont si compliqués , exigent des préparations si minutieuses, et supposent d’ailleurs tant d’exactitude, qu’il est très-difficile, pour ne pas dire impossible , de les adopter dans la pratique de la médecine légale. On a donc renoncé à cette méthode, et on lui préfère généralement la simple épreuve hydrostatique des poumons, qui est à la portée de tout le monde, et dont il nous reste à parler.
3°. Cette épreuve est sans contredit la plus ancienne qu’on connaisse ; elle avait'été indiquée par Galien , dans son Traité de la fonction ou usage des parties. Mais» elle était restée dans l’oubli jusqu’au milieu du dix-septième siècle, époque où Thomas Bartholin et Jean Swam inerdan la rappelèrent à l’attention des savans- Peu de temps après Jean Schreger en fit l’application à la médecine légale , où elle s’est conservée jusqu’à nos jours , et où elle est de la plus grande utilité pour résoudre la question d’infanticide. Voici donc la manière de procéder à cette expérience.
On retire les poumons avec le cœur de la poitrine ; on coupe la trachée-artère à l’origine
4oo médecine légale.
des bronches ; on lie les gros vaisseaux et on essuie le sang qui recouvre la surface extérieure de ces organes. On prépare ensuite un vase capable de contenir au moins un pied cube d’eau ; ce liquide doit être propre , d’une température ordinaire, exempt de parties salines ou terreuses qui pourraient en augmenter la densité. On prend ordinairement pour cela de l’eau de rivière ; on y place doucement les poumons avec le cœur , et on observe s’ils se précipitent avec lenteur ou brusquement. On y replace les poumons sans le cœur , et on examine si tous les deux descendent à la même profondeur , ou si l’un , et lequel des deux , du droit ou du gauche, surnage. On répète l’expérience avec chacun des poumons , puis avec chaque lobe coupé en plusieurs morceaux , et on constate s’ils surnagent ou tombent au fond. On distingue avec soin les morceaux du poumon droit et ceux du poumon gauche. Enfin on exprime entre les doigts et sous l’eau chacun de ces morceaux , et on observe s’il s’en dégage des bulles d’air , s’ils surnagent encore ou s’ils vont au fond de l’eau. En coupant les poumons , on examine égaleraient s’ils crépitent sous le scalpel , s’il en sort beaucoup de sang, si le parenchyme en est altéré , squirrheux , ou dans l’état naturel.
Le but et le résultat de cette expérience sont très-faciles à saisir. Les poumons entiers et di~
MÉDECINE LÉGALE. 4oi
Vises par morceaux , se précipitent-ils au fond de 1 eau , il est clair que leur pesanteur spécifique surpasse celle du liquide, et que par conséquent la respiration n’a pas eu lieu. Au contraire ces organes surnagent-ils, lorsqu’ils sont projetés en masse et par morceaux fortement exprimés dans un linge , cette fonction a été complète ; n y a-t-il que les fragmens du poumon droit qui surnagent , elle a été incomplète.
Mais que n a-t-on pas dit contre ce genre d expérience et de preuve ! Que de contestations n a-t-elle pas excitées parmi les médecins ! On a objecté premièrement que le fœtus pouvait respirer , même crier , soit pendant qu’il était encoie dans la matrice et dans ses membranes , par analogie au poulet qu’on entend piauler dans sa coque ; soit après la rupture des membranes , lorsque le visage était poussé par les douleurs de 1 enfantement , vers l’ouverture de la vulve , où la bouche et les narines étaient exposées à l’impression immédiate de l’air ; soit après la sortie de la tête , pendant que le reste du corps était encore enchâssé dans le bassin ; soit réciproquement après la sortie du tronc , lorsque la tète n’était pas dégagée.
Pour ce qui concerne la première partie de cette objection , c’est-à-dire , la respiration et le vagissement du fœtus dans la matrice , avant la 1 upture des membranes , on peut dire que ce
4û2 médecine légale. sont là des phénomènes si extraordinaires , si peu vraisemblables , qu’on ne saurait les croire sans des preuves solides et à l’abri de toute contestation. S’ils ont existé, ils doivent avoir été bien rares, puisqu’on ne connaît aucun fait digne de foi qui les ait confirmés. Le docteur Béclard, professeur à l’école de Médecine de Paris , atteste seulement qu’après ,avoir ouvert le ventre , et incisé avec précaution l’utérus d’une femelle pleine , il a observé simultanément la dilatation des narines et l’élévation du thorax à travers les membranes dont les petits étaient enveloppés ; mouvemens qui se répétaient à des intervalles assez réguliers , qui étaient en général plus lents que ceux de la respiration extra-utérine chez les mêmes animaux , qui devenaient plus étendus et plus rapprochés , à mesure que l’utérus se resserrait progressivement , et que la circulation de la mère au fœtus était plus imparfaite ; enfin , mouvemens qui ressemblaient en général à l’inspiration et à l’expiration rares et profondes des enfans nés dans l’état de faiblesse, d’apnée ou d’asphyxie.
Mais cette seule observation , quelque confiance que mérite l’auteur qui l’a faite , suffitelle pour prouver la respiration et le vagissement du fœtus dans la matrice ? Tout au plus pourrait-elle , comme le remarque le docteur Marc , faire naître quelque présomption sur la possibilité d’un pareil phénomène , et tenir les
médecine légale. 4o3 médecins-experts en suspens, jusqu’à ce que de nouvelles observations en auraient donné de nouvelles probabilités, et même établi la certitude complète. D’ailleurs les mouvemens des nannes et du thorax, observés par le professeur Beclard, ne pourraient-ils pas être l’effet de la circulation fœtale , de la diastole et de la systole des arleres, de l’oscillation continuelle qui se fait dans les êtres animés du centre à la périphérie , et réciproquement de la phériphérie au centre ?
11 est a peine nécessaire de réfuter ici la prétendue analogie entre les ovipares et les niammileres, entre le poulet et le fœtus humain. La coque où est renfermé le premier, éminemment poreuse, s’oppose moins à l’introduction de l’air que les membranes dont le second est enveloppe. D’ailleurs, le poulet isolé dans l’œuf et sans communication avec la mère, peut avoir besoin de respirer avant de percer sa coque : ce qu’on ne peut supposer chez l’enfant à terme et près de sa naissance , lequel est encore annexé à sa mère.
On a aussi beaucoup cherché, dans ces derniers temps, à vérifier si le fœtus pouvait respirer et crier après la rupture des membranes, lorsqu’il avait la bouche et le nez près de l’orilice utérin ou de la vulve ; et l’on sent toute influence qu une pareille decision devrait avoir sur l’épreuve hydrostatique des poumons. Mais
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il n’existe non plus aucune observation précise à cet égard ; et quoique Osiander assure que cela est possible, le docteur Marc rejetterait son assertion comme chimérique , si l’observation déjà citée du professeur Bèclard ne le forçait de rester dans le doute. Nous pouvons certifier nous-mème avoir vu naître six enfans dont la tête , après l’écoulement des eaux de l’amnios , présentait le visage et par conséquent 3a bouche et le nez à l’orifice de l’utérus et en- j suite à la vulve ; mais nous pouvons bien assurer aussi que nous n’en avons entendu aucun respirer , ni pousser des cris pendant le travail de l’accouchement. Cette partie de l’objection est donc aussi invraisemblable , ou du moins aussi douteuse pour nous que la première, jusqu’à ce | qu’elle ait été confirmée par des observations l exactes et entièrement convaincantes.
Il n’en est pas de même de l’enfant dont la tête 'fi est sortie de la vulve , et dont le tronc reste encore dans le bassin de la mère. Nous croyons f bien fermement qu’il peut respirer et crier alors avant sa naissance complète ; et quels que soient les raisonnemens théoriques de Camper , de Rœderer , de JVrisberg , de MecJcel , de Daniel , : et de Metzger , qui soutiennent la négative sur cette question, nous ne pouvons nous empêcher d’adopter l’opinion de Bohn, de Haller , de Morgagni , de Teichmeyer , de Flou que t ,
de William- Hunter , de j Baudelocque y de Rose , à'Osiander et de Schmitt qui sont pour l’affirmative. Les deux derniers rapportent, l’un neuf et l’autre huit observations , qui prouvent jusqu’à l’évidence que l’enfant a respiré et crié distinctement après la sortie de la tète , pendant le passage du thorax , une fois même quoique le cordon ombilical fit deux fois le tour du cou. Ces observations sont d’autant plus capables d’entraîner notre conviction, que nous avons été témoins du même phénomène. Nous pouvons attester avoir entendu et vu nombre d’enfans respirer et crier d’une voix souvent faible , quelquefois forte et très - distincte , lorsqu’ils avaient seulement la tête hors de la vulve , et le tronc encore dans le bassin. C’est ce dont les personnes qui étaient présentes , et une fois plusieurs de nos élèves ont pu se convaincre aussi bien que nous ; c’est encore ce que nous avons eu occasion d’observer très- récemment dans la rue Saint-Paul , avec le docteur Surun et M. Pront , élève en médecine. Le 8 septembre de la présente année l’épouse de ce dernier est accouchée très-naturellement d’une petite fille qui s’est mise à crier aussitôt qu’elle a eu la tête hors de la vulve , et a continué de se faire entendre fort distinctement de sa mère et de tous les assistans, jusqu’après sa naissance complète : phénomène qui a duré l’espace de plusieurs secondes.
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Enfin , les opinions n’ont pas été moins partagées sur la possibilité de la respiration, lorsque toutes les parties de l’enfant sont hors de la vulve , excepté la tête. 11 est inutile de faire ici la revue de tous les champions qui sont descendus de part et d’autre dans cette espèce d’arène. Il suffit de citer Osiander et Schmitt, dont le premier rapporte une , et le second deux observations qui semblent prouver que l’enfant a respiré dans le cas dont il s’agit, même lorsqu’on a été obligé d’en faire la version, parce que des circonstances impérieuses ont exigé la prompte terminaison de l’accouchement. Voici d’ailleurs ce que l’expérience nous a fait voir à cet égard. Lorsque l’enfant naissait par les pieds , ou que nous tirions sur ces extrémités pour l’extraire , nous avons remarqué plusieurs fois que la poitrine se dilatait et se contractait avec force, que les épaules s’élevaient et s’abaissaient alternativement , quoique la tête fût encore enchâssée dans le bassin, et avant que nous eussions insinué les doigts on le forceps dans ce canal , pour exécuter la manoeuvre convenable. Or , si ces mouvemens de la poitrine n’étaient pas dus à la respiration , nous convenons de bonne foi que nous serions fort embarrassés pour en assigner une autre cause. Ce qui nous fait embrasser ce sentiment, c’est que nous avons toujours vu périr l’enfant, lorsque nous ne pouvions parvenir à
médecine légale. 4°7
dégager assez promptement la tête. Voilà, sinon une preuve , du moins une très - grande probabilité que la respiration existait alors, mais qu’elle était gênée, et qu’il fallait peu de chose pour l’interrompre.
11 est donc possible que l’enfant respire dans certains cas, avant d’être né complètement, par exemple , lorsque la tête seule est sortie du bassin , ou reste seule dans ce canal. Le médecinexpert s’exposerait donc à commettre les plus grandes erreurs, en négligeant de s’informer de ces deux circonstances de raccouchement. Car si l’enfant venait à périr alors , avant d’être entièrement sorti de la matrice , ou du bassin , les poumons qui surnageraient ou flotteraient sur l’eau pourraient faire attribuer sa mort au crime , tandis qu’elle serait l’effet d’une cause naturelle et bien innocente.
On a objecté en second lieu que la putréfaction , l’insufflation artificielle ou l’emphysème des poumons pouvaient les rendre plus légers que l’eau , et les faire surnager , quoique l’enfant n’eût point respiré.
Mais d’abord plusieurs observateurs ont révoqué en doute , même nié , que les gaz développés dans les poumons par la putréfaction , pussent en augmenter la légèreté spécifique ; et les expériences de Camper et de Schmitt , ne laissent rien à désirer sur ce point. D’un autre côté
4o8 MÉDECINE LÉGALE,
cependant, il est incontestable que dans quelques cas , à la vérité bien rares > ces organes ont surnagé ou flotté sur Peau , uniquement parce qu’ils étaient dans l’état de putridité. On peut consulter là-dessus une observation du docteur Franck , à Posen , laquelle est si concluante , qu’elle écarte toute espèce de doute. Elle se trouve dans les Annales critiques de médecine politique du dix-neuvième siècle , par Christophe Knape et Auguste Frédéric Ileçker; Berlin , 1806, deuxième partie du premier volume, page 807. Comment donc distinguera-t-on l’effet d’une pareille cause d’avec celui de la respiration ? C’est ce que nous allons examiner.
D’après les expériences de Schmitt , il est de fait que la putréfation ne s’empare presque jamais des poumons qu’après la dissolution de toutes les' autres parties , excepté les os ; et l’on ne connaît qu’un seul cas , rapporté par Bau mer , où ces organes ont surnagé , quoique la putréfaction générale du corps ne fût pas trèsavancée. Cela posé, les poumons sont soumis à l’épreuve hydrostatique , après ou avant la dissolution complète du cadavre. Dans le premier cas , cette expérience ne peut offrir que de l’incertitude , et l’infanticide ne peut être constaté que par des preuves étrangères à la physique médicale; en effet que peut-011 conclure de positif d’après des recherches faites sur des organes ,
dont la texture et la forme sont altérées , détruites ? Dans le second cas , la putréfaction n’atteint que la surface des poumons , d’où il se dégage des bulles d’air , quand on y fait des incisions ; mais alors il est fort douteux qu’ils surnagent ou soient plus légers que l’eau , et supposé que cela arrive , il est un moyen infaillible d’éviter la méprise ; car , si la légèreté des poumons n’est due qu’à la putréfaction, en les exprimant entre les doigts , on les dépouillera des substances gazeuses qui en occupent le tissu lamineux ou cellulaire , et ils se précipiteront erisuite au fond de l’eau ; si au contraire la respiration a précédé la mort de l’enfant , on aura beau les exprimer , on ne parviendra jamais à les priver complètement de l’air qui a pénétré dans les ramifications des bronches , et ils continueront toujours de surnager. D’ailleurs , les poumons d’où l’air se dégage par l’effetàde la putridité ne crépitent pas comme ceux où ce fluide s’est introduit pendant la respiration. Enfin , si ces organes restent sur l’eau après la putréfaction , l’expérience atteste que ce phénomène aura lieu également pour le thymus f l’intestin , la vessie , et pour toutes les parties dont le tissu cellulaire ^ semblable à celui des poumons , acquiert plus de légèreté spécifique par la dissolution putride. Il faudra donc soumettre ces organes ainsi que les poumons à l’é-
4iO MÉDECINE LÉGALE.
preuve hydrostatique , et alors la parité ou la disparité des résultats qu’on observera dans l’eau, indiquera si les poumons doivent la propriété de surnager à la putréfaction ou a la respiration. Mais les éclaircissemens que fournira cette comparaison , n’égaleront jamais ceux qu’on obtiendra en exprimant les poumons après une première épreuve hydrostatique , et avant d’en commencer une seconde ou avant de les replacer sur l’eau.
Passons maintenant à l’insufflation qui a été un % si grand sujet de débats et de recherches parmi les médecins-experts du dernier siècle. Les uns , tels que Rœderer y et plusieurs autres , ont nié la possibilité de faire surnager les poumons, en y insufflant de l’air; les autres , parmi lesquels on compte Bohn y jdlberti , Haller y Morgagni , Lieberbuenh et Camper , l’ont admise ; les expériences du dernier ont même levé toute espèce de doute a cet égard. Quelques uns, comme Eschembachy ont pensé qu’une femme qui accouchait clandestinement , ne pouvait exécuter l’insufflation, sans être aidée de quelqu’un : circonstance qui , venant à être connue dans le procès , devrait faire éclater la vérité. Mais une obervation de Buttner y et plusieurs faits recueillis par le professeur Chaussier Ont prouvé que cela était possible à la femme seule et privée de toute assistance.
MÉDECINE LÉGALE. 4n
Il n’est pas non plus vraisemblable, dit-on, qu’une femme qui a l’intention de détruire son enfant lui souffle de l’air dans les poumons, et cherche à le ranimer; d’où l’on doit conclure, ajoute-ton , que , si ces organes surnagent ou restent sur l’eau , la respiration doit avoir eu lieu. Cette conséquence paraîtrait effectivement juste, si le cadavre offrait quelque marque de sévices capable d’attester l’infanticide. Mais admettons le cas supposé par Morgagni , où une personne malintentionnée aurait soufflé de l’air dans les poumons d’un enfant mort-né, pour perdre sa mère innocente, en la faisant accuser de l’avoir mis à mort pendant qu’îl respirait ; comment distinguer alors des poumons où l’air aura été insufflé d’avec ceux qui l’auront inspiré ? C’est ce qui n’est pas toujours facile , comme nous allons le voir.
On a prétendu que l’insufflation dilatait les poumons d’une manière incomplète , et faisait surtout parvenir l’air très-difficilement dans le poumon gauche ; mais cela n’arrive , selon Sein ni tt , que lorsque l’opération ne s’exécute pas d’une manière convenable , ou que les voies de la respiration sont obstruées par des mucosités ; d’ailleurs ce médecin a prouvé par deux de ses expériences que l’insufflation poussait l’air jusque dans les plus petites ramifications des bronches. Le professeur Chaussier a même vu le poumon gauche beaucoup plus dilaté que le droit chez des
4i2 médecine légale.
enfans qui n’avaient respiré que pendant plusieurs heures.
Metzger a aussi prétendu que l’air insufflé dans les poumons ne les. faisait point crépiter sous le scalpel ; mais les expériences de Schmitt et du docteur Marc ont prouvé le contraire.
Metzger a considéré comme un autre caractère de l’insufflation le défaut de voussure du thorax. Mais les observations de Schmitt ne permettent pas de regarder ce caractère comme universel et exclusif; car , suivant ce célèbre médecin-expert , les enfans qui ont respiré quelque temps, mais imparfaitement, n’offrent qu’uue très-légère voussure ou dilatation du thorax. D’ailleurs les poumons sont quelquefois complètement distendus , quoique cette cavité ne soit pas dilatée ; et d’autrefois , au contraire , la dilatation du thorax est très-apparente , quoique les poumons ne contiennent point ou presque point d’air.
Ces trois sortes de signes ne sauraient donc suffire, pour faire distinguer l’insufflation d’avec la respiration. On ne peut pas accorder plus de confiance à la couleur des poumons, puisqu’ils prennent une teinte rosée dans l’un et l’autre cas , ni à la compression de ces organes entre les doigts , avant de les projeter dans l’eau , puisqu’elle ne les empêche pas plus de surnager après l’insufflation qu’après la respiration.
V # Quel sera donc ici le moyen d’éviter la mé-
MÉDECINE LÉGALE. 4i3
prise et l’erreur ? D’après les notions physiologiques, les poumons de l’enfant qui a respiré sont pleins de sang , et la pesanteur en est plus considérable qu’avant la naissance ; par conséquentla vacuité des vaisseaux pulmonaires, quand elle n’èst pas l’effet d’une hémorragie précédente, et le rapport de pesanteur des poumons avec le corps entier, tel qu’il est avant la respiration, devraient être des signes caractéristiques de l’insufflation ; cela paraît au moins bien incontestable en théorie. Mais que d’embarras, que de difficultés pour vérifier ces signes en pratique î On ne peut, comme Fa judicieusement observé Schmitt , estimer que d’une manière approximative et inexacte , la quantité de sang contenue dans les poumons, soit avant, soit après la respiration. Les vaisseaux pulmonaires ne sont jamais absolument vides chez le fœtus qui meurt avant de naître, et ils sont plus ou moins remplis de sang chez l’enfant qui a respiré. D’ailleurs le rapport de pesanteur des poumons au corps entier est si variable , que la balance même de Plouquet ne donne rien de positif à cet égard. C’est ce qui a été constaté, comme nous l’avons déjà vu, par les nombreuses expériences de Schmitt et de Chaussier.
Il faut donc convenir que les effets de l’insufflation , au moins dans certains cas , ressemblent tellement à ceux de la respiration; qu’ils peuvent *
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faire croire à l’existence de celle-ci, et induire en erreur les experts , même les plus éclairés. Cela est encore prouvé par deux observations du professeur Mendel de Breslau , insérées dans le journal de Médecine-pratique de Huffeland pour le mois d’août 1812. Voilà aussi pourquoi l’épreuve hydrostatique des poumons ne peut jamais faire conclure l’existence de l’infanticide, quand ils surnagent , s’il 11’est pas constant par l’instruction du procès qu’on n’a point insufflé de l’air dans ces organes. N
Quant à l’emphysème des poumons, on 11e peut contester qu’il n’en puisse augmenter la légèreté spécifique et les faire surnager, sinon en totalité, du moins en partie. C’est ce que le professeur Chaussier a observé plusieurs fois chez des ' enfans qu’on avait été obligé d’extraire par les pieds, et qui étaient morts pendant le travail de l’accouchement , sans avoir respiré. Comme il en examinait le cadavre , peu de temps après , on ne pouvait point attribuer cette légèreté accidentelle des poumons à la putréfaction ; d’ailleurs la couleur , la consistance et l’odeur des autres organes écartaient l’idée d’une pareille cause. Le professeur déjà cité soupçonnait donc que les poumons avaient éprouvé une sorte de contusion , et que le sang épanché , en s’altérant, avait fourni quelques bulles d’air , et augmenté ainsi la légèreté spécifique d’une partie de ces
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organes : explication d’autant plus vraisemblable, dit-il , qu’ils étaient d’une teinte brune violacée. Quoiqu’il en soit, il est facile de distinguer les effets de l’emphysème d’avec ceux de la respiration ; car l’air ou fluide aériforme , continue le professeur Chaussier est alors renfermé dans le tissu lamineux ou cellulaire des poumons, d’où l’on peut le chasser par la pression , de sorte qu’ils se précipitent ensuite sur-le-champ dans l’eau : ce qui n’arriverait pas , si l’air était contenu dans les vésicules bronchiques , et s’il y avait été introduit par la respiration ou par l’insufflation.
En troisième lieu, on a objecté que l’enfant pouvait vivre quelque temps après être né sans respirer , et que par conséquent , s’il était mis à mort dans ce temps-là , l’épreuve hydrostatique, loin de faire connaître le crime , en ferait absoudre les auteurs. Cette objection, on ne peut en disconvenir, est de la plus grande force; il est certain que la vie de l’enfant , après sa naissance , peut subsister quelque temps indépendamment de la respiration : par exemple , quand il a le thorax ou l’abdomen mal conformé ; quand il a été expulsé brusquement de la matrice avec toutes ses dépendances , et que les membranes dont il est enveloppé J’empêchent de sentir l’impression de l’air ; quand il est tombé dans l’eau en sortant de la matrice ; quand il a les voies
aériennes remplies de mucosités ou des eaux de l’amnios ; enfin quand il naît excessivement faible , frappé d’apoplexie ou d’asphyxie. Dans.ces circonstances, la vie, pour ainsi dire, végétative dont le fœtus jouit dans la matrice , peut continuer quelque temps au moyen du trou deBotal. Cela paraît d’autant plus facile à concevoir, que, d’après les expériences de Schurig et de Buffon , les causes capables de suffoquer ou d’asphyxier les mammifères qui ont respiré long-temps, ne suffisent pas pour produire aussi promptement le même effet chez les nouveau-nés.
Quel sera donc le moyen de reconnaître les traces de l’infanticide commis sur l’enfant qui a vécu sans respirer ? car , aux yeux de la justice et de la morale , le crime n’est pas moins atroce avant qu’après l’exercice de cette fonction. Il faut être de bonne foi, l’art se trouve ici resserré dans des limites qu’il ne peut franchir. A la vérité , quelques uns des obstacles qui s’opposent a la respiration apres la naissance , sont faciles à constater par l’examen anatomique du cadavre : tels sont les vices de conformation du thorax et de l’abdomen, la faiblesse constitutionnelle des organes, l’apoplexie, etc.; obstacles dont la découverte doit faire excuser, autant que possible , les accusés ou prévenus d’infanticide. Mais il n’en est pas toujours de même de l’asphyxie , surtout quand elle est produite par les
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eaux de l’amnios ou par les mucosite's qui obstruent les voies aériennes ; on ne peut alors constaterque très-difficilement si elle a précède ou suivi la respiration. Scheel abien établi quelques règles de pratique à ce sujet ; suivant lui, lorsque le liquide contenu dans la trachée artère , d’où qu’il provienne, est limpide , sans aucune apparence d’écume ou de bulles d’air, on peut en conclure que 1 enfant ua pas respiré j si au contraire ce liquide est écumeux , c’est une preuve qu’il s’est mêlé avec de 1 air , par l’effet de la respiration ou de l’insufflation ; enfin, lorsqu’il est très-écumeux, chargé de méconium , très -épais, tenace et visqueux, le fœtus peut être né vivant, avoir tenté de respirer, avoir même respiré, et être mort ensuite, parce que cette fonction était imparfaite ou incomplète.
Ces réglés sont généralement vraies et fondées sur la physiologie. Cependant on peut dire avec Schmiltqne la seule présence d’écume oude bulles d’air dans les voies aériennes ne suffit pas toujours pour prouver la respiration ou l’insufflation dans les poumons après la naissance ; car il est des maladiesoù le produit de l’exhalation pulmonaire peut se réduire en substances gazeuses sans le concours de l’air extérieur. D’où il suit que la règle établie par Scheelne peut jamais servir de base à un jugement certain , à moins qu’elle ne soit confirmée par l’ensemble des phénomènes qui carac-
térisent la respiration ou l’insufflation de l’air
dans les poumons.
Mais supposons l’impossibilité d’apprécier exactement les obstacles qui s’opposent à la respiration après la naissance ; comment prouver alors que l’enfant a vécu ou non avant de respirer? C’est ce qui est au-dessus de la physique médicale. 11 ne reste (Jonc alors d’autre ressource que l’épreuve hydrostatique des poumons. Si ces organes se précipitent au fond de l’eau, on doit en conclure que l’enfant n’a pas vécu , parce que vivre et respirer sont une seule et même chose en médecine légale, lorsqu’il n’existe aucun moyen de distinguer l’un de l’autre. On sent bien qu’une pareille décision peut n’être pas toujours juste, et faire absoudre quelquefois la main homicide qui a donné la mort à l’enfant ; mais on est au moins assuré qu’elle ne peut jamais compromettre l’innocence.
En quatrième lieu, on a objecté que les poumons ne nageaient pas toujours, quoique l’enfant eût respiré, et on a allégué, pour le prouver, des faits rapportés par Zeller , Mauchart, Heister > Torres, Loder , JSuchkoltz , Osiander , Mendel et Schmitt : faits consignés, soit dans les ouvrages ou mémoires de ces auteurs , soit dans les journaux de Médecine. Mais ici la réponse est facile ; on s’est assuré que les enfans dont il est question , et dont les poumons sont tombés au fond de l’eau , n’étaient point à terme ; ce qui
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mente bien detre remarque. On a observe , au contraire , que ces organes surnageaient toujours, au moins en partie, après la respiration, lorsque les en fans avaient passe le septième mois
apres la conception , et approchaient de leur maturité.
D’où vient donc cette différence? Voici comment
Haller et Plouquet l’expliquent. Le fœtus qui naît long-temps avant terme , ne respire que faiblement, avec difficulté, parce que ses poumons ne sont pas encore propres à cette fonction. L’air pénètre tout au plus dans la trachéeartere, ou seulement dans les premières ramifîcationsdes bronches. Or cette respiration trachéale, toute imparfaite qu’elle est , peut bien faire vivre quelque temps l’enfant qui naît avant d’être viable ; mais elle ne peut augmenter la légèreté spécifique des poumons et les faire surnager, parce qu’elle 11e peut en pénétrer et dilater entièrement les vésicules. Ces organes se précipiteront donc alors au fond de l’eau : ce qui n’aurait pas lieu , si la respiration avait été complète , telle qu’on l'observe chez l’enfant dont la vie peut se prolonger long-temps après la naissance.
L’engorgement sanguin des poumons peut-il les faire tomber au fond de l’eau, lorsque l’enfant périt par suffocation après avoir respiré ? On l’a cru ; mais 1 expérience n’a point confirmé un pareil phénomène : et supposé qu’il fût possible , ou
même qu’il existât , le moyen d’éviter l’erreur serait alors bien simple ; il consisterait suivant Buttner et Metzger à exprimer les fragmens des poumons pour les dépouiller du sang qui en augmenterait la pesanteur spécifique ; s’ils surnageaient ensuite en totalité ou en partie , ce serait une preuve que la respiration aurait eu lieu d une manière complète ou incomplète.
On a objecté enfin qu’un foetus pouvait avoir respiré sans avoir vécu , et que par conséquent respirer et vivre n’étaient point deux termes synonymes et identiques, comme on le dit en médecine légale. Cette objection, qui nest au fond qu’un paradoxe, paraîtrait néanmoins avoir quelque fondement , s’il fallait s’en rapporter à une observation que le docteur Bénéclict-à - Chenu:* tz a fait insérer dans la gazette Médicochirurgicale de Salzbourg , pour le mois de décembre 1812. 11 y est question dun foetus a terme , hydrocéphale , dont la tête et le cerveau ont offert d’ailleurs des vices de conformation très-saillans , mais dont les poumons ont surnagé et se sont comportés comme après la respiration.
Pour expliquer ce prétendu phénomène, le docteur Bènédict a dit que chezles foetus mort-nés, ou dont la mort n’est qu’apparente, les poumons pouvaient conserver la faculté de sentir l’impression de l’air extérieur, et se dilater assez pour
recevoir ce fluide , quoiqu’aucune des fonctions relatives aux mouvemens ne pût s’exécuter.
Mais , sans perdre ici le temps à réfuter une pareille explication , ce qui ne serait certainement pas très-difficile, ne pourrait-on pas d’abord demander à Bênèdict si le fait qu’il rapporte est positif, constant? Le docteur Marc en doute , et ne le croit même pas, attendu que l’accouchement s’est fait sans témoins , et que la mère se trouvant ensuite sous la surveillance du ministère public , devait éviter toute déclaration qui eût pu la compromettre, et chercher à faire croire que l’enfant était mort avant sa naissance. D’ailleurs le docteur Marc dit avoir eu occasion d’examiner l’état des poumons sur un, hydrocéphale mort-né , et avoir observé que ces organes tombaient au fond de l’eau , et offraient tous les caractères qui indiquent le défaut de respiration.
Admettons même qu’un foetus hydrocéphale eût pu respirer sans avoir vécu , comme l’objection le suppose ; qu’en résulterait-il ? Que l’épreuve hydrostatique ne serait point applicable sur de pareils sujets. Mais elle ne perdrait point sa validité pour cela ; car elle est indépendante de toute exception qui se présente sur des fœtus mal conformés ^ et incapables de vivre après la naissance.
Au reste , quand on objecte que le fœtus peut avoir respiré sans avoir vécu , pour prouver que
la respiration et la vie ne sont pas la même chose en médecine-légale , il faut bien s’entendre avant de répondre. De quelle respiration , de quelle vie prétend-on parler ? Dans notre cours théorique et pratique d’accouchemens , en exposant la progression des fluides chez le fœtus , et les changemens qu’elle éprouve , soit pendant le travail de l’accouchement , soit aussitôt après la naissance , nous avons bien distingué la vie intérieure de l’enfant d’avec sa vie extérieure ; nous avons encore rappelé la même distinction dans ce traité , en discutant la question de viabilité . La première de ces deux vies est incomplète , et n’est entretenue que par la circulation ou rapport naturel du fœtus à la mère dont il est l’annexe, le parasite, avec laquelle il vit pour ainsi dire en commun ; la seconde , plus complète , dépend bien aussi de la circulation , mais elle est encore subordonnée à la respiration , puisque les enfans qui ne peuvent respirer ou ne respirent que faiblement , sont incapables de vivre après leur naissance.
Cela posé , si l’on dit que le fœtus peut avoir respiré d’une manière incomplète , qu’il peut avoir laissé entrevoir quelques mouvemens des lèvres , du thorax ; si l’on dit même qu’il peut avoir fait entendre des cris faibles, plaintifs, sans avoir vécu de la vie extérieure , et en continuant seulement de jouif de la vie intérieure , certes on
MÉDECINE LÉGADE.
a très-fort raison ; c’est une chose qu’on ne peut contester , parce que l’expérience l’a prouvé plusieurs fois. Mais si l’on disait que le foetus peut avoir respiré d’une manière forte, complète, qu’il a bien pu mouvoir sa poitrine , la dilater et la serrer alternativement , exécuter des inspirations et expirations entières., parfaites , en un mot , pousser des cris vigoureux , pleins et soutenus , sans avoir vécu de la manière la plus complète ; c’est ce qu’il faudrait bien se garder de croire , parce que toutes les raisons physiologiques repoussent une pareille absurdité.
Nous accorderons donc , si l’on veut , que , dans le premier cas, lorsque la respiration est incomplète , insuffisante pour la vie entière ; nous accorderons que respirer et vivre ne sont pas des termes synonymes , identiques ; car si l’on projette alors les poumons dans l’eau, ils s’y précipiteront , comme si l’enfant n’avait pas respiré , ou ils surnageront d’une manière incomplète , parce que l’enfant n’aura pas vécu de la vie nécessaire pour devenir un homme.
Mais il faudra aussi qu’on nous accorde, dans le second cas , lorsque la respiration est complète , suffisante pour la vie humaine , que res~ pirer et vivre sont absolument la même chose. Si le fœtus vient à mourir alors par quelque accident que ce soit, ses poumons projetés dans l’eau avec toutes les précautions décrites ci-des-
sus , y surnageront complètement , parce que l’air qu’ils auront inspire durant la vie , les aura rendus spécifiquement plus légers que le
Pour donner encore plus de clarté à ces idées, nous alions nous servir d’un exemple. Supposons un fœtus acéphale , privé seulement des hémisphères supérieurs du cerveau ; supposons aussi qu’il ne meure qu’après avoir respiré : ces sup^positions n’ont rien d’impossible, puisqu’on cite de ces sortes de monstres qui ont vécu plusieurs jours , ce qui ne pouvait se faire sans la respiration. Mais aussi de quelle vie vivaient-ils? quelle respiration s’exécutait chez eux ? C’est là ce qu’il faut expliquer , faire concevoir.
Si l’acéphale supposé n’est privé que des hémisphères supérieurs du cerveau, il conserve encore la portion de cet organe d’où proviennent les nerfs pneumo - gastriques , ou moteurs de la respiration ; il peut donc respirer quelque temps après sa naissance. Mais sa respiration doit être nécessairement incomplète , insuffisante pour faire parcourir au nouveau-né la carrière ordinaire de la vie, parce que le système nerveux des poumons ne peut agir convenablement sans l’intégrité du système nerveux supérieur ou cérébral.
11 résulte aussi de là , que , si l’acéphale vit après sa naisance , ce n’est que d’une vie bien
imparfaite, plus semblable à la vie foetale intérieure, qu’à la vie humaine , extérieure; autant vaudrait-il dire qu’il ne vit pas du tout ou qu’il est mort-né , puisqu’il meurt infailliblement après avoir respiré. Or, aux yeux de la loi, mourir ou ne pouvoir pas vivre après la naissance est la meme chose que ne pas naître ; voilà donc dans quel sens un fœtus peut avoir respiré sans avoir vécu ; voilà aussi pourquoi les poumons du fœtus hydrocéphale , cité par le docteur j Bènédict-à-Chemnitz , ont pu surnager et se comporter comme après la respiration , quoiqu’il n’y eût pas eu de vie complète après la naissance.
Quoi qu’il en soit de toutes ces objections, lorsqu’on a bien constaté, soit par l’expérience hydrostatique des poumons , soit par les autres moyens ou procédés de l’art , qu’un enfant a respiré avant de mourir , il n’est pas impossible , ni même très -ditllcile de résoudre la troisième question, c’est-à-dire , de déterminer combien de temps il a vécu après sa naissance. 11 suffit pour cela de faire attention à la peau, au cordon ombilical, à l’estomac, à l’intestin, à la vessie. Ainsi la peau du cadavre qu’on examine est-elle encore molle, unie, recouverte de l’enduit onctueux, sébacé , blanchâtre que le fœtus apporte en naissant ; le cordon est -il frais, humide, spongieux , bien adhérent au nombril ; l’estomac ne contient-il que peu de mucosités ; le gros intestin
est-il encore rempli de méconium et la vessie d’urine ; ce sont là autant de signes ou de preuves que la mort a suivi de très-près la naissance.
Quand, au contraire, la peau de l’enfant est rude, terne, jaunâtre, dépouillée de l’enduit sébacé qui la recouvrait dans l’utérus ; quand l’épiderme tombe en desquamation , ou s’enlève par petites écailles , par fragmens membraneux ; quand le cordon ombilical est flétri , sec, brunâtre , détaché en partie ou en totalité ; quand le nombril offre une cicatrice complète ou un cercle rougeâtre qui suppure encore ; quand l’estomac contient du lait ou d’autres Substances alimentaires; quand il n’y a plus de méconium dans l’intestin, ni beaucoup d’urine dans la vessie; on peut assurer que l’enfanta joui quelque temps de la vie après sa naissance.
Mais peut-on déterminer alors l’époque de sa mort, si elle est récente ou éloignée? On sait combien cette question est délicate , importante ; il s’agit, par exemple, de savoir si un enfant dont on a trouvé le cadavre , appartient à une femme qu’on présume être accouchée récemment ou depuis quelque temps ; on doit donc user alors de la plus grande circonspection , pour éviter' toute méprise. Or ici le meilleur moyen de parvenir à la vérité ou d’en approcher le plus qu’il est possible , c’est de considérer l’état d’intégrité ou d’altération du cadavre , conjointement avec
les circonstances capables d’en accélérer ou d’en retarder la dissolution putride. Ainsi la peau estelle fraîche , naturelle , l’œil encore plein , sphérique , la cornée saillante , la texture des chairs ferme, et leur couleur rosée, on peut juger que la vie a cessé depuis peu ; au contraire , la peau est-elle altérée , l’épiderme soulevé , l’œil affaissé, la cornée ridée , la consistance des chairs molle , flasque , leur couleur pourprée , noire , livide , tout le tissu cellulaire infiltré, gonflé, l’odeur du corps fétide, on peut assurer que la mort n’est pas récente , mais déjà un peu ancienne.
Nous avons dit qu’il fallait avoir égard aux circonstances qui pouvaient favoriser, empêcher ou retarder la dissolution putride. L’enfant a-til été trouvé dans une eau bourbeuse, croupissante, dans un étang exposé au vent du midi, au soleil , à l’atteinte des insectes ; ou bien fa-ton retiré de l’eau glacée , de dessous la neige ; recevait-il l’impression d’une température froide et sèche , du vent du nord ? Dans le premier cas , il devait se dissoudre promptement, et dans le second se conserver plus long-temps. Le sable, l’argile, la marne, la craie s’opposent aussi à la décomposition des substances animales. Doit-on attribuer la même propriété aux fluides gazeux qui se dégagent des fosses d’aisance ? on le pensç^ assez généralement ; mais cela mérite d’être confirmé par de nouvelles obsei'vations.
11 resterait à examiner encore un cinquième et dernier point, c’est-à-dire , comment on pourrait constater qu’un enfant, qui n’ offre extérieurement aucune marque de sévices, a péri d’une mort natu* relie ou violente. Mais le simple énoncé de cette question indique assez la manière de la résoudre ; car alors, que l’enfant soit mort avant ou après sa naissance, qu’il ait respiré ou non avant de mourir , il est impossible de prouver l’existence matérielle de l’infanticide ; un crime de cette nature ne s’établit que sur des signes positifs, et jamais sur de simples soupçons ou sur des présomptions. Or, où seraient les signes positifs de meurtre , s’il n’existait aucune marque de sévices ou violences sur le cadavre ?
Cependant il faudrait s’assurer alors si l’enfant n’aurait point succombé victime de quelque omission volontaire et criminelle. A-t-il été privé à dessein des soins , des secours nécessaires pour la continuation de la vie ? A-t-il été exposé à l’impression d’un froid rigoureux , d’une chaleur excessive ? Lui a-t-on refusé des alimens convenables, proportionnés à son âge? À-t-on laissé dans sa bouche les mucosités, les glaires qui l’empêchaient de respirer ? voilà ce qu’il faudrait rechercher avec soin , pour savoir si la mort de l’enfant ne serait pas l’effet de la négligence.
Si l’on analyse maintenant cette dissertation , dont nous espérons que l’importance de la ma-
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tière fera excuser la longueur , il en résulte : i°. Que, pour constater l’infanticide commis avant la naissance de l’enfant, ce qui n’est autre chose que l’avortement , il faut prouver que la femme était enceinte u un fœtus vivant , qu’elle s’est exposée volontairement à l’action des causes abortives , soit générales , soit locales , et que ces causes ont produit leur effet.
20. Que , pour constater le meme crime commis pendant la naissance de l’enfant, il faut qu’il porte sur son corps des marques de sévices, et que ces marques soient étrangères au travail de l’accouchement , ainsi qu’à toute autre cause naturelle ou spontanée.
3°. Que, pour constater l’infanticide commis après la naissance de l’enfant, il faut d’abord prouver qu’il est né vivant, bien conformé, exempt de maladies , à terme et viable ; par conséquent qu’il a respiré complètement ; ensuite que sa mort a été l’effet de quelque omission criminelle ou de quelque manœuvre meurtrière.
4°. Que, pour constater la vie ou respiration complète de l’enfant après sa naissance , il faut avoir égard aux signes anatomiques tirés de la poitrine et de l’abdomen , des poumons et des vaisseaux pulmonaires, du cœur, du diaphragme, de l’intestin, de la vessie , du cordon ombilical , du canal artériel , du trou de Botal et du canal
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veineux ; qu’il faut ensuite soumettre les poumons à l’épreuve hydrostatique , dont on ne peut contester la supériorité sur toutes les autres. Cependant il faut pour cela que les poumons ne soient pas dans un état de putréfaction avancée , qu’il n’y ait point eu d’insufflation dans ces organes , et qu’on ne puisse supposer , présumer ou soupçonner un commencement de respiration avant la naissance ou pendant le travail de l’accouchement.
5°. Que ni l’épreuve hydrostatique des poumons , ni aucune autre , ne peuvent constater la respiration d’une manière certaine et positive , quand cette fonction a été légère ou peu sensible, comme dans les cas d’asphyxie , de faiblesse extrême, de mort apparente du nouveau -né. D’où il suit que le résultat de ces épreuves ne peut être alors que favorable aux prévenus ou accusés d’infanticide.