SEIZIÈME EXEMPLE
Rapport sur un avortement dont la cause est douteuse , et peut être attribuée en partie à la négligence de la femme .
Nous soussigné , docteur en médecine ou en
chirurgie de la Faculté de , habitant de la
ville ou commune de , canton de , arrondissement de , département de ; sur
la réquisition de — , à nous signifiée par le sieur N. , huissier , nous sommes transporté aujourd’hui > — jour du mois de...., année — , à l’heure de. . . . , avec les sieurs N. N. . . . , à la maison de...., sise rue de...., n°.... , étage — , chambre — , pour y visiter la femme N.... , épouse de...., âgée de.... , exerçant la profession de...., qui venait de faire une fausse-couche, et pour constater son état.
Arrivé dans la chambre désignée nous avons
trouvé ladite , alitée et se plaignant de
quelques douleurs dans le bas-ventre. Son visage était pâle et altéré , sa peau sèche et un peu chaude , son pouls petit et fréquent, mais régulier.
Nous avons observé sur ses épaules deux grandes ecchymoses , dont l’une se dirigeait obliquement à gauche de la nuquç vers les côtes, et avait quatre pouces de long sur un pouce de large ,
ancienne mesure ; l’autre était située en travers , à la partie supérieure du dos , croisait la première , et n’avait que deux pouces et demi de long sur huit lignes de large. Ces deux ecchymoses doivent avoir été l’effet d’un instrument contondant et allongé.
Outre cela, nous avons découvert sur la partie externe de la fesse gauche^ une autre ecchymose inégalement circonscrite > qui avait environ deux pouces et demi de long sur deux pouces de large ; elle paraissait être l’effet d’une chute violente sur le sol , ou d’un rude coup de pied.
A l’examen des parties génitales , nous les avons trouvées un peu gonflées et couvertes de sang jusqu’au haut des cuisses. La matrice, plus volumineuse que dans l’état ordinaire, se distinguait au-dessus du pubis , à travers les parois de l’hypogastre ou bas-ventre ; le colenétait épais et souple^ l’orifice assez dilaté pour permettre l’introduction de deux doigts ; il en était sorti beaucoup de sang que nous avons trouvé réduit en caillots dans les linges placés sous la malade.
L’abdomen ou ventre était flasque , trèsrelâché et parsemé de lignes blanchâtres qui s’entrecroisaient en divers sens depuis les aînés jusqu’à l’ombilic. En promenant l’extrémité des doigts le long de la ligne médiane des muscles abdominaux ou du ventre , nous y avons trouvé un
écartement bien marqué vers la région ombilicale.
Les mamelles étaient d’un volume médiocre, molles et affaissées ; en pressant les mamelons , nous en avons fait sortir quelques gouttes de sérosité blanchâtre.
On nous a présenté ensuite le cadavre d’un enfant du sexe...., auquel tenait encore le cordon ombilical avec l’arrièrç-faix , et dont la dite.... était accouchée depuis environ une heure. Toutes les parties en étaient bien distinctes , mais n’annonçaient point une complète maturité. La tête était très-grosse relativement au reste du corps et encore molle ; les fontanelles du crâne très-évasées, et les commissures membraneuses des os très-larges ; les cheveux rares , courts et blonds ; les sourcils et les cils peu épais ; les ongles minces, courts, mous et rougeâtres; la peau fine , lisse et pourprée , surtout aux mains , aux pieds , et au visage. La longueur du corps, du sommet de la tête aux talons, était d’environ douze pouces , anciens mesure , et la moitié répondait vers l’extrémité moyenne et abdominale de la poitrine. La paganteur totale en était de trois livres a peu près, ancien poids.
A l’ouverture dudit cadavre, nous avons trouvé les poumons blancs et fermes ; projetés en masse et par fragmens dans l’eau, iis se sont toujours précipités au fond. Le foie très-étendu occupait la partie supérieure de l’abdomen ou
ventre d’un côte à l’autre. L’éstomac était rempli de mucosités , et une partie du gros intestin de méconium. Les testicules étaient encore dans, le ventre sous le péritoine. La vessie était petite , vide et au-dessus du bassin.
Nous avons interrogé ladite sur les cir*
constances qui avaient précédé l’état où elle était. Elle nous a répondu que quatre jours avant, elle avait eu dispute avec un homme robuste et emporté, qui l’avait rudement frappée de sa canne sur le dos , lui avait donné des coups de pied sur les fesses et l’avait renversée par terre.
Elle nous a dit aussi que , de retour chez elle, au lieu d’appeler du secours , elle était allée le soir même chercher du linge avec sa hotte, dans une prairie éloignée de plus de trois cents pas de sa maison ; qu’elle avait fait plusieurs voyages en portant des charges assez lourdes ,* que le lendemain elle avait repassé du linge toute la journée et vaqué à ses autres occupations, malgré la douleur des parties où elle avait été frappée ; que le surlendemain elle avait éprouvé quelques légères douleurs dans l’abdomen ou ventre, et les reins : ce qui ne l’avait pas empêchée de se mettre sur sa charrette et de porter du linge en ville , de monter dans plusieurs maisons jusqu’au troisième et quatrième étage , et de retourner chez elle dans la même voiture ; que la nuit suivante les douleurs de ventre avaient
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été plus fortes et s’étaient néanmoins calmées à l’approche du jour; mais que vers neuf heures du matin elles avaient recommencé et augmenté progressivement jusqu’à six heures du soir, où, après avoir rendu beaucoup d’eau par les parties génitales , elle s’était débarrassée bientôt après et presque en même temps du foetus et de l’arrièrefaix sus-mentionnés.
D’après toutes ces observations , nous concluons et déclarons que ladite.... a réellement fait une fausse-couche : ce qui est prouvé par l’état de ses mamelles , de son ventre et de ses parties génitales , ainsi que par l’examen du foetus , dont elle est accouchée ;
Que ledit foetus n’était point à terme : ce qui est prouvé par la pesanteur , la longueur et la conformation de son corps ; qu’il avait tout au plus six mois de conception : ce qui est prouvé par la moitié de sa longueur totale , qui répondait vers l’extrémité de l’appendice xyphoïde , ou vers le creux de l’estomac ; enfin , qu’il était mort avant sa naissance : ce que nous avons constaté par la fermeté et la couleur des poumons , ainsi que par l’épreuve hydrostatique de ces organes.
Nous concluons et déclarons aussi que cet accouchement prématuré a été occasioné par les coups et violences dont ladite — porte encore des marques sur les épaules et sur les
fesses ; mais il est possible que , si cette femme avait appelé du secours à temps , si elle s’éïait fait saigner , ou si elle s’était seulement mise au lit pour j garder le repos pendant quelques jours, elle eût évité cet accident. Cela est d’autant plus probable , que le soir même j ainsi que le lendemain et le surlendemain de la scène où elle avait été maltraitée , elle n’avait rien éprouvé d’assez grave pour l’empêcher de vaquer à ses affaires , ni de prendre de la peine comme à l’ordinaire.
En foi de quoi, nous avons dressé le présent rapport, que nous avons clos à l’heure de...., en présence de — , et que nous certifions conforme à la vérité et aux principes de l’art des accoucliemens.
Fait à , les jour, mois et an susdits.