DIX-SEPTIÈME EXEMPLE
Rapport qui constate le crime d'infanticide .
Nous soussigné , docteur en médecine ou en
chirurgie de la Faculté de , habitant de la
ville ou commune de — , canton de , arrondissement de — , département de ; sur
la réquisition de...., à nous signifiée par le
sieur N , huissier, nous sommes transporté
aujourd’hui , jour du mois de , an-
née.... , à l’heure de...., avec les sieurs N. N.... ,
MÉDECINE LÉGALE. 4g5
dans la maison de....,, sise rue de...., n° ,
étage...., chambre — , pour y visiter le cadavre d’un enfant du sexe — , qu’on avait trouvé le matin sous un tas de balayures, dans la cour de ladite maison , et pour constater la cause de sa mort.
Arrivé dans la maison et chambre désignées, on nous a présenté ledit cadavre assez mal enveloppé de quelques haillons grossiers d’une étoffe de laine très- usée et percée en plusieurs endroits par les mites.
Après l’avoir mis à nu, nous avons observé qu’il y avait à l’ombilic une portion du cordon ombilipal , encore fraîche , sans aucune ligature , et de la longueur de cinq pouces environ , dont l’extrémité libre était très-visiblement inégale et frangée : ce qui nous a convaincu que ce cordon avait été rompu ou déchiré avec effort.
Ledit cadavre était encore enduit de la matière grasse , onctueuse et blanchâtre que presque tous les en fans apportent en naissant ; cette matière s’était mêlée , en quelques endroits , principalement à la tête , aux épaules et aux fesses , avec de la poussière et du sang.
Pour examiner ledit cadavre avec attention, nous l’avons lavé et nettoyé soigneusement. Nous avons remarqué ensuite qu’il était gros, gras, bien conformé, exempt de putréfaction et de fétidité.
Sa longueur totale était , à peu près , de vingt pouces, ancienne mesure, et sa pesanteur d’environ sept livres , ancien poids.
Toute la surface du torse était molle et d’une couleur pâle , excepté sur le dos où nous avons remarqué une ecchymose ou tache violacée , inégalement circonscrite et oblongue, d’environ trois pouces et demi de long sur deux pouces de large , laquelle ne s’étendait pas au-delà du tissu graisseux, ainsi que nous l’avons vérifié par la dissection.
Les chairs des membres étaient molles, et toutes les articulations flexibles ; le coude gauche et le pouce de la main correspondante , légè- , rement excoriés , ainsi que la partie externe du genou , et le talon du même côté.
Le visage était d’une couleur livide , la joue droite d’un brun très-foncé et profondément infiltrée de sang : ce dont nous nous sommes assuré par deux incisions ; la paupière , l’œil , le front et la tempe du même côté étaient ecchymosés , noirâtres.
Le crâne était très-mou du côté droit , changeait de forme par la plus légère pression , et s’affaissait quand on le plaçait sur le côté opposé. La peau qui recouvrait toute la région temporale du côté affecté , depuis le sommet jusqu’au cou , et depuis le front jusqu’à l’occiput , était brunâtre ; les doigts distinguaient à travers l’é-
paisseur de cette peau , la fluctuation d’un liquide qui paraissait l’avoir décollée d’avec les os. Nous nous sommes assuré, par l’incision, que c’était un épanchement de sang , en partie coagulé , qui s’étendait sur tout l’os pariétal , ét sur la portion écailleuse de l’os temporal. Le premier de ces deux os , dans sa partie moyenne et supérieure, était entièrement détaché des os voisins , ainsi que du péricrâne et de la méninge ou dure-mère. Il était aussi fracturé en deux endroits et en deux sens , savoir , directement, depuis le tiers supérieur de son bord antérieur jusqu au point correspondant de son bord postérieur , et obliquement , depuis la bosse pariétale jusqu’à l’os temporal. Ce dernier os était également brisé dans son bord supérieur, et son articulation avec la mandibule ou mâchoire inférieure était si altérée , qu’on n’en distinguait plus ni la forme ni la structure.
Les autres parties du corps ne présentaient aucune apparence de lésion à l’extérieur. On observait seulement sur la partie gauche de la poitrine, a un demi-pouce du sternum, entre la seconde et la troisième côte en descendant , une petite plaie ronde, d’une demi-ligne de diamètre. Une semblable plaie existait au côté gauche du cou , et immédiatement au-dessus de î’épauîe. Mais ni l’une ni l’autre ne pénétraient au-delà de
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la peau , ainsi que nous l’avons constaté par la
dissection.
A l’ouverture de la tête , nous avons trouvé le lobe droit du cerveau recouvert de sang et complètement désorganisé ; il n’avait plus sa forme , sa structure , ni sa consistance naturelles. Nous avons trouvé aussi, à la base du crâne, environ deux onces de sérosité mêlée de sang.
A l’ouverture de la poitrine , nous n’avons aperçu aucun vice de conformation dans les organes ; le cœur et les gros vaisseaux étaient gorgés de sang , les poumons développés et d’une couleur rosée. Apres avoir detacbe , essiiye , pesé ces derniers organes , nous les avons projetés dans l’eau , d’abord en masse , ensuite pai morceaux que nous avons fortement expiimés dans un linge , et ils ont également surnagé dans l’un et l’autre cas.
A l’ouverture de l’abdomen ou ventre, les viscères n’ont présenté ni altération , m difformité; le gros intestin était rempli de méconium, et la vessie contenait un peu d’urine.
D’après toutes ces observations, nous concluons et déclarons que l’enfant, dont nous avons examiné le cadavre , était à terme , fort et bien constitué : ce qui est attesté par son volume , sa pesanteur , ses dimensions et sa conformation extérieure ;
Qu’il est né vivant : ce qui est prouve par
l'ecchymose et profonde infiltration du visage , ainsi que par l’épanchement de sang , au dessous de la peau du crâne ;
; Qu>il a complètement respiré, comme nous l’avons constaté en examinant l’état des poumons et en les projetant dans l’eau , où ils ont complètement surnagé ;
Qu’il est mort peu de temps après sa naissance : ce qui est encore prouvé par l’adhérence d’une portion de cordon ombilical au nombril, par l’enduit onctueux, blanchâtre, dont la peau était recouverte, et par le méconium, dont le gros intestin était rempli ;
Qu’il est mort depuis peu : ce qui est prouvé par 1 absence de fétidité et de toute marque de puti éfaction , par la mollesse et la fraîcheur des chairs , par la flexibilité des articulations ;
Que la mort de cet enfant ne peut être l’effet, m d’une hémorragie par le cordon ombilical : ce qui est prouvé par l’engorgement du cœur et des gros vaisseaux j ni d’une suffocation : ce qui est prouvé par l’absence de toute altération dans la poitrine et les poumons ; ni d’aucune cause naturelle et ordinaire : ce qui est prouvé par les marques de sévices, empreintes sur la tête et le visage , lesquelles attestent au contraire une moi t violente ; m d’une chute sur le crâne , où nous avons observé des fractures, dont la situation, la forme, le nombre et la direction
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empêchent de les attribuer à cette cause ;
Enfin, que la mort de cet enfant est l’effet de coups ou violences extérieures , portées peu de temps après sa naissance , sur le côté droit de la tête et du visage ; seule cause à laquelle on peut attribuer les fractures du crâne , l’épanchement de sang dans cette cavité , et la désorganisation du cerveau.
En foi de quoi nous avons dressé le présent rapport , que nous avons clos à l’heure de — , en présence de...., et que nous certifions conforme à la vérité et aux principes de l’art.
Fait à..., les jour , mois et an susdits.
dix-huitième exemple.
Rapport qui constate la mort naturelle d’un enfant après sa naissance .
Nous soussigné , docteur en médecine ou en chirurgie de la Faculté de...., habitant de la ville ou commune de.... , canton de...., arrondissement de...., département de....; sur la réquisition de... , à nous signifiée parle sieur N., huissier, nous sommes transporté aujourd’hui,... jour du mois de.... , année — , à l’heure de... , avec les sieurs N. N... , dans la maison de.... , sise rue de...., n°...., étage...., chambre...., pour j visiter le cadavre d’un enfant nouveauné , qu’on avait trouvé sous un tas de poussière.
MÉDECINE LÉGALE. Soi
dans la cave de ladite maison , et pour déterminer la cause de sa mort.
Arrivé dans la chambre désignée, nous y avons trouvé la dame — , épouse de — , âgée de...., exerçant la profession de...., alitée, laquelle on nous a dit être accouchée depuis trois jours seulement : ce dont nous nous sommes assuré en examinant avec attention ses mamelles , qui étaient tendues et gorgées de lait , son abdomen ou ventre qui était flasque et ridé, ses parties génitales , qui étaient légèrement gonflées ; enfin sa matrice, dont on distinguait le volume et la forme arrondie au - dessus du pubis , dont le col épais et mollasse était assez dilaté pour permettre l’introduction de deux doigts , et d’où s’écoulait un fluide sanguinolent , qui exhalait une odeur forte , propre aux nouvelles accouchées.
Après cet examen , nous sommes descendu dans la cave désignée ci-dessus , où l’on nous a présenté le cadavre d’un enfant du sexe...., couché sur le côté gauche , et enveloppé d’un torchon de cuisine , sale et presque usé.
Pour examiner ledit cadavre avec soin , nous l’avons fait transporter, en notre présence et sous nos jeux , dans une chambre bien éclairée et voisine de celle où nous avions déjà visité ladite daine
Là , après l’avoir lavé et nettojé, nous avons
observé qu’il était gros , gras , exempt de putréfaction et bien conformé dans toutes ses parties extérieures, excepté à la lèvre supérieure, qui était séparée en deux parties , immédiatement au-dessous de la cloison des narines : ce qu’on nomme vulgairement bec-de-lièvre .
Sa tête présentait aussi un peu de difformité; elle était plus longue qu’à l’ordinaire de l’occiput au menton , et moins large d’une bosse pariétale à l’autre : elle avait six pouces et demi dans le premier sens et trois pouces moins un quart dans le second.
La longueur totale de cet enfant, mesurée du sommet de la tête aux talons, était de dixhuit pouces trois lignes , ancienne mesure , et sa pesanteur de six livres cinq onces, ancien poids.
Il y avait à l’ombilic une portion du cordon ombilical très-adhérente , encore molle et fraîche , de la longeur d’environ quatre pouces , dont on n’avait point fait la ligature , et dont l’extrémité libre était parfaitement égale , unie : ce qui nous a convaincu que ce cordon avait été coupé avec un instrument bien tranchant.
Tout le côté gauche du torse, ansi que le bras et la cuisse correspondans , présentaient quelques taches livides , larges , mais superficielles ; la dissection nous a fait voir qu’elles ne dépassaient pas le réseau capillaire de la peau.
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Sur le sommet de la tête , et vers son extrémité occipitale , nous avons remarqué une tumeur légèrement rénitente , d’un pouce et demi d’étendue à sa base , et de quatre ou cinq lignes d’élévation. En disséquant cette tumeur, nous avons observé que la peau , dont elle était recouverte , avait à peine changé de couleur , et que le tissu cellulaire soujacent était infiltré de sérosité ; il n’y avait presque pas d’engorgement dans les vaisseaux sanguins.
Toutes les autres parties extérieures du corps étaient d’une couleur pale ; les chairs en étaient fermes et les articulations dans l’état de rigidité.
A l’ouverture du crâne , nous avons trouvé le cerveau et le cervelet bien conformés , sans aucune trace d’altération ; ils étaient d’une couleur et d’une consistance naturelles.
A l’ouverture du thorax ou poitrine , nous en avons trouvé les organes bien conformés; le cœur et les gros vaisseaux qui en sortaient, gorgés de sang ; les poumons développés et d’une couleur rosée. Ces derniers organes, détachés , essuyés, pesés et projetés dans l’eau, ont surnagé, mais inégalement. Le poumon droit, projeté d’abord en masse, et ensuite par morceaux fortement exprimés dans un linge , a également surnagé dans ces deux cas. Le poumon gauche , projeté en masse dans le même liquide, a moins bien surnagé ; son extrémité inférieure s’enfon-
$û4 MÉDECINE LÉGALE.
çait , et entraînait en partie l’extrémité supérieure. L’expérience a été répétée deux fois , et a donné deux fois le même résultat. Après avoir coupé ce poumon par morceaux , nous les avons fortement exprimés dans un linge , comme ceux du poumon droit , et nous avons observé que les morceaux du lobe supérieur surnageaient , tandis que parmi les morceaux du lobe inférieur, les plus voisins du cœur restaient suspendus au milieu du liquide et les plus voisins du diaphragme s’enfoncaient entièrement.
A l’ouverture de l’abdomen ou ventre les viscères n’ont offert ni altération , ni difformité. Le gros intestin était rempli de méconium et la vessie d’urine.
Après la visite dudit enfant, nous sommes rentré dans la chambre de ladite dame — , et nous l’avons interrogée sur les circonstances qui avaient précédé , accompagné et suivi son accouchement.
Elle nous a répondu que deux jours auparavant , vers le milieu de la nuit , elle avait été prise de douleurs pour accoucher ; que se trouvant seule , elle avait appelé du secours et n’avait pu réveiller qu’une de ses voisines fort avancée en âge qui l’avait assistée , comme elle avait pu , mais bien imparfaitement; que l’enfant après avoir resté près de quatre heures au passage était enfin sorti ; qu’elle s’était évanouie
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immédiatement après jusqu’à perdre tout-à-fait connaissance ; qu’elle était restée plus d’un quart d’heure dans cet état ; que ladite voisine ne s’était occupée que d’elle , parce qu’elle ne la croyait pas encore entièrement accouchée , et que ne la voyant pas reprendre connaissance, et la croyant morte , elle était montée à l’étage audessus pour appeler quelqu’un ; qu’elle était redescendue et l’avait trouvée encore évanouie ; que le sieur N — , qui habitait la chambre au-dessus de la malade , était promptement accouru et l’avait retirée de son état de syncope , en lui faisant avaler un peu de vin pur avec une cuiller , et en lui frottant le front, les tempes, le nez et les lèvres avec du vinaigre ; que revenue à elle -même, elle avait senti l’enfant entre ses cuisses , d’où ladite voisine l’avait retiré après avoir coupé le cordon avec des ciseaux ; que ledit enfant n’avait donné aucun signe de vie malgré les soins que ledit.... et ladite....lui avaient prodigués ; enfin que cette circonstance l’avait engagée à le faire cacher dans sa cave , et que son intention était de l’y ensevelir , afin d’éviter les frais de sépulture publique , parce qu’elle n’était pas assez fortunée pour les payer.
D’après toutes ces observations , et d’après les renseignemens acquis , soit par ladite. . . , soit par la déclaration du sieur N*..., son voisin, et de la
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nommée N...., sa voisine, qui l’ont assistée, nous concluons que ladite est réellement ac-
couchée depuis deux ou trois jours seulement : ce qui est attesté par l’engorgement de ses mamelles , par la flaccidité et les rides de son ventre , par l’enflure des parties génitales , et par l’écoulement des lochies;
Qu’elle est accouchée d’un enfant à terme , vivace , fort bien conformé : ce qui est indiqué par la pesanteur , la longueur , le volume et la structure du petit cadavre ;
Que cet enfant est né par la tête et non par les pieds , ni par les genoux , ni par le siège : ce qui est prouvé par l’allongement du crâne et la tumeur occipitale du cuir chevelu , allongement et tumeur qu’on ne peut attribuer qu’au travail de l’enfantement ;
Qu’il a respiré et vécu , mais d’une manière incomplète : ce qui est prouvé par l’épreuve hydrostatique des poumons.
Qu’il a péri ensuite, mais presque à l’instant de sa naissance ; ce qui est prouvé par la fraîcheur et l’adhérence ferme du cordon ombilical, par le méconium dont l’intestin est rempli , et par l’urine contenue dans la vessie ;
Que sa mort ne doit point être fort ancienne : ce qui est prouvé par l’absence de putréfaction et de fétidité ;
Que cette mort ne doit être attribuée à aucuns
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sévices ou violences extérieures : ce qui est prouvé par l’absence de toute plaie , de toute contusion et de toute ecchymose profonde ; ni à une hémorragie par le cordon ombilical : ce qui est prouvé par le sang qui était dans le cœur et les gros vaisseaux ;
Mais que cette mort pourrait bien avoir été causée par le défaut de secours, lorsque l’enfant était au passage ou immédiatement après sa naissance et pendant la syncope de sa mère : ce qui paraît très - vraisemblable d’après les circonstances concomitantes et consécutives de l’accouchement rapportées ci-dessus.
En foi de quoi , nous avons dressé le présent rapport que nous avons clos à l’heure de — , en présence de...., et que nous certifions conforme à la vérité et aux principes de Fart.
Fait à..., les jour, mois et an susdits.