SENS
injections de cacodylate de soude et de sirop d'iodure de fer.
Ce traitement était suivi depuis deux mois sans grand résultat, quand la malade me -fit voir une arthropathie du genou, dont les caractères très parüculiers me firent songer à la syphilis. En effet, un traitement mixte en amena la guérison rapide, mais ce qu'il y a d’intéressant, c'est qu'il provoqua aussi la rétrocession graduelle des signes de compression de la bronche droite et de congestion du poumon correspondant ; le cornage et la toux quinteuse disparurent, quant à la cyanose du visage, elle s'atténua seulement à suesure que se développait sur la poitrine une cireulalion collatérale énorme, indice de l’oblitération graduelle de la veine cave supérieure.
« La inalade quitta l'hôpital en bonne santé ; elle est revenue me voir plusieurs fois depuis : la cireulation collatérale persiste toujours aussi intense ; il n’y a aucun trouble fonctionnel. mais la tête et les membres supérieurs se cyanosent au moindre effort.
« Il me paraît évident que cette femme a été aiteinte d’une gomme ou, pour mieux dire, d'un syphilome du médiastin qui a rétréci, puis oblitéré la veine cave supérieure, assez lentement pour permettre à la circulation collatérale de s'établir. »
Comme le fait remarquer M. Sergent à propos de - cette observation, il est intéressant de constater que sans l’arthropathie du genou qui, par ses caractères particuliers fit songer à la syphilis, la médiastinite
prise pour une adénopathie tuberculeuse aurait continué son évolution et vraisemblablement entraîné la mort.
Dans une observation de MM. Thiroloix (1) et Miginiac que nous rapportons à la fin de notre thèse, il s'agissait d'une femme de cinquante-quatre ans, atteinte depuis six mois d’une dyspnée continue à paroxysmes, avec léger cornage et ébauche de tirage. La percussion montrait une zone mate et vibrante entre les omoplates, mais pas de dysphagie, pas de troubles de la voix, pas de circulation collatérale. On songea à une adénopathie péri-trachéobronchique tuberculeuse, d’autant que la malade niait absolument la syphilis et n’en offrait aucun stigmate. La dyspnée devint de plus en plus vive, les crises de suffocation plus fréquentes, et la malade succomba dans le coma. L’autopsie montra une médiastinite calleuse, unissant intimement en un bloc inséparable les poumons,latrachée, les bronches et le cœur.
On apprit que la malade avait eu la syphilis douze ans auparavant.
Nous trouvons dansle Manuel de pathologie interne de Dieulafoy une observation de médiastinite syphilitique publiée antérieurement dans la Presse Médicale (2). Ils s'agissait d’un homme de soixante-trois
1. Thiroloix et Miginiac, Société médicale des hôpitaux 10 juin 1910.
2. Dieulafoy, Étude sur la médiastinite syphilitique (Presse médicale, 30 novembre 1910).
ans, présentant depuis plusieurs mois les signes d’une compression de la veine cave supérieure avec paralysie de la corde vocale droite, dyspnée, œdème du cou et des membres supérieurs, dysphagie. La radioscopie et la radiographie ne fournirent que des renseignements sans importance. En l'absence d’étiologie appréciable et en raison des troubles de compression graves, on se proposait d'intervenir chirurgicalement (résections des cartilages costaux), quand on résolut de pratiquer, an préalable, le traitement mercuriel. Cette thérapeutique amena «une amélioration incroyable, progressant à vue d'œil » et en quelques semaines Île malade que l'on avait vu s’acheminer vers l’asphyxie, put reprendre son travail. La syphilis était dans ce cas parfaitement ignorée. Gaull et Lucien (1) (de Dijon) chez un homme de quarante ans virent se développer une paralysie de la corde vocale gauche, une circulation veineuse sous-cutanée très accentuée sur la paroi thoracique à gauche et sur le bras du même côté avec œdème énorme des mêmes régions. Le sujet étant syphilitique, le traitement mercuriel et joduré fut institué et les accidents ont parfaitement guéri, le malade conservant seulement un peu de raucité de la voix.
A l'étranger quelques auteurs oat publié des
1. Gault et Lucien, Annales des maladies de l'oreille, du larynx et du nez, août 1911.
observations analogues. Case (1) attire l'attention sur des symptômes d’oblitérations de la veine cave supérieure et de paralysie de la corde vocale gauche occasionnée chez un adulte par une médiastinite syphilitique.
Buttino (2) rapporte nn cas de tumeur syphililique du médiastin chez un homme de soixante:six ans, diagnostic confirmé par l'examen radioscopique.
En Allemagne, Schünemann (3) étudie un cas de médiastino-péricardite syphilitique chez un homme de cinquante-huit ans, à l’autopsie duquel on trouva, en outre d'adhérences pleuro-péricardiques, une tumeur au niveau dubhile du pouimon droit «large comme la paume de la main. molle, translucide, blanchâtre, renfermant des noyaux indurés » que l’auteur attribue àla syphilis. Le malade présentait en outre une lésion gommeuse du rectum et une exostose cranienne vraisemblablement de même nature.
Radonicic, dans le travail déjà cité rapporte l’observation détaillée d'un homme de quarante-deux ans, syphilitique, mort très rapidement d’asphyxie suffocante avec dilatation cardiaque et signe d'Oliver- Cardarelli très net. La réaction de Wassermann
1. Case, Médiastinite syphilitique (Guy's. Hosp. Gaz London, 1908).
2. Buttino, Médiatinite sypkilitique (Rev. int. crit. di. clinic med. Firenze, janvier 1908).
3. Schünemann, Allegemeine médizinische central Zeitung. juin 1911.
pratiquée par MM. Georgevie et Savnick était positive, la tuberculo-réaction par contre étail négative. L’autopsic révéla une périviscérite médiastinale très étendue, des adhérences pleuro-périardiques, une soudure complète du cœur au péricarde et la transformation fibreuse au tissu intervasculaire de la base du cœur. Radonicic attribue cette médiastinite à la syphilis en raison de la coexistence chez le malade d’un sarcocèle, d'une périostose du tibia gauche et des résultats de la réaction de Wassermann et de la tuberculo-réaction.
Roynton (1) attribue à la syphilis une médiastinite survenue chez un homme de soixante-quatorze ans. La maladie se caractérisait par une dyspnée intense qui durait depuis six mois, s’acompagnant de douleurs thoraciques très vives et de dilatations veineuses en «tête de méduse » sur la partie antérieure du thorax. Tous ces phénomènes s'amendèrent sous l'influence du traitement spécifique. Les douleurs et la dyspnée disparurent, mais de nouvelles veines se formèrent à la surface du thorax.
Récemment, Oulmont et Delort (2) rapportent une observation de médiastinite chronique syphilitique avec compression de l’azygos, chez une femme pré-
sentant des accidents tertiaires.
1. Roynton (Lancet, 28 janvier 1911, p. 236.) 2. Oulmont et Delort, Médiastinite sy philitique (Société méd. des Hôpitaux, 7 juin 1912).
Babonneix et Baron (1) publient une observation
de compression du tronc veineux brachio-céphalique
droit, chez une malade atteinte d’anévrysme de l’aorte. Présentant, à son entrée à l’hôpital, une dyspnée vive avec toux spasmodique el gonflement œdémateux du sein et du membre supérieur droit, la malade fut soumise au traitement spécifique. Rapidement, la dyspnée s’alténua, le gonflement du cou et du bras disparut ; les signes anévrysmaux et la voussure thoracique ne furent pas modifiés. Les auteurs admettent que dans ce cas « ce n’était pas seulement la poche anévrysmale qui comprimait la veine brachio-céphalique, mais plus exactement une inflammation spécifique du médiastin développée autour de l’anévrisme et qui aura régressé sous l'influence du traitement spécifique ».
M. Sergent (2) a particulièrement étudié ces rapports de la médiastinitesyphilitique avec l’anévrysme de l’aorte et nous trouvons, dans ses Conférences de la Charité, une observation des plus nettes. Il s'agissait d'une femme, de quarante-huit ans, atteinte d’anévrysme de l’aorte avec paralysie récurrentielle, signe d’Argyl-Robertson avec inégalité pupillaire, tendancé à la dyspnée et légère cyanose des lèvres. La radioscopie démontrait que tout le médiastin était
opaque et qu'il n'existait aucun foyer d'expansion
1. Babonneix et Baron, Gazette des Hôpitaux, 30 janvier 1912. | 2. Sergent, Presse médicale, 3 juillet 1912.
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anormale. La malade fut soumise au traitement hydrargyrique el ioduré. Peu à peu se produisit «une atténuation des symptômes, en même temps qu'une amélioration de l’état général. Et, lorsque quelques semaines après, nous fimes un nouvel examen radioscopique, nous pûmes constater la présence d'un foyer de battements expansifs, très visibles, incontestables, dans la concavité de la crosse aortique, alors que tout autour, le médiastin apparaissait clair. Cette femme avait donc bien été atieinte de médiastinite, mais ceci ne l'empêchait pas de porter, en même temps, un anévrysme de l'aorte. Si elle a été améliorée, elle n’est pas guérie complètement ; elle conserve encore sa paralysie récurrentielle et sa voix bitonale rauque; elle conserve également ses signes de compression de la bronche gauche et la petitesse de son pouls radial gauche; mais son oppression est moindre et son facies n’exprime plus la même anxiété. Comment interpréter cette évolution, sinon en reconnaissant, ainsi que l’établissent les examens radioscopiques successifs, que l’anévrysme de l'aorte persisle, tandis qu'a disparu l'inflammation du tissu médiastinal qui l'entourait ».
Personnellement, nous avons eu l’occasion d'observer, avec le D: Lacapère, un cas de médiastinite syphilitique chez un homime de quarante-deux ans. La compression médiastinale se traduisait par une tuméfaction de la jugulaire du côté gauche, de l’œdème au bras gauche avec développement très marqué d’arborisations veineuses superficielles, dou-