OBSERVATION
Nous sommes appelé, une nuit, auprès d’une jument, Boulonnaise, 5 ans, soi-disant en état grave de suffocation, Aussi, à tout hasard, nous munissons-nous d’un tube à trachéotomie provisoire. À notre arrivée, nous trouvons cette jument en sueur, à peu près calme, mais avec une respiration tellement accélérée, quoique non bruyante, que le propriétaire alarmé avait fait venir un boucher. Le rythme respiratoire était de 60 environ, le pouls était à 40, la température 37,8. Le propriétaire nous signale des signes de douleur dans les heures qui avaient suivi le repas du soir. Diagnostic : indigestion
le
stomacale avec état vagotonique (1). Une injection intraveineuse d’un centigramme d’atropine fit cesser la polypnée en moins d’une minute, au grand étonnement de l'entourage.
De l'exemple qui précède, il découle que le calmant de choix. dans le cas où la vagotonie domine la scène clinique de ses réflexes, est, non pas la morphine, mais l’atropine. Roger, qui reconnaît à l’alcaloïde de la belladone, en plus de son action sur le vague — calmante à la dose de 5 à 7 milligrammes — également une action inhibitrice sur le sympathique à la dose de 15 à 20 milligrammes, en fait le calmant de choix dans tous les cas de coliques. En effet, selon lui, il suffit de savoir manier la posologie pour limiter l'action sur le vague ou l’étendre sur le sympathique. Il lui reconnaît aussi, très justement, une action cardiotonique, non négligeable dans les crises abdominales graves où le fonctionnement du muscle cardiaque est souvent bien altéré par voie réflexe.
Il nous faut même citer l'emploi que fait Roger d’une dose de un centigramime d’atropine; il prétend que cette dose, par son action préparalytique, permet le cheminement des gaz et que, si l'exonération ne se fait pas, c’est qu'il y a obstruction.
On a beaucoup insisté, trop, nous semble-t-il, sur l'action antispasmodique de l'atropine et sur son
emploi dans les cas supposés de spasmes intestinaux.
(14) GRASSET. — Le vague excité est bradycardisant el tachypnéisant.
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Nous nous rangeons tout à fait à l'avis de Drouin ( lorsqu'il dit qu’il doit y avoir beaucoup plus fréquemment atonie de la musculeuse intestinale que spasme.
Nous ne méconnaissons pas qu’il doive exister des territoires segmentaires en état de spasme par voie réflexe, ou ‘plus simplement en état de contracture exagérée quand des segments voisins sont frappés d’atonie par distension. Quel praticien n’a pas remarqué combien un cheval, atteint de coprostase, vide rapidement la partie de son intestin situé en aval du bouchon fécal : c’est même ce qui suscite l’'étonnement chez un propriétaire à qui on annonce que son
cheval est atteint de coprostase — qu'il est « bouché » suivant leur expression — alors qu'il vient de
constater que son animal s'est exonéré à plusieurs reprises.
Il est donc bien difficile de dire, dans un cas donné, s’il y a atonie ou spasme pour la raison péremptoire que les deux états sont souvent connexes et conditionnés l'un par l’autre.
Cette dernière proposition montre combien il peut être dangereux de rompre un spasme qui, en dernière analyse, est un moyen de défense de l’organisme. C’est ce qu'a parfaitement vu notre confrère Chapron ® qui accuse l’atropine de produire des versions par le processus auquel nous venons de faire
allusion.
(1) DROUIN. — Goliques du cheval et traitement. Revue générale de Médecine vélérinaire, 1903.
(2) CnApRoN, — Sur l'emploi de l’atropine. Bulletin de la Société
de Médecine vélérinaire pratique, 1998.
Chapron écrit en effet : Quand une section quelconque du tube digestif se trouve lésée.…., par jaction réflexe, les autres zones se mettent en ctat de défense pour ne pas exagérer le trouble primitif, l'extension de ces réflexes ne pouvant se faire régulièrement. suivant les lois de la réflectivité sympathique. Dans le cas d’indigestion du côlon, par exemple, l'intestin grêle et l’estomac, après une courte période de lutte (exagération du péristaltisme), peuvent être frappés de paralysie fonctionnelle; le spasme des dernières portions de l’iléon arrête le transit des matières et empêche leur arrivée dans le cœæcum. On a done, en plus du trouble initial, soit une sorte d'indigestion, soit un spasme viscéral, l’un et l’autre secondaires... Ces phénomènes sont des actes de défense naturelle, donc utiles, et toute médication qui aura pour effet de les annihiler, sans effacer la lésion primitive, aura des chances de devenir nuisible. D'une façon générale, l’atropine nous paraît libérer les ganglions viscéraux du contrôle vago-sympathique. De ce fait, l'action réflexe défensive se trouve supprimée : il en résulte une sorte d'ignorance, d'indépendance de chaque segment du tube digestif qui agit alors comme ‘s’il était le siège d'une véritable hallucination.…..
Dans Ile cas d'indigestion par surcharge du côlon, il est bien évident que si ce spasme secondaire de l’iléon est rompu, une masse alimentaire de plus en plus considérable va s’accumuler dans le cœcum puis dans le gros intestin : ce n'est pas précisément
l'effet recherché. »
Aussi, Chapron déclare-t-il qu’il réserve l'emploi de l’atropine pour le traitement de lentérospasme primitif. D'autres auteurs préfèrent à l’atropine, soit l'hyosciamine (Bouchet) (), soit le chanvre indien (Drouin (® et Caulton Reeks) (.
D’autres préconisent l'emploi de la belladone sous forme d'extrait aqueux (Sorioz). Personnellement, nous employons souvent des bols composés d'extrait de belladone et d’asa fœtida. Comme Chapron, Taskin (® utilise l’atropine pour l’entérospasme primitif, tel que celui qui se produit dans les coliques d'eau froide, et ce, à doses faibles de 2 milligrammes #; ce dernier auteur lui donne la préférence sur l'extrait éthéré de valériane, calmant bien anodin, et surtout sur la pilocarpine dont les effets ne laissent pas de motiver l’abstention de son emploi.
Mentionnons encore, au chapitre de l’atropine, le traitement de Bezssonow ® : il commence par donner 250 gr. de sulfate de soude per os puis des lavements; ensuite, il injecte sous la peau dix centigr. d’atropine dans 80 gr. d'eau. Le cheval, d’après lui, s’'excite pendant quinze à vingt minutes et paraît en
(1) BoucHeT. — Bulletin de la Société de Médecine vétérinaire pratique, 1923.
(2) DRouUIN. — Coliques du cheval el traitement. Revue générale de Médecine vétérinaire, 1903,
(3) CAULTON-R£EKS. — The Veterinary Record, 1908.
(4) TASkIN. — L'alropine dans les coliques du cheval. Bulletin de la Société Centrale, 1921.
(o) BEZSSONOW. — Atropine dans les coliques. Société vétéri-
naire militaire de Varsovie, 1903.
A na
proie à une vive frayeur. Vers la douzième heure, la guérison se ferait par évacuation.
Nous retrouvons là un exemple de la systématisation d’un procédé sans tenir compte de la symptomatologie du cas d’espèce.
En tout état de cause, si l’auteur, après avoir donné une purgation de sulfate de soude à son patient, craint les effets irritants de son intervention, ce qui se conçoit, il devrait, ou recourir à la morphine, ou augmenter ses doses d’atropine jusqu’à 15 ou 20 centigrammes.
Nous ne mentionnerons que succintement l'emploi de l'éther comme calmant. Ce médicament est une grandeur déchue et son usage est bien restreint de nos jours après avoir connu la vogue avec le breuvage colifuge de Claes et lelixir calmant de Lebus. Le Berre l’'emploie en injections hypodermiques : « Je les ai employées, dit.il, surtout dans les cas de coliques de nature congestionnelle quand, malgré les saignées et surtout lésérine, les intestins gorgés de sang ne fonctionnent plus, que les borborygmes sont très discrets, quand l'animal, fatigué, rendu, est somnolente et ballonné. Je les fais de dix centimètres cubes et plus, répétées toutes les heures et même plus souvent: sous leur action, l'organisme se réveille, les borborygmes se font mieux entendre; il y a excitation, le pouls se relève, l’influx nerveux revient. Certes, je n'ai pas toujours réussi, mais je crois que ces injections hypodermiques d’éther sont appelées
à rendre de grands services dans ces fins de coliques
et même dans tous les cas où l'organisme abattu a besoin d’être excité pour lui permettre de résister à l'épuisement nerveux qui produit la mort dans ces cas et qu'une lutte un peu plus longue suffirait à éloigner et à vaincre. » Nous souscrivons volontiers aux vues de Le Berre, mais ce mode d'emploi de l’éther se recommande (plutôt de la médication excitante que de la médication calmante.
Nous ne nous attarderons pas à l’emploi du camphre, simple sédatif douteux, de la valériane. recommandée par Roger, de l’asa-fœtida, préconisée par Kaufmann et par Trousséau et Pidoux.
Nous ferons toutefois une exception pour citer le bromure de potassium qui, à notre connaissance, a été employé vers 1910 par Roux, sous forme d’une solution stérile au 1/10, à la dose de 100 à 150 gr. u élément actif, par voie veineuse; l'effet sédatif est excellent mais il n’est malheureusement obtenu que par l'injection d’une grande quantité de solution, un litre environ, faite obligatoirement d’une façon lente. Nous l’avons expérimenté avec d'excellents résultats : malheureusement, le procédé n'est pas pratique à mettre en œuvre sur des patients qui s’agitent ou se défendent.
Certains malades sont parfois atteints de coliques d'une telle gravité qu'aucun des médicaments déjà envisagés ne peut arriver à amener la sédation des douleurs; d'autres, sous le coup de, coliques nerveuses où d’un état d’hyperexcitabilité à causes indéterminées ne sont justiciables ni de l’'opium, ni de la