OBSERVATION I
Personnelle, complétée grâce à l’obligeance de M. le docteur Boichut, de Chailley (Yonne).
Fracture double du marillaire inférieur.
S.3. Voiturier à C.:
Antécédents. -— Peu de chose à signaler. Tousseur. À maior depuis quelque temps. Rien à lauscultation, mais suspect de bacillose. Pas d'éthylisme.
28 août. — En se baissant pour examiner le pied de son cheval, le malade reçoit de cet animal un violent coup de sabot dans le maxillaire inférieur. Le coup a porté sur le côté gauche de la mâchoire, dans le Uers antérieur. Le malade, vu un instant après, présente des plaies superficielles à la face et sur la mächoire inférieure. Léger écoulement de sang par le nez et la bouche. On sent nettement, à la palpation, une fracture sinrple, et communiquant avec la bouche, du côlé droit : et, à gauche, une fracture du même maxillaire in férieur, en plusieurs fragments, el communiquant également avec la cavité buccale.
Pansement antiseptique des plaies superficielles. Lavages
En a de la bouche à Jeau oxygénée étendue d’eau bouillie, une bande de tarlatane soutient le maxillaire.
A 7 heures du soir, le malade souffre de sa double fracture. On lui fait une injection sous-cutanée de 2? cenligrammes de Pantopon. Le pouls est à 88, et la température est de 37,6. Huit à dix minutes après, le malade, qui ne peut causer, écrit sur une ardoise, mise à sa disposition dans ce but, qu'il ne souffre plus du tout. Au bout d’une demi-heure, il s'endort d’un sommeïl calme ; respiration tranquille, 17 inspirations à la minute. Le malade se réveille vers 4 heures du malin. On lui fait un lavage de bouche, et 1l se rendort une demi-heure après jusqu'à 8 heures environ. Sommeil tranquille, sans rêves.
29 aoûl. — À 9 heures du matin, pouls, 78, température, 37,2. Le malade souffre de ses blessures. Le D' P..…., de Sens, lui fait, sous anesthésie chloroformique, une incision de chaque côté du maxillaire, au niveau du trait de fracture.
À droite : fracture oblique. Pas d’esquiles, mais communication avec la bouche. Suture métallique. Deux drains sont mis dans la plaie, l’un en avant du maxillaire, et l’autre en arrière, faisant communiquer la cavité buccale avec l’extérieur.
A gauche : fracture oblique également, absolument symélrique à celle du côté droit. Deux esquilles sont retirées. Communicalion avec la bouche, dans laquelle pénétrait un des fragments. Suture au fil métallique. Deux drains sont placés de Ja même façon que du côté opposé.
Pansement aseptique. Durée de l’opération : une heure el demie. |
Le malade à des nausées fréquentes et mème quelques vomissements. On lui fait, à 4 heures du soir, une piqüre de 2 ec. de Pantopon. Au bout d’une dizaine de minutes, le malade accuse une disparition presque complète des symptômes douloureux. L’agitation cesse et les nausées et vomissements sont également arrêtés d’une façon absolue. Le malade s’endort tranquillement. Revu à 8 heures du soir. Il souffre un peu
el est de nouveau agilé. Tempéralure, 37,8 : pouls, 92 el bien frappé. On lui fait une nouvelle injection sous-cutanée de Pantopon. Calme complet en cinq minutes. Le malade s’endort un quart d'heure après. Se réveille sur le matin, et se rendort rapidement. Pas de rèves.
Fréquents lavages de la cavité buccale à l'eau oxygénée étendue d'eau bouillie.
50 août. — À 8 heures et denue du matin, le malade se sent bien. Il ne souffre que très peu. Pouls, 86, température, 37,1. On lu renouvelle son pansement. Pas de pus. On lui fait, à la cuisse droite, une injection de 10 ec. de sérum antitélanique que l’on vient seulement de recevoir. Le soir, le malade souffre de sa fracture gauche, et se plaint de son injec- Lion de sérum qui est douloureuse. On lui fait une piqûre de 2? centigrammes de Pantopon. La douleur disparaît au bout de dix minutes environ d’une facon absolue. Pouls, 86 : température, 37,2. Sommeil calme. On continue les lavages jour et nuit.
31 août. — Man, pouls, 90, température, 37. Pas de pus dans son pansement, qui est renouvelé, Les lavages de la bouche à l'eau oxygénée sont continués toutes les demiheures environ. Le soir, le malade se plaint toujours de sa fracture à gauche. Nouvelle injection de Pantopon. Même calme. Température, 37,1 ; pouls, 88.
Nuit excellente. Pas de constipation.
1% seplembre. — Matin : température, 37,1 ; pouls, 85. Le pansement, qui est renouvelé, n’est toujours pas souillé. Le malade souffre peu de sa fracture. Aussi, ne Jui fait-on pas de piqüre le soir. I ne peut dormir la nuit que par mtervalles, en raison de la douleur qu'il ressent dans le côté gauche de son maxillaire. Pouls, 87 ; température, 37,2. Les lavages ont été faits régulièrement.
2 septembre. — Matin : température, 37,2 ; pouls, 85. On renouvelle le pansement. Pas de pus. Le soir : température, 37,3 ; pouls, 82. On lui fait une imjection sous-cutanée de 2 centigrammes de Pantopon. Même effet calmant complet
au bout d’une dizaine de minutes environ. Bonne nuit. Sommeil calme. On a continué les lavages régulièrement toute la journée, et la nuit quand le malade se réveille.
3 Septembre. — Malin : température, 37,1 : pouls, 80. Le pansement est renouvelé. Pas de pus. Les plaies ont bon aspect, et celle de droite est presque cicatrisée, Le malade voudrait qu'on lui enlevat ses drains qui le gênent, mais on les maintient néanmoins. Dans la journée, le malade se lève un peu, et, malgré les recommandations de son entourage, va voir ses chevaux et leur donner lui-même à manger. Le soir : pouls, 87 ; température, 37,2. On lui fait une piqûre de Panlopon, pour calmer la douleur sourde qu'il continue à ressentir au niveau de sa fracture gauche, Les lavages avaient été continués loute la Journée.
A 10 heures du soir, le malade, profitant d'un moment où il est seul, arrive, malgré le peu d'espace laissé entre ses arcades dentaires, à introduire son doigt dans sa bouche, el essaie d'enlever ce qui le gêne au niveau de sa fracture gauche, et qui n'est autre que l'extrémité d'un de ses drains. Brusquement, au moment où le malade retre son doigt, il sort de sa bouche un gros caillot noirâtre, puis du sang rouge, et rutilant, par saccades, el assez abondant. Cette hémorragie cède en un quart d'heure à l'eau oxygénée el aux injections chaudes. On lui fait néanmoins une piqûre de lmilligranme d'ergotinine. Le malade s'endort jusqu’à 4 heures du matin.
# seplembre. — À 4 heures el demie du matin, nouvelle hémorragie, qui cède de nouveau à l’eau oxygénée. À 6 heures et demie, elle reprend, plus abondante. L'eau oxygénée et une piqüre de 1 gramme d’ergotine, l'arrêtent momentanément. Elle reprend par intermittences. À 8 heures, nouvelle hémorragie abondante. On lui fait une injection d’adrénaline. L'hémorragie cesse presque instantanément. Le pansement gauche est traversé par le sang. Le malade est absolument exsangue. Troubles de la vue. Pouls filiforme. On lui fait de la caféine, et 500 grammes de sérum de Hayem,
A10theures letDAPe prévenu, revient.
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Légère anesthésie. On fait sauter les sutures, et on ligu- Lure dans la plaie gauche une artère béante, probablement la faciale, Pour prévemr loute nouvelle hémorragie d'infecion secondaire, on lui lie également sa carotide externe du même côté. La fracture droite est consolidée, Celle du côté gauche n'a pas repris du tout. On louche toute la plaie à la teinture diode, on bourre, et on panse.
Après, on peut compter le pouls, qui est à 140, un peu plus fort que le malin. Nausées calmées en dix minutes par ? cen- Uigrammes de Pantopon. Le soir, à 4 heures, pouls à 120, température, 36,9. On fui lait de nouveau 300 grammes de sérum de Hayem. \ S heures du soir, pouls, 114, mieux frappé, et moins dépressible. Température, 36,8.
La nul est agitée.
5 septembre. — Matin : pouls, 110 ; température, 37,2. Le malade est agilé et se plaint de ses deux piqûres de sérum qui sont douloureuses,
Le soir, pouls à 100, température, 37,1. On lui fait Lecce. de Pantopon. Bonne nuit.
G septembre. — Man : pouls, 96 ; température, 37,3. On lui relail son pansement légèrement souillé de pus. Les lavages à l'eau oxygénée Lrès étendue d'eau bouillie sont repris Loules les heures environ et continués Tes jours suivants. Le soir, pouls, 95, température, 37,2. On fait au malade une piqûre de 2 centigrammes de Pantopon. Il s'endort rapidement. Nuil calme. Sommeil tranquille, sans rêves.
7 seplembre. — Même élat général. Pas de température. Le pouls est toujours régulier, et de mieux en mieux frappé. Le malade se remonte lentement :; il souffre toujours de sa plaie gauche. Une piqûre de 2 centigrammes de Pantopon, le soir, calme très bien sa douleur, et lui procure un sommeil calme.
S seplembre. — Le malade se sent de mieux en mieux. Les pansements, faits régulièrement, ne sont pas souillés de pus. Pas de fièvre. Les grands lavages sont continués.
Le malade soulfre toujours de sa plaie ; n'ayant plus de
RER ’antopon, j'administre, le soir, un centigramme de chlorhydralte de morphine en injection hypodermique.
Une demi-heure après, le malade est pris d'un sommeil lourd avec cauchemars, qui dure trois heures. Il se réveille avec des maux de tête, des nausées pénibles ; et le reste de la nuit se passe dans linsomnie et les cauchemars.
9 seplembre. — Même état général et de la plaie. Même thérapeutique. Morphine, le soir, qui lui procure un soulagement moindre encore. Le malade est assoupi, mais ne dort pas, el est encore pris de nausées et de cauchemars. Nuit pémble.
10 seplembre. — Toujours même amélioration. Le malade souffre toujours de sa plaie. Il réclame « son Pantopon », el refuse de la morphine. Je ne lui fais donc pas de piqûre le soir. La nuit se passe sans que le malade puisse dormir ; 1l soulfre, mais n’a ni nausées ni cauchemars.
11 seplembre. — J’annonce au malade, dont l’état se main- Uent bon, que je suis en possession de « Pantopon ». I] attend avec impalence 7 heures du soir, heure à laquelle 1l sait ma venue et sa piqûre. La nuit est calme, sommeil profond, tranquille, sans agitation et sans rêve, dès 9 heures du soir jusqu'au lendemain matin à 6 heures. Au réveil, pas de nausées, n1 de courbature, pas de torpeur.
12-16 seplembre. — Toujours bon état général et local. On continue tous les soirs sa piqûre de Pantopon, avec le même succès. Le malade me prie à plusieurs reprises de ne pas «me laisser manquer de Pantopon ».
[7 seplembre. — L'amélioration continue. Le soir, par surprise, je Lui fais un centigramme de chlorhydrate de morphine en place de Pantopon. Pas de sommeil, nausées, céphalalgie, agitation et cauchemars, si bien que le lendemain Malin le malade est mécontent et me reproche de l'avoir l'ompé, ce que Je suis forcé de lui avouer.
IS seplembre. — Même état de plus en plus satisfaisant. Le soir, piqûre de Pantopon, qui lui ramène le calme et le sommeil habituels,
On continue Jusqu'à fin seplembre celle médicalion € héroïque » (suivant l'expression du malade), loujours avec le mème succès, el sans avoir besoin d'augmenter fa dose.
A Ja fin de seplembre, on cesse le médicament, 1e malade ne souffrant plus de sa plaie.
Actuellement, la cicaltrisahion et la consohdation de la frac- Lure sont complètes à droile, maïs non pas à gauche. Le ma-
lade est en bonne voie de guérison,