L'INDICATION DE L’EXERCICE EN THÉRAPEUTIQUE
calions de l’exercice, et nous montrerons combien elles sont plus rares qu’on ne le croit communément dans notre pays. Mais nous pouvons nous rendre compte dès à présent des motifs qui expliquent le plus souvent l’abstention des médecins dans l’emploi de la médication par le mouvement.
^ 11 n’est pas d’agent thérapeutique dont les résultats soient, au mé le point que ceux de l’exercice, influencés par les conditions accessoires de son emploi, par la forme, le mode d’administration, le « dosage ». Il n’est aucune médication qui doive davantage tenir compte non seulement de la nature de la maladie, mais du tempérament du malade, de l’intégrité plus ou moins complète des organes, de l’impressionnabilité du système nerveux, du degré d’accoutumance, du genre de vie antérieur, etc. L’emploi de l’exercice, au début du traitement, doit être, dans beaucoup de cas, aussi minutieusement contrôlé que celui de la morphine, de la digitale, de 1 aconit. Il faut veiller d’une part à ce que la dose ne dépasse pas le degré de tolérance du malade ; et pourtant, d autre part, il faut se donner garde de prendre pour une intolérance absolue ce qui n’est que l’effet passager et souvent nécessaire de la fatigue.
Ces difficultés expliquent, sans doute, l’extrême réserve que mettent les médecins français à prescrire cette médication, Dans notre pays, on semble croire que, pour la grande majorité des malades, il y ait imprudence grave à l’applijquer, et on s’attache, à dire vrai, à établir les contrc-iiidications de l’exercice plutôt qu’à en rechercher les indications.
Les maladies au cours desquelles se présente l’indication du traitement par 1 exercice peuvent se ranger en trois catégories : i° maladies par troubles mécanioues; 2° maladies par troubles chimiques; 3» maladies par troubles physiologiques.
Laoranoe. — Môdic. par l’exerc.
. Celte classification n’a pas la prétention d’être exacte et rationnelle au point de vue de la patliogénie, et nous savons qu’on peut lui reprocher d’être purement artificielle; mais elle est logique en ce qui concerne notre sujet, parce qu’elle permet de placer en regard de chaque groupe d’éléments pathologiques à combattre un groupe correspondant de résultats thérapeutiques qu’il est « indiqué » de rechercher.
Maladies par troubles mécaniques.
11 se produit souvent dans l’organisme des elfets morbides d’origine mécanique, qui, du reste, n’ont pas toujours pour cause première une lésion traumatique et une violence extérieure. Telle maladie pourra être d’origine inflammatoire ou microbienne, et laisser après elle des lésions qui deviendront le point de départ de troubles mécaniques. Une arthrite, par exemple, peut être d’origine infectieuse, et laisser après elle des raideurs tendineuses, des exsudais organisés, en un mot des troubles organiques secondaires qui opposent un obstacle mécanique au jeu de l’articulation. Toutefois, nombre de maladies chirurgicales telles que les luxations, les fractures, ont pour origine réelle une cause mécanique.
Les troubles morbides que nous appelons « mécaniques » sont donc le plus souvent, — mais non pas exclusivement, — du domaine de la pathologie externe. On peut prendre pour types de ces maladies, en chirurgie, tous les déplacements d’organe, tels que les lu.xations, les hernies, et l’on sait que ces maladies nécessitent un traitement « mécanique ». La remise en place d’un os luxé ne peut se faire sans l’emploi des mouvemenls « communiqués », et de même le taxis, manœuvre de réduction des hernies, peut être pris comme type d'une pratique de massage.
. Mais ces procédés chirurgicaux font partie de la thérapeutique courante et banale, et les chirurgiens, sans
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doute,’ ne se préoccupent pas de remarquer qu’en les mettant en œuvre, ils font subir à leurs patients de T « exercice passif;). Il faut passer progressivement à des manœuvres de plus en plus caractéristiques, pour éveiller dans l’esprit du piaticien 1 idée d’exercice et de thérapeutique par le mouvement.
^ Dans les premiers mois de la grossesse, l’utérus peut se déplacer par suite d’un choc extérieur, d’un effort muscu-
laire violent, et se mettre dans une position vicieuse, en rétroflexion, par exemple. L’indication se présente alors d’agir mécaniquement, pour tenter de « réduire )> la rétroflexion et de remettre l’utérus en place. Jusque-là nous sommes encore dans les pratiques usuelles, acceptées de tous les médecins ;■ mais, sans quitter le domaine de la gynécologie, nous pouvons citer une indication moins généralement comprise, au sujet de l’emploi du mouvement. Si 1 utérus est dévié, non plus par un traumatisme récent, mais par une lésion ancienne, telle qu’une bride de tissu fibreux qui le fixe en un point du bassin, le mouvement peut intervenir encore sous forme de manipulations di-
verses, on peut, en tiraillant méthodiquement les adhérences, parvenir à les rompre ou à les distendre, ce qui permettra de rendre sa position normale à l’organe dévié. C’est ainsi que procèdent les élèves du major suédois Thure-
Brandt en appliquant le massage utérin, dont nous aurons à parler plus loin.
Co ti'esl pas seulement pour les organes déplacés que I indication des mouvements communiqués se présente en lliérapeulique. Les liquides de l’économie peuvent se déplacer tout aussi hion que les organes solides, et même on le comprend, avec une plus grande (acilUé; leur circulaiion peut devenir anormale, se ralenlir; ils peuvent s’accumuler sur un point donné, y former des stases, des œdèmes. Les faits les pins vulgaires de la mécanique montrent que le
mouvement eommuniqiié à, des collections liquides èii stagnation peut les déplacer et les faire « circuler ». Nous savons déjà que la gymnastique suédoise, mettant à profit ces notions si simples et si justes, emploie beaucoup, dans tous les cas de stase sanguine, les mouvements passifs dits « de circulation », en môme temps que le massage.
Il n’est pas môme besoin, parfois, d’avoir recours à des mouvements répétés et persistants pour amener la disparition des stases liquides. La médication mécanique peut se borner à un simple déplacement de la partie engorgée, et à son cbangement d’attitude. Qu’on porte, par exemple, dans l’atiitude « relevée » un membre atteint de gonflement œdémateux ou môme inflammatoire, et qu’on maintienne son extrémité plus haut que son point d’attache au tronc, et l’on verra presque toujours cesser, ou du moins diminuer l’enflure. L’ « attitude » est, en somme, une forme de la médication par le mouvement, puisque un changement de position ne peut se faire sans déplacement d’une partie du corps. Nous verrons, du reste, quel rôle important jouent les attitudes prolongées, actives ou passives, dans la gymnastique suédoise, et notamment en orthopédie.
Il n’est pas toujours facile à priori de déterminer exactement si la nature du trouble fondamental auquel est dû l’état morbide est de nature mécanique ou physiologique. Pourtant cette distinction est d’une grande importance, car c’est d’elle (jue doit se déduire l’indication précise de la médication qui doit être appliquée. Par exemple, les déviations articulaires telles que celles d’où résultent les dillormités de la colonne vertébrale et des membres sont dues tantôt à un processus mécanique, tantôt à un processus physiologique. L’origine physiologifiue est évidente dans les déformations qui succèdent, j>ar cxenq)le, à des troubles trophi(pics des centres nerveux et aboutissent à la [)aralysic d’un groupe musculaire isolé, le groupe antagoniste conservant son
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énergie normale. La déviation est alors due au défaut d’équilibre des forces musculaires dont l’action harmonique est nécessaire pour maintenir le membre dans sa direction normale. Mais d’autres fois la déviation est due soit à une déformation des surfaces articulaires, soit à la rétraction des ligaments; le redressement de la colonne vertébrale est alors entravé par un obstacle matériel et nous disons
pour cette raison que la déviation est de nature « mécanique ».
üans les deux cas l’indicalion de l'exercice esl formelle mais le mode d’application doit différer. Si la cause de il déviation est mécanique, par exemple en cas de rétraction hganienteuse, c'est aux effets mécaniques de l’exercice qu’il audra recourir, et non à son action pliysiologique. Il ne s agira pas de fortifier tel ou tel muscle, pour faire équilibre a I action prépondérante de son antagoniste, mais de mobiliser l’articulation raidie, de distendre les ligaments retractes, comme on le ferait, en somme, dans une articulation ankylosee. L’agent essentiel du traitement sera dès OIS le .. mouvement » proprement dit, et si on emploie le mouvement actif, le muscle ne sera pas visé comme but de*
1 exercice, mais comme moyen de produire le déplacement.
dans éléments constituants de la jointure, on pourra s en tenir aux mouvements passifs. - C’est ainsi que prooedenl les partisans du traitement « mécanique » de h SCO lose. Ils cherchent par des mouvements à mobiliser les ar iculations dans le sens où leur jeu est mécaniquement
m'assa» 7t Passifs, le
massage, et meme certaines attitudes dans lesoi,cii„J i
poids du corps ou des contre-poids agissant lentement et d une maniéré constante tendent à faire subir mv . .1 articulaires raclion d’une force sLalimip i -s / ‘ grand déplacement apparent. ^“(^'gifjue sans
134 les effets thérapeutiques de L’EXERCICE.
Les rétractions musculaires sont parfois, comme les rétractions ligamenteuses, un obstacle aux mouvements normaux et une eause de déformation. Ces affections, dont l’origine est le plus souvent physiologique, aboutissent au total à un trouble mécanique auquel peuvent remédier les effets mécaniques de l’exercice.
En général, c’est aux mouvements passifs et au massage qu’on demande les effets purement mécaniques de l’exercice. Toutefois les mouvements actifs peuvent, on le comprend aisément, produire des effets mécaniques au même titre que les mouvements passifs. Par exemple, le traitement dit « gymnastique » des déviations de la taille, dans lequel on utilise surtout les mouvements actifs, produit en réalité, à côté de ses effets physiologiques sur les muscles qu’il fortifie, d’autres effets d’ordre « mécanique » sur les ligaments rétractés qu’il allonge et sur l’ensemble de l’articulation qu’il mobilise. Citons encore les effets mécaniques qu’on obtient à l’aide des mouvements actifs de flexion et de circumduction du tronc pour faciliter par compression des intestins le déplacement du bol alimentaire et des matières fécales, comme pourrait le faire le massage.
L’effet physiologique de l’exercice entraîne souvent avec lui divers résultats mécaniques. L’exemple le plus remarquable qu’on puisse en citer est l’accélération du cours du sang sous l’influence du courant sanguin qui se précipite vers les muscles quand ils entrent en contraction. De là 1 indication des mouvements actifs, comme plus efficaces encore que les mouvements passifs et le massage dans certains troubles de la circulation.
Maladies par troubles physiologiques.
Parmi les troubles physiologiques auxquels I exercice peut remédier, celui d’où résulte le plus nettement son indication,