CHAPITRE IV
Gymnastique médicale et gymnastique athlétique, en Allemagne et en Autriche. La méthode de Jahn. — La gymnastique mécanique et les modifications de son outillage. — Les imitateurs du système Zander : appareils de Nycander et de Herz. — La gymnastique française ; la méthode d’Amoros; progrès réalisés parla gymnastique en France.
La gymnastique allemande.
L Allemagne n a pas comme la Suède un système de gymnastique pédagogique qui s’adapte au traitement des maladies. Il existe bien, de l’autre côté du Rhin, un grand nombre d’établissements de gymnastique médicale [Heilgymnastik)^ mais les exercices qu’on y pratique n’ont aucun rapport avec ceux des grands gymnases nationaux (T’mvzm). La-bas, comme chez nous, la gymnastique nationale a un caractère éminemment « athlétique » qui en rend l’application impossible dans le traitement des maladies. La gymnastique médicale y est manifestement d’importation étrangère.
Le système national inauguré par Jahn en 1814 présentait tous les caractères d’un système militaire, et l’Allemagne, pendant de longues années, est restée fidèle aux traditions de Jahn, faisant de sa gymnastique une question de patriotisme et y cherchant une préparation à la revanche d’iena. A cmise de cette conception môme du but de l’exercice, elle n’a donné à son système d’éducation physique aucun développement essentiel qui puisse permettre d’y puiser des éléments spéciaux applicables au traitement des mala-
LES MOYENS D’EXERCICE
Les médecins allemands ont eu cependant bien avant nous la conception scientifique de l’exercice et des résultats thérapeutiques qu’on peut en obtenir; mais cette avance ne tient pas à leur système natioual : elle est due à l’importation, déjà ancienne chez eux, de la gymnastique suédoise.
L’Autriche, comme l’Allemagne, a suivi les traditions de Jahn pour son système d’éducation physique, et celles de Ling pour les applications thérapeutiques de l’exercice. Les deux pays voisins ont si bien fait échange d’idées et de pratiques en matière d’éducation physique et de gymnastique médicale, qu’il est logique de décrire sous le même titre de Gymnastique allemande, les moyens d’exercice utilisés dans les pays de langue allemande au traitement des maladies.
On chercherait en vain, soit à Berlin, soit à Vienne, une institution rappelant la grande École centrale de gymnastique de Stockholm. Il n’y a nulle part cette centralisation de l’enseignement qui, en réunissant tous les matériaux dans un même foyer, permet d’en faire rayonner une vive clarté. En revanche, on retrouve sur une multitude de points disséminés dans l’étendue du pays de petits centres d instruction qui assurent la diffusion des doctrines. Dans chacune des Universités régionales si nombreuses, comme on sad^ de l’autre côté du Rhin, àLeipzig,à Munich, à léna, comme à Prague et à Budapest, on trouve des personnalités médicales qui font école et donnent par leur initiative individuelle à l’enseignement de la gymnastique médicale une impulsion puissante.
Presque toutes les grandes villes d’Allemagne et d Autriche ont des instituts de gymnastique suédoise, mais ce qui domine ce sont les établissements de gymnastique mécanique^ soit avec les machines de Zander que nous avons décrites dans le chapitre précédent, soit avec d au-
très machines qui représentent une simplification ou une contrefaçon du système Zander.
L’installation de ces établissements exige une mise de fonds assez considérable, mais leur exploitation est relativement économique en ce sens que le personnel qui les dirige n’a pas besoin d’être initié à des études spéciales.
Dans bien des endroits ce sont des jeunes garçons, des fillettes de dix à douze ans qui installent le patient sur chaque ap- .
pareil, l’y fixent en bouclant quelques courroies et lui indiquent la manœuvre très simple à exécuter. La forme du mouvement est toujours exacte, puisqu’elle dépend de la disposition de l’appareil lui-même et non, comme dans la gymnastique manuelle, du concours intelligent d’une main exercée. Quant à la dose de travail que chaque mouvement doit représenter, elle peut être mathématiquement dosée en kilogrammes suivant la position du contrepoids qui règle l’effort et qui se déplace à volonté le long d’un bras de levier gradué.
D’autres appareils de gymnastique médicale, imités de ceux de Zander et d’un prix beaucoup moins élevé, sont très répandus en Allemagne. La fabrication de ces appa; reils se fait à Hombourg, mais ils sont encore l’œuvre d’un Suédois, Nycander, établi en Allemagne depuis <juelques années. Les appareils de Nvcander ne dif-
Fiir. 21. — Appareil de Nycander pour exercer les muscles des bras. — (La résistance est obtenue au moyen d’une lame métallique enroulée autour de la roue R et qu’on serre à volonté à la manière d’un frein, au moyen d'une vis de tension V. T.)
LES MOYENS D’EXERCICE
fèrent pas de ceux de Zander par leur effet thérapeutique ni par leur principe fondamental, mais seulement par des détails de mécanisme qui les simplifient et en diminuent notablement le prix. Dans ces appareils le contrepoids et les bras de leviers, parfois très encombrants, des appareils de Zander, sont remplacés par la pression d’un frein qui augmente ou diminue le frottement, suivant qu’on
Fig. 22. — Tabouret mobile de Nycander monté sur pivot vertical pour produire des mouvements de circumduction du bassin.
Fig. 23. — Chaise abdominale do Nycander. — (Cet appareil est utilisé pour produire des mouvements de rotation du troncâ droite et à gauche, le thorax restant immobilisé par les montants.)
serre ou desserre la vis de rappel. La simplification des appareils de gymnastique mécanique a permis d installer éi peu de frais des établissements médicaux. De plus une multitude de petites machines aussi simples qu’ingénieuses ont été construites par divers inventeurs, en imitation de celles de Nycander, et grâce à leur bon marché se sont répandues partout. Il serait fastidieux d’entrer dans leur , <lescriplion détaillée. Elles permettent, comme dans les
grands appareils Zander, de localiser l’exercice dans tel grojjpe de muscles qu’il plaît de mettre en action, et de graduer 1 effort de ces muscles avec toute la précision désirable. Ces machines sont répandues à profusion dans toutes les villes d’eaux et dans toutes les « stations » si
Fig. 24. — Flexion et extension du coude. (Appareil Hertz.)
nombreuses de l’autre côté du Rhin, où l’on fait la cure « naturelle » des maladies (voir les spécimens de ces machines aux figures 21, 22 et 23.
Toutes ces modifications tendent à simplifier une méthode d’exercice dont l’inconvénient est de nécessiter un matériel très coûteux. A côté de ces machines simpliiiées, il en est d autres que nous devons mentionner pour mémoire, mais qui ne présentent guère qu’un intérêt commercial. Ce sont les imitations et contrefaçons des appareils de Zander, réalisées par Herz.
Le constructeur llerz a réussi à créer, sur les mêmes données que Zander, des machines qui ont le môme but
LES MOYENS D’EXERCICE
thérapeutique, prétendent donner les mêmes résultats, et se vendent, d’ailleurs, à des prix aussi élevés que celles de l’inventeur suédois. Elles en dilïèrent, du reste, très peu comme forme, et n’en sont, le plus souvent, qu’une imitation déguisée.
La différence des deux systèmes peut intéresser l’ache*
Fig. 25. — Flexion et. extension actives de l’avant-bras. (Appareil A” et A'" do Zandcr).
teur, mais n’importe guère au médecin. Il faut cependant reconnaîlre que, malgré la concurrence de Herz, les machines de Zander sont considérées partout comme les mieux réglées, les plus simples et les plus parfaites. Il faudra, vraisemblablement, beaucoup de temps encore avant que d’autres conceptions mécaniques vien-
nent détrôner le système de l’éminent professeur de la Faculté de Stockholm.
Ce qui frappe, en résumé, l'observateur quand il étudie la gymnastique médicale de l’autre côté du Rhin, c’est l’esprit d’éclectisme en vertu duquel l’école allemande s’est ouverte à toutes les idées, et a fait son profit de tous les systèmes.
La gymnastique française.
En France notre gymnastique pédagogique est conçue dans le même esprit «militaire» que celle des Allemands, et les exercices qu’on pratique dans nos gymnases publics sont identiques à ceux des « Turnen » de Berlin, de Leipzig ou de Vienne; ils ne peuvent s’appliquer qu’à des sujets
déjà vigoureux, ou tout au moins indemmes de lésion organique.
Maintes tentatives pourtant ont été faites en France pour donner à nos systèmes d’exercice une tendance plus scientifique, et montrer l’application qu;on peut faire des mouvements au traitement des maladies. Dès 1780, Tissot avait écrit un remarquable traité de gymnastique médicale, et Londe, au commencement de ce siècle, avait repris les idées de Tissot et plaidé comme lui la cause de l’exercice musculaire considéré comme agent thérapeutique. Mais ni l’un ni l’autre ne fit école, et le système de gymnastique qui prit naissance dans notre pays vers 1815, ne fut pas fondé par un médecin.
C’est le colonel Amoros qui introduisit en France la gymnastique méthodique, en s’inspirant surtout des idées du fondateur de la gymnastique allemande Jahn. Son système trou va tout de suite l’appui du gouvernement français.
M. de Chabrol, prefet de la Seine, seconda les tentatives
LES MOYENS D’EXEUCIGE.
d’Âmoros en créant en 1820 un gymnase normal civil. Mais le système d’Amoros, loin de pouvoir s’appliquer à des malades, était déjà mal adapté à l’éducation physique des enfants. — « La gymnastique civile de M. Amoros ne différait en rien de sa gymnastique militaire, et il n’y avait qu’une seule manière de procéder pour tout le monde, y compris même les enfants des deux sexes. Il se vantait de pouvoir exercer aux mêmes appareils des enfants de trois ans et des grenadiers de six pieds de haut, demandant le même développement de force musculaire à la nature naissante et à la nature déjà formée (1). » — Nous avons vu, il est vrai, que le système suédois applique aussi les mêmes mouvements aux enfants et aux adultes, mais ces mouvements sont d’une modération telle qu’ils peuvent être exécutés sans effort par les plus faibles. Il n’en est plus de même des exercices de la gymnastique « amorosienne ».
Amoros et ceux qui le suivirent eurent le tort d’insister trop sur la supériorité même des résultats de leur méthode d’éducation physique. La gymnastique, telle qu’ils l’ont établie, était présentée comme une série de procédés tendant à porter au maximum la force musculaire, l’adresse et l’agilité des enfants et des jeunes gens. Cette gymnastique devait doter les initiés de merveilleuses facultés physiques : elle allait les rendre capables de rivaliser avec les athlètes et les acrobates ! L’accueil plus que froid fait pendant nombre d’années par les familles à cette forme d’exercices a montré, une fois de plus, la vérité du vieil adage : « Qui veut trop prouver ne prouve rien. » La tentative d’Amoros n’aboutit pas : sa gymnastique fut promptement délaissée malgré l’appui que lui avaient d abord donné les pouvoirs publics. 11 reste à peine aujourd hui le souvenir du gymnase normal civil dont ÎM. de Chabrol avait doté
(l) M. Laisné, Application de la gymnastique. Paris, 1880.
GYMNASTIUUK allemande E'J’ ejjangaise.
Paris. Nous n avons plus, en fait d’enseignement officiel donné aux maîtres, que l’école de gymnastique militaire de .Joinville, destinée à former des moniteurs pour les régiments el dont l’enseignement n’a aucun rapport avec l’emploi thérapeutique de l’exercice.
Divers efforts ont été tentés sans grand succès à plusieurs époques, pour mettre la gymnastique en vogue dans le public, et l’introduire dans nos établissements d’éducation. Mais ces tentatives ne visaient pas les applications médicales de l’exercice musculaire, et la gymnastique était toujours considérée comme un procédé d’éducation physique. Tout au plus y voyait-on aussi un moyen hygiénique tendant a conserver intact le jeu des organes et à augmenter la résistance de l’homme aux maladies. 11 y a bien loin de là à la vraie conception thérapeutique de l’exercice qui vise, comme dans le système suédois, le traitement des maladies
confirmées. Au reste, jusqu’en 1870, la gymnastique ne fit aucun progrès en France, malgré les efforts de divers ministres de l’instruction publique, tels que M. Fourtoul et M. Duruy, et malgré les travaux de plusieurs commissions médicales dont l’une présidée par le D' Bérard, en 18o4, et une autre plus récente dirigée par Bouvier et Hillairet.
11 fallut nos malheurs de la guerre de 1870, pour faire pénétrer dans la masse du public la notion de l’utilité des exercices physiques, comme cette notion avait pénétré chez les Allemands à la suite des défaites que nous leur avions infligées soixante ans auparavant. Notre gymnastique telle que l’ont instituée Amoros et ses suecesseurs est faite d’e.xer cices propres à développer la force musculaire et la résis tance à la fatigue. Elle contient, en outre, beaucoup de mouvements conçus dans un esprit militaire, des exercices d’ « ordre,., des marches, des «formations „. Tous ces mouvements ditsd’« ensemble » s’exécutentsouslecommande-
ment d un maître et impliquent de la part du gymnaste une
LES MOYENS D’EXEUCICE.
obéissance passive, une discipline rigoureuse. L’ulililc de cette gymnastique parut évidente à tous les liommes animés de l’esprit patriotique; une multitude de «sociétés de gymnastique» s’organisèrent en peu de temps, et répandirent à Paris et dans toutes les villes de province les exercices propres à rendre nos jeunes gens plus vigoureux et plus résistants.
C’est donc surtout l’idée miliiaire .(\m a fait progresser la gymnastique en France comme en Allemagne, et il n’est pas surprenant que notre système d’éducation physique ne comporte pas plus que celui des Allemands, des exercices applicables aux malades.
Il serait pourtant injuste de méconnaître les efforts tentés par quelques hommes qui ont eu le mérite de concevoir la portée thérapeutique de l’exercice, et de chercher à adapter notre système au traitement de quelques maladies. On peut citer en première ligne M. Laisné qui, pendant une longue période d’années, a dirigé les exercices gymnastiques à l’hôpital des Enfants-Malades, et a obtenu de remarquables succès dans le traitement de la chorée par les mouvements rythmés et le massage. Nous avons eu encore Paz, inventeur de machines à contrepoids dans lesquelles on peut régler à volonté l’effort de la traction; Pichery qui, s’inspirant de la gymnastique manuelle suédoise, propose de remplacer l’action de l’aide ou gymnaste par les appareils à ressort (gymnastique « de l’opposant »). On pourrait citer encore le nom de Triât et de quelques autres. Mais les efforts tentés ainsi en divers sens sont demeurés stériles faute d’unité. 11 n’en est sorti aucun corps de doctrine, aucun système d’ensemble qui ait fait école. On ne peut donc pas dire qu’il existe une gymnastique médicale « française ».
Les exercices des gymnases français, comme ceux des allemands, se divisent en exercices avec engins fixes, qui impliquent le déplacement du corps à l’aide des bras, et
exercices du plancher^ ainsi nommés parce que, dans ces exercices, le corps ne quitte pas le sol.
Les « engins fixes» de notre gymnastique sont tantôt des appareils de suspension, grâce auxquels le corps peut quitter le sol et être maintenu dans l’espace à l’aide des poignets, ou bien des appareils appui, sur lesquels le corps est soutenu par les bras tendus, sans que les pieds touchent la terre. Ces deux sortes d’engins nécessitent une sorte de transposition dans le rôle des membres qui déplacent le corps : ils forcent l’homme à se mouvoir non plus à l’aide
des jambes, mais par le moyen des bras.
Les déplacements en hauteur à l’aide des mains seules, ou la progression horizontale à l’aide des poignets, nécessitent, on le comprend, des efforts considérables, puisque ces actes demandent aux bras de faire le travail qui est naturellement dévolu aux jambes, c’est-à-dire à des membres trois ou quatre fois plus musclés que les membres supérieurs.
La recherche de l’effort musculaire se montre encore dans les exercices « du plancher», ainsi que nous l’avons dit en faisant le parallèle de ces exercices avec les mouvements
similaires de la gymnastique suédoise. Ces mouvements consistent, on se le rappelle, dans de simples déplacements en divers sens de chaque membre, de chaque segment de membre et du tronc; ils nécessitent une dépense de force beaucoup moindre que les exercices aux appareils. Ils ne représenteraient môme qu’une très faible dose de travail, si on n’employait pour les rendre plus énergiques un artifice d’exécution qui consiste à raidir les membres déplacés, ainsi que nous l’avons exposé à la page 193.
En résumé, l’effort musculaire local poussé jusqu’au de-ré le plus extrême d’intensité est la caractéristique de noü-e gymnastique avec et sans appareils. De là le caractère « athlétique » de cette gymnastique qui en fait le plus puis-
Lagiunge. — Méd. par l’exerc. jq
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sant de tous les moyens de développement des muscles. Mais ce caractère même la rend peu applicable aux sujets dont les muscles sont alTaiblis à l’extrême, comme les vieillards, les valétudinaires, les convalescents. A plus forte I raison ne peut-on Tutiliser pour le traitement des maladies confirmées.
Cette gymnastique athlétique est pourtant applicable dans certains cas à la thérapeutique, et cela en vertu même de la tendance à faire travailler les muscles plus que tout autre exercice, et à provoquer X effort.
Il est des maladies de la nutrition, telles que l’obésité, la goutte, le diabète, dans lesquelles le sujet a conservé sa vigueur musculaire à peu près intacte, et où la dose de travail musculaire effectuée est le principal élément du traitement, en dehors de la forme du mouvement. Dans ces cas la gymnastique peut être avantageusement utilisée.
La tendance de la gymnastique aux appareils à provoquer X effort est souvent une cause de contre-indication chez les malades; pourtant cette tendance même en fait un moyen de traitement utile pour les maladies dans lesquelles l’exercice des muscles abdominaux est indiqué. On sait en effet que l’effort thoraco-abdominal, qui tend à se produire dans tous les mouvements où l’exécutant déploie toute l’énergie dont ses membres sont capables, est physiologiquement caractérisé par la contraction des muscles abdominaux, et constitue par conséquent le critérium de la mise en exercice de ces muscles. Or ces muscles, ainsi que nous le verrons plus loin, doivent être mis en jeu dans le traitement de la plupart des dyspepsies, et la gymnastique française trouve ainsi son indication dans le traitement des troubles digestifs. .\u reste, sans parler des exercices qui provoquent l’effort, beaucou[» de mouvements de nos engins de gymnastique, tels que les culbutes au trapèze et aux anneaux, exigent l’action directe des muscles de l’abdomen i)our fléchir successivement
les cuisses sur le bassin, puis le bassin sur le tronc.
Lra gymnasliciue aUiléLique a donc ses indications dans le traitement des maladies; mais ces indications sont très spéciales et doivent se limiter à des cas bien définis. Une erreur commise dans son application pourrait avoir les résultats les plus graves, en raison de ce fait que l’eflbrt,‘ qui est dans certains cas un élément curatif, constituerait une cause d’aggravation des plus redoutables dans certaines maladies telles que les aftections du cœur et du poumon. Si l’on peut envoyer à la gymnastique « de force » des obèses, des goutteux, des diabétiques et des dyspeptiques, il faut bien sc garder d’y envoyer des asthmatiques et des cardiaques auxquels on doit toujours éviter X effort.
Ainsi, chez nous, comme dans les pays de langue allemande, la gymnastique nationale ne saurait avoir que très exceptionnellement un emploi thérapeutique.
Mais nous nous sommes enfin décidés à compléter notre système d’exercices, en empruntant, comme l’avaient fait avant nous les Allemands, le secours de la gymnastique suédoise pour le traitement des malades et pour l’hygiène des sujets affaiblis.
Entre la première et la deuxieme édition de ce livre, une véritable révolution s’est faite dans l’esprit des médecins français; aussi, les reproches que nous leur adressions ici même, il y a dix ans, n’auraient-ils aujourd’hui aucun fondement. A l’indifférence absolue pour les questions qui font l’objet de ce volume, nous avons vu succéder un vif intérêt scientifique et une grande activité pratique.
La France, en peu d’années, s’est couverte d’instituts de gymnastique médicale, soit manuelle, soit mécanique. Des livies originaux, des publications périodiques, des sociétés savantes fondées au nom de la kinésithérapie,
LES MOYENS B’EXERCICE
des cours privés et même des leçons faites par des professeurs de la Faculté de médecine, ont répandu et vulgarisé les vérités dont nous avions voulu nous faire l’apôtre. Notre pays s’est rapidement élevé au niveau de ses voisins dans l’emploi de la médication par l’exercice, et notre enseignement, aujourd’hui, se suffit à luimême.