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CHAPITRE V

LES EXERCICES LIBRES

Effets physiologiques distincts des exercices systématiques et des

exercices « libres >>. — Rôle thérapeutique des exercices récréatifs.

Effets physiologiques distincts des exercices systématiques et des exercices « libres » .

Les exercices de « sport », les jeux de « plein air » et les exercices « naturels » de toute sorte peuvent avoir leur emploi en thérapeutique, bien qu’ils ne soient pas aussi méthodiquement réglés que les mouvements de la gymnastique proprement dite. Ils peuvent rendre surtout des services dans le traitement de certaines maladies générales où la forme des mouvements a moins d’importance que la quantité de travail, comme les maladies de la nutrition, l’obésité, le diabète, la goutte, les états d’appauvrissement du sang.

Nous n’avons pas à refaire la description des jeux et des exercices de sport que nous avons exposée dans de précédents ouvrages (1), et d’ailleurs le lecteur trouvera dans la partie de ce livre qui traite de X application du traitement^ les renseignements pratiques concernant l’indication et le mode d’emploi de ces exercices dans le traitement de chaque groupe de maladies. Nous voulons seulement faire ressortir ici, à un point de vue général, le rôle de tous les exercices que nous appelons « naturels » dans la thérapeutique par le mouvement.

(I)Voir l’Exercice chez les enfants el l'Exercice chez les adultes — F. Alcan, éditeur.

LES MOYENS D’EXEUCICE.

Les jeux, comme la paume, la balle et le ballon, le football; les exercices de sport, comme la marche et la course, {'escrime, {'aviron, {'équitation, etc., ne sont pas conçus dans le même esprit que la gymnastique méthodique et ne présentent pas les mêmes indications.

La gymnastique est une méthode d’exercice qu’on pourrait appeler analytique, en ce sens que chacun de ses exercices a pour objet de mettre en action certains groupes de muscles ou de mobiliser certaines articulations à l'exclusion des autres, de façon à localiser le travail dans telle ou telle région du corps, ou à faire sentir ses effets sur tel ou tel appareil organique déterminé. La gymnastique méthodique, en un mot, vise à produire des effets primitivement locaux, qui ne se généralisent que par la succession des divers exercices. Le système suédois aussi bien que le système français ont des exercices pour les bras, pour les jambes, pour l’abdomen, les reins, etc. Certains de leurs mouvements mettent en action les muscles extenseurs, certains autres les fléchisseurs. C’est en exécutant successivement toute la série de ces mouvements, qu’on arrive à mettre en action le corps tout entier et à généraliser les effets de l’exercice.

Les jeux, les exercices de sport, et tous les actes naturels représentent, au contraire, des méthodes d’exercices synthétiques, —j’entends des méthodes quimettent simultanément en jeu l’ensemble du système musculaire ou du moins la grande majorité des muscles, au lieu d’exercer successivement chaque région du corps.

Il résulte de cette distinction une conséquence très importante dans l’indication du choix de l’exercice en thérapeutique. Toutes les fois qu’on voudra obtenir des effets locaux, c’est à la gymnastique qu’il faudra s’adresser, et 1 on réservera les exercices naturels, jeux et sports, pour les cas où il sera indiqué de rechercher les effets généraux de l’exercice dans leur ensemble.

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Toutefois ces indications ne sont pas absolues, en ce sens qu’on peut obtenir de la gymnastique, même localisée, des etfets généraux, si les mouvements sont d’une très grande énergie, comme cela se produit dans beaucoup d’exercices athlétiques de la gymnastique française. Inversement on pourra utiliser les effets locaux de certains exercices libres, car, aussi généralisé que soit le travail dans les mouvements auxquels tout le corps participe, l’effort musculaire s’accentue toujours davantage sur certaines régions déterminées: sur les jambes, dans la marche; sur les reins, dans l’exercice de l’aviron; sur l’abdomen, dans le jeu de paume, etc.

11 n’en reste pas moins établi que la gymnastique méthodique permet mieux que l’autre méthode de localiser les effets des mouvements sur une région déterminée, sans y faire participer les régions voisines ou les organes internes.

D’autre part les exercices naturels, par leur tendance à généraliser le travail dans toutes les parties constituantes de la machine humaine, sont plus propres que la gymnastique à produire des effets généraux sur l’ensemble des grandes fonctions vitales, la respiration, la circulation du sang, la nutrition. Ils sont supérieurs à la gymnastique toutes les fois qu’il faut faire produire à l’organisme du travail en grande quantité; ils lui sont inférieurs toutes les fois que le travail doit être administré à très petites doses et qu’il s’agit d’en limiter les effets à une région déterminée.

Avec la gymnastique suédoise, par exemple, où les mouvements sont très modérés, il est difficile d’obtenir des effets généraux assez énergiques pour modifier profondément la nutrition. Dans le système de 1/mg, les mouvements de la gymnastique pédagogique et militaire ne suffiraient pas à activer très vivement la circulation du sang, la respiration et la transpiration cutanée, si on n y joignait des exercices comme la course et le saut qui rentrent, en somme, dans la

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catégorie des mouvements naturels. La gymnastique médicale suédoise, de laquelle ces actes violents sont exclus, est tout à fait insuffisante dans le traitement de l’obésité, de la goutte, du diabète. La valeur thérapeutique de ce système réside. — il importe de le rappeler clairement, — dans la forme des mouvements et non dans la quantité de travail produite.

Avec la gymnastique française qui a des tendances plus athlétiques, il serait facile d’obtenir une forte dose de travail musculaire, et par conséquent des effets généraux suffisamment intenses, puisqu’on sait que l’intensité des effets généraux de l’exercice est corrélative de la quantité de travail effectué par les muscles en un temps donné. Mais on ne peut obtenir beaucoup de travail dans notre système de gymnastique sans provoquer, ainsi que nous l’avons expliqué à diverses reprises, le phénomène de X effort thoracique dont l’intervention dans l’exercice constitue un sérieux inconvénient, parfois un danger grave pour certains malades.

Avec les exercices naturels et ceux qui en dérivent, on peut obtenir de fortes doses de travail sans provoquer X effort, parce que cet acte et les phénomènes de compression thoraco-abdominale qui en résultent ne se produisent que lorsque les muscles agissants doivent déployer toute l’énergie dont ils sont capables. Or, si les groupes musculaires mis en jeu sont très nombreux ou représentent des masses importantes , comme il arrive toujours dans les exercices naturels, ils pourront effectuer une somme considérable de travail sans provoquer l’effort.

La gymnastique médicale, par contre, se prête infiniment mieux que les exercices naturels à l’administration de petites doses d’exercice. Elle doit leur être préférée toutes les fois qu’il est indiqué de limiter les cfTets du traitement à une région déterminée, et d’empêcher que le mouvement ne retentisse sur l’ensemble de l’organisme ou sur tel appareil

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organique qu’on veut ménager. Nous verrons, en poursuivant notre étude, que les phases diverses d’une même maladie peuvent amener l’indication tantôt des exercices qui généralisent le travail, tantôt de ceux qui le localisent.

Les exercices libres et naturels, quand ils s’appliquent à des malades, doivent être réglementés et dosés aussi bien que les exercices méthodiques. C’est à cette condition seulement qu’ils peuvent entrer du domaine de l’hygiène dans celui de la thérapeutique proprement dite. Nous allons voir, au chapitre suivant, quelles ressources peut trouver le médecin dans l’exercice le plus simple et le plus naturel, la marche, quand cet exercice est soumis à un dosage rigoureux.

Rôle thérapeutique des exercices récréatifs.

Les jeux, les exercices de sport, et, en général, tous les exercices que nous appelons « libres » offrent sur les exercices méthodiques et sur les mouvements artificiels de la gymnastique un avantage dont on oublie parfois l’importance hygiénique et même thérapeutique : ils sont récréatifs. L’intérêt plus ou moins vif qu’y prend le malade est l’occasion d’une entrée en jeu des centres nerveux qui mérite d’être comptée parmi les plus utiles des effets « généraux » de l’exercice.

L’homme ne peut être assimilé à une machine inconsciente et les agents d’ordre psychique ont une action indéniable non seulement sur ses idées et son moral, mais encore sur ses organes et sur les fonctions les plus intimes de sa nutrition. On ne conteste plus aujourd’hui le rôle considérable des chagrins et des émotions pénibles dans la genèse de certaines maladies organiques, telles que le cancer, les affections du foie, ou de certains troubles de la nutrition, comme le diabète. Réciproquement, les émotions

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agréables, ou simplement le vif intérêt qu’on prend à un acte répété souvent, peuvent avoir sur les centres nerveux une influence « trophique » des plus utiles. Non seulement des troubles nerveux d’ordre dépressif comme la mélancolie , peuvent être combattus par la distraction et les occupations récréatives, mais la nutrition qui est, comme 011 sait, sous la dépendance du système nerveux, peut être heureusement modifiée par le plaisir. Aussi n’est-il pas

indifférent de choisir pour le malade auquel on prescrit de

faire du travail musculaire, un exercice qui soit intéressant. Beaucoup d’appareils conçus par des inventeurs ingénieux sont commodes et permettent de faire assez de travail musculaire pour activer la respiration, la circulation du sang et les sécrétions avec une intensité suffisante. Telle est la machine appelée crgoslat (voir fig. 20), où iin frein actionné par un contre-poids mobile permet de faire à volonté, CM tournant une manivelle, une quantité plus ou moins grande de travail en un temps donné; tel est aussi le vélocipède « de chambre » où on peut s’entraîner sur place, en

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manœuvrant des pédales et en faisant un nombre de tours de roue équivalent à un long parcours kilométrique. Mais ces moyens d’exercice et tous leurs analogues, malgré leur utilité incontestable, sont toujours imparfaits, parce qu’ils manquent d’un élément thérapeutique essentiel : ils ne sont ni récréatifs, ni intéressants.

On ne saurait méconnaître que le plaisir est le plus utile , assaisonnement de l’exercice. Cette vérité est comprise partout, et il est intéressant, quand on voyage à l’étranger, d’observer les efforts faits dans divers pays pour atteindre ce but de rendre l’exercice attrayant. Il est parfois curieux de noter par quelle recherche de moyens singuliers on s’ingénie à pallier l’aride monotonie des exercices systématiques.

En décembre dernier, passant à Leipzig, nous visitions un de ces grands gymnases que les Allemands appellent « turnen », et qui ressemblent d’ailleurs exactement aux nôtres par leur attirail de trapèzes, de recks et de cordages, aussi bien que par les mouvements d’ensemble, méthodiquement rythmés, qu’on y exécute au commandement. Le but de notre visite n’était pas précisément de voir à l’œuvre les gymnastes allemands dans leurs exercices habituels, mais d’assister à une séance spéciale réservée à des hommes mûrs, employés d’administration, de bureau, de magasin, qui venaient chaque soir, par hygiène, faire de l’exercice pendant une heure sous la direction d’un moniteur de gymnastique. Nous trouvâmes ééunis, sous la lumière du gaz, une centaine d’hommes âgés de trente à soixante-cinq ans. On voyait parmi eux beaucoup de tètes grises, beaucoup de crânes dénudés ; les uns étaient pâles et amaigris, avec des dos voûtés, des omoplates saillantes, d’autres bouÏÏis d’embonpoint, avec des faces apoplectiques, des ventres énormes. A tous ces hommes que la vie sédentaire avait étioles, épaissis ou déformes, aucun remèd0

LES MOYENS D'EXERCICE

assurément ne convenait mieux que l’exercice, et c’était bien le cas, semblait-il, de l’appliquer pour lui-même sans trop chercher des procédés amusants, les bénéfices hygiéniques étant là assez importants et assez bien compris des intéressés pour qu’il ne fût pas besoin d’y ajouter la distraction et le plaisir. Malgré cela on avait cru devoir mêler l’agréable à l’utile. Il s’agissait de faire exécuter à l’ensemble de la troupe une série de mouvements qui missent successivement en travail chacune des parties du corps demeurées inertes pendant les longues occupations du magasin ou du comptoir; et l’on avait choisi justement cette forme de gymnastique dont nous déplorions tout à l’heure l’insipide monotonie et qu’on appelle les exercices « du plancher ». Mais, à Leipzig, on a cru trouver le moyen de rendre ces mouvements moins monotones... en les faisant exécuter en musique ! Et voici comment est réglé le « divertissement ». Les hommes se rangent sur plusieurs lignes, conservant entre eux une distance suffisante pour se mouvoir à l’aise, et devant leur front de bataille se tient le moniteur, monté sur une estrade élevée, de façon à être vu de tous ; à ses côtés un autre homme est debout armé d’un grand accordéon. Le moniteur donne le signal, non en commandant le mouvement, mais en l’exécutant lui-même, et aussitôt toute l’assistance l’imite et l’accordéon l’accompagne en jouant soit un air de valse, soit une polka, une masurka. C’était pour un Français un spectacle assez nouveau que de voir ces hommes attentifs, les yeux fixés sur le maître dont ils imitaient strictement tous les gestes, levant brusquement les bras, lançant les jambes, s’accroupissant, se relevant, s’efforçant, toujours avec une imperturbable gravité, d’accommoder leurs mouvements au rythme parfois assez folâtre de l’instrument. Je ne saurais dire si l’exercice était ainsi rendu très amusant pour les gymnastes, mais il était sûrement assez divertissant pour le spectateur

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