CHAPITRE
MALADIES PAR «MISÈRE PHYSIOLOGIQUE»
Effets reconslitiiants de l’exercice. — Rôle «plastique» de l’oxygène.
— Indication des exercices qui augmentent la capacité respiratoire.
Ce qu’on appelle état de « misère physiologique » n’est pas à proprement parler une maladie, mais un trouble passager ou durable de la nutrition subordonné à des états morbides très divers et caractérisé par la prédominance du mouvement de désassimilation sur le mouvement d’assimilation. 11 y a « appauvrissement » de l’organisme ; le budget des dépenses l’emporte sur celui des recettes.
Ces états d’amaigrissement, d’épuisement, de langueur fonctionnelle , qui témoignent d’une insuffisance de réparation des pertes causées par le mouvement vital sont liés soit à une alfection générale du système nerveux, soit à un trouble des fonctions digestives, soit à une maladie chronique de l’appareil respiratoire, soit encore à l’ébranlement causé dans la constitution du malade par une longue maladie dont l’organisme épuisé a peine à se rétablir. Dans tous ces cas où il faudrait augmenter les acquisitions et diminuer les pertes, l’indication de l’exercice est moins frappante au premier abord que dans les cas étudiés précédemment.
Le pouvoir qu’a l’exercice de brûler les tissus organiques est, pour beaucoup de médecins, son attribut trop exclusif.
L exercice peut aussi bien reconstituer les tissus appauvris que détruire les matériaux inutiles ou nuisibles à l’économm du corps vivant. Sous son inlluence on voit se modifier les
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deux phases de la nulrilion dans un sens qui favorise, au total, l’équilibre du budget organique. Aussi est-ce une erreur de redouter les exercices du corps pour les sujets amaigris, pour ceux qui selon l’expression usuelle « n’ont rien à perdre ». Si l’insuffisance de la désassimilation doit porter le médecin à rechercher les effets de l’exercice, il est facile de montrer combien ces effets peuvent encore être utiles quand il y a défaut d’assimilation. Les faits cliniques abondent pour prouver que les exercices, même poussés à un certain degré de violence, peuvent augmenter non seulement la force et la santé, mais aussi le poids du sujet.
C’est que l’exercice, — on l’oublie trop souvent, — n’est pas seulement une occasion de pertes, mais aussi une cause d’acquisitions. Et d’abord l’exercice musculaire introduit, nous l’avons dit, dans l’organisme, plus d’oxygène qu’il n’en dépense. Or l’oxygène n’est pas nécessaire seulement aux combinaisons chimiques qui détruisent les matériaux à éliminer, mais l’oxygène entre dans une foule de combinaisons nécessaires k la fixation des éléments absorbés sur les tissus vivants. «Oxydation» ne veut pas toujours dire destruction, et l’oxygène se comporte, en somme, dans un certain nombre de cas, comme un aliment^ c’est-à-dire comme une substance prise à l’extérieur et incorporée à l’organisme. A ce titre, le pouvoir « oxydant » de l’exercice peut être considéré comme un élément indispensable à la réparation des tissus vivants. En un mot l’exercice favorise la reconstitution de l’organisme en introduisant dans le sang un principe reconstituant, véritable « aliment gazeux » qui contribue à l’assimilation.
Mais, même comme agent de désassimilation, 1 exercice favorise l’accroissement de la masse du corjjs, car 1 assimilation et la désassimilation sont deux phases de la nutrition solidaires l’iine de l’autre et ne peuvent être dissociées (lue
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■pai'iine vue de l’esprit. De môme que les combustions exagérées, par la dépense d’oxygène qu’elles occasionnent, ont pour résultat d’augmenter l’activité respiratoire, de perfectionner l’hématose, et en somme d’enrichir le sang au lieu de l’appauvrir, de même la dépense causée dans les matériaux organiques par l’exercice appelle immédiatement une réparation plus active; l’appétit augmente, la digestion devient plus parfaite, l’absorption et l’assimilation se font mieux. Au total, chez les sujets épuisés, un « coup de fouet » donné à la désassimilation a presque toujours pour conséquence une suractivité du mouvement d’assimilation ; il est fixé sur les organes plus de substance vivante qu’il n’en a été éliminé, et le budget de la nutrition se solde par un surcroît de recettes.
Ces vérités se déduisent rationnellement des lois physiologiques delà nutrition ; mais elles ont été, en outre, consacrées par l’observation pure et simple des faits cliniques. Depuis longtemps les hygiénistes se sont ralliés à une formule qui ne préjuge aucune théorie, mais se borne à enregistrer un résultat dûment constaté. — « L' exercice^ disent-ils, augmp.nte la 'plasticité du sang. »
Dans les cas de langueur fonctionnelle générale par appauvrissement du sang, quelle que soit la cause à laquelle se rattache l’état de « misère physiologique » à combattre, il faut demander à l’exercice tous ses elTets physiologiques dans leur ensemble, sans chercher à les limiter à tel ou tel organe, à les concentrer sur telle ou telle région du corps.
Il est cependant un appareil organique qui devra être particulièrement visé parce que tous les autres sont puissamment influencés par son fonctionnement, c’est le poumon. On peut dire que la res[)iration est une lonction maîtresse qui commande toutes les autres, et, dans tous les cas où les actes vitaux sont momentanément suspendus, c’est à cette
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fonction que les médecins ont coutume de s’adresser pour ranimer la vie. Vient-on de retirer de l’eau un noyé en état d’asphyxie, une hémorrhagie grave a-t-elle mis le sujet dans un état de « mort apparente », on pratique la respiration artificielle, et aussitôt qu’on est parvenu à réveiller les mouvements respiratoires, on voit la circulation reprendre son cours, les fonctions du système nerveux se rétablir et la vie renaître. C’est par l’intermédiaire de la fonction respiratoire que se transmet à tous les organes cette excitation, cette sorte de « coup de fouet » salutaire qui en active le fonctionnement.
Les efi’ets dits « généraux » de l’exercice ne pourraient s’expliquer si on ne faisait intervenir l’action de la suractivité respiratoire; l’accélération du cours du sang, notamment, ne pourrait en donner une raison suffisante. Le sang, en effet, ne devient un excitant fonctionnel des organes qu’à la condition d’être bien oxygéné. On sait qu’un muscle mis en contact avec du sang dépouillé d’oxygène perd aussitôt ses propriétés contractiles et présente, sans avoir fait aucun travail, la môme torpeur fonctionnelle que s’il était fatigué. On sait par contre qu’un muscle fatigué jusqu’à l’épuisement par des contractions répétées reprend tout à coup son énergie première si on y fait arriver un courant de sang surchargé d’oxygène. (Brown-Séquard.)
C’est grâce à la suroxygénation du sang résultant de la suractivité du poumon, sous l’induence d un exercice violent. que tous les organes baignés par un liquide plus riche et plus excitant, sont sollicités à entrer en jeu avec plus d’énergie, et ac(piièrent, au total, une capacité fonctionnelle l)lns grande. Et cette suractivité se fait sentir non seulement à tous les organes |)ro{)rernent dits, mais a tous les éléments anatomiques qui entrent dans leur structure. C est ainsi, par cxem[)le, (jue les glandes baignées par un sang plus •excitant activeront leur fonctionnement, et c’esl de môme
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que des fibres musculaires soustraites à Tempire de la volonté, comme celles de Testomac de l’intestin, de la vessie, pourront subir, par le fait des mouvements actifs du corps et des membres, une e.xcitation salutaire qui activera leur fonctionnement et augmentera leur énergie. C’est ainsi que les effets excitants et « toniques » de L’exercice peuvent se faire sentir à tous les organes et améliorer les actes les plus intimes de la vie organique.
Pour obtenir ainsi tous les effets physiologiques de l’exercice dans leur ensemble, et y faire participer tous les organes sans viser plus spécialement telle ou telle région de l’organisme, il faut moins se préoccuper de la forme de l’exercice que de la dose de travail à effectuer. Nous venons de dire que pour produire l’excitation générale des organes, il faut commencer par activer la respiration. Or, on se rappelle suivant quelles lois exposées dans un précédent chapitre, la respiration est influencée par le travail des muscles. Pendant l’exercice, l’activité de la respiration est en proportion directe de la quantité de travail effectué par les muscles.
11 ne faudrait pas s’effrayer des conséquences pratiques de cette formule en vertu de laquelle, au premier abord, un malade dont on veut activer la fonction respiratoire semblerait devoir être soumis à des efforts intenses, dont l’état de débilité générale rendrait l’emploi trop dangereux. 11 n’est pas nécessaire de faire de grands « efforts» pour effectuer beaucoiq) de «travail». Si on fait participer à l’exercice des masses musculaires importantes, on pourra obtenir aisément de l’ensemble des muscles mis en jeu une somme très suffisante de travail, sans que la part de chaque muscle soit assez considérable pour nécessiter un efidrt excessif. Il faut savoir, du reste, que l’appareil respiratoire est d’autant plus excitable et par conséquent d’autant plus facilement associé au travail des muscles, que le sujet est
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plus alTaibli, ainsi que le montre, eliez tous les débilités, la facilité de ressoufflcment, phénomène qui n’est que l’exagération de l’activité respiratoire.
On pourra donc, toujours en prenant ces notions pour guides, demander sans danger aux muscles les plus débilités la somme d’exercice nécessaire pour provofjuer dans l’appareil respiratoire les réflexes en vertu desquels le poumon active son jeu, et obtenir ainsi, dans leur ensemble, les effets physiologiques de l’exercice. II va de -soi qu’on aura la précaution de ne pas dépasser la mesure, c’est-à-dire de ne pas aller jusqu’à l’essoufflement. On comprend aussi que, chez les sujets dont nous parlons, l’exercice devra être appliqué avec une progression d’autant plus méthodique et plus prudente que l’état de faiblesse sera plus grand. Pour obtenir les effets cherchés, sans ébranler trop fortement l’organisme, il sera fréquemment indiqué de mettre en œuvre successivement les divers agents de l’exercice, en commençant par les plus doux, pour arriver peu à peu aux plus énergiques. C’est ainsi qu’on combinera avantageusement dans certains cas l’emploi successif du massage, du mouvement passif, puis du mouvement actif.
Dans tous les états d’appauvrissement de la nutrition il importe beaucoup de faire un choix judicieux de l’exercice. Le budget organique étant en « déficit », il importe de ne pas appliquer les formes d’exercice qui produisent le plus de déperdition. Il faut éviter les exercices qui «brûlent» beaucoup.
L’expérience a démontré que tous les exercices exigeant de la vitesse tendent à faire prédominer les pertes sur les acquisitions. On aura donc soin, pour obtenir la dose voulue de travail musculaire, de prolonger l’exercice plutôt que de l’accélérer. On sera très circonspect dans l’emploi de certaines formes du sport qui mettent l’émulation en jeu, qui
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oITrent de l’imprévu ou qui peuvent, en sollicitant trop vivement l’intérêt des malades, les exciter à dépasser la mesure et à se dépenser avec excès, comme l’escrime, la paume. On conseillera la marche, l’aviron aux allures lentes et surtout la marche en mon.tîgne, suivant le système d’CErtel, mais en ayant soin d’éviter les iranspirations exagérées.