CHAPITRE PREMIER
DE L’EXERCICE ACTIF
L’effort musculaire et le mouvement. — Effets locaux de la contraction musculaire. — Effets de voisinage et de synergie. — Effets généraux de la contraction musculaire. — Rôle du système nerveux dans les effets de l’exercice actif. — Résumé des résultats thérapeutiques. •
En thérapeutique, avant d’expliquer l’effet d’un médicament sur l’organisme malade, on commence par exposer ses propriétés physiologiques, c’est-à-dire l’effet qu’il produit sur l’organisme sain; de là, on déduit ensuite l’opportunité de son emploi et les services qu’on peut en attendre dans telles ou telles maladies. Il faut procéder suivant la même méthode, si l’on veut faire comprendre comment l’exercice peut devenir un moyen de traitement et dans quels cas il doit être appliqué aux malades.
L'exercice, au sens propre du mot, n’est autre chose que l’entrée en fonction des organes quels qu’ils soient. On réserve pourtant plus spécialement cette expression pour désigner le fonctionnement des muscles; et cela, sans aucun
LAonANOB. — Méd. par l’cxerc. 1
2 LKS EFFETS THÉRAPEUTIQUES DE LEXERCICE.
doiile, par la raison cpie l’exercice musculaire entraîne forcement le fonctionnement plus ou moins actif de tous les organes du corps.
Quand l’activité des muscles vient à augmenier, on voit s cxagéier en quelcjue sorte tous les phénomènes de la vie, la respiration, la circulation du sang, la calorification, les sécrétions, la cellule organique elle-même, dernier terme de 1 analyse anatomique du corps vivant, acquiert une suractivité proportionnée à l’intensité du travail musculaire : elle attire à elle une plus grande quantité d’éléments nutritifs, excrète une plus forte dose de produits de dénutrition.
Il nous faut, avant d aller plus loin, analyser brièvement les éléments fondamentaux de l’exercice, d’où procèdent ces effets physiologiques si importants.
L’eîfort musculaire et le mouvement.
Dans tout exercice physique se rencontrent deux éléments fondamentaux: X effort musculaire [i] et le mouvement. Ces deux éléments sont si intimement associés, en général, qu’ils semblent, au premier abord, n’en faire qu’un.
11 est aisé de les distinguer par la pensée en se représentant l’effort comme lacause du mouvement, et le mouvement comme le résultat de l’effort.
On peut aussi dissocier expérimentalement le mouvement de l’elfort muscidaire. Par exemple, c’est l’effort du muscle biceps qui fléchit l’avant-bras sur le bras; mais on peut contracter le biceps sans que le mouvement de flexion se
(1) Il ne faut pas confondre l’effort musculaire, qui est la mise en action de la force du muscle, avec l’effort Ihuraco-abdominal appelé aussi simplement Vcfforl , acte synergique très complexe qui accompagne quelquefois mais non toujours l’effort musculaire et se caractérise par la contraction de tous les muscles expirateurs, avec fermeture de la glotte et arrêt momentané de la respiration.
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produise : il suffit, pour cela, que l’avant-bras soit maintenu en extension par une force supérieure à celle du muscle fléchisseur. Inversement, le mouvement de flexion peut se produire en dehors de tout effort musculaire du sujet, dans le cas, par exemple, où une force extérieure, telle que la main d’un aide, vient saisir l’avant-bras et le fléchir.
L’effort musculaire et le mouvement sont les deux facteurs distincts d’où résultent les effets physiologiques de l’exercice, et, partant, ses propriétés thérapeutiques, et chacun de ces deux facteurs produit des effets qui lui sont propres.
L’elïbrt musculaire se traduit extérieurement par un phénomène essentiel, la contraction. Quand un muscle se contracte, il se raccourcit et ses deux extrémités se rapprochent en attirant — si rien n’y met obstacle — les os auxquels elles sont insérées (1). Grâce à des efléts de levier, de poulie, de pivot, qui se passent dans les articulations, ce mouvement fondamental de traction se transforme à l’infini et les membres se fléchissent, se tendent, se tournent et se retournent dans tous les sens. La contraction, c’est-à-dire le raccourcissement du muscle, est ainsi la cause des mouvements.
Il ne peut y avoir mouvement volontaire ou actif sans contraction du muscle. Mais, on peut, nous Lavons dit, provoquer des mouvements à l’aide d’une force extérieure et sans que la contraction intervienne, et on dit alors que le mouvement est /jfüssz/ ou communiqué. Inversement, on peut provoquer des contractions dans un muscle et supprimer le mouvement que ce muscle devrait produire en lui opposant une résistance suffisante. L’elfort ne se traduit plus alors par le déplacement du membre, mais par certaines modifications dans la forme et dans la consistance du muscle. On dit que le muscle est en contraction statique., quand il fait eflbi’t sans produire un mouvement; quand, au contraire, sou elïbrt
de détails, notre Physiologie des exercices du eo ps (G‘ édition, 1892]. — Alcan, édit., Paris. ^
LES EFFETS THÉUAPEUTIUUES DE L’EXEUCICE.
aboulîl à un mouvenienl, la conlracLion est dile dynumique.
En réalité, cette distinction entre l'ellort statique et l’ellbrt dynamique n’est pas complètement exacte, en ce sens, qu’il ne peut y avoir contraction musculaire sans mouvement. Quand je contracte mon biceps et qu’une force supérieure à la mienne empêche l’avant-bras d’obéir à la traction que je lui imprime, il semble, en elïét, ne se produire aucun mouvement, puisque le membre reste en place malgré mon effort. Mais si le mouvement passe inaperçu, c’est qu’il est très limité; il ne se traduit pas par un changement de position de l’avant-bras, mais par un simple déplacement moléculaire de diverses portions du muscle et des tissus qui l’avoisinent. Si, en effet, on observe ce muscle en contraction statique, on peut voir, même à travers les téguments, combien il a changé d’aspect; il est devenu plus dur, plus saillant, ses molécules se sont tassées en se rapprochant les unes des autres, les cordons fibreux et les aponévroses auxquels il s’attache se tendent et se soulèvent, formant relief sous la peau. Ces changements de forme et de consistance du muscle sont manifestement dus à un mouvement de concentration de ses fibres, mouvement très peu étendu et qui se fait, pour ainsi dire, sur place, mais qui n’en est pas moins important à noter pour expliquer bien des effets locaux de l’elfort musculaire. Par ses mouvements moléculaires et ses changements de forme, le muscle exerce une action mécanique sur les divers éléments anatomiques avec lesquels il est en contact. Les filets nerveux qui le traversent, et les gros nerfs qui le côtoient ressentent, par le fait de la contraction, des froissements, des tiraillements qui sont autant de causes d’excitation transmises aux centres nerveux. De même les vaisseaux capillaires, les artères et les veines subissent des pressions qui [)cuvent modilicr le cours du sang et réagir sur le cœur, organe central de la circidaliou sanguine.
Il importait d’attirer l’attention sur ces mouvements mo-
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léculoires , car certains effets de voisinage que produit la ' contraction du muscle sont tout à fait indépendants du dépla- ! cernent des membres. Si on ne voyait dans l’exercice mus- ■ culaire que le mouvement extérieur et l’effort, on ne s’expliquerait pas comment le massage peut produire certains effets identiques à ceux du travail musculaire et pourquoi on le range parmi les diverses formes de l’exercice. La main du masseur imprime au muscle qu’elle pétrit et mobilise en tous sens, des mouvements moléculaires qui influencent dans le même sens que la contraction, non seulement les molécules du muscle lui-même, mais ses nerfs, ses vaisseaux, et tous les organes voisins.
Ainsi, tout effort musculaire s’accompagne, dans une certaine mesure, de mouvement. Le mouvement, au contraire, peut se produire et être utilisé en thérapeutique indépendamment de tout effort. Nous étudierons tout à l’heure, en parlant des mouvements passifs, les ressources thérapeutiques que peut offrir le mouvement en lui-même, isolé de la contraction musculaire. Revenons d’abord à l’étude de la contraction et cherchons parmi ses effets quels sont ceux qui peuvent être mis à profit pour le traitement des maladies.
La contraction musculaire consiste essentiellement dans le raccourcissement du muscle. Ce phénomène peut se produire sous l’influence d’agents extérieurs tels que l’électricité ; mais nous ne parlons ici que de la contraction normale du muscle vivant, c’est-à-dire de celle qui se produit sous l’influence de la volonté.
Il se manifeste, dans le muscle en contraction, des effets divers dont nous avons déjà dit quelques mots, et sur lesquels il importe d’insister en raison des ressources que peut y trouver dans certains cas la thérapeutique. Mais ces phénomènes, bien qu on les observée au moment même où le muscle se contracte, sont toujours consécutifs à certains
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actes physiologiques qui en sont la condition essentielle et môme la cause première et qui se produisent loin du muscle, dans les centres nerveux. Le fonctionnement volontaire du muscle est toujours précédé de l’entrée en fonction du cerveau mis en jeu par la volonté. La volonté excite les cellules motrices de la substance grise, qui elles-mêmes transmettent l’excitation au muscle par l’intermédiaire delà moelle épinière et des nerfs. C’est alors seulement que la contraction se produit. Si l’on ne tenait pas compte de ces actes préliminaires, sans lesquels le muscle ne peut fonctionner, on risquerait de laisser de côté toute une série d’effets physiologiques du plus haut intérêt intimement liés à l’intervention active des cellules cérébrales dans l’acte musculaire et qui sont la conséquence de cet « exercice » auquel est soumise la cellule cérébrale en même temps que le muscle. Il faut se rappeler que tout effort musculaire se double forcément d’un effort de volonté dont l’énergie règle la force de la contraction. Le fonctionnement des muscles exige l’intervention d’un facteur psychique et l’entrée en jeu du cerveau. C’est ce qui explique les ressources thérapeutiques qu’on peut trouver parfois dans l’exercice musculaire pour combattre certains troubles des centres nerveux et même certains symptômes d’ordre purement psychique.
Effets locaux de la contraction musculaire.
Si on étudie le muscle lui-même pendant la contraction, on voit qu’il s’y produit trois ordres de phénomènes : 1“ phénomènes physiques ; 2» phénomènes chimiques; 3" phénomènes physiologicques.
Effets physiques. — lis consistent d’abord dans le raccourcissement, le tassement des éléments anatomiques du muscle, d’où tiraillement des aponévroses et des tondons aux(|ucls s’attachent ces libres, (roissemcnl des filets
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nerveux qui le traversent, et compression des troncs nerveux et vasculaires qui l’avoisinent. Ces effets, purement mécaniques^ n’offrent guère à noter comme résultat thérapeutique que l’excitation produite dans les parties sensibles des muscles, et notamment dans tes filets nerveux sensitifs. Il résulte, en somme, des mouvements moléculaires qui constituent la contraction, un effet comparable à celui qu’on cherche si fréquemment à produire sur les éléments sensitifs de la peau par divers agents thérapeutiques, tels que les frictions stimulantes, les flagellations, la douche à percussion, l’application du froid, etc. La contraction musculaire peut ainsi devenir un moyen méthodique de stimuler les centres nerveux. Les sensations, développées par l’exercice dans la région qui travaille, iront exciter les céllulesdu cerveau et de la moelle, avec une intensité d’autant plus grande qu’un plus grand nombre de muscles est mis en jeu, et pourront provoquer des réflexes utiles au fonctionnement des organes éloignés, utiles surtout aux actes divers de la nutrition.
D’autres effets physiques plus importants s’observent dans le muscle en travail. Nous ne parlerons pas des phénomènes électriques, encore trop mal connus, auxquels pourtant il n’est pas téméraire d’attacher une part dans les effets thérapeutiques de l’exercice. Mais il est nécessaire d’exposer avec quelques détails les phénomènes de calorification qui ont été très nettement étudiés dans le muscle en travail. Tout muscle qui entre en contraction s’échauffe instantanément, ainsi qu’on l’a prouvé en mesurant directement sa température avec les appareils très sensibles dont disposent les laboratoires de physiologie. Suivant la plupart des auteurs, la production d’un excès de calorique serait la cause essentielle du travail musculaire, le muscle étant soumis aux lois des machines thermiques, et transformant la chaleur en travail. Suivant d autres, et surtout d’ajirès les derniers ti’avaux
de M. Chauveau (1), l’augmentation du calorique pendant la contraction ne serait qu’un phénomène concomitant, qui n aurait pas, avec le travail des muscles, un rapport de cause à effet. Mais, au point de vue qui nous intéresse, peu importe 1 explication théorique. Il nous importe surtout de retenir qu'une notable augmentation de chaleur dans le muscle accompagne toujours la contraction, car les résultats thérapeutiques les plus intéressants de la contraction musculaire se déduisent, non pas précisément de cette augmentation de chaleur, mais des actes chimiques qui lui donnent naissance.
Effets chimiques. — Ils sont intimement liés à l’augmentation de température du muscle, et tout le monde s’accorde à reconnaître qu’ils en sont la cause. La chaleur développée dans le muscle en travail est le résultat de combinaisons moléculaires, en vertu desquelles certains éléments, qui se rencontrent au sein du muscle, s’unissent pour donner naissance à des composés nouveaux.
On a cru longtemps que ces combinaisons chimiques, accompagnées de dégagement de chaleur et auxquelles on donne le nom de combustions, étaient exclusivement dues à l’union des principes organiques avec l’oxygène introduit dans l’économie par la respiration, et apporté au muscle par le sang. En réalité, ces réactions sont beaucoup plus complexes. Bien des corps autres que l’oxygène prennent part aux actes vitaux d’où résulte la chaleur animale; l’hydrogène, par exemple, joue un rôle important comme agent des combustions organiques. En outre, beaucoup de réactions de chimie biologique, qui accompagnent le travail musculaire, se font par simple dédoublement d’une substance en deux corps dont cette substance contenait les éléments. Souvent môme l’acte chimique se borne à l’hydratation d’un
(1) Voir Chauveau, Le travail musculaire cl l'énergie qu'il représente. Paris, 1891. — Voir aussi d’Arsonval, cominuiiicatioii à la Société de biologie, année 188.').
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corps qui absorbe quelques équivalents d’eau, ou bien à sa déshydratation par perte de ces équivalents.
Il faut dire, toutefois, que parmi les actes chimiques qui se passent au sein du muscle, le rôle capital appartient aux combinaisons dans lesquelles intervient l’oxygène. L’immense majorité des combinaisons organiques d’où procède la chaleur dégagée par le travail, sont des oxydations. Il faut dire aussi que les réactions de chimie vitale où l’oyygène n’intervient, pas sont encore assez mal connues, et, partant, peu intéressantes au point de vue de leurs déductions pratiques. Nous nous bornerons donc à les signaler sans y insister autrement,, et nous limiterons notre étude aux phénomènes d’oxydation, comme les plus importants et les plus féconds en applications thérapeutiques.
Nous rappellerons d’abord que les actes chimiques observés dans le muscle ne diffèrent nullement de ceux qui se produisent au sein des autres organes, et qu’il se fait constamment, dans l’économie, des « échanges » (1) organiques avec production de chaleur, et cela en dehors de toute contraction musculaire. Le fonctionnement de tous les organes, et celui même de toutes les cellules organiques, a pour condition essentielle une série d’actes chimiques accompagnés d’une augmentation de température, à défaut desquels la vie ne pourrait s’entretenir. Dans l’état actuel de la science, il est permis de considérer la nutrition comme un grand acte de chimie, auquel concourent une vaste série de combinaisons par échanges moléculaires, dont le processus est identique à celui des combustions observées dans le muscle en travail. Dans la cellule qui se nourrit, aussi bien que dans le
(d) Le mot échange représente très exactement l’acte fondamental de la nutrition, en vertu duquel la cellule vivante emprunte au sang qui la baigne les principes organiques nécessaires à son entretien et lui cède, en retour, les éléments qui, après avoir servi pendant un certain temps a alimenter son lonctionnenient, sont devenus impropres à la vie.
muscle qui se contracte et dans le cerveau qui pense, l’acte chimique le plus essentiel, celui dont l’importance est telle qu’il a fait longtemps méeonnaître tous les autres, c’est 1 oxydation des éléments organiques, c’est-à-dire la combinaison de ees éléments avec l’oxygène que leur apporte le sang. Le muscle, enfin, même à l’état de repos, et par cela seul qu’d se nourrit, est toujours le siège de phénomènes d oxydation analogues à ceux qu’on y observe pendant la contraction, à cette différence près, que l’état de contraction rend ces phénomènes infiniment plus apparents en décuplant leur activité.
En résumé, les actes chimiques observés dans le muscle en travail ne sont que l’amplification, l’exagération des actes normaux qui s’effectuent, même à l’état d’immobilité et de repos, dans l’ensemble de l’organisme, actes indispensables à la nutrition et, partant, au maintien de la vie. De cette conclusion il est facile de déduire l’importance du rôle dévolu au muscle dans les fonctions de la nutrition, car on peut déjà prévoir que les actes de chimie biologique d’où résultent les échanges nutritifs seront activés par la contraction musculaire et ralentis par l’inaction du muscle. Le muscle est ainsi une sorte de régulateur de la nutrition, et, comme ce régulateur est soumis à la volonté, on comprend quelles précieuses ressources thérapeutiques le médecin peut demander à l’exercice musculaire actif dans toutes les maladies de la nutrition caractérisées par le ralentissement des échanges organiques. Mais les détails dans lesquels nous entrerons plus tard, à propos des troubles qui caractérisent ces maladies, justifieront mieux encore les développements sur lesquels nous sommes forcés d’insister ici, et qui, au premier abord peut-êlre,*pourraient sembler un peu trop s|)éciaux et sans grande portée pratique.
Nous n’avons fait, jns(pi’<à présent, qu’indiquer le processus général des actes chimi(iues (pii accompagnent la
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contraction musculaire au sein du muscle en travail. 11 nous reste à préciser davantage la nature de ces actes et à indiquer leur résultat définitif.
Et, d’abord, quels sont les éléments utilisés pour ces combinaisons d’où résulte le surcroît de chaleur dégagée, ou, en d’autres termes, quels senties métériaux organiques qui alimentent les combustions dans le muscle en travail? Ici commencent les divergences et les discussions. Bien des points sont encore vivement controversés dans la question des combustions vitales. Cette question est encore à l’étude et il serait aussi fastidieux que peu profitable de la suivre dans' les évolutions successives qu’elle a subies depuis Lavoisier. Nous nous bornerons à présenter ici le résultat de l’état actuel de la science à ce sujet. La plupart des auteurs les plus récents s’entendent pour battre en brèche les anciennes théories en vertu desquelles le muscle, en se contractant, combustionnerait sa propre substance. La fibre musculaire ne joue pas le rôle d’un combustible, mais plutôt le rôle d’un fourneau dans lequel se brûleraient les matériaux organiques apportés par le sang. Quant à ees matériaux qui viennent se brûler dans le muscle, ils sont de deux ordres ; éléments ternaires ou hydrocarbonés et éléments quaternaires ou azotés. Toutefois, les éléments azotés n’interviennent que pour une très faible part dans les combustions musculaires dont les frais sont faits en majeure partie par les éléments ternaires, tels que les graisses et surtout les sucres (t).
Nous avons insisté sur ce point que la grande majorité des actes chimiques d’où i-ésulte la chaleur du travail musculaire sont des combinaisons oû entre l’oxygène. Ce gaz est introduit du dehors par la respiration, se fixe aux globules sanguins qui le tiennent pour ainsi dire en réserve
(1) Chauveau, Le travail musculaire et l'énergie qu'il représente.
^2 LES EFFETS TIIÉHAPEUTIQUES DE L’EXERCICE, et l’abandonnent, au moment voulu, aux éléments organiques avec lesquels il doit se combiner. Le point intéressant a noter à propos des réactions cliimiques qui accompagnent la contraction musculaire c’est que les éléments nécessaires à ces réactions sont constamment en présence dans le muscle, mais ne se combinent pas quand cet organe est en repos. Le sang qui arrose le muscle contient à la fois de 1 oxygène et des éléments hydrocarbonés comme le sucre, mais une partie de ces éléments attend pour se combiner que la volonté leur en donne pour ainsi dire le signal.
Puisqu’on est forcé d’exposer à l’aide de comparaisons les phénomènes que la science n’explique pas encore, on peut se représenter le muscle comme un fourneau dans lequel seraient en présence l’élément combustible (sucre ou graisse), et l’élément qu’on appelait autrefois « comburant», c’est-à-dire l’oxygène; mais il faut, pour que la combustion se produise, l’intervention d’un agent de nature encore inconnue, la volonté, qui vient, si on nous permet une image familière, allumer le fourneau et provoquer la combinaison chimique en commandant la contraction.
On sait combien un composé chimique diffère par ses propriétés de chacun des corps qui ont contribué à sa formation, et l’on comprend aisément que les oxydations, qui accompagnent le travail musculaire puissent donner nais-
sance à une multitude de produits nouveaux, qui modifient profondément la composition chimique du muscle où ils se forment. Les produits des combustions musculaires varient naturellement suivant les éléments qui ont contribué à les iformer. On les divise en deux grandes classes, suivant qu’ils résultent de 1 oxydation d’éléments azotés ou d’éléments hydrocarboiies. Ils peuvent, en outre, être des produits d oxydation complète^ c'est-à-dire renfermant tous les équivalents d oxygène (jue la substance combinée à ce gaz est susceptible d absorber, ou bien rester à l’état de produits
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tlo combiisLion inconiplèle, auxquels il manque un ou plusieurs équivalents d’oxygène pour arriver à leui‘ dernier terme d’oxydation. L’acide carbonique et l’eau sont les derniers termes de l’o.xydation complète des matières hydrocarbonées; Vurée est le dernier terme d’oxydation des matières azotées. Les produits d’oxydation incomplète les plus connus sont : pour les matières azotées, l’acide urique, la créa - / «2 c e 1 1 a cr ; P O U r 1 e s m a ti è r e s by d r O c ar b O n é e s , 1 ’ acid e
lactique ,Wc,i&Q oxy butyrique Ql toute la série des acides gi'as.
Tous ces produits d’oxydation complète ou incomplète se forment avec exagération pendant le travail musculaire, et l’analyse chimique les retrouve dans le muscle après le travail. Par contre, les matériaux qui leur ont donné naissance s’usent et diminuent, comme il était rationnel de le prévoir. Aussi, trouve-t-on, par exemple, plus d’oxygène et plus de sucre dans le sang qui arrive au muscle que dans celui qui en revient, tandis qu’en revanche l’acide carbonique et l’eau, produits de la combinaison du sucre avec l’oxygène, sont plus abondants dans la veine musculaire que dans l'artère correspondante. Il faut dire que ces différences s’observent déjà même à l’état de repos; en dehors de toute contraction, et pour les seuls besoins de la nutrition, le muscle produit de l’acide carbonique et consomme de l’oxygène. Mais, à l’état de repos, cette consommation est infiniment moindre, et c’est là justement ce qui fait du travail musculaire un moyen thérapeutique si puissant dans toutes les maladies de la nutrition où les combustions vitales ont besoin d’être activées. On a calculé qu’un muscle produit sept fois plus d’acide carbonique à l’état d’exercice violent qu’à l’état de repos complet; dans les mêmes conditions, la consommation d’oxygène, ainsi que la dépense de sucre ou de tout autre combustible organique, est corrélative de la production d’acide carbonique. 11 est aisé de prévoir les déductions thérapeutiques que nous ferons ressortir plus
LES EEl-EÏS TIIËIIAI'EUTIÙUES DE l.'EXEliCIEE.
loin de ces faits, quand nous étudierons lapplication de
exercice a certaines maladies de la nutrition telles que le diabète et l’obésité.
L nree, produit des combustions complètes de la matière organique azotée, n’est pas augmentée, mais plutôt un peu diminuée sous rintluence de la contraction du muscle; et
cela en raison de ce fait précédemment signalé, quece sontles
matériaux non azotés qui fournissent presque exclusivement aux combustions musculaires. Mais, sur ce point, bien des divergences existent parmi les auteurs et beaucoup admettent encore l’augmentation de l’urée sous l’influence de 1 exercice physique. Pour notre part, les expériences auxquelles nous nous sommes soumis avec la collaboration de M. Gautrelet, n’ont laissé aucun doute dans notre esprit, et nous ont permis de constater, à l’aide de l’analyse des urines, que la contraction musculaire répétée n augmente pas la production de l’urée. On sait que l’urée s’élimine par les urines, et il est rationnel de se baser sur l’analyse du liquide urinaire pour évaluer l’augmentation ou la diminution de ce produit sous l’influence de la contraction musculaire. Or, plus de quarante analyses faites à la suite d’excercices très violents tels que l’aviron, l’escrime, la boxe, n ont jamais fait constater une augmentation, mais plutôt une légère diminution du taux de l’urée. Il nous semble absolument prouvé que la formation de l’urée n’est
augmentée qu en cas de travail musculaire exceptionnellement intense et poussé jusqu’au surmenage. Tel est le cas, par exemple du célèbre marcheur anglais Weston chez lequel on a pu constater jusqu’à 100 grammes d’urée dans l’urine des vingt-quatre heures (au lieu de 40 à 45 gr.). Mais cette analyse fut faite au cours d’une prouesse desport, ou le marcheur parcourut 140 kilomèti'es par jour et rép<*ta cet ellort surhumain {)cndant quatre jours consécutifs!
Dans des cas pareils, le sujet est sorti des conditions
DE L'EXEIICICE ACTIF.
physiologiques el s’achemine vers l’élat pathologique. Le muscle surmené semble alors se brûler lui-même et passer du rôle de fourneau des combustions vitales à l’état de combustible. C’est lui, alors, qui fournit anormalement ses éléments azotés aux oxydations, et, de fait, dans les cas de surmenage prolongé, on voit toujours le volume du muscle diminuer avec une rapidité surprenante, tandis que l’exercice énergique mais bien mesuré le fait, au contraire, grossir.
Les produits azotés ou non azotés des combustions incomplètes se rencontrent toujours en quantité exagérée dans le muscle en contraction, et il est admis aujourd’hui par tous les physiologistes, que c’est justement à l’accumulation de ces produits anormaux et doués de certaines propriétés toxiques, qu’est due la fatigue du muscle et son impuissance à continuer au delà d’un certain temps son travail. Ces produits semblent augmenter, d’après les analyses chimiques, en proportion corrélative de la diminution de l’urée. Il semble que la quantité d’azote oxydé pendant le travail, soit, au total, la même que celle qui s’oxyde en état de repos, mais qu’une portion de cet azote ait subi la combustion incomplète par insuffisance de l’oxygène, ce dernier élément étant dépensé en quantité excessive pour d’autres combinaisons telles que les oxydations des hydrocarbures, qui ont pour résultat une si grande augmentation de l’acide carbonique (sept fois plus qu’à l’état de repos). Le carbone des matériaux organiques brûlés semble, si l’on peut s’exprimer ainsi, accaparer une partie de l’oxygène dont auraient besoin les éléments azotés pour parfaire leur oxydation et passer à l’état d’urée. Faute du nombre voulu d’équivalents d’oxygène, une portion de ces éléments reste à l’état ù'acide urique, de créatme, de créatinine, produits d’oxydation incomplète des éléments quaternaires. Toutefois, les éléments bydrocarbonés eux-mêmes restent pour une certaine partie
a 1 état de produits incomplètement oxydés, et la pénurie d’oxygène se traduit par ce fait, qu’au lieu d’être transformés en eau et acide carbonique ils restent à l’état d’acides gras, tels que X acide oxy butyrique, ou bien à l’état d’aaWe lactique. Ce dernier acide se produit, pendant le travail musculaire, en quantité parfois considérable, et de là peut résulter un changement complet dans la réaction du muscle. Celui-ci, en effet, qui a l’état de repos est alcalin, devient franchement acide à la suite du travail.
Telles sont les principales modifications chimiques observées dans le muscle en état de contraction. Mais il faut savoir que beaucoup de ces modifications sont essentiellement passagères et aboutissent, par leur répétition fréquente, à des modifications absolument inverses, comme nous le verrons par la suite de cette étude en comparant les effets de la fatigue et les résultats de X entraînement. Pour ne citer ici qu’un exemple, l’exagération de la réaction acide que nous avons signalée dans le muscle en travail, et qui se retrouve dans les urines à la suite d’un exercice violent, fait place, chez l’homme adonné régulièrement au travail musculaire, à une diminution permanente de l’acidité.
Il ne faut donc pas tirer de l’exposé que nous venons de faire, des conclusions trop hâtives au point de vue des elfets thérapeutiques de l’exercice considéré comme modificateur chimique de la nutrition. Son action véritablement utile ne doit pas se déduire de ses effets immédiats et passagers, mais de ses résultats consécutifs et durables que nous exposerons au chapitre de X entrainement.
Effets physiologiques. — Le phénomène le plus important au point de vue thérapeutique, parmi ceux qui s’observent dans le muscle en contraction, c’est l’accélération de la circulation du sang. Les muscles d’un animal, au cours d’une vivisection, sont pâles et anémiés à l’état de repos, mais si '
DE L’EXEHCICE ACTIE.
on y provoque des contracLions, on les voit aussitôt se eolorer en rouge intense, par l’afflux du sang qui s’y porte en grande abondance.
Cette suractivité de la circulation sanguine n’est pas due surtout, comme on l’a dit, à un phénomène mécanique résultant de la pression du muscle sur les vaisseaux qui le traversent. La pression du muscle sur des veines pleines peut bien les vider plus vite, mais ne pourrait favoriser mécaniquement l’afflux du sang dans les vaisseaux artériels. On ne peut expliquer l’irrigation plus active du muscle en travàil que par une sorte d’ « appel physiologique » fait par l’organe au liquide dont il a besoin pour fonctionner, en vertu d’un stimulus analogue à celui qui produit l’afflux du sang vebs tout organe qui fonctionne, vers une glande qui secrèüe, vers l’estomac qui digère, vers le cerveau qui pense. Dans tout organe au repos il y a vaso-constriction^ et, dans tolut organe en travail, vaso-dilatation. C’est ainsi que s’expliqpe le débit considérable des artères musculaires pendant la contraction. 11 passe neuf fois plus de sang dans le musdle en travail que dans le muscle en repos. La contraction musculaire est donc un excitant de la circulation du muscle, et, par suite, une cause d’augmentation du débit des vaisseaux qui lui envoient le sang. Nous verrons plus loin lès conséquences thérapeutiques de ce résultat. i
Un grand nombre d’autres phénomènes physiologiques ont leur point de départ dans le muscle en contraction, mais se manifestent hors de lui, soit sur des organes éloignés, soit sur l’ensemble de l’organisme. Nous les étudierons to;ut à l’heure.
11 ne s’agit à présent que des phénomènes observés dans le muscle lui-même.
Résultats thérapeutiques. — Si nous éludions les modi’fications organiques et fonctionnelles qui sont la conséquen’fce des eirets produits par la contraction' sur le muscle, voici
LtonANOE. — Méd. par l'cxerc. 2
quel en est le résumé : l’afflux du sang artériel augmente l’apport des éléments organiques destinés à réparer l’organe : de là un surcroit de nutrition qui le fait grossir •
L’excitation des nerfs qui l’animent, et des centres nerveux qui le commandent, rend son innervation plus facile et plus riche, d’où son aptitude plus grande à se contracter, et l’augmentation de son énergie ;
Enfin, l’activité plus grande des oxydations active la combustion des éléments inutiles, les tissus graisseux, qui le surchargent et le gênent.
Cet ensemble de modifications organiques et fonctionnelles constitue ce qu on appelle Eétat ^entrainement du muscle. On peut caractériser en deux mots ce résultat thérapeutique qui consiste dans l’augmentation de la force et de la résistance de l’organe exercé. — 11 est aisé de déduire de là l’utilité de l’exercice local dans tous les cas, faiblesse, parésie, atrophie ou surcharge graisseuse du muscle.
Les effets thérapeutiques locaux de l’exercice sont surtout utilisés pour les affections de l’appareil locomoteur, en chirurgie, en orthopédie; mais leur indication se présente très fréquemment dans le traitement de certaines maladies internes, quand les muscles mis en cause sont les agents ou les auxiliaires d’une fonction essentielle, la digestion, la respiration, etc. Nous verrons plus loin l’importance des exercices locaux des muscles abdominaux et thoraciques.
Mais ce ne sont là que des résultats locaux, et nous allons voir que les effets de la contraction musculaire ne restent pas localisés au muscle en exercice. *
Effets de voisinage et de synergie.
Les effets mécaniques de la contraction musculaire sc font sentir au delà du muscle par deux processus dilférents : par voisinage et par synergie.
DE L’EXERCICE ACTIF
Effets de voisinage. — Ces effets se comprennent d’ciixmêmes. Les mouvements moléculaires du muscle, son raccourcissement, son durcissement, son gonflement, les tiraillements qu’il exerce sur les tendons et les aponévroses constituent, pour la région où la contraction se produit, un véritable massage qui influence tous les organes voisins comme pourrait le faire la pression de la main.
On comprend que ces actes mécaniques « de voisinage », ces froissements, ces pressions, peuvent avoir des conséquences importantes lorsque les muscles mis en jeu sont en contact avec des organes internes, le foie, l’estomac, les intestins. Nous verrons, en parlant de la gymnastique abdominale, quel puissant moyen thérapeutique peuvent trouver les affections des voies digestives dans la contraction des muscles droits, obliques, transverses, psoas-iliaque, etc. La pression énergique de ces muscles peut aider au « brassage » des aliments contenus dans l’estomac, activer le cours des matières attardées dans l’intestin, et aussi stimuler l’énergie des tuniques musculaires du tube digestif, en les réveillant de leur atonie.
La contraction musculaire produit aussi des effets de voisinage très importants sur les vaisseaux sanguins : 1° sur les artères, par la vaso-dilatation qui accompagne le fonctionnement du muscle et .augmente le débit des branches artérielles qui lui portent le sang; 2» sur les veines par les pressions répétées que subissent leurs parois à chaque contraction, et sous t’influence desquelles la vitesse centripète du courant sanguin est augmentée. Mais ces effets « de circulation » se généralisent très promptement à tout l’appareil cardio-vasculaire et leur étude sera mieux à sa place au paragraphe des effets généraux de l’exercice.
Effets de synergie. — Quand nous contractons un muscle pour produire un mouvement, il arrive très fréquemment qu’un ou plusieurs autres muscles éloignés se mettent spon-
tanémeiit en travail, et agissent de concert avec celui (jtie notre volonté avait spécialement désigné pour agir. C'est cette association inconsciente d’une région du corps à une autre, dans 1 exécution- d’un acte musculaire, qu’on appelle « synergie ». On sait l’importance des synergies dans |a physiologie des mouvements, et personne n’ignore combien fréquemment, dans les actes ordinaires de la vie, le travail
des épaules, des reins, des jambes, vient s’associer à celui des bras.
La synergie la plus intéressante à étudier, parmi les effets de la contraction musculaire, est celle qu’on appelle Xeffort tho7 aco-abdominal , ou simplement dans la langue courante, 1 effort. L effort se produit, d’une manière générale, dans tous les actes qui demandent une grande dépense de force, mais plus spécialement dans ceux qui exigent une action très énergique des membres supérieurs ou du tronc. Cet acte consiste essentiellement dans l’entrée en jeu de tous les muscles expirateurs, qui abaissent les côtes au moment même où une profonde inspiration vient de gonfler le poumon en le remplissant d’air, et où la glotte énergiquement fermée empêche l’air inspiré de s’échapper de la poitrine. 11 a pour but d’immobdiser toutes les pièces osseuses du thorax, de la colonne vertébrale et du bassin, et d’en faire un tout rigide pour donner un point d’appui fixe et résistant aux muscles qui viennent s’y insérer.
Nous étudierons plus loin, avec détail, le mécanisme de l’effort, en parlant des troubles de la circulation du sang; nous voulons ici seulement indiquer le parti qu’on en peut tirer en thérapeutique, comme aussi en signaler les inconvénients et les dangers. Il importe d’abord, toutefois, de faire remarquer que cet acte n’est pas ta conséquence du mouvement, pris en lui-môme, mais de la contraction musculaire, et qu’il ne se produit jamais dans les mouvements passifs. L’effort met en jeu, avec une grande énergie, les muscles
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de l’abdomen, et de ce résultat peut dériver une conséquence thérapeutique intéressante. La synergie d’efibrt permet au médecin de fortifier les muscles de la paroi abdominale à' l’aide d’exercices très simples et très faciles. 11 suffit, par exemple, de saisir à pleine main et d’élever au-dessus de la tête un haltère un peu lourd, pour provoquer l’effort et mettre, par cela même, en exercice les muscles abdominaux. L’effort intervient fréquemment dans la partie de la gymnastique médicale suédoise qu’on appelle le « traitement abdominal ». 11 doit être proscrit chez tous les sujets atteints de hernies et chez tous ceux qui sont suspects d’une affection cardiaque ou artérielle. L’effort, en effet, comprimant violemment l’abdomen, provoquerait l’issue des viscères herniés. Les conséquences seraient plus graves encore en cas de lésions de l’appareil circulatoire. On sait que l’effort produit aussi la compression du poumon, des gros vaisseaux et du cœur, et fait refluer le sang dans les extrémités de l’arbre circulatoire, en augmentant considérablement la tension artérielle. Nous aurons à revenir avec détails sur toutes les conséquences fâcheuses de l’effort en étudiant l’emploi de l’exercice dans les affections du cœur et des vaisseaux.
Effets généraux de la contraction musculaire.
Nous venons de montrer quel est le mode de propagation des effets mécaniques de la contraction musculaire. On voit que ces effets peuvent, en résumé, gagner les régions voisines ou s’étendre à des régions éloignées, mais tendent toujours à se limiter sur une partie plus ou moins circonstruite de 1 organisme. 11 n en est plus de meme des effets physiologiques et chimiques, et même de certains effets physiques, comme la calorification qui tendent à se faire sentir à l’organisme tout entier, et qui modifient profondément toutes les fonctions vitales et les actes les plus intimes de la nutri-
lion. On observe dans l’organisme tout entier le contrecoup d’un exercice local. Tous les organes du corps se mettent, pour ainsi dire, à 1 unisson du muscle en travail, par une suractivité fonctionnelle proportionnée à l’énergie de la contraction et au volume des masses musculaires où elle siège. C’est cette sorte de mise en branle de l’organisme par la contraction musculaire, qui constitue ce qu’on a appelé les effets généraux de l’exercice.
Il nous faut rechercher à présent par quelles voies et en vertu de quels processus, les effets de l’exercice peuvent se propager du muscle en travail à tous les organes et même à tous les éléments anatomiques du corps vivant.
Effets de la contraction musculaire sur la circulation du SANG. — La circulation du sang est activée dans le muscle par le fait de la contraction. Nous savons que ce résultat n’est pas seulement un effet mécanique. Non seulement la pression du muscle sur les troncs veineux y fait cheminer plus vite le liquide sanguin, comme le feraient, par exemple, des frictions méthodiques et le massage; mais, en outre, le sang artériel afflue au muscle en travail, en vertu d’une loi physiologique par laquelle tout organe dont le fonctionnement augmente reçoit une plus grande quantité de sang. Ainsi, d’une part, le sang artériel arrive au muscle en contraction avec plus de vitesse, et d’autre part, le courant de sang veineux qui en sort subit une accélération très notable, non seulement à cause de la poussée artérielle, mais encore par l’effet mécanique des pressions du muscle sur les canaux veineux.
L’accélération du cours du sang n’est pas limitée au muscle, et se fait sentir de proche en proclic dans les vaisseaux des régions voisines. On connaît l’expérience de Chauveau et Marey, qui ont noté une vitesse plus grande
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de l’ondée sanguine dans la carotide du cheval, sous l’influence d’un simple mouvement de mastication, 11 se produit, d’abord, une circulation plus active dans tout le voisinage du muscle, et de là, déjà, peuvent se tirer d importantes déductions thérapeutiques. On peut comparer 1 action du muscle sur la région qui l’avoisine, à celle d’une ventouse, avec cette diflférence que la ventouse fixe et immobilise le sang sur le point où elle l’attire, tandis que le muscle s’en débarrasse aussitôt pour le rejeter dans les canaux veineux, et pour en attirer à lui une nouvelle quantité. Une foule d'observations directes montrent la réalité de cet « appel » fait au sang par le muscle en contraction. On sait que, dans tous les cas de blessure des vaisseaux sanguins, les mouvements musculaires augmentent l’hémorrhagie. A la suite d’une saignée veineuse, quand le sang ne s’écoule pas en assez grande quantité, il suffit de faire exécuter au patient quelques mouvements de la main ou des doigts pour voir affluer le liquide en jet plein et vigoureux. Comme corollaire de ce fait, il faut rappeler la difficulté qu’on éprouve parfois à arrêter le sang des saignées chez les malades dont les bras sont le siège de contractions musculaires involontaires et permanentes, comme les épileptiques et les éclamptiques en état de mal.
La thérapeutique peut tirer parti de cette sorte de drainage du sang par la contraction musculaire, pour faire cesser les stases sanguines dans les organes voisins d’un groupe de muscles mis en jeu. Nous verrons que la gymnastique suédoise emploie très fréquemment le travail des muscles du bassin et des cuisses pour décongestionner les viscères abdominaux et l’utérus.
Mais les effets de la contraction musculaire ne se limitent pas aux vaisseaux des régions les plus rapprochées. L impulsion plus rapide donnée au sang par le muscle gagne, de proche en proche, toute la masse du liquide. M. Chau-
veau dont nous citions tout à l’heure les expériences, a constaté que chez le cheval qui contracte le muscle masséter pour mâcher l’avoine, il se produit une accélération du cours du sang jusque dans les artères du pied. Cette généralisation des effets « de circulation » du travail musculaire est subordonnée, on le comprend, au nombre des muscles mis en jeu et à 1 importance de leur masse. Si le travail reste limité à un groupe musculaire restreint, le retentissement de la contraction sur une région éloignée passera tout à fait inaperçu ou ne sera appréciable qu à 1 aide des instruments de précision. Si, au contraire, un grand nombre de muscles entrent en jeu à la fois, avec une grande énergie, l’on verra le cours du sang se précipiter, le nombre des pulsations augmenter du double, les battements du cœur devenir violents et tumultueux.
L’accélération du cours du sang par l’exercice est à la fois l’effet thérapeutique le plus puissant et la conséquence la plus redoutable des exercices violents. C’est un « coup de fouet » des plus salutaires pour un organisme où toutes les fonctions vitales languissent, sans qu’aucun organe soit lésé ; c’est une secousse dangereuse pour un cœur malade ou pour des vaisseaux artériels dont la solidité n’est pas parfaite. Aussi, sera-t-il de la plus haute importance de rechercher s’il est des procédés d’application de l’exercice qui permettent soit de produire cette suractivité générale de la' circulation du sang, soit de l’éviter : c’est ce que nous ferons en temps et lieu. Nous voulons seulement montrer ici comment, par l’intermédiaire du sang, tous les organes du corps vivant, peuvent subir l’influence de l’exercice des muscles.
Les vaisseaux sanguins constituent entre les muscles et .les organes éloignés, un véritable trait d’union par l’intermédiaire duquel se propagent à tout le corps vivant les phénomèaes vitaux dont l’origine est dans la libre mus-
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culaire. Et d’abord les phénomènes de calorification. Le muscle s’ëcliaulïe en travaillant, et échauflé le sang qui le traverse. Ce liquide, à son tour, en circulant à travers les tissus vivants, leur cède une partie de sa chaleur, et l’on voit ainsi s’élever la température des régions du corps les plus éloignées. Quand on fait des armes de la main droite, on peut constater que la main gauche, restée pourtant absolument inactive, finit par acquérir une température égale à celle des régions du corps qui ont le plus travaillé. Le muscle en travail peut se comparer au foyer d’un calorifère à eau qui chauffe, à lui seul, tous les appartements d’une maison par l’intermédiaire des tuyaux de conduite.
Effets de la contraction musculaire sur la respiration. — La comparaison du muscle à un fourneau est l’image par laquelle ont été traduites les notions les plus récentes de la physiologie. C’est elle qui va nous servir à exposer comment les effets chimiques, signalés dans le muscle en travail, peuvent se propager a l’ensemble de l’organisme et modifier profondément les actes les plus intimes de la nutrition.
Nous avons dit que l’activité plus grande des combustions, dans le muscle en travail, est la conséquence immédiate (d autres disent la cause première) de la contraction. Mais nous savons aussi que ce n’est pas le muscle lui-fnême qui fournit des matériaux à la combustion, et que ces matériaux lui sont apportés par le sang qui les puise partout. Aussi, l’effet des combustions musculaires ne se traduit-il pas par la disparition ou la diminution des éléments constituants du muscle, — celui-ci grossit au contraire, — mais par 1 usure de certains principes organiipies qui sont, en majeure partie, des éléments ternaires, des hydrocarbures, des graisses, empruntés d abord aux tissus cellulaires du muscle, puis à la région qui avoisine celui-ci et, enfin, à tous les
tissus vivants dont le sang baigne les éléments. C’est ainsi que l’on peut voir diminuer les tissus graisseux sous l’influence des exercices violents, d’abord sur les régions qui travaillent, puis sur le corps tout entier.
Mais un fourneau qui brûle n’use pas seulement des matériaux combustibles; il puise dans l’air ambiant de l’oxygène, et en consomme d’autant plus que sa combustion est plus active. Ainsi fait le muscle. Pendant qu’il travaille, il utilise un surcroît d’oxygène proportionné à l’énergie, à la fréquence et à la duree de ses contractions. Pour suffire à cet excès de dépense, le muscle emprunte une plus grande quantité d’oxygène au sang artériel, et le sang lui-même doit puiser l’oxygène demandé dans l’air atmosphérique avec lequel le poumon le met en contact par la respiration. Le poumon est alors obligé d’activer son fonctionnement pour introduire plus d air dans ses alvéoles, et donner satisfaction au sang qui veut être liématosé. Et c’est ainsi que le fonctionnement plus actif du muscle entraîne la suractivité du poumon.
Il faut noter que la consommation exagérée d’oxygène n’est pas le seul facteur de l’exagération de la respiration pulmonaire. La suractivité des combustions vitales donne naissance à un excès d’acide carbonique et d’autres produits gazeux de désassimilation, qui sortent du muscle en contraction avec le sang veineux et se déversent dans le torrent circulatoire. Si l’exercice met en jeu une masse importante de muscles, le sang veineux va se trouver saturé d’acide carbonique et d’autres produits de combustion impropres à la vie, qu’il importe d’éliminer au plus tôt ; le poumon qui est chargé de l’expulsion des excréments gazeux de la nutrition, se trouvera ainsi sollicité à hâter son expiration. De là une deuxième cause de suractivité respiratoire. Si la consommation excessive d’oxygène que provoque le muscle en travail stimule \' inapiration le surcroît d’acide carbonique (pi’il {)roduit, stimule, d’autre part, Vcxpiraüon.
DE L’EXERCICE ACTIF
Les phénomènes chimiques développés dans le muscle en travail expliquent donc d’une manière satisfaisante cet important résultat de l’exercice musculaire, l’activité plus grande de la respiration. Si le poumon fonctionne avec plus d’énergie quand le muscle travaille, c’est en résumé, que le muscle « respire » comme le poumon. Le muscle, comme le poumon, absorde de l’oxygène et rend de l’acide carbonique. On peut même dire que le surcroît de respiration, dont témoigne l’accélération du mouvement du poumon, se fait, en réalité, dans le muscle, puisque c’est dans le « fourneau musculaire » que se passent les réactions chimiques en vertu desquelles s’use l’oxygène apporté par l’inspiration, et se fabrique l’acide carbonique expulsé par l’expiration. — Tout le monde s’accorde à reconnaître les précieux effets thérapeutiques de l’oxygène, et l’avantage qu’il y aurait d augmenter son apport à l’économie, dans la plupart des maladies du sang et de la nutrition; mais on oublie trop souvent que le meilleur moyen d’oxygéner le sang, c’est d’augmenter le fonctionnement du poumon. On oublie surtout que pour faire respirer le poumon, il faut faire « respirer » les muscles, c’est-à-dire les mettre en contraction.
Toutefois, l’association de la respiration pulmonaire au travail des muscles est subordonnée à certaines conditions qu’il est indispensable de connaître, si on veut utiliser ce résultat en thérapeutique. 11 est possible de provoquer des contractions très énergiques et très persistantes dans un muscle isolé sans influencer les fonctions du poumon. C’est qu’un muscle isolé ou un groupe de muscles restreint ne consomment pas assez d’oxygène, et ne produisent pas assez d acide carbonique pour inlluer sensiblement sur les mouvements d’inspiration et d’expiration.
Nous avons formulé ailleurs (1) cette loi que : l’activité de
(I) Voir notre Physiologie des exercices du corps.
28 LES EFFETS THÉUAPEÜTIQUES DE L’EXEUCICE.
la respiration pendant l’exercice musculaire est en raison directe de la quantité de travail effectué par les muscles en un temps donné. Pour activer la respiration, il faut donc choisir un exercice qui mette en jeu simultanément un grand nombre de muscles, ou d’importantes masses musculaires, car c’est le moyen le plus sûr d’obtenir beaucoup de travail en peu de temps.
Cette loi est utile à connaître, non seulement pour chercher dans l’exercice l’exagération de la respiration, mais aussi quelquefois pour l’éviter. On comprend, en effet, que cè bénéfice thérapeutique de l’exercice n’est pas sans offrir quelques dangers. L’exagération de la respiration amène aisément, chez certains sujets, l’essoufflement et tous les inconvénients qui en dérivent, soit pour le cœur, soit pour le poumon. 11 faut donc savoir que si l’on redoute d’essouffler un malade, on devra chercher, pour lui, à localiser l’exercice et limiter la contraction à un groupe musculaire restreint, car c’est le moyen d’atténuer son retentissement sur la respiration.
Rôle du système nerveux dans les effets « généraux »
de l’exercice.
Le système nerveux est le régulateur de la respiration et de la circulation du sang, et c’est par son intermédiaire ((ue se produisent les deux effets « généraux » les plus caractéristiques de la contraction musculaire, savoir l’accroissenient de la respiration et l’accélération de la circulation sanguine. Nous avons dit que la contraction musculaire était l’origine de ces deux ordres de modifications fonctionnelles, mais il nous reste à en indiquer le processus. On ne peut invoquer autre chose qu’un acte réflexe poûr expliquer comment le cœur et le j)Ounion, sous rinfluonce du travail des muscles, activent leur jeu avec une intciK>fitlé
DE L'EXERCICE ACTIIC
qui peut aller jusqu’à l’essoufflement, et aux palpitations. Toutefois, le mécanisme de ces réflexes, assez bien connu pour le poumon, est encore un peu obscur pour le cœur.
Avec un courant de sang dépouillé d’oxygène et surchargé d’acide carbonique (tel que le sang qui a traversé le muscle en contraction), les physiologistes sont arrivés à provoquer expérimentalement sur le bulbe rachidien une excitation spéciale et à produire ainsi, par voie réflexe, l’accélération des mouvements respiratoires.
Les expériences de laboratoire sont moins concluantes au sujet de l’accélération des mouvements cardiaques. MM. Chauveau et Marey (1) ont seulement établi cette loi d’observation, « que la fréquence des battements du cœur augmente corrélativement à la diminution de la tension artérielle ». Or, suivant les mêmes auteurs, la tension artérielle diminue pendant le travail musculaire, par le fait de l’afflux du sang au muscle en contraction et d’une augmentation du débit des vaisseaux. Les choses se passent « comme après la section d’un vaisseau artériel, où l’on voit subitement le débit du sang augmenter, le pouls s’accélérer et la pression artérielle diminuer du même coup. »
Quoi qu’il en soit de la théorie, l’excitation du cœur sous l’influence de la contraction musculaire est un fait avéré et de la plus haute importance. Tantôt cette excitation est recherchée comme un bénéfice thérapeutique, comme dans le système d’CErtel, quand on croit devoir « exercer » le myocarde atone; tantôt elle est redoutée comme capable d’amener la fatigue du muscle cardiaque et défavoriser fasystolie. 11 sera donc de la plus haute importance de préciser les conditions dans lesquelles la contraction musculaire peut exciter le cœur, et celles dans lesquelles elle ne retentit pas sensiblement sur cet organe. Ces conditions sont les mêmes
(1) Marcy, La circulation du sang. — Masson, cilit. Paris. j
lÆS EFFETS THÉUAPEUTIQUES DE L’EXERCICE.
que nous avons déjà signalées pour le poumon : l’intensité de l’excitation du cœur sous rinllncnce de la contraction
musculaire est en raison directe de la quantité de travail ettéctué par les muscles en un temps donné.
Avec des exercices localisés dans des groupes de muscles peu importants, on n’excitera ni le cœur ni le poumon et 1 on n aura à redouter ni l’essoufflement ni les palpitations. C’est pourquoi les exercices suédois ne faisant travailler à la fois que des régions très circonscrites du corps, s’adaptent, comme nous le verrons, mieux que tous les autres
aux sujets dont il faut ménager le cœur et les poumons.
Le système nerveux, aussi bien que le sang, sert d’intermediaire entre le muscle et les organes éloignés pour généraliser les effets de la contraction musculaire. Nous avons déjà parlé de l’excitation que développe mécaniquement dans les filets sensitifs de la région, la pression des fibres musculaires en travail. Les sensations obscures qui en résultent sont le point de départ de nombreux réflexes dont on ne saisit pas toujours aisément le mécanisme, mais qui se traduisent par l’intervention de certains effets utiles au travail. 11 est incontestable, par exemple, que les mouvements actifs semblent provoquer la mise en liberté d’une certaine quantité d’influx nerveux qui rend momenlanément le sujet plus apte à agir, plus « en train ».
C’est un fait bien connu que cette excitation générale à laquelle personne n’échappe, mais qui est surtout très marquée sur les sujets nerveux après quelques mouvements un peu vifs. Le phénomène dont nous parlons se manifeste avec une exagération f[ui va jusqu’à l’ivresse chez les danseurs de tarentelle^ chez les derviches tourneurs, chez les chevaux emballes. Peut-être faut-il invoquer aussi, dans ces cas, l’action d’une exagération de la circulation sanguine, d’une congestion active des centres nerveux, — car il est bien rare
DE L'EXERCICE ACTIF
que les phénomènes physiologiques de l’exercice soient dus à un facteur unique, tous les organes s’unissant dans une sorte de consensus pour vibrer, si l’on peut ainsi parler, cà l’unisson des muscles. Toujours est-il que, chez certains sujets déprimés, mélancoliques, pour lesquels on cherche des stimulants de l’énergie vitale, ces effets excitants de l’exercice physique peuvent avoir d’heureux résultats. Nous savons, du reste, que la contraction musculaire est l’occasion d’une excitation directe du cerveau, puisque le choc de la volonté sur les cellules motrices de la substance grise doit toujours précéder tout mouvement actif.
C’est ainsi que, par effet direct ou réflexe, les centres nerveux sont constamment ébranlés pendant le travail musculaire. Cette inévitable excitation de l’exercice rend parfois son indication très difficile à saisir chez les neurasthéniques. Pour certains, dont l’état de dépression est lié au désœuvrement, au défaut d’emploi de l’énergie nerveuse, Texcitation de l’exercice peut être des plus salutaires; pour d’autres dont l’atonie tient, au contraire, à un épuisement véritable des centres nerveux, cet ébranlement produirait des effets funestes et doit être évité, car il serait l’occasion d’une dépense d’influx nerveux pour leurs cellules déjà appauvries.
Effets de l exercice musculaire sur les sécrétions.
Parmi les réflexes utiles suscités par la contraction du muscle, et dont le retentissement se fait sentir à tout l’organisme par l’intermédiaire du système nerveux, il faut citer en première ligne l’activité plus grande des sécrétions. Ce phénomène est le type de ces effets généraux complexes que nous avons signalés tout à l’heure et auxquels contribuent à la fois les nerfs et le sang.
La sécrétion la plus manifestement activée par l’exercice musculaire, celle des glandes de la peau, est justement celle dont l’utilité thérapeutique semble la plus évidente. L’augmentation de la transpiration cutanée pendant l’exer-
cice est due, comme celle de toutes les sécrétions, à dps phénomènes simultanés d’innervation et de circulation. Nous ne connaissons pas le mécanisme suivant lerjuel le système nerveux vient agir sur les éléments sécréteurs de la glande pendant le travail musculaire; mais nous pouvons assez bien nous rendre compte des modifications de circulation auxquelles est due l’augmentation de la sueur. Ce phénomène esl essentiellement lié à l’élévation de température du sang. La physiologie nous enseigne que si le sang vient à atteindre une température trop élevée, les nerfs vaso-moteurs, auxquels a été attribué le rôle d’un véritable régulateur thermique, le font affluer en grande abondance à la peau où il se refroidit. L’afllux du sang vers la région où siègent les glandes sudoripares, rend la sécrétion de celles-ci plus active, comme il arrive pour toutes les glandes où la circulation sanguine est exagérée.
Il est à peine besoin de faire ressortir l’importance thérapeutique de cette augmentation de la sécrétion cutanée, car tout le monde sait combien sont fréquentes, dans les maladies, les indications de la sudation. La suée qui résulte de l’exercice musculaire est particulièrement utile dans le traitement des maladies de la nutrition. Ces maladies, en effet, sont à peu près toutes caractérisées, ainsi que l’établissent les analyses chimiques, par un excès d’acidité du sang (I). Beaucoup de goutteux, de lithiasiques, de diabétiques éliminent par les urines jusqu’à 7 et 8 grammes de principes acides en vingt-quatre heures. On comprend coipbien la sueur qui entraine au dehors une quantité considérable d’acide lactique, peut devenir un agent thérapeutique précieux pour les sujets dont le rein lutte si laborieusement à les débarrasser de cet agent to.xique.
La sécrétion urinaire est très notablement réduite à la
(I) Voir Drouin, llémo-alcalimétrie, hémo-acidiinclrie. — Steinliel, édit. Paris.
DE L’EXERCICE ACTIE.
suite de l’exercice, et cela, par l’ellet môme de la transpiration qui draine vers la peau une partie de l’eau habituellement éliminée par le rein. Mais il faut savoir que la réduction du liquide urinaire est un phénomène du début, qui ne s’observe plus chez l’homme entraîné. Les médecins allemands qui pratiquent le système d’QErtel appelé cure de terrain, — c’est-à-dire l’entrainement par la marche ascensionnelle progressive, — ont tous noté l’effet diurétique des ascensions; non pas quand l’exercice est pratiqué une fois en passant, mais quand on s’y adonne avec persistance. Des observations très nombreuses prouvent que, chez l'homme entraîné, l’exercice musculaire peut augmenter de plus de moitié le volume de l’urine des vingt-quatre heures ; et cela, sans préjudice d’une émission considérable de sueur, même quand on réduit dans des proportions considérables la quantité de boisson ingérée, comme on a coutume de le faire dans le régime d’Œrtel.
Nous verrons les utiles effets thérapeutiques qu’on peut attendre de la déplétion vasculaire résultant de cette déperdition simultanée d’urine et de sueur, dans tous les cas de congestion passive, où il importe de diminuer le contenu des vaisseaux.
Résumé des effets thérapeutiques.
Il ne sera pas inutile de résumer en quelques mots les ressources thérapeutiques que peut nous offrir l’exercice musculaire réduit à son élément fondamental : la contraction musculaire. Ce sont :
a — Des effets locaux consistant dans l’augmentation de volume et de force du muscle exercé.
b — Des effets de voisinage : effets « de circulation » utiles pour activer le cours du sang et faire cesser les congestions passives des organes voisins; elfets mécaniques et physiologiques « de massage » utiles aux organes creux (esto-
Laoranoe. — Müd. par l’exerc. 3
mac, intestins) pour faire cheminer les matières qu’ils contiennent et aussi pour tonifier leurs libres contractiles.
Cj Des effets indirects^ ou « de synergie » qui résultent d’actes musculaires accessoires associés à l’acte principal; effets qui ont souvent leur utilité et quelquefois leurs dangers, comme la synergie dite effort.
d — Des effets généraux de trois catégories distinctes : 1“ effets phijsiques caractérisés par l’élévation de la température de tout le corps au contact du sang échauffé par les muscles; 2“ effets physiologiques consistant essentiellement dans l’exagération du fonctionnement de tous les organes, y compris les organes sécréteurs, et 3“ effets chimiques dus à l’introduction dans le sang d’une plus grande quantité d’oxygène et à rutilisation plus active de cet élément, pour ces actes intimes de la nutrition qu’on appelle les oxydations ou les « combustions ».
L utilité thérapeutique des effets « généraux » de l’exercice réside, d’une part, dans cette exagération du fonctionnement des appareils vitaux qui augmente, pour ainsi dire, l’intensité de la vie organique, et, d’autre part, dans l’impulsion plus active donnée aux échanges nutritifs, dans lesquels l’oxygène joue un rôle si essentiel.
Ces effets généraux permettent au médecin de développer et de fortifier en les mettant indirectement en exercice des organes essentiels comme le cœur et le poumon. Ils constituent surtout de puissants moyens thérapeutiques dans les maladies de la nutrition et doivent être recherchés toutes les fois que les combustions vitales sont insuffisantes^ comme dans le diabète et l’obésité, où l’organisme est encombré de matériaux hydrocarbonés, graisses et sucres, qu’il faut brûler; ou bien quand elles sont incomplètes., comme dans la diathèse urique, où les éléments oxydés, atteints par les combustions vitales, ne sont pas portés à leur dernier degré d’oxydation.