CHAPITRE II
DE L’EXERCICE PASSIF
Mouvements actifs et passifs. — Effets locaux et généraux du mouvement « communiqué». — Le mouvement « moléculaire » ou ïïiüssage.
Mouvements actifs et passifs.
Nous venons d’étudier les effets thérapeutiques de la contraction musculaire, isolée du mouvement qui l’accompagne d’ordinaire. Pour compléter l’étude des éléments fondamentaux de l’exercice, il nous reste à parler du mouvement pris isolément, et abstraction faite de l’agent qui le produit.
Nous avons déjà dit que l’agent du mouvement n’est pas toujours le muscle actionné par la volonté, mais peut, dans certains cas, être représenté par une force extérieure agissant sans l’intervention active du sujet. On sait que le mouvement est dit actif quand il est le résultat de la contraction du muscle, et qu’il est appelé passif ou. communiqué quand il est provoqué par un agent extérieur, homme, animal ou machine.
Il laut comprendre que ces distinctions entre le mouvement actif et le mouvement passif sont basées sur l’origine du mouvement, mais non, à proprement parler, sur ses qualités, sur sa nature. J’entends que le mouvement, réduit par la pensée au déplacement pur et simple du corps ou des membres, est toujours doué des mêmes propriétés thérapeutiques, quel que soit l’agent qui le provoque, — que cet agent soit la contraction du muscle inséré à l’os mobilisé, ou bien
1 gHoiT d Lin aide dont la iTiain viendrait saisir et mouvoir 1g mGmbrG.
Dans iGs mouvGniGnts actifs, il Gst vrai, les effets du déplacement du corps ou des membres sont accompagnés de beaucoup d’autres effets dus à la contraction musculaire, et que nous venons justement d’étudier dans le chapitre précédent. Mais ce sont là deux séries de résultats très distincts, entre lesquels on fait parfois confusion. Il serait aussi peu logique, pourtant, de confondre les effets de la contraction des muscles et ceux du mouvement qui en est le résultat, que de décrire ensemble, par exemple, comme résultats de l’équitation, les effets ressentis par le cheval et ceux qu’éprouve le cavalier.
Ayant ainsi délimité notre sujet, et isolant par la pensée le mouvement de la cause qui le produit, nous pourrons réunir dans une seule et même étude le mouvement actif et le mouvement passif. Le lecteur se rappellera,
toutefois, que cette manière de procéder n’est qu’un artifice d’analyse, et que, pour avoir la notion complète des effets d’un mouvement actif, il faudra joindre à ce que nous allons dire ici du mouvement pris en lui-même, tout ce que nous avons dit précédemment des effets de la contraction musculaire.
Quand il s’agit de mouvements passifs, il est bien facile de distinguer ce qui est le fait du mouvement de ce qui appartient à l’agent moteur, celui-ci représentant toujours une force extérieure très distincte du sujet qui en subit Faction. 11 n’en est pas de même pour les mouvements actifs, où le moteur et la partie mobilisée sont en contact intime au sein du même organisme, comme on le voit pour le muscle et l’os sur lequel il agit. 11 faut souvent une analyse attentive pour isoler les effets de ta contraction musculaire de ceux du mouvement qu’elle produit. La dis-
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tincLioii est, dans ceidains cas, d’autant plus difficile que les effets du mouvement et ceux de la contraction présentent parfois de 1 analogie, bien que ressortissant d’un processus different.
Il faut noter de plus que le mouvement actif provoque très fréquemment des mouvements secondaires purement passifs, et qu’inversement les mouvements passifs sont quelquefois la cause de contractions musculaires secondaires.
Tout cela fait qu’on donne parfois aux effets d’un mouvement une interprétation erronée, soit en attribuant à l’effort musculaire ce qui revient en propre au mouvement proprement dit, soit, au contraire, en méconnaissant les effets de la contraction musculaire et en les interprétant comme les résultats des mouvements passifs.
Ici quelques exemples sont indispensables pour faire bien comprendre notre pensée.
On sait que la contraction musculaire produit des effets de calorification très sensibles, et d’autant plus marqués que 1 effort développé par les muscles est plus intense. Par les froids les plus rigoureux l’exercice musculaire peut récbauffer le corps et augmenter la chaleur organique jusqu au point de provoquer la transpiration. Mais il faut, dans ce cas, que ce soit un exercice suffisamment violent, comme la course, le patinage, etc., car l’élévation de température
produite est toujours en raison de la quantité de travail aff'ectué.
Or, il est des actes musculaires qui n’exigent qu’une très faible somme de travail et qui produisent cependant de remarquables effets de calorification. Tout le monde a vu les hommes du peuple, quand leurs membres sont engourdis par le froid, exécuter de grands mouvements d’adduction et d’abduction avec les bras qu’ils croisent et décroisent alternativement sur la poitrine. Souvent ils se bornent à imprimer au membre de grandes oscillations, une sorte de
va-et-vient rapide analogue à celui du pendule, ou bien encore des mouvements de circumduction, mouvements de « fronde » dont l’articulation de l’épaule est le centre. Tous ces mouvements n’exigent, en somme, qu’une quantité de travail insignifiante, et cependant, sous leur infiuence, les membres engoùrdis par le froid semblent très promptement faire une nouvelle provision de calorique.
Il est impossible d’expliquer cet accroissement très sensible de la chaleur organique par l’effet des réactions chimiques étudiées au chapitre précédent, et que provoquent les mouvements actifs. Le mouvement actif est là trop peu important pour exagérer la combustion musculaire au point de réchauffer les membres mobilisés. Dans cet exemple réchauffement est dû au mouvement passif. Il ne procède pas d’un acte chimique qui augmenterait directement la température du sang, mais bien d’un acte mécanique qui distribue mieux la chaleur organique. Les bras se réchauffent, non, à proprement parler, par un effet de calorification, mais par un effet de circulation. En effet, ces grandes oscillations des membres supérieurs impriment au sang des secousses régulières qui tendent à le déplacer, et activent sa progression dans les vaisseaux. Sous l’influence de ces mouvements qui « fouettent le sang », ce liquide, immobilisé par le froid dans les capillaires engourdis et comme paralysés, reçoit une impulsion nouvelle et reprend sa circulation. Le sang artériel avec sa teinte rosée vient remplacer dans les petits vaisseaux le sang veineux qui donnait à la peau saisie par le froid un aspect noirâtre et violacé. C’est ce qui explique pourquoi l’on voit les mains se dégonller et reprendre leur coloration accoutumée en même temps qu’elles retrouvent leur chaleur normale.
Si les membres se réchauffent alors, c’est, au total, par le retour d’un sang artériel plus chaud dans ces régions éloignées du cenlre circulatoire, où le sang veineux, n étant
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plus suffisamment poussé par les parois des capillaires engourdis, s’immobilisait et perdait sa chaleur. Le mouvement, en activant la circulation, n’a fait que transporter à la périphérie, par l’intermédiaire du sang, une portion de la chaleur concentrée dans les parties profondes de l’organisme, où la température, comme on sait, se maintient toujours égale, quel que soit le refroidissement de l’air extérieur. — C’est donc en activant mécaniquement la circulation, que le mouvement (et non la contraction d’où il résulte) produit, dans l’exemple cité, la sensation de chaleur que le faible effort musculaire effectué ne permettrait pas d’expliquer.
C’est, de même, en vertu d’un processus tout mécanique que les enfants rétablissent, en « battant la semelle », la circulation du sang dans leurs pieds engourdis par le froid. Et c’est encore, dans ce cas, le mouvement qui les réchauffe et non la contraction musculaire.
11 est aussi des cas tout inverses, où une analyse attentive permet seule de rattacher à la contraction musculaire bien des effets qui sembleraient, au premier abord, la conséquence directe du mouvement passif. Ici encore nous citerons des observations vulgaires et faciles à contrôler, car on ne saurait trop s’appliquer à rendre clairs des faits thérapeutiques aussi importants, et aussi mal interprétés, il faut bien le dire, que ceux dont' nous faisons ici l’exposé.
La contraction musculaire intervient très fréquemment dans des mouvements qui paraissent, au premier abord, absolument passifs, étant provoqués par un agent extérieur, tel qu’un moteur mécanique ou un animal. Les diverses formes de « vectation », comme l’équitation, la promenade en voiture, les voyages en chemin de fer, sont toujours accompagnées de secousses plus ou moins intenses, éléments essentiels du mouvement passif. Souvent le corps s abandonne a ces secousses, et leur obéit passivement, et, dans ce cas, le patient ne subit absolument que les ell'ets du
niouvcniGnt proprGinGnt dit. Mais, souvent aussi, les muscles viennent opposer au mouvement communiQué une résistance instinctive, à l’aide de contractions plus ou moins énergiques.
On ne saurait trop attirer l’attention sur les effets de ces efforts musculaires concomitants, qui font varier parfois du tout au tout les résultats attendus, en transformant un exercice passif, dont on croyait avoir éliminé tout effort, en un exercice actif accompagné de contractions musculaires intenses.
L équitation n’est, pour un cavalier bien assoupli, qu’un exercice à peu près passif, dont l’effet se réduit à une série de mouvements communiqués, d’énergie proportionnée à la vitesse des allures et à la dureté des « réactions » de l’animal. Mais s’il s’agit d’un sujet tout à fait inexpérimenté, la crainte de tomber et la préoccupation de chercher l’équilibre provoquent des efforts musculaires intenses, des « contractions » de toutes les parties du corps, dont l’effet physiologique s’ajoute à l’action mécanique des mouvements passifs pour en augmenter beaucoup l’action et, parfois, pour en modifier singulièrement le résultat final.
Les mouvements de vectation peuvent,- dans certaines formes de véhicules, impliquer aussi l’intervention très active des muscles. Quand on cherche à se maintenir debout sur la plate-forme d’un tramway en marche, ou bien à rester assis en équilibre sur un siège sans dossier dans une voiture non suspendue, comme le font les artilleurs sur leurs caissons, il est très difficile d’éviter de se raidir, de se contracter, de faire, en un mot, des efforts musculaires.
Tout cela nous conduit à dire que les engins les plus ingénieux, conçus en vue de produire des mouvements passifs et dont nous parlerons à propos de la gymnastique mécanique, ne sont pas sans provoquer aussi des contractions
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involontaires chez les sujets qui se soumettent pour la première fois à leur action. 11 faut un entraînement, une accoutumance pour arriver à ne faire intervenir aucun effort musculaire dans l’exercice passif. Les débutants se contractent, même en subissant la première fois la forme laplus atténuée du mouvement passif, le massage. C’est ce que j’ai entendu exprimer à Stockholm par une formule assez originale : — « 11 faut un apprentissage, disent les Suédois, non seulement pour faire la gymnastique mais aussi pour X^recevoir. »
Ainsi le médecin doit être bien averti que si le mouvement et la contraction sont faciles à distinguer théoriquement par l’analyse, il faut parfois une attention minutieuse pour dissocier ces deux éléments de l’exercice. De là, souvent, une confusion entre leurs effets respectifs, qui peut causer certains mécomptes dans la pratique. 11 est admis, théoriquement, que le mouvement passif doit être une atténuation du mouvement actif, et c’est pourtant l’inverse qu’on observe souvent. Pour certains sujets, par exemple, un voyage à cheval peut devenir un exercice plus violent que le même trajet fait à pied.
On nous pardonnera la longueur des développements qui précèdent, en considération de leur portée pratique. Il était nécessaire de rendre évidente et claire la distinction trop souvent méconnue des deux éléments fondamentaux de l’exercice, la contraction musculaire et le mouvement. Et pour cela il fallait montrer que cette distinction, la seule rationnelle, ne correspond pas toujours à la division trop artificielle et trop peu explicite de mouvement « actif » et mouvement « passif ».
Nous tenions à faire ressortir ces deux points essentiels utiles à retenir dans la pratique :
1" Qu’un mouvement originairement actif doit très souvent ses elléts thérapeutiques essentiels aux déplacements « corn-
muniqués » indirectement à certaines parties du corps dont les muscles n'entrent pas en action;
2" Qu’un mouvement originairement passif, c’est-à-dire « communiqué » par un agent extérieur, peut susciter dans l’organisme des réactions actives, se traduisant par des contractions musculaires auxquelles il faut rattacher souvent les résultats thérapeutiques obtenus.
Ainsi avant d’appliquer un mouvement, dans certains cas où il importe d’éviter les effets de l’effort musculaire, il ne suffira pas de se demander si le mouvement est actif ou passif, — c’est-à-dire si le sujet l’exécute ou bien le subit; — mais il sera essentiel de savoir si ce mouvement provoque ou non des contractions musculaires.
Par contre, on pourra remplacer un mouvement actif par un mouvement passif de même forme, et en obtenir des effets thérapeutiques identiques toutes les fois que ces effets seront manifestement déduits, non de l’effort musculaire, mais des déplacements qui en résultent. 11 en est ainsi, par exemple, de certains mouvements de la gymnastique abdominale. Nous verrons plus loin que chez les sujets affaiblis ou impotents, on peut remplacer les mouvements actifs de flexion, rotation et circumduction du tronc par des mouvements passifs de même forme, toutes les fois que le résultat cherché réside seulement dans des effets mécaniques tels que les pressions et les secousses communiquées aux viscères abdominaux, aux matières qu’ils contiennent ou au sang qui les arrose. 11 en est de même pour certains mouvements de la gymnastique respiratoire, dont le but est de produire le soulèvement des côtes, et de provoquer par là un mouvement d’expansion du poumon qui fait arriver un grand volume d’air dans la poitrine. Ces mouvements peuvent indilleremment être exécutés j)ar le sujet ou être subis par lui, un aide lui relevant méthodiquement les bras pendant l’inspiration et les abaissant pendant l’e.x-
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piration. On comprend combien il est précieux de pouvoir ainsi suppléer à l’effort du patient, quand celui-ci est force de garder le lit.
Il resterait encore beaucoup à dire pour éclairer certaines obscurités de terminologie à propos des mouvements. Une expression, surtout, embarrasse souvent le lecteur dans les livres qui décrivent ou commentent la gymnastique suédoise : c’est celle de mouvements aclivo-passifs et passivo-actifs. On applique parfois à tort ces expressions aux exercices « à deux » que nous décrirons plus loin. Dans ces exercices, l’un des gymnastes oppose à l’autre une résistance calculée, tout en cédant à son effort quand celui-ci atteint une intensité déterminée, puis prend lui-même l’initiative du mouvement auquel l’autre résiste à son tour. Dans ces mouvements chacun des sujets devient tour à tour agissant^ puis résistant. Mais, aussi bien dans l’action que dans la résistance, son rôle est toujours a(dif et implique des contractions musculaires. L’expression que nous citons n’a donc dans ce cas aucune raison d’être.
Dans les mouvements que nous avons vu exécuter à Stockholm, il n’est guère qu’un détail d’exécution qui puisse justifier le mot de mouvement « activo-passif ». Certains exercices suédois s’exécutent en deux temps; le premier temps se faisant avec opposition du sujet, et le second étant subi sans aucun effort de résistance. Dans le premier temps les muscles résistent et se contractent; dans le second temps, ces muscles cessent d’entrer en contraction et subissent, au contraire, une élongation sensible, en cédant au mouvement communiqué par l’aide, celui-ci s’efforçant de porter le déplacement du levier osseux aussi loin que le permet l’articulation, et plus loin que ne pourrait le faire volontairement le sujet. En réalité, ces mouvements sont bien actifs dans le premier temps et passifs dans le deuxième
Ils peuvent par conséquent être appelés mouvements « activopassifs », si l’on tient à conserver ce mot, au risque de compliquer la nomenclature sans que la science ait rien à y gagner en clarté.
Nous reviendrons en temps et lieu sur les effets et le mode d’emploi de ces mouvements. Notre unique but, en les signalant ici, était de dissiper des doutes dans l’esprit du lecteur et de nous débarrasser tout de suite d’une cause de malentendus.
Effets locaux et généraux des mouvements « communiqués ».
Les effets du mouvement passif sont essentiellement liés au déplacement des diverses parties constituantes de la région qu’on mobilise. Ces effets varient suivant l’amplitude de ce déplacement, suivant sa vitesse, sa direction et sa forme; ils varient aussi beaucoup suivant l’étendue de la région du corps où le mouvement siège et se limite. Il va de soi, par exemple, qu’un mouvement communiqué au pied seul ou au poignet ne pourra provoquer des effets aussi intenses que des secousses imprimées à la totalité du corps, soit par le trot d’un cheval, soit par la trépidation des tabourets mobiles dont se sert la gymnastique mécanique suédoise.
Le mouvement passif, comme le mouvement actif dont il est une sorte d’atténuation, produit des effets locaux et des ell’ets généraux.
Les effets locaux les plus remarquables du mouvement se font sentir sur les articulations et tout le monde en connaît rirn[)ortance. Il est à peine besoin de rappeler que la mobilité des surfaces articulaires, l’état lisse des cartilages, la sécrétion régulière de la synovie, la souplesse des ligaments, en un mol, que toutes les conditions anatomiques
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indispensables au fonctionnement d’une articulation, ne persistent que par l’effet du mouvement. Toute jointure immobilisée tend à s’enkyloser. Quelques semaines d’immobilité complète, telle que la donne, par exemple, un appareil en plâtre moulé, suffisent pour dessécher les synoviales et raidir les ligaments, et si tout mouvement cessait pendant un temps indéfini, on verrait, ainsi qu’on en a cité des exemples, les fibres ligamenteuses s’ossifier et les os se souder entre eux. Par contre, le mouvement si nécessaire à la conservation des jointures, peut en créer, pour ainsi dire, de nouvelles sur des points où il n’en existe pas.
A côté de ces effets de notoriété banale, que tous les chirurgiens savent mettre à profit, il en est d’autres moins connus et moins fréquemment utilisés chez nous dans la thérapeutique : ce sont les effets produits sur les organes voisins de l’articulation mobilisée, tels que les muscles, les nerfs, les vaisseaux.
Les effets d’un mouvement passif sur les muscles se font sentir surtout quand le déplacement est très étendu. Supposons un mouvement alternatif de flexion et d’extension; les extenseurs et les fléchisseurs seront alternativement relâchés et tendus. Si ce mouvement a, dans chaque sens, une très grande amplitude, les muscles de chaque groupe subiront tour à tour un certain degré d’élongation qui pourra combattre avantageusement la tendance à la rétraction si fréquente dans certains états douloureux dus à la fatigue, à l’immobilité ou à la maladie.
La fibre musculaire tend à se rétracter chez les sujets qui ont surmené certains groupes musculaires, ou chez ceux qui sont restés soumis à l’immobilité prolongée dans une attitude toujours la môme. L’état inflammatoire ou sub-inflammatoire des muscles est encore une cause fréquente de rétraction ou de contracture, comme cela s’ob-
LlîS EFFETS
TIIÉHAPEUTIQUES DE
L’EXEUCICE.
serve dans le rlmmatisme musculaire, dans les myosites, etc.
G est a l’élongation de la fibre musculaire que les mouvements passifs d’une grande amplitude tels que les emploie la gymnastique suédoise, doivent leur efficacité dans le traitement des douleurs rhumatoïdes, des crampes, des lumbagos.
Les mouvements passifs ont sur les vaisseaux sanguins une remarquable influence. Mais leur effet, très différent de celui des mouvements actifs, est purement mécanique. Le sang, dans les vaisseaux qui le renferment, est soumis à toutes les lois de l’hydraulique; toute secousse, toute pression, tout déplacement subis par les parties du corps où existent des canaux sanguins, doivent naturellement se transmettre au contenu de ces canaux, de même que toute secousse imprimée à un vase se transmet au liquide qui le remplit.
De tout temps l’observation vulgaire a noté que le mouvement « fouette le sang ». Mais si le vulgaire, comme nous en citions tout à l’heure un exemple, connaît cette vérité et l’utilise, les médecins n’en ont pas encore fait l’application au traitement des maladies, du moins en France. En Suède, au contraire, la thérapeutique en. a fait son profit, et toutes les fois que, pour une raison ou pour une autre, il est utile d’accélérer le cours du sang dans une région donnée, on y provoque des mouvements passifs qu’on appelle mouvements « de circulation ».
Le mouvement passif agit sur le contenu des vaisseaux par le fait même des secousses qu’il occasionne, et qui transmettent au courant sanguin une impulsion accélératrice. Cette impulsion se produit toujours quelle que soit la forme du mouvement; toutefois elle est beaucoup plus efficace quand on donne une direction rationnelle à la partie mobilisée. Les Suédois, auxquels il faut toujours revenir
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quand on veut étudier l’application thérapeutique de l’exercice, emploient des mouvements de circulation d’une forme particulière, où la partie mobilisée se déplace en décrivant la figure d’un cône dont la base serait représentée par la racine du membre, et le sommet par son extrémité. Ils donnent ainsi au sang artériel une impulsion centrifuge qui précipite son cours vers la périphérie, tend à dégager les gros vaisseaux du centre et le cœur, et accélère au total la vitesse du liquide dans le réseau périphérique des capillaires, point où la circulation se ralentit le plus en cas d’insuffisance de la poussée cardiaque. Nous verrons plus loin l’application de ces mouvements dits « de roulement ».
Les mouvements passifs faisant sentir mécaniquement leur effet à tous les tissus et à tous les organes de la région qui les subit, ne peuvent manquer d’agir aussi sur les filets nerveux dont toute région du corps est pourvue. Les frottements, les pressions et les secousses que subissent les nerfs quand un membre est déplacé avec une certaine vivacité, se transmettent aux centres nerveux comme le font les impressions sensitives locales qui résultent d’un mouvement actif. Mais la différence est très grande entre le résultat final des mouvements passifs et celui des mouvements volontaires. Nous savons que le mouvement voulu est un excitant des centres nerveux; le mouvement communiqué exerce plutôt une action sédative sur les fonctions d’innervation.
Les faits de notoriété vulgaire témoignent de l’effet sédatif du mouvement. — Nous arrive-t-il de nous échauder le bout des doigts, aussitôt 1 instinct nous pousse à agiter viv'ement le poignet en laissant la main inerte, de façon à faire subir au doigt brûlé une série de secousses rapides. Chacun sait qu’un apaisement réel quoique momentané de la douleur est le résultat immédiat de ce mouvement instinctif. On
LF.S EFFETS ÏHÉUAPEUTIQUES DE L’EXERCICE.
poiuiait objecter fjiie, dans cet exemple, le mouvement est actif, mais il faut remarquer qu’ici, comme dans un exemple cité plus haut, le mouvement actif de l’avant-bras n’a d’autre but que de « communiquer » un mouvement -passif à la main et aux doigts dont les muscles n’entrent pas en jeu. Les animaux, comme l’homme, ont l’instinct de combattre la douleur par le mouvement, et tout le monde a vu le chat qui s’échaude agiter vivement, lui aussi, la patte brûlée, d’un geste parfois comique à observer.
L’action sédative générale du mouvement passif est mise en évidence par l’action du bercement, si efficace pour endormir les petits enfants. On sait que pour bien des adultes, le mouvement de la voiture ou du chemin de fer fait aussi l’effet d’un bercement qui pousse au sommeil. Beaucoup de personnes ressentent du mouvement de l’escarpolette une sorte d’apaisement, de torpeur agréable.
Les Suédois ont fait des mouvements alternatifs et réguliers, un moyen méthodique de traitement contre l’insomnie. Le procédé mis en pratique à Stockholm pour ramener le sommeil chez les névropathes qui l’ont perdu, mérite d’être rapporté, ne fût-ce que pour sa singularité. Le patient est placé à califourchon sur une banquette à laquelle des courroies solidement bouclées fixent ses cuisses, puis deux aides se placent l’un à sa droite, l’autre à sa gauche, et, le saisissant parles épaules, se le renvoient de l’un à l’autre en lui faisant subir un mouvement rapide et régulier de balancement. Le tronc oscille ainsi alternativement de droite à gauche et de gauche à droite, le siège demeurant toujours en contact avec la banquette. Rien ne peut mieux donner idée de ce mouvement, que le va-et-vient d’un métronome qui est, comme on sait, une sorte de pendule renversé à tige rigide. C’est, en somme, une sorte de bercement rapide et violent. S’il faut en croire tes malades que nous avons questionnés à ce sujet, la nuit qui suit l’application de ce
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singulier traitement serait, d’ordinaire, aussi calme que si le patient avait pris un narcotique.
La suggestion, sans doute, vient souvent, dans des cas pareils, jouer son rôle pour augmenter l’effet soporifique du mouvement; mais il ne serait pas rationnel de prendre prétexte de quelques exagérations enfantines analogues à celles que nous venons de rapporter, pour mettre en doute l’effet sédatif très réel des mouvements passifs. L’agitation nerveuse sous toutes ses formes est souvent amendée par cette forme de l’exercice. Nous citerons plus loin des cas de chorée infantile guéris par les mouvements passifs. D’autres faits assez nombreux montrent qu’on peut les utiliser avec profit, sinon comme agent curatif, au moins comme palliatif dans des cas plus graves et des affections plus rebelles que la chorée.
En Suède, il n’est, pour ainsi dire, aucune maladie nerveuse à laquelle on ne tente d'appliquer la gymnastique passive ; l’imagination des inventeurs s’est donné carrière pour varier la forme des machines à l’aide desquelles on soumet le malade à des secousses, des balancements, des trépidations qui représentent, au total, l’imitation des mouvements communiqués par le cheval, la voiture, le chemir. de fer. Cette médication peut paraître au premier abord assez bizarre, et l’attirail singulier des moyens employés à Stockholm a provoqué parfois les railleries des médecins français qui n’avaient pas eu l’occasion d’en constater les effets. Mais les Suédois ont eu leur revanche, puisque le professeur Charcot, — plus de vingt ans après l’école de Stockholm, — vient d’appliquer au traitement de certaines affections des centres nerveux le fauteuil « trépidant » sur lequel le patient subit les mêmes secousses et les mêmes mouvements passifs que sur les machines suédoises de Zander.
Bien des observations de la pratique journalière pour-
Laoranoe. — Méd. par l'exerc. ~ ' 4
iiO LES EFFETS THÉRAPEUTIQUES UE L’EXERCICE.
raient montrer relTieacité des mouvements passifs. En voici une entre autres, que nous sommes heureux de pouvoir citer à cause de l’autorité de son auteur. Elle nous a été rapportée par le professeur Bouchard. — Un riche fermier atteint de paralysie agitante avec tremblement, contractures et agitation douloureuse, avait remarqué qu'à la suite de ses promenades en voiture, ses troubles musculaires diminuaient d’une façon très sensible. N’ayant pour véhicule qu’un grossier char à bancs sans ressorts, il pensa qu’un moyen de transport plus confortable, en lui évitant de durs cahots, devrait rendre le remède plus efficace, et il se fit construire une voiture aussi douce que possible. Mais il eut la déception de constater que ce véhicule trop bien suspendu ne lui donnait pas le même soulagement que l’autre plus primitif, ou il était si fortement secoué. Beconnaissant que les secousses mêmes qu’il avait voulu éviter étaient les véritables agents de l’amélioration obtenue dans ses promenades, il revint au char à bancs dans lequel les mouvements communiqués étaient plus énergiques, et y retrouva le soulagement que sa voilure trop douce n’avait pu lui donner.
De ce dernier fait il ne faudrait pas conclure que l’eflét calmant des mouvements passifs augmente indéfiniment avec leur violence. Là, comme ailleurs en thérapeutique, il y a une question de mesure. Le mouvement passif, si son énergie ou sa durée deviennent excessives, peut amener, aussi bien que le mouvement actif, la fatigue extrême et de surmenage, et, par suite, l’excitation nerveuse et l’in- .somnie. Mais si on sait se tenir dans la mesure voulue, on ■peut attendre de cette forme de l’exercice des effets inter,- ;médiaires qui se rapprochent de. ceux de l’exercice actif 'modéré. C’est ainsi que les, longues promenades, en voilure et les voyages répétés en chemin de fer ont fréquement -unqrinn.Licnce favorable sur, certains troubles, des ' fonctions
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SI
digestives et nerveuses, et produisent une sorte d’ « entraînement » comparable à celui que donneraient des exercices de marche.
Les effets des mouvements passifs ne restent pas localisés à la région qui en est le siège, mais se font sentir par voisinage aux régions contiguës. Ils peuvent même s’étendre aux régions les plus lointaines et se généraliser comme les effets des mouvements actifs.
Les mouvements de circulation, par exemple, ne bornent pas leur effet au membre mobilisé : l’impulsion donnée au sang gagne de proche en proche les vaisseaux voisins, et finit par se communiquer à toute la masse sanguine, comme on voit dans un bassin d’eau l’agitation produite sur les. bords, se propager peu à peu au liquide tout entier; c’est ainsi que les mouvements passifs imprimés à la jambe et à la cuisse ne facilitent pas seulement la circulation du sang dans le membre inférieur, mais tendent aussi à faire cesser les stases dans les vaisseaux du petit bassin de l’abdomen, et vont ainsi jusqu’à diminuer sensiblement le travail du cœur.
Les mouvements passifs peuvent même faire sentir une action très puissante aux actes généraux de la vie organique, par la conséquence d’une simple action mécanique locale portant sur un organe essentiel. Certains mouvements passifs des bras produisent des modifications importantes dans le fonctionnement du poumon. De même tous les mouvements passifs des cuisses, du bassin et de la colonne vertébrale, agissent sur les viscères contenus dans le bassin et dans la cavité abdominale, et peuvent intervenir utilement dans le traitement des troubles digestifs; les pressions et les secousses qu’ils font subir aux intestins et à l’estomac, secondent puissamment les actes mécaniques de la' digestion.
Il faut ajouter à tous les services que peut rendre en thérapeutique le mouvement communiqué, que cette forme de l’exercice est utile pour suggérer au malade l’idée d’un mouvement actif, et pour réveiller, en quelque sorte, l’aptitude du sujet à exécuter ce mouvement. Aussi les mouvements passifs donnent-ils en thérapeutique un double bénéfice : non seulement ils peuvent produire par eux-mêmes un effet utile, mais encore ils préparent les mouvements actifs, et font ainsi parfois l’éducation d’une fonction importante.
Ici encore un exemple est nécessaire. Parmi les mouvements passifs les plus utiles, il en est un qu’on n’emploie guère en France que dans les cas désespérés, c’est la respiration « artificielle ». Quand un homme noyé ou asphyxié, est en état de mort apparente et ne respire plus, on essaye de faire entrer dans la poitrine l'air qui pourrait ranimer la vie. Pour cela on élève les bras, on les écarte, puis on les abaisse. On cherche ainsi à imprimer aux côtes, par l’intermédiaire des muscles qui les relient aux os de l’épaule, des mouvements alternatifs d’élévation et d’abaissement. On imite le jeu du soufflet en provoquant artificiellement les deux actes mécaniques de la respiration. La gymnastique suédoise emploie beaucoup ces mouvements passifs dits « de respiration » dans le traitement des maladies et les applique à tous les sujets dont la respiration, sans être tout à fait suspendue, est devenue insuffisante. L’effet direct de ces mouvements respiratoires est des plus remarquables, et beaucoup plus efficace, pour le dire en passant, que les inhalations d’oxygène employées chez nous en pareil cas. Sous l’influence de l’élévation forcée des côtes, la poitrine se dilate et la quantité d’air introduite dans le poumon est doublée. Mais le bénéfice du mouvement ne s’arrête pas là. Après une séance de respiration passive, le sujet livré à luimême tend à reproduire activement les mouvements qu il a
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subis, et sa respiration reprend spontanément plus d’ampleur et plus d’énergie.
C’est ainsi que les mouvements communiqués constituent une précieuse ressource pour suppléer à l’insuffisance des mouvements actifs similaires en cas de maladie ou de faiblesse extrême.
Le massage.
Le massage n’est qu’un mode particulier du mouvement passif et mérite, à ce titre, d’être rangé parmi les agents de l’exercice musculaire. Dans le massage, le mouvement communiqué ne porte ni sur la totalité du corps, ni sur un membre entier ou un segment de membre, mais seulement sur les parties constituantes des tissus mous : le mouvement se limite à l’extrême et devient moléculaire.
Il faut faire, à propos du massage, la même observation que nous présentions tout à l’beure à propos des mouvements passifs. Des effets spontanés de massage accompagnent toujours 1 action thérapeutique des mouvements volontaires acitfs. L ébranlement moléculaire produit dans les tissus mous par l’exercice actif communique aux muscles qui n’entrent pas en jeu, ainsi qu’aux organes voisins, des secousses et des impressions mécaniques analogues à celles qu’y déterminerait la main d’un masseur.
Si on ajoute que les effets physiologiques du massage présentent, comme nous le dirons toutàl’heure, laplus grande analogie avec ceux du travail musculaire, on comprendra que cette forme du mouvement communique, si différente de l’exercice actif, puisse rationnellement prendre place, on thérapeutique, parmi les difiërents éléments de la gymnastique médicale.
On sait en quoi consistent, d’une manière générale, les manœuvres du massage, dont le cadre trop restreint de ce travail ne nous permet pas l’exposé complet. On les divise
en effleurages, frictions, pétrissages, percussions et trépidations; procédés dont le nom indique assez exactement la nature.
Ces diverses manipulations s’exécutent soit à la surface de la peau, soit sur la masse profonde des muscles, des articulations, sur les vaisseaux sanguins, les troncs nerveux, ou même sur les organes internes, quand la situation de ceuxci permet de les atteindre à travers les téguments.
Effets locaux et généraux du massage. — On obtient, à l’aide du massage, des effets mécaniques, physiologiques et chimiques. Ces effets, aussi bien que ceux de l’exercice, peuvent se localiser à la région où ils se développent, et peuvent aussi se propager aux régions voisines, influencer une région éloignée, et même modifier d’une façon passagère ou durable, tout l’ensemble de l’organisme.
La physiologie du massage n’est pas encore suffisamment connue, et bien des lacunes restent à combler pour avoir une explication complète de ses effets. Mais tous les praticiens sont unanimes à reconnaître la réalité de ses résultats thérapeutiques, qui sont parfois d’une efficacité surprenante.
Ce qui s’impose au premier abord dans cette forme de l’exercice passif, c’est l’importance des effets mécaniques qu’on peut en obtenir. L’assouplissement des muscles contracturés, la destruction des adhérences inflammatoires,' le dégorgement des capillaires où le sang se trouve en stagnation, la rentrée dans les vaisseaux des liquides extravasés, sont les résultats thérapeutiques les plus connus du massage. Ils peuvent s’expliquer par le simple effet mécanique d’une pression intelligente et bien dirigée.
D’autres phénomènes sont d’ordre physiologique et s expliquent par l’excitation des rameaux nerveux et par des réflexes trophiques; telle est la remarquable augmentation de force du muscle massé, telles sont aussi les modifications
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locales de nutrition, comme la résorption des exsudats inflammatoires organisés.
Tous les auteurs admettent que le massage produit dans les tissus vivants des modifications chimiques, bien que ces elfets soient plus difficiles à expliquer que les précédents. Le muscle massé se comporte, dans une certaine mesure, comme un muscle qui a travaillé : ses molécules s’échauffent, les échanges organiques s’y accélèrent et donnent lieu à ■des combustions plus actives. 11 en résulte que le massage, s’il est suffisamment énergique, peut modifier la composition chimique du muscle dans le même sens que l’exercice actif. C’est pourquoi les urines d’un sujet massé avec une certaine énergie, sans entraînement préalable, peuvent présenter l’état trouble qu’on observe sous l’influence de la fatigue musculaire, ainsi que la surabondance d’acide urique, de créatinine et d’acide lactique, qui sont la caractéristique du liquide urinaire chez l’homme courbaturé par les exercices violents.
Les phénomènes locaux du massage tendent du reste à se généraliser, aussi bien que ceux des mouvements actifs et passifs, et par un processus identique, c’est-à-dire par l’intermédiaire du système nerveux et des vaisseaux sanguins. Si les masses musculaires soumises au massage sont importantes, les effets thérapeutiques peuvent être ressentis par l’organisme tout entier. Après quelques jours de massage général des muscles, on peut voir le système nerveux reprendre de l’énergie, la circulation du sang devenir plus régulière, et tous les actes de la nutrition recouvrer une activité inaccoutumée.
Ce sont ces elfets thérapeutiques «généraux» qui permettent de suppléer, dans une certaine mesure, par le massage, à l’exercice musculaire dans des maladies générales de la nutrition, comme le diabete, 1 obésité, ou bien dans certaines affections du système nerveux, comme la neurasthénie. . ,
. Emploi thérapeutiqe du massage. — Les eflels thérapeutiques du massage sont plus généralement utilisés en France que ceux de l’exercice et des mouvements. 11 existe un assez grand nombre d’ouvrages spéciaux, écrits ou traduits dans notre langue, auxquels nous renverrons le lecteur pour une foule de détails qui ne pourraient trouver place ici. Nous insisterons seulement sur certains résultats de la médication « manuelle » qui nous paraissent importer davantage à notre sujet, parce qu’ils se retrouvent à des degrés divers dans les effets des mouvements actifs et passifs.
Le point de départ de tous les résultats du massage est toujours, on le comprend, d’origine mécanique. 11 ne saurait y avoir là, comme dans les mouvements actifs, des effets d’origine interne et centrale, puisque le massage suppose toujours une action première venue de l’extérieur. Les phénomènes physiologiques très manifestes qui s’observent dans le domaine du système nerveux central ou périphérique ont toujours pour point de départ une excitation locale développée sous les doigts mêmes du masseur, et qui tantbt s’irradie directement, pour atteindre soit les cellules centrales, soit les extrémités du nerf, suivant le sens de la circulation nerveuse ; tantôt va frapper les centres nerveux pour ricocher, en quelque sorte, vers un point déterminé de l’organisme, sous forme de réflexe.
Nous n’insisterons pas sur les effets mécaniques du massage. Nous avons montré déjà que ces effets peuvent se produire dans les mouvements actifs ou passifs, par voisinage. Mais aucun mouvement actif ou passif ne saurait solliciter ces effets avec autant de précision et avec une graduation aussi parfaite qu’une main exercée, appliquant son action juste au point voulu, et variant l’énergie de ses manœuvres avec un soin délicat.
Par exemple, les mouvements actifs du tronc en sollicitant la contraction des muscles du ventre, qui viennent presser
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sur tous les viscères de la cavité abdominale, peuvent bien produire en bloc et grossièrement les effets du massage abdominal, c’est-à-dire faire cheminer les matières alimentaires et fécales, activer la circulation du sang dans les ramifications de la veine porte et stimuler les tuniques musculaires de l’estomac et de l’intestin. Mais combien ces effets seront plus sûrs, si une main intelligente vient exercer des pressions bien mesurées tour à tour sur chacune des parties du tube digestif; variant la direction de ses mouvements suivant le trajet que parcourt le bol alimentaire dans les flexuosités et les coudes formés par l’estomac, le duodénum, le petit et le gros intestin ; en variant la forme, suivant qu’il s’agit d’atteindre des organes superficiels ou profonds ; variant enfin ses procédés suivant qu’il s'agit de faire cheminer les matières solides de l’intestin, ou d’accélérer la circulation du liquide sanguin dans les veines, suivant qu’on veut provoquer l’excitation des éléments moteurs dans le cas d’atonie, ou obtenir la sédation des éléments sensitifs en cas de gastralgie, entéralgie, etc.
Le massage offre de plus des ressources spéciales qu’on ne saurait trouver dans les mouvements actifs. Et d’abord on comprend qu’il puisse exercer une action mécanique plus directe sur certains tissus normaux ou pathologiques qui ne sont pas, comme les muscles, soumis à la volonté. Des manipulations méthodiques, telles que pressions, frictions, secousses moléculaires, auront évidemment plus d’action que le mouvement volontaire sur les tissus cellulaires et fibreux, sur les exsudats plastiques, les brides cicatricielles et môme sur les muscles de la vie organique comme les fibres lisses de l’estomac, de l’intestin, de la vessie, dont l’entrée enjeu n’est pas soumise à la volonté, mais peut se produire sous l’influence d’une excitation extérieure locale. Dans bien des cas môme, les muscles soumis à la volonté doivent être
b8 LES EFFETS THERAPEUTIQUES UE L’EXERCICE.
soumis au massage si l’on veut y produire certains elTets tout mécaniques que leur contraction ne peut pas produire. Le mouvement actif, par exemple, ne mobilise le muscle que dans un seul sens, celui de son raccourcissement, et il faut avoir recours au massage si on veut faire subir à ses
fibres des mouvements de latéralité souvent utiles en thérapeutique.
Les effets du massage sur le système nerveux offrent une grande analogie avec ceux, déjà décrits, des mouvements passifs, mais sont infiniment plus variés. Le massage des troncs et des filets des nerfs peut produire des résultats très différents, suivant la forme et l’énergie des manipulations.
Nous avons vu, par exemple, à Stockholm, dans un cas de paralysie locale, le professeur Wide, au moyen de pressions énergiques sur les nerfs moteurs du membre supérieur, exciter des contractions dans les muscles auxquels ces nerfs se rendent, et provoquer dans les doigts et la main des mouvements involontaires analogues à ceux qu’y déterminerait l’action de l’électricité.
Par contre, à côté de ces effets excito-moteurs, le massage peut produire des effets calmants sur les nerfs sensitifs. En variant la forme des manipulations et en ajoutant à la pression un mouvement de tremblement (manœuvre appelée par les Suédois « pression trépidante »), on obtient des effets de sédation très remarquables dans certaines affections douloureuses. Une manœuvre du massage suédois consiste à comprimer les plexus nerveux qui avoisinent l’estomac, à l’aide des deux mains réunies par leur face pulmaire et qu’on enfonce profondément à travers les téguments dans la région pylorique. La pointe des doigts ainsi accolés déprime fortement les parois épigastriques pendant que l’opératoiir communique à scs poignets un mouvement rapide de
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vibration qui se transmet aux filets nerveux sensitifs des parties profondes et y produit des effets sédatifs.
L’effet sédatif des manœuvres de massage appelées « trépidations» ou «vibrations» est des plus remarquables. On l’utilise non seulement dans les affections douloureuses, mais dans tous les troubles fonctionnels caractérisés par de l’agitation, de l’incoordination des mouvements. Dans les troubles et affections cardiaques accompagnés d’excitation nerveuse, de palpitations, de désordre des battements de cœur, le massage par vibration apporte parfois un grand soulagement. 11 se fait par deux procédés. Dans l’un la main, maintenue à plat sur la paroi thoracique, communique à la région précordiale une série de trépidations très rapides. Dans l’autre mouvement, de forme très spéciale, ^opérateur ébranle doucement la paroi en frappant une série de petits chocs alternativement de la paume de la main et de la pointe des doigts.
Le nom de massage du cœur doit être appliqué en propre à cette manœuvre très mal connue chez nous, et non attribué, comme on le fait à tort, aux mouvements de respiration passive très employés aussi par les Suédois dans le traitement des affections cardiaques.
On remarquera que tous ces moyens d’action rapprochent singulièrement le massage des mouvements passifs. La sédation de la douleur résulte, dans les manœuvres indiquées ci-dessus , d’un ébranlement moléculaire qui n’est plus limité au point même sur lequel s’applique la main, mais tend à se propager sous forme d’ébranlement, de secousses à tout l’organe massé, parfois même; aux organes voisins.
Au reste, des manœuvres moins savantes peuvent produire des effets sédatifs. Des effleurages légers consistant dans le passage lent et répété de la main, calment parfois d’assez vives douleurs. Très fréquemment ces mouvements se produisent d’instinct chez l’homme qui soulfre ; et les mères sa+
vent toutes apaiser les eris provoqués chez l’enfant par des coliques, en faisant spontanément sur l’abdomen des caresses de la main qui ne sont autre chose que des manœuvres « d’effleurage
Les effets réflexes du massage sont très intéressants et très féconds en résultats thérapeutiques. Ce sont ces elîets que certains praticiens spécialistes, ignorant la langue physiologique, ont appelés naïvement des effets magnétiques. Ce mot impropre, qu’on retrouve notamment dans les écrits du Suédois Thure-Brandt, a effarouché la science correcte de bien des médecins, et nui à la propagation de certains faits d’observation pourtant très réels et utiles à connaître.
La plupart des effets physiologiques du massage sont des effets réflexes. Cest par voie réflexe que sont modifiées les secrétions, et notamment les secrétions des glandes intestinales qui deviennent plus abondantes après le traitement manuel de la constipation. C’est encore par voie réflexe que le massage active les échanges moléculaires, provoque la combustion plus rapide des matériaux de réserve comme la graisse et le sucre, et la résorption des exsudais organisés.
Les phénomènes chimiques du massage ne peuvent, en effet, avoir une origine centrale, ni s’expliquer, comme ceux de la contraction musculaire, par la nécessité de produire un surcroît de chaleur destinée à être transformée en travail. Ici le travail est produit par un moteur extérieur, homme ou machine. On ne peut expliquer la modification de Jiutrition de la région massée que par une excitation coni- .muniquée à 1 élément nerveux local, et transmise au centre trophique correspondant. De cette impression résuKe par voie réflexe l’exagération des phénomènes d’oxydation, d où dégagement de chaleur, consommation d’oxygène et production d acide carbonique. Ces rélle.xes « trophiques » aboutissent, en somme, a une modification de la nutrition
DE I.’EXEIICICE PASSIF.
locale, modificalioii dont la physiologie ne sait pas suivre encore toutes les phases, mais qui se traduisent par l'accroissement du volume des muscles, par la résorption de certains tissus organiques tels que les graisses, par la disparition de certains éléments pathologiques, tels que les exsudats inflammatoires liquides ou organisés.
La nature réflexe des eflets « trophiques » du massage est rendue évidente par ce fait extrêmement curieux que les modifications de nutrition se font parfois sentir sur des points éloignés, mais symétriques des points massés. Ôn a observé, par exemple, la résorption d’un épanchement de synovie du genou droit, par suite du massage du genou gauche, le retour de l’énergie d’un muscle par le massage de son congénère du côté opposé, etc. Ces faits doivent être évidemment rapprochés, au point de vue de leur processus physiologique, des faits de dégénération symétrique des nerfs ou d’atrophie symétrique des muscles, dans certains cas de lésions unilatérales des centres nerveux.
Les formes et les degrés du massage varient à l’infini et font de ce mode de traitement un art trop complexe pour qu’il soit possible d’en présenter ici autre chose qu’un aperçu général. On peut dire, toutefois, que pour en saisir les indications et en formuler l’emploi, et même la plupart du temps pour en faire l’application, il n’est pas indispensable de s’initier à tous les « tours de main » des hommes du métier. 11 importe beaucoup moins de choisir exactement la forme des manipulations que d’en déterminer avec précision le point d’application et l’intensité. 11 importe surtout de proportionner l’énergie des pressions, des frictions, du pétrissage, etc., à la résistance du sujet, au degré de sensibilité, de vulnérabilité de ses organes, et aussi à son degré d’accoutumance, d’ «entraînement » ; — car pour le massage, comme pour les autres formes de l’exercice, l’énergie du mouvement doit être progressivement croissante.
Au reste, il est bien plus facile de « doser » rigoureusement les ellets du massage que ceux des mouvements actifs et passils. Une main délicate et exercée peut varier à l’infini le degré de ses attouchements et obtenir une gamme d’effets d intensité progressivement croissante, depuis l’effieurage léger d’une peau enfiammée jusqu’à ce violent pétrissage des mliscles que pratiquent les masseurs du bain turc et qui mérite le nom de massage « athlétique ».
Certaines manœuvres de massage ont avec les mouvements passifs une telle analogie, qu’on est parfois embarrassé pour les classer dans l’une ou l’autre catégorie de ces agents thérapeutiques. C’est ainsi que certaines pratiques du traitement suédois de la gastralgie et de l’entéralgie consistent dans des secousses et des déplacements partiels des viscères tout à fait comparables à ceux qui pourraient résulter de la trépidation d’un véhicule un peu dur, ou d’un siège mobile auquel on imprimerait des mouvements en divers sens. Il est, dans ces cas, difficile de distinguer le massage proprement dit du mouvement « communiqué ». De même, dans le traitement des maladies de femmes suivant la méthode de Thure-Brandt, on emploie certaines manœuvres qui consistent à mobiliser l’utérus et à lui faire
subir dans sa totalité des déplacements en avant et en arrière, des mouvements d’ascension et de latéralité, etc. De là des dénominations diverses données au traitement « manuel » des affections utérines, traitement que les uns appellent « massage utérin », et les autres « gymnastique gynécologique ». En France où le mot gymnastique est pris de préférence dans le sens d’exercice athlétique, on tend à ranger sous 1 étiquette de massage la plupart des mouvements passifs, môme ceux qui mobilisent de grosses articulations, tandis qu en Suède on fait rentrer toutes les manœuvres, même les plus délicates du massage, dans le cadre de la gymnastique médicale.
DE L’EXERCICE PASSIF
Le massage peut, en résumé, se considérer comme une sorte d'atténuation de l’exercice musculaire, dont les effets sont, pour la plupart, analogues aux siens, à l’intensité près. Mais malgré l’analogie de leurs résultats thérapeutiques, les mouvements actifs, les mouvements passifs et le massage ne diffèrent pas seulement entre eux par l’intensité de leurs etfeis. Chacun de ces trois agents de l’exercice présente au médecin des ressources spéciales qui doivent le faire préférer aux deux autres dans des cas que nous aurons à préciser quand nous passerons en revue les divers états morbides justiciables de la médication par l’exercice, et que nous formulerons les règles du traitement qui leur convient.
Pour compléter cette étude, il nous resterait à parler des procédés mécaniques du massage. Nous dirons, en parlant de la gymnastique suédoise et des machines de Zander, comment on peut remplacer la main du masseur par des appareils de formes diverses, mis en mouvement par la vapeur. Pour des massages très délicats on a utilisé des forces plus faciles à modérer, telles que le mouvement de la roue du « tour » et même le mouvement d'horlogerie.
Une récente mission en Allemagne nous a permis de constater quelle faveur a prise chez nos voisins le massage « mécanique », et quelles ressources thérapeutiques toutes' nouvelles lui sont demandées. En donnant à la partie terminale de l’appareil qui doit transmettre le mouvement moléculaire une forme appropriée, comme celle d’une petite sphère de caoutchouc, d’une roue cannelée, etc., on a pu faire subir les elfets du massage par « vibration » aux muqueuses des cavités naturelles qui seraient inaccessibles à la main, comme le pliarynx, les fosses nasales. Nous avons' vu meme, à Dresde', le. docteur Lahman, a l’aide d'une tige métallique lecouibce en forme de cathéter, pratiquer le massage de la trompe d’Eustache.