CHAPITRE VII
Les déviations confirmées. — Le traitement de la lordose et de la cyphose. — Traitement de la scoliose. — Rôle orthopédique de l’escrime. — De riramobilisation en orthopédie.
Nous avons supposé jusqu’à présent la déviation vertébrale en état « d’imminence ». Suivons-la maintenant dans son développement. Tout à l’heure la forme de la maladie était indécise. Il y avait relâchement des muscles vertébraux, mais l’on ne pouvait attribuer une direction précise au sens dans lequel l’alfaissement des vertèbres allait se produire. Nous voici maintenant en présence d’une déviation confirmée, dont le sens est nettement déterminé.
La déviation peut se faire suivant toutes les directions où se meut la colonne vertébrale, c’est-à-dire en arrière [lordose)^ en avant {cyphose)^ sur le côté droit ou gauche [scoliose] ; elle peut aussi se produire par rotation sur l’axe [torsion]^ mais dans ce dernier cas on ne l’observe jamais seule, et elle fait partie de la déviation latérale ou scoliose, avec laquelle elle se confond. Nous verrons que certaines indications du traitement de la scoliose se déduisent justement de la torsion qui l’accompagne.
De toutes les déviations de la colonne vertébrale, la déviation latérale ou scoliose est de beaucoup la plus importante par sa fréquence, sa gravité, et la multiplicité des procédés de traitement qui lui ont été opposés. C’est sur elle que portera plus spécialement notre étude. La lordose est assez l’are, au moins parmi les déviations dont le traitement relève de l’exercice et l:> <’,y;.hose est si souvent le préli-
minaire de la scoliose, que le traitement de ces deux sortes de déviations otîre de très nombreux points de contact.
Traitement de la lordose et de la cyphose.
La lordose est la déviation qui résulte d’une extension exagérée de la colonne vertébrale, ou, si l’on veut, d’un e.xcès de cambrure du corps en arrière. C’est la moins disgracieuse de toutes les déviations de la taille; c’est même le défaut de tenue dans lequel tombent parfois les gens dont on dit qu’ils « portent beau ». La lordose n’est souvent qu’une courbure de compensation tendant à reporter en arrière le centre de gravité du corps, quand il est déjeté en avant par une courbure en sens inverse développée sur une région limitée de la colonne vertébrale. Par exemple, la déviation en avant ou cyphose de la région dorsale s’accompagne très fréquemment de lordose compensatrice des régions lombaire ou cervicale.
La lordose n’est presque jamais primitive; elle résulte, le plus souvent, d une affection des os ou des muscles, comme le rachitisme, la contracture des extenseurs du dos ou parfois de la paralysie des flécliisseurs de la colonne vertébrale. Certains exercices prédisposent à la lordose, en taisant prédominer l’action des extenseurs sur celle des lléchisseurs du tronc. C’est le reproche qu’on pourrait faire ^ gymnastique suédoise. Mais ici le remède se trouve, on peut dire, à côté du mal, car la gymnastique suédoise est très riche en exercices abdominaux, et le traitement de la lordose consiste essentiellement à mettre en action ces muscles, qui sont les lléchisseurs de la colonne vertébrale en avant, et de les fortifier pour leur permettre de faire équilibre à l’action des muscles dorsaux.
La cyphose ou flexion en avant a jiour caractéristique la, voussure du dos, le « dos rond ». Cette forme de déviation
Lagua.nüe. — Méd. par l’e.xerc. u-
386 L’APPUGATION DU TRAITEMENT.
est la première manifestation de l’attitude relâchée dans laquelle les muscles dorsaux abandonnent les vertèbres à leurs seuls moyens mécaniques de fi.xation, les ligaments péri-articulaires et les disques intervertébraux. Elle se produit accidentellement et passagèrement chez tout individu debout et surtout assis, dont les muscles du dos sont fatigués ou dont l’énergie nerveuse est épuisée, n’importe pour quelle cause. Cette attitude pourrait être prise comme symbole de la fatigue.
Elle se produit pourtant parfois chez des sujets très vigoureux, sous l’influence d’ellbrts musculaires qui exagèrent la concavité normale de la colonne dorsale. Ainsi les exercices et les travaux de force consistant à soulever des poids ou à porter des fardeaux trop lourds sur les épaules et sur la tête, peuvent produire la cyphose par alfaissement du corps des vertèbres. C’est la déformation caractéristique des hercules de foire et des portefaix. On voit ainsi que l’inertie des muscles du dos et leur mise en action trop énergique peuvent aboutira la même déformation de la taille. 11 faut comprendre que ce rapprochement n’implique aucune contradiction réelle : dans le cas d’atonie musculaire, c’est par son propre poids que la colonne vertébrale s’affaisse ; dans le cas d’effort athlétique, c’est par le poids excessif du fardeau. Dans les deux cas le processus pathogénique aboutit à l’aplatissement delà vertèbre en avant; le disque osseux s’amincit dans sa partie antérieure, et garde son volume normal en arrière, d’où une forme de « coin » qui s’oppose au mouvement d’extension en arrière.
En faisant l’étude des causes qui prédisposent aux déviations en général, nous nous trouvons avoir étudié celles qui amènent la cyphose, car c’est d’ordinaire cette forme de déviation qui ouvre la marche des accidents. Tous les exercices indiqués {)récédcmment comme moyens préventifs de ces
déviations auront donc leur indication formelle dans le traitement de la scoliose, puisque tous tendent à fortifier les muscles extenseurs du dos. Ces moyens généraux suffisent et peuvent être appliqués dans la famille, quand la cyphose est peu accentuée et reste à son premier degré.
Dans le premier degré de la cyphose la maladie est seulement musculaire. Ainsi que nous Lavons dit, elle peut dépendre soit d’un défaut de force des muscles extenseurs (cyphose par relâchement), soit d’un excès d’action des muscles fléchisseurs, qui rompt l’équilibre entre la force motrice en rendant l’action des extenseurs insuffisante (cyphose par rétraction musculaire). Cette dernière forme est la cyphose des gymnastes, des lutteurs, et en général de tous les sujets dont les professions exigent des efforts de flexion. A ce degré l’indication locale est commune aux deux formes : il faut rétablir l’équilibre entre les forces qui maintiennent la colonne vertébrale en extension, et les forces qui la sollicitent à se fléchir. Au total, il s’agit toujours d’exercer les muscles dorsaux et tous les exercices qui aboutissent à l’extension de la colonne vertébrale seront utiles. Il faudra avoir recours à tous ceux que nous avons énumérés précédemment : mouvements suédois, efforts de grandissement, ceinture norwégienne. Ces moyens simples suffiront dans la cyphose au premier degré. Mais plus tard les indications du traitement deviendront plus sévères, quand des modificantions de nutrition se seront produites dans les vertèbres, et que la déviation passera au deuxième degré.
La cyphose au deuxième degré ne s’accompagne pas seulement d’atonie des muscles dorsaux, mais encore de raideur des ligaments qui commencent à se raccourcir et d’usure des corps vertébraux qui s’amincissent dans leur partie antérieure, et commencent à prendre la forme de « coin ». A ce degré le redressement de la tige vertébrale est parfois difficile et nécessite un déploiement de
388 L’APPLICATION DU TRAmiMENT.
force auquel les exercices précédents ne suffisent plus.
Le traitement devra devenir plus méthodique. On pourra en emprunler les éléments ù diverses écoles orthopédiques, à la gymnastique suédoise, à la gymnastique allemande, à la gymnastique française.
ho. gymnastique suédoise emploie deux ordres de moyens de redressement :
1" Des exercices actifs;
2“ Des exercices passifs.
Là, comme dans toutes les autres branches du traitement suédois, ces deux ordres de mouvements peuvent être produits soit par le sujet agissant seul, soit avec le concours d’un aide, soit au moyen d’une machine.
Exercices actifs. — Nous avons déjà décrit les principaux, les plus typiques et les plus pratiques, en faisant l’exposé général de la méthode suédoise (voir page 116 et suivantes). On appliquera de préférence les suivants :
r Extension forcée du tronc en arrière, le sujet étant debout (voir fig. 10, page 195);
2° Extension forcée du tronc à l’aide de l’espalier (fig. 8, page 188);
3“ Extension forcée du tronc avec résistance en arrière (fig. 12, page 210) ;
4° Extension forcée du tronc avec résistance en avant (fig. 13, page 211) ;
5° Extension forcée du tronc, le corps étant étendu horizontalement et portant à faux sur une banquette (fig. 14, page 212).
Les mouvements avec résistance doivent toujours être commencés par l’extension du cou. La tête est un contrepoids considérable au bout du bras de levier que représente la colonne vertébrale, et, faute de tenir la tête très droite, le mouvement d’extension se localiserait dans la région lombaire : la région dorsale pourrait se relever fléchie,
LIiS DÉVIATIONS DE LA TAILLE (SUITE). 389
le poids de la tôle la courbant en avant. Les Suédois attachent beaucoup d’importance au mouvement d’extension des vertèbres du cou et font souvent intervenir, dans le traitement des déviations dorsales, des exercices d’extension de la tête avec résistance faite en arrière par la main appliquée à plat sur l’occiput, l’avant-bras de l’aide prenant appui sur le dos du sujet.
Exercices passifs. — (Tous les procédés de suspension).
En Allemagne, c’est surtout à Leipzig, à l’Institut fondé par Schreber, et dirigé aujourd’hui par le D'' Münzel, successeur de Schildebach, qu’on a conservé la tradition du traitement gymnastique de la cyphose. Nous y avons vu mettre surtout en œuvre des procédés de suspension. Celui qui donne les meilleurs résultats est la suspension combinée avec la compression. Cette forme du traitement s’applique à l’aide d’un trapèze ordinaire auquel est adaptée une planche capitonnée reliée par deux cordons aux extrémités du bâton. La planche est destinée à donner un point d’appui au dos de l’enfant, et à exercer ainsi une pression sur le point où se trouve la partie saillante, la convexité exagérée de la colonne vertébrale. Pour se servir de l’appareil, l’enfant passe la tête et les bras entre la planche et le bâton du trapèze, saisit celui-ci avec les mains, et, touchant la terre de la pointe du pied, il se donne un élan qui imprime au corps un mouvement de balancement semblable à celui du pendule. La planche capitonnée soutient la partie postérieure du dos, dans la région des omoplates, et l’oscillation a lieu le corps étant suspendu par les mains, les bras allongés. 11 est aisé de comprendre qu’un pareil exercice tend à ouvrir l’arc formé par la cyphose, la pesanteur agissant d’une part pour écarter les deux extrémités de l’arc, et la pression de la planchette agissant d’autre part pour en déprimer et en renfoncer la convexité.
L’APPLICM'ION DU TRAITEMENT
\' École de Vienne, représentée aujourd’hui par le professeur Lorenz, associe presque toujours l’immobilisation à la gymnastique. Afin d’éviter les redites nous réserverons la description de ses procédés pour le moment où nous parlerons du traitement de la scoliose.
Disons seulement que le principe du traitement de Vienne est celui-ci : chercher à obtenir à l’aide de divers moyens, surtout à l’aide de la suspension simple, le redressement de la courbure, et maintenir le corps dans la forme normale ainsi rétablie, à l’aide d’un appareil contentif qui prend exactement la forme du corps, et qu’on obtient à l’aide de divers procédés démoulage.
La Gymnastique française ne peut revendiquer aucun procédé qui lui soit propre dans le traitement de la scoliose.
Fig. 41.— L’échelle orthopédique (figure empruntée au Manuel de gymnastique publié par le ministère).
Dans nos grands gymnases de Paris on utilise des moyens qui ne sont que des variantes du traitement suédois, mais dans lesquels le concours de l’aide est remplacé par des contrepoids, comme dans les appareils de Paz, par des ressorts, comme dans les appareils de Pichery, ou encore par des cordons de caoutchouc.
L’engin le plus en vogue dans nos gymnases pour le redressement des cyphoses est ^échelle orthopédique, consistant dans une planche obliquement dressée et le long de laquelle le malade couché sur le dos se
déplace de haut en bas et de bas en haut à l’aide d’échelons latéraux. En prenant point d’appui sur les échelons à
l’aide des pieds et des mains, le corps progresse dans une altitude inverse de celui que nécessite l’acte ordinaire de monter à l’échelle. On sait que pour monter suivant le procédé ordinaire, c’est-à-dire en faisant face à l’échelle, le
corps forme un arc à concavité antérieure. Dans l’échelle orthopédique la progression se fait par le mécanisme inverse; la partie qui regarde l’échelle est le dos, et c’est le dos qui se creuse pendant le mouvement de montée et de descente, d’où tendance à la correction de l’attitude voûtée (voir fig. 41).
Divers mouvements de la gymnastique ordinaire peuvent être utilisés dans le traitement de la cyphose : les anneaux, par exemple, pour le mouvement dit de « la sirène ».Le sujet engage dans chaque anneau le pied et la main du même côté, et le corps abandonné à la pesanteur se déploie sous la forme d’un cercle dont la face dorsale de la colonne vertébrale forme la partie concave. On peut obtenir le même résultat avec moins d’exagération aux barres parallèles, le sujet étant étendu dans la position horizontale, se retenant à chaque barre par les pieds et les mains et laissant le corps obéir à la pesanteur, la face tournée vers le sol.
Ces mouvements qui n’exigent presque aucun effort musculaire seraient surtout utiles dans les cyphoses que nous avons appelées « de force », c’est-à-dire celles dues à la rétraction des fléchisseurs du tronc par abus des exercices de flexion. Ils mériteraient d’être employés comme correctifs des exercices de la gymnastique athlétique, et bien des gymnastes éviteraient la déformation caractéristique du « dos rond » que nous avons signalée, s’ils faisaient un emploi régulier de ces mouvements généralement dédaignés comme trop faciles par ceux justement auxquels ils pourraient rendre le plus de services.
Traitement de la scoliose.
La scoliose est la forme la plus fréquente des déviations de la taille. Elle consiste dans la fixation à l’état permanent d’une attitude qui ne devrait être que passagère, la flexion latérale de la colonne vertébrale.
L APPLICATION DU TUAlTIiMENT.
Xüiis avons parlé, en traitaiiL des déformations en général, du processus suivant lequel s’établit la scoliose, et nous savons qu’elle procède le plus souvent de la cyphose. Nous avons dit aussi que cette déformation impliquait une double déviation du rachis : déviation latérale en vertu de laquelle le rachis se courbe suivant la forme d’un arc à concavité dirigée soit à droite, soit à gauche; et déviation suivant l’axe, ou torsion en s'pirale.
11 faut insister sur cette torsion « en spirale ». Elle a lieu en vertu d’un mouvement de pivotement des vertèbres autour de leurs apophyses articulaires. On sait que les apophyses articulaires sont situées en arrière du corps de la vertèbre, et en avant de X apophyse épineuse dont l’extrémité anguleuse saillante sous la peau du dos sert habituellement de repère pour déterminer la position exacte de la vertèbre correspondante. Or, dans la scoliose avec torsion, le déplacement « en spirale » se produit à la suite d’un mouvement de pivot qui porte le corps de la vertèbre vers la convexité de l’arc de déviation et l’apophyse épineuse vers la concavité. La ligne des apophyses épineuses se trouve, de ce fait, beaucoup moins s’écarter de la direction verticale que la ligne des apophyses articulaires et surtout que la rangée des corps vertébraux. Cette déviation en spirale, qui accompagne toujours la déviation latérale^ et à laquelle on ne porte pas toujours une attention suffisante, fait ainsi que le déplacement réel des vertèbres est toujours beaucoup plus grand que le déplacement apparent, étant donné que V apparence de la déviation se juge par l’inspection de la rangée verticale des apophyses épineuses saillantes à travers la peau. Il peut se faire que celte ligne prise pour point de repère des mensurations soit restée à jieu près droite et que le corps des vertèbres soit déjà notablement dévié.
lfins[)CCtion de la ligne nuHliane du dos et la détermina-
LES DÉVIATIONS DE LA TAILLE (SUITE), lion de la position respective des pointes apopliysaires ne constituent donc pas un moyeu suffisant d’évaluation du degré de déviation. En s’en tenant, comme on le fait souvent, à ce seul signe, on pourrait méconnaître la scoliose quand elle est déjà parfaitement confirmée. Il faut donc rechercher avec soin les autres symptômes de la déviation qui sont : 1“ l’abaissement de l’épaule correspondant au côté concave de l’arc de déviation, elle relèvement de l’épaule du côté convexe par exagération du relief des côtes que repousse en haut la convexité rachidienne ; 2° la saillie de la pointe de l’omoplate du côté convexe de la déviation, par suite du mouvevement de bascule que lui imprime la voussure exagérée des arcs costaux; 3“ le rétrécissement des espaces intercostaux du côté concave, par rapprochement des côtes qui arrivent parfois à se toucher, et l’élargissement des régions similaires du côté convexe; 4“ la déformation oblique du thorax, conséquence de la torsion du rachis qui déjette en arrière les côtes du côté convexe, et en avant celles du côté concave.
A ces signes qui se rattachent directement à la déformation première, il faut joindre d’autres symptômes qui en sont la conséquence indirecte, et qu’on appelle les déformations « compensatrices ». Pour rétablir l’équilibre compromis par la déviation scoliotique, le sujet dévie inconsciemment en sens inverse une autre portion de la colonne vertébrale. Par exemple, si la région dorsale est le siège d’une scoliose à concavité droite, il ne tardera pas à se produire secondairement, dans la région lombaire, une scoliose à concavité gauche, d’où ressortiront d’autres sym[itômes. 11 se produira à la région lombaire, comme à la région dorsale, une saillie du côté convexe de la courbure, et uu creux du côté opposé. Les creux et les saillies occuperont naturellement des positions inverses si on compare les déformations de la région lombaire à celles de la région
L’APPLICATION DU TRAITEMENT
dorsale, puisque les uns doivenl compenser les autres.
Dans une déviation scoliolique « compensée » la direction des courbures est telle que la réunion des deux arcs dessine un S, d'où le nom de scoliose en S qu'on lui donne, tandis qu’on appelle scoliose en C celle qui n’a pas de courbure de compensation et ne forme qu’un seul arc.
Les courbures de compensation ne se produisent pas d’ordinaire d’emblée, et la scoliose en S est généralement précédée de la scoliose en C. On comprend aisément qu’il sera très important d’appliquer le traitement dès le début, au moment où il n’y a encore qu’une seule courbure à combattre. En effet, les deux courbures étant en sens inverse, il devra arriver souvent qu’un mouvement propre à. diminuer l’une pourra augmenter l’autre. Quand on aura affaire à la scoliose en S, on devra tâcher soit d’agir à la fois sur les deux courbures à l’aide de mouvements bien calculés, soit de reconnaître exactement quelle est la courbure principale et agir surtout sur celle-ci, l’autre étant plus récente, et probablement moins avancée au point de vue des lésions osseuses et ligamenteuses.
Le traitement de la scoliose comprend, au point de vue des indications patbogéniques, deux ordres de moyens :
r Des moyens généraux destinés à fortifier tous les muscles dorsaux dans leur ensemble, et à rendre les articulations plus mobiles dans tous les sens;
2" Des moyens spéciaux qui visent plus particulièrement certains groupes musculaires soit pour les fortifier (muscles correspondant à la convexité de la courbure), soit pour vaincre leur rétraction (muscles correspondant à la concavité de la courbure).
Moyens yénéraux. — La raison d’être et le mode d’application des moyens généraux de mobilisation ont été exposés k propos du traitement préventif des déformations. Dans les
scolioses confirmées il est urgent de mobiliser les articulations dans tous les sens pour lutter contre la tendance à la rétraction des ligaments, qui devient une cause parfois invincible de persistance des difformités, et aussi contre le retrait des muscles qui fixent les os déviés dans leur attitude scoliotique.
C’est là que la gymnastique suédoise est surtout précieuse avec ses mouvements lents et d’une grande amplitude. On est frappé de voir quelle place tiennent, à Stockholm, dans le traitement des déviations latérales, des mouvements qui n’ont pas une influence directe sur la déviation, et ne visent qu’un but général dont l’importance a été consacrée parla sanction de l’expérience, celui de mobiliser. Les parties déviées tendent toujours à l’immobilisation et leurs articulations s’ankylosent promptement si on ne s’y oppose pas par le mouvement. Non seulement les ligaments se rétractent, mais ils peuvent se luxer par suite de la déviation des os qu’ils unissent. Le grand surtout ligamenteux antérieur, qui est verticalement appliqué le long des vertèbres et qui les unit entre elles, se dévie de sa direction dans toutes les scolioses très prononcées ; glissant, par le fait même de la déformation des pièces osseuses, dans la direction de la concavité, il peut jour le rôle de la corde qui tend un arc et augmenter en se rétractant le degré de courbure de la déviation. Les mouvements en tous sens peuvent donc être utiles, fussent-ils employés empiriquement et à défaut de diagnostic précis, parce qu’ils tendent à assouplir et à distendre tous les tissus organiques péri-articulaires.
Il convient de ranger parmi les moyens « généraux » de combattre la scoliose tous les exercices que nous avons précédemment décrits comme propres à lutter contre la cyphose. Tous ces exercices ont pour objectif de fortifier les muscles extenseurs du dos, et de lutter ainsi contre l’affaissement de la colonne vertébrale, cause essentielle et
•^^6 L’APPLICATION DU TIUITF:MENT
point de départ de la scoliose aussi bien que de la cyphose. Au reste, la scoliose est toujours accompagnée d’un certain degré de cyphose, celle-ci, comme nous l’avons dit, n’étant souvent que le prélude de l’autre. C’est pour cette raison que la gymnastique suédoise fait toujours intervenir dans le traitement de la scoliose tous les mouvements d’extension
de la colonne vertébrale que nous avons décrits aux pages 389 et suivantes.
Moijem spéciaux. — La gxjmnastique suédoise emploie dans le traitement des scolioses des procédés ou le malade est actif et des procédés où il est passif.
Les procédés d’e.xercice actif ont tous la même tendance : corriger la déformation à l’aide d’un mouvement ou d’une attitude qui tendent soit à faire disparaître momentanément cette déformation (mouvements correctifs)., soit à produire une déformation temporaire en sens inverse (mouvements sur-coirectifs).
Voici un procédé- d’e.xercice cor-
Fig. — Allilmlc corrective pour le traiteineut de rectif que iious avoiîs VU mettre en
r„i” (d;ii.r3; pratique à nnsUlut du D' Wide à M“«Lesou,d 'après nature)^ Stockliolm, et que SOU ingénieuso
simplicité permet d’appliquer, même dans la lamillc du malade.
Supposons une scoliose à concavité droite. Si la scoliose est en C, le malade s’assiéra sur le coin d’un tabouret, de façon que la hanche droite déborde le siège en dehors: puis il étendra fortement la jambe et la cuisse droites en arrière, en portant le membre supérieur du même côté dans
l’extension et l’élévation forcées, le corps étant penché en avant et un peu à gauche, de telle façon que la direction des membres supérieur et inférieur droits soient dans le même axe. Cette attitude devra être gardée aussi longtemps que possible, — c’est-à-dire deux ou trois minutes au plus, car les muscles se fatiguent promptement, — et on la répétera plusieurs fois de suite en alternant avec des temps de repos (fig. 43).
Si on analyse cette attitude, on voit qu’elle met en con-
Fig. 43'. — Altitude corrective de la scoliose en C (vue de profil)
traction les muscles latéraux gauches du rachis, et en élongation forcée les muscles correspondants du côté droit; on voit de plus qu’elle tend à ouvrir l’arc formé par la courbure scoliotique, en éloignant les deux extrémités de cet arc, dont l’une est relevée par l’extension forcée du bras qui provoque l’élévation de l’épaule, et l’autre abaissée par l’extension de la cuisse et de la jambe, qui entraîne l’abaissement de la hanche du même côté. Si on examine l’effet de cette attitude sur un sujet scoliotique dont le dos est nu, on est frappé de voir combien la déformation s’efface, et avec quelle netteté la ligne des apophyses épineuses vertébrales reprend une direction rectiligne.
L’APPLICATION DU TRAITEMENT
Quând la, scoliosG à traiter est en iS le procédé devra varier. En etlét celui que nous venons de décrire aurait pour résultat de fermer l’une des branches de VS en même temps qu il ouvrirait 1 autre, ainsi qu’on le verra, mieux que par une description, en jetant les yeux sur les schémas 1 et 2.
Schéma n® 1. — ElTcts de la Iracliou bilatérale dans la scoliose en C.
Schéma n® 2. — Effets de la traction diagonale dans la scoliose en S.
Eig. 44. — Attitude correclive pour le traitement de la scoliose en S (dessin de M“® Lesou, d’après nature).
Pour que la scoliose en S soit redressée, il faut que ses extrémités subissent la traction corrective. Tune de droite à gauche, l’autre de gauche à droite, et cela ne peut plus avoir lieu comme tout à l’heure par une traction bilatérale^ mais seulement par une traction diagonale, ainsi que le montre la figure schématique n" 2. Le malade se placera donc « en diagonale » ; c’est-à-dire qu’étant assis comme tout à l’heure sur le coin antérieur droit du tabouret, il
LES DÉVIATIONS DÉ LA TAILLÉ (SL ITÉ). 'm
étendra le membre inférieur (jauche en arrière, et le membre supérieur droit, en haut. Le schéma 2 ci-dessus monlrc
bien l’ellet du mouvement, (|ui est très frappant à observer sur le sujet même.
La gymnastique suédoise est très riche en mouvements actifs destinés à corriger la scoliose; elle les provoque toujours à l’aide de moyens simples dont elle gradue l’intensité. La figure 45 représente un mouvement des plus caractéristiques parmi ceux qu’on emploie à la correction de la scoliose. On voit que ce mouvement aboutit à une attitude scoliotique inverse de celle qu’on veut corriger. On dit que la déviation est alors sur-corrigrc.
Fig. 4.Ï.
Mouvement « sur-correctif .. pour le traitement de la scoliose à concavité gauche.
Les mouvements suédois n’ont pas seulement pour but de fortifier les muscles qui les produisent, mais aussi, — on ne le comprend pas toujours assez, - de lutter contre les obstacles mécaniques opposés au redressement, comme la rétraction des muscles antagonistes et des ligaments, la résistance des surfaces osseuses. On emploie du reste, en Suède, outre ces exercices, d’autres procédés de correction qui n’agissent que mécaniquement à l’aide de mouvements communiqués ou d’attitudes passives.
Le redressement passif de la scoliose se fait suivant deux
L'AIM'LICA'I'ION DU TRAITEMENT
séries de procédés dont les uns agissent par traction, dans le sens du redressement à opérer, et les autres par /jresMon perpendiculairement à ce sens. Le plus habituellement ta force de traction est représentée par la pesanteur et on suspend le corps dans des attitudes calculées pour que son propre poids puisse lutter contre les courbures à corriger.
Les procédés de suapeuvent être variés à rintini. Ils aboutissent tous au même résultat : elTacement dos courbures par l’action de la pesanteur qui tend à ramener la colonne vertébrale dans la direction du fil à plomb. Le corps peut êti’e suspendu tout à fait verticalement, ou bien suivant la direction d’un plan-incliné ; on peut utiliser pour le suspendre la prise de la main. Par exemple, le malade saisira le barreau d’un trapèze, abandonnera son corps et se laissera aller à la pesanteur, les bras bien allongés, et sans faire aucun effort musculaire. On peut encore, pour éviter la fatigue et prolonger la durée de l’attitude, faire porter le . poids du cor|is sous les aisselles à l’aide de courroies. Mais le mode de suspension le plus complet, celui qui donne cà la colonne vertébrale la direction la plus régulière, c est Pappareil de Sayre, <pn soutient le {)atient par la nuque et le
Eig. 4(j. — Appareil de S.iyre (redressement des déviations rachidiennes par la suspension verticale}.
menton en même temps que par les aisselles. Cet appareil est très connu en France depuis qu’on l’a utilisé pour la « pendaison » dans l’ataxie locomotrice (voir lig. 38).
La pression employée comme moyen de correction de la scoliose peut être appliquée de deux manières : ou bien sur la partie convexe de l’arc vertébral de manière à en eflacer la courbure en « renfonçant » la partie bombée, ou bien sur les deux extrémités de l’arc pour « ouvrir » la courbure. On voit que ces procédés mécaniques ne dilTèrentpas, au total, de ceux qu’on emploierait pour redresser une tige rigide quelconque telle qu’un morceau de bois tordu.
11 est impossible de décrire tous les procédés de pression appliqués en orthopédie; leur nombre est trop considérable, et beaucoup, du reste, de ces procédés sont du ressort de l’orthopédie mécanique et ne rentrent pas dans notre sujet Beaucoup sont très compliqués, comme ceux de Beely, de Berlin, dans lequel la pression s’exerce au moyen d’une large sangle tendue par un lourd contrepoids, le malade étant placé à genoux, le tronc horizontalement fléchi, dans une sorte de grande caisse capitonnée. D’autres sont de véritables instruments de torture, comme le lit de Schildebach très usité à l’ancien Institut Schreber à Leipzig, et dans lequel le patient doit dormir enveloppé dans un système de sangles que tendent deux forts ressorts d’acier.
Le plus souvent on combine l’effet de la suspension avec celui de la pression. Par exemple, on couche le patient en travers d’une barre capitonnée de façon que la pression porte sur la partie saillante de l’arc scoliotique et tende à l’ellacer, pendant que le poids du tronc d'un côté, celui des membres inférieurs de l’autre, tendent à écarter les extrémités et à redresser la courbure.
A Stockholm on combine souvent la suspension oblique
Caghanüe. — .Méd. par l’excrc. q,-
L’APl'LICATlUN J)U TUAITKMENT.
avec la pression directe exercée par un aide sur la con-
vexité de la scoliose. La figure
êti
'il fait compi-endre comment ce moyen, qui est d’une grande simplicité, peut avoir une action très puissante. La colonne vertébrale étant tendue au maximum par la pesanteur, la main droite de l’aide , repousse le corps et l’éloigne de la verticale en faisant porter sa pression sur la partie la plus convexe de l’arc scoliotique.
La main gauche ne sert qu’à assurer la direction du mouvement. Ici la déformation à corriger est une scoliose à concavité gauche qui devient dans la gravure une scoliose à concavité droite, par l’clfet de la sur-cor-
Fiff. 47. — Redressement passif de la scoliose pcction.
(suspension et pression combinées).
Dans la gymnastique « mécanique » de Zander il existe une foule d’appareils correctifs dont le principe est basé sur la suspension ou la pression. La ligure LS montre un c.xemple de susiien-
sion oblique avec pression latérale, dans lequel la disposition de la machine remplace le concours de l’aide.
Les appareils de Zander sont d’une merveilleuse ingéniosité pour donner au corps les attitudes correctives nécessitées par le type de la scoliose à traiter. Leur description nous entraînerait trop loin.
Nous reproduirons seulement les plus typiques. Ces appareils sont basés tantôt sur le principe des procédés de suspension, tantôt sur celui des procédés de compression, tan-
l’ig. 48. Suspensiou oblique et pression combinées (appareil deZander pour le traitement de la scoliose).
tôt sur celui des attitudes « correctives ». Souvent on y retrouve une tendance à combiner ces procédés et à les utiliser tous à la fois. Dans la figure 49 le petit malade fait la compression lui-même en appuyant fortement la partie convexe de sa scoliose contre un coussin résistant. En outre, l’obliquité du siège sur lequel il repose tend à relever le bassin et à fléchir la colonne lombaire en sens inverse de la déviation, — ce qui constitue un mouvement .c correctif >., pendant que son bras gauche bien relevé porte en haut 1 épaulé, et tend à ouvrir l’arc formé par la colonne dorsale. La ligne des apophyses épineuses forme
404 L’APPUCATION DU rRAlTUMENT.
ainsi un S indûiuant une scoliose dorsale à concavité droite avec courbure de compensation à concavité gauche de la
Pig. 49. — La chaise orthopédique de Fig. ,o0. — Autre appareil de Zander pour Zander (traitement de la scoliose). redressement de la scoliose.
colonne lombaire. C’est donc une sw'-co?'reclion de la déviation, c’est-à-dire une attitude scoliotique en sens inverse de celle dont le malade est atteint.
Rôle orthopédique de l’escrirao.
11 est un exercice de sport qui s’adapterait merveilleusement à l’éducation de la tenue, parce qu’il demande une attention musculaire constante et une « lierté » d attitude bien capables de tirer les muscles vertébraux de leur atonie, et de lutter contre les habitudes de relâchement musculaire, c’est V Hscrinv, française. Malheureusement l’escrime telle qu’on la pratifpie communément exige une attitude contour-
née et des mouvements forcés qui tendent à imprimer à la taille une déformation spéciale. Nous avons décrit nous-même une forme particulière de scoliose que nous avons appelée scoliose des escrimeurs^ et nous nous garderions de recommander rescrime comme un moyen de prévenir les déformations, si une véritable révolution ne s’était récemment faite dans l’enseignement de cet exercice, grâce à l’initiative d’un de nos maîtres les plus haut cotés dans l’art des armes, M. Prévost.
Voici, en substance, quels reproches faisait à l’escrime notre premier mémoire sur la scoliose des escrimeurs, reproduit dans notre Physiologie des exercices du corps (1 ) :
Les mouvements d’un homme qui fait des armes concourent tous, dans chaque phase du jeu de l’épée, à imposer au corps une attitude identique à celle qui résulte de la courbure latérale du rachis (scoliose). Dans la mise en garde le tireur droitier relève l’épaule gauche pour porter la main plus haut que la tête ; il abaisse, au contraire, l’épaule droite, pour tenir le poignet au niveau du sein droit. La tète fait face à l’adversaire, mais le corps pour s’effacer se présente par sa partie latérale. 11 en résulte que pour garder sa position réglementaire le tireur doit tordre constamment la colonne vertébrale. Il y a un antagonisme flagrant, une véritable incompatibilité physiologique entre l’attitude de défense qui, pour diminuer la surface offerte à l’épée de l’adversaire, veut qu’on se présente à lui de côté, et la position d’attaque qui doit préparer le développement en avant. De ces deux exigences contradictoires, résulte une position qu’on pourrait appeler « paradoxale », en ce sens que le tireur semble se préparer à partir à la fois dans deux directions ditlerentes. La direction du plan du visage, celle du hias droit et de ta jambe droite annoncent bien un élan direct en avant, mais la direction de la jambe gauche, celle de la
(1) Voir Physiologie des qui ditforment.
exercices du
corps, à la page 20J : Les exercices
L'APPLICATION DU TRAITEMENT. '
poitrine et de la colonne vertébrale sont telles qu’il faudrait, pour s’élancer vers la gauche. C’est la colonne vertébrale qui supporte les conséquences de ce conllit. Elle subit et conserve pendant tout le temps de l’assaut une torsion sur
son axe dont les consé-
quences sont faciles à constater sur la figure 51. Quand le tireur attaque et développe le corps en « se fendant », l’attitude du corps doit rester la même, le buste toujours effacé pour offrir moins de prise à la riposte, et si le tireur semble se fendre en avant., en se rapportant à la direction du visage et à celle du pied droit, il se fend en réalité « de côté » si on s’en rapporte à la direction de la colonne vertébrale. Le corps se développe non en llexiùn antérieure, mais en llexion latérale, et c’est le bord latéral des vertèbres qui supporte à ce moment toute la charge du buste.
Si le tireur ne fait de l’escrime que d’un coté, a droite, par exemple, le corps des vertèbres pourra céder à ces pressions répétées, surtout si l’exercice a lieu à une {)ériode de la vie où le tissu osseux
ITg. Si. — .\Uilude du corps daus la garde « cffac6e ».
offre {)lus de tendance à se déformer, comme à l’àge de la croissance, et une scoliose à cavité droite se produira.
Ce grave inconvénient serait évité et l’escrinie cesserail de produire les déformations que nous lui avons reprochées si on la faisait suivant d’autres règles, qui peuvent se résumer dans cette formule : ne pas donner au corps ce double rôle de l’attaque et de la parade. — Ce qui veut dire, au point de vue technique, s’appliquer non à esquiver les coups par l’effacement exagéré du corps, mais à les parer, en détournant le fer adverse parl’agilité et la dextérité de la main; et ce qui signifie, au point dé vue physiologique, laisser le buste dans l’attitude que commande la direction du mouvement en avant, ' c’est-à-dire dans l’attitude de face ou du moins « de trois quarts » .
A cette recommandation il faut en ajouter une autre très facile à observer, celle de ne pas élever la main gauche plus haut que la tète.
C’est ainsi qu’on ferait cesser tous les inconvénients de la pose contournée ([ue nous avons décrite : l’inégalité de niveau des épaules, la llcxion latérale de la colonne vertébrale et surtout sa torsion sur son axe, qui est, commenous le dirons tout à l’heure, l’élément fondamental de la scoliose.
Fig. — Attitude du corps dans la garde « naturelle » (d’après M. le pro-, fesscur Prévost). '
L’APPI.ICATION DU TRAITEMENT.
Mais la rélorme qu’exigerait l’hygiène orthopédique estelle compatible avec les exigences de la pratique de l’escrime? Ün tireur ne perdrait-il pas ses avantages en prenant pour faire des armes la position que nous indiquons? Nous pourrions répondre qu’au point de vue où nous nous plaçons l’indication hygiénique doit primer les conditions techniques; mais il se trouve qu’en se plaçant dans la pose la plus hygiénique le tireur se met du môme coup dans les conditions les plus favorables à l’aisance de ses mouvements et, partant, à la rapidité de ses progrès en escrime. Voici, en effet, ce que nous lisons dans un très remarquable ouvrage, récemment paru, le traité d’escrime de M. Prévost : « Nous réprouvons absolument l’opinion émise par plusieurs auteurs que, dans la garde, le corps doit être bien effacé pow' présenter le moins de surface possible^ de manière que les parades, en s’écartant moins, deviennent plus rapides, et le genou gauche perpendiculaire à la pointe du pied. Si le corps est très effacé, la position est anormale, il en résulte une fatigue excessive, et une gène intolérable ; l’équilibre est extrêmement difficile à conserver; cette raison, les jiat'CLdes deviennent moins précises et plus larges, les ripostes moins vîtes. Le développement devient aussi moins rapide, cette position ne permettant pas de se servir des reins qui sont un puissant auxiliaire à utiliser (1). »
M. Prévost a bien voulu se prêter à notre étude, et poser lui-même pour les figures 52 et représentant la mise en garde et la « fente » ou « développement » ([u’il substitue dans son enseignement aux attitudes contournées de l’ancienne école. M. Vavasscur, le sportsman que tout Paris connaît, a consenti, de son côté, à prendre, pour les besoins de notre démonstration, la j)Osition de mise en garde (pjc nous critiquons au point de vue orthopédique,
(1) Voir L'escrime et le duel, par G. Prévost et (E Jollivet. Ilaclielte éditeur.
La ligure 51 le repi'ésenle dans raüilude réputée « classique », d’après les anciens principes, mais à laquelle il a depuis longtemps renoncé pour se rallier à celle que préconise M. Prévost, son maître.
On voit que la technique des grands tireurs s’est rencontrée, tout à fait spontanément, avec les enseignements de la ^ physiologie pour corriger les erreurs qui ôtaient à l’escrime toute sa valeur hygiénique. Ainsi débarrassé des éléments qui poussaient aux déformations de la colonne vertébrale, cet exercice devient un puissant auxiliaire de l'orthopédie comme moyen préventif des déviations de la taille. Malheureusement, la grande majorité des maîtres et des prévôts d’armes sont restés dans les anciens errements, et on n’oserait confier à leurs mains, sans un contrôle sévère, de jeunes sujets pour lesquels on redoute des déformations. Bien des années passeront, nous le craignons, avant que les préceptes de la nouvelle école n’aient été acceptés par tous, et longtemps encore, maîtres d’armes civils et militaires mettront les commençants à la torture pour imprimer à leur colonne vertébrale cette attitude qu’ils appellent « correcte » et « classique », et qui n’est autre qu’une attitude « scoliotique ».
11 est toutefois possible de tirer parti, en orthopédie, de cette tendance de l’escrime faite suivant les anciens errements à produire des déviations latérales du rachis.
On peut employer comme moyens correctifs d’une déformation tous les exercices qui tendent à produire une déformation inverse. A ce titre, l’attitude classique de l’escrime avec eflacement exagéré du corps à laquelle nous avons reproché de produire des déformations scoliotiques, peut être utilisée, par cela même, au traitement des scolioses confirmées. Il suffira que l’attitude scoliotique prise par le tireur soit en sens opposé de celle qu’on veut corri-
ger. Et cela sera toujours facile, puisque l’escrime peutsc faire des deux mains. On se rappellera donc que le sujet atteint de scoliose à concavité droite devra faire des armes exclusivement de la main gauche, car dans la « scoliose des escrimeurs » la concavité de la courbure dorsale correspond toujours à la main qui tient le fleuret.
Mais si la scoliose, au lieu d’étre d’origine dorsale, était d’origine lombaire, c’est-à-dire si la déformation de la colonne dorsale et l’abaissement de l’épaule qui en résulte n’étaient que des courbures secondaires de compensation, accompagnant une scoliose lombaire à direction inverse, l’indication serait tout autre. L’escrime faite du côté de l’épaule qui penche ne pourrait qu’aggraver la déviation. En effet l’attitude de l’escrime ne se fait pas seulement sentir à la colonne dorsale ; la torsion du rachis nécessitée par la position effacée est très marquée dans la région lombaire. Plus le tireur s’efface, plus les reins se cambrent latéralement. Chez certains escrimeurs préoccupés d’offrir le moins de surface possible à l’adversaire, l’etfacement du corps étant exagéré, la courbure est portée à son maximum; il se produit une sorte ù'ensellure; le mouvement de torsion sur l’axe se combinant avec celui de flexion latérale aboutit au déplacement du bassin qui subit un mouvement de bascule et se relève de coté comme on le voit dans la figure 51, et surtout dans la figure 53.
Ici une particularité importante doit être signalée. L'attitude etfacée n’étant pas une attitude « d’équilibre », mais une attitude « de force », la colonne vertébrale n’est pas soumise, chez l’escrimeur en garde, aux mêmes lois sialiques que dans la station debout, et la courbure que prend la colonne dorsale n’est pas compensée par une courbure en sens inverse de la colonne lombaire. Chez le Urcur qui s’elface, dans la mise en garde, la colonne vertébrale prend la direction d'une scoliose eu C et non d’une scoliose en S. 11 est facile
(le SC rendre compte dès lors que si on applique l’attiLude do la mise en garde comme moyen correctif k un sujet atteint de scoliose en 5, l’une des deux courbures de l’^ sera exagérée pendant que l’autre sera corrigée.
11 faudra donc, quand on prescrira l’escrime dans un but orthopédique, être bien sûr de la région du icorps, sur laquelle il est nécessaire de faire porter la correction. S’il n’existe qu’une seule courbure, ou si la courbure de compensation est manifestement très récente et négligeable, on appliquera en toute confiance l’escrime en faisant tenir le lleuret du côté opposé à la concavité de la courbure principale, — que cette courbure soit lombaire ou dorsale. Si au contraire la courbure est double, et que l’importance de chacun des arcs paraisse égale, il vaut mieux s’abstenir.
La conclusion, c’est qu’à causé de ces nuances assez délicates de l’indication orthopédique, l’escrime ne devra être appliquée couramment et en toute sécurité, comme exercice correctif de la scoliose, qu’au début, dans les déformations du premier degrq, dont la courbure de compensation, à peine indiquée, est encore négligeable.
On verra peut-être une contradiction dans le fait de proscrire rescrime du traitement des scolioses à double courbure, quand nous indiquons dans le môme cas une attitude qui semble celle de la fenie des escrimeurs (voy. fig. 44'), mais il faut se rappeler que, dans l’escrime classique avec cHaccment exagéré, la fente ne se fait pas e?i avant comme dans la figure 44, mais de côté^ et que ce mode de développement du corps entraîne la torsion sur l’axe, de la colonné ' lombaire etsonensellure latérale avec relèvement du bas.sin ' Toutefois si la fente se fait réellement en avant, ou tout au moins de trois quarts, comme dans la méthode préconisée par M. Prévost, 1 inconvénient signalé disparaît, car le bassin, , au lieu de se relever s’abaisse, l’cnsellure de torsion ne se produisant pas. L’attitude représentée par là
i/aim>li(;atiox dl' tuaiteml;nt.
ligure .'îi serait en réalité la reprocluclioii exacte de l’attitude indiquée dans le dessin 44 si on suppose le sujet vu de face.
La figure 5^, au contraire, qui représente la fente très etfacée, montre l’inconvénient orthopédique de cette attitude qui a pour conséquence une saillie très disgracieuse de
Fig. :j3. — Attitude du corps dans la fente « naturelle » (d’après M. le professeur Prévost).
Fig. — Attitude du corps dans la fente « clfacée » : ensellure et relèvement du bassin qui en résulte.
l’e.xtréniité inférieure droite du bassin, — démonstration du mouvement de torsion de la colonne lombaire dont 1 ellet est de creuser latéralement les reins et de dévier en sens inverse l’axe du bassin.
Pour résumer cette dissertation un peu longue, mais nécessaire, nous dirons que l’escrime considérée comme noycn orthopédique est une arme à double tranchanl aussi
LliS DÉVIATIONS DE I.A TAILLÉ (SUITE).
bien dans l’Iiygiène préventive de la scoliose que dans son traitement curatif. Tant vaudra le maitre qui l’applique, tant vaudra le résultat obtenu. Mais comment demander à un maitre d’armes une notion exacte de la physiologie du mouvement, quand si peu de médecins la possèdent? Il faudra donc être très circonspect dans l’application de cet exercice chez les sujets menacés ou atteints de scoliose. Voici sous quelle formule nous résumerons l’indication et le mode d’application de l’escrime employée comme moyen correctif de la scoliose :
1“ Pour corriger à l’aide de l’escrime une scoliose confirmée, il faudra adopter la garde très effacée; tandis que c’est la garde « de trois quarts » qu’on devra employer comme moyen de prévenir les déformations.
2“ 11 faudra toujours tenir le fleuret de la main qui correspond à la co7ivexité(\Q\d, scoliose, que cette scoliose soit d’origîhe dorsale ou lombaire, quand elle ne sera pas accompagnée d’une courbure de compensation importante.
3" 11 sera prudent de s’abstenir d’employer l’escrime comme moyen de traitement quand les courbures de compensation seront très accentuées.
Les procédés d’immobilisation dans la déviation de la
taille.
11 serait superflu de pousser plus loin l’énumération des moyens utiles au traitement gymnastique de la scoliose. Au reste, il serait impossible de décrire les innombrables procédés qu’on peut voir mettre en pratique en Suède, en Allemagne et en Autriche. Ces procédés ne sont que des variantes de ceux que nous avons pris pour types. Mais il nous reste à parler d une autre méthode de traitement des déformations de la taille, qui est absolument l’inverse de celle que nous avons étudiée, c’est Vhnmobilisation.