I.'APPLICATION DU TRAITEMUNT
Les scolioses, cyphoses ou lordoses secondaires résultant de maladies des os ne sont pas toujours du ressort du traitement gymnastique et môme, pour quelques-unes, ce traitement ne pourrait qu’aggraver les lésions dont elles sont la manifestation symptomatique. C’est ainsi que toutes les déviations liées à la carie vertébrale, à l’intiltration tuberculeuse et à toutes les formes du mal de Poit, commandent l’immobilité absolue et exigent l’application d’appareils contentifs. Toutes ces déformations ont été à dessein éliminées de notre description, non seulement comme dillerant par leur origine des déformations essentielles du rachis, mais aussi et surtout comme justiciables d’un traitement tout opposé.
La distinction que nous faisons ici n’a, malheureusement, pas été toujours faite avec assez de netteté, et c’est de là, croyons-nous, qu’est résultée l’habitude invétérée de l’emploi des moyens d’immobilisation et de contention tels que les corsets dits « orthopédiques » pour des maladies qui demandent l’exercice et le mouvement.
Rien n’est plus urgent que d’immobiliser dès le début une colonne vertébrale déviée par suite d’infiltration tuberculeuse des vertèbres; rien n’est plus important, au contraire, que d’assurer la libre exécution des mouvements dans le début d’une déformation « essentielle » et primitive du rachis.
Les appareils de contention, dans le traitement des déformations primitives de la taille, ne doivent pas avoir pour objectif, à proprement parler, d’immobiliser les parties déviées, mais seulement de les retenir à leur place. L’immobilisation, loin d’être l’effet salutaire du traitement, en est au contraire un des inconvénients les plus graves. Mais il est des cas où on ne peut y soustraire le malade.
On est obligé d’opposer aux parties déviées des appareils (pii lultent contre leur tendance au déplacement, foules
les fois que les puissances musculaires sont devenues insullisantes, par suite de l’exagération des déviations et des conditions défavorables dans lesquelles les muscles luttent contre la pesanteur pour soutenir les parties déplacées.
Les moyens de contention consistent dans des appareils de deux sortes : des corsets et des lits.
Le meilleur corset orthopédique est celui qu’on fabrique à l’aide d’un moulage de la partie déviée, après avoir, au préalable, fait disparaître la déviation par la suspension. Voici comment procède le professeur Lorenz, de Vienne, pour la fabrication de cet appareil :
Le malade est soutenu par des courroies qui le prennent
sous le menton et à la nuque, puis lui-même, élevant les bras au-dessus de la tête, saisit une barre horizontale placée à une hauteui telle que le corps a demi suspendu ne quitte pas tout a fait le sol et y repose encore légèrement par la plante des pieds. De cette façon, la traction exercée par le poids du corps est suffisante pour effacer la courbure de la scoliose, mais non pour modifier la fornie normale du thorax. C’est dans cette attitude que se fabrique le corset. A l’aide de bandes plâtrées préparées d’avance et qu’il suftit de tremper dans l’eau avant de s’en servir, l’opérateur fait
un moulage complet du tronc depuis le bassin jusqu’aux aisselles, roulant sa bande par-dessus un mince maillot en tricot de laine dont le patient a été préalablement revêtu.
Aussitôt 1 application des bandes terminées, et le plâtre séché, un coup de ciseau est donné du haut en bas, puis l’appareil ainsi ouvert est enlevé du corps. Ce premier moulage une fois sec servira de « négatif ». On y coulera du plâtre qui durcira et donnera la forme exacte du torse. C est ensuite sur ce « positif » qu’on fabriquera le corset.
Les matériaux employés pour la construction du corset peuvent être très divers : feutre, cuir bouilli, etc. Lorenz se
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sert de feuilles de bois extrêmement minces entre-croisées, imbriquées et agglutinées entre elles par de la colle. Le tout est recouvert d’un revêtement en étoile et représente une sorte de cuirasse complète fendue et garnie d’agrafes sur le devant. Ce corset est le moulage exact du corps, mais du corps redressé par la suspension. On comprend que son application puisse forcer le corps à rester dans ta position correcte en lui servant de tuteur.
Le grand inconvénient du corset orthopédique, c’est de comprimer la poitrine. Et cette compression a des consé- (juences parfois très graves chez l’adolescent qui se développe. En effet, la poitrine est la partie du corps qui doit s’accroître le plus de quinze ti vingt ans. Il n’est pas rare d’observer des jeunes gens dont le périmètre thoracique augmente, en moins d’un an, de 4 et même 6 centimètres. On comprend quel obstacle apporte une cuirasse inextensible à cet épanouissement de la partie la plus essentielle à la vie. Aussi le corset doit-il être fréquemment refait pour s’accommoder à l’accroissement de la poitrine. Il faut dire que, dans le traitement viennois, l’enfant n’est pas condamné à le porter constamment : il ne l’endosse que quatre ou cinq heures par jour, et dans les moments où il serait exposé à prendre des attitudes vicieuses, pour écrire, par exemple, ou pour rester en classe à son banc,, dans cette attitude assise prolongée, cause de tant de déviations.
Le professeur Lorenz obtient à l’aide des moulages du tronc un autre moyen de contention beaucoup plus eflicace que le corset et qui n’en a pas les inconvénients. C’est le lit orthopédique.
Cet appareil se fait suivant la môme méthode que le corset, avec cette diHérence que le moulage du troue, au lieu d’être complet et de former une cuirasse circulaire autour du cor[*s, n’embrasse que les deux tiers environ de la circonférence du tronc, laissant libre toute la partie anté-
rieure du thorax. On emploie toujours les bandes plâtrées pour faire le premier moule « négatif », et on y eoule du plâtre pour obtenir un « positif » solide ; puis, sur ce positif, on moule soit une lame de cuivre, soit une forte épaisseur de cuir bouilli. Mais le moulage ne devant pas envelopper complètement le tronc, on se contente d’entourer la partie postérieure et les parties latérales avec le revêtement qui doit en prendre l’empreinte, et on laisse, dans le point correspondant à la région antérieure, un vide qui représente environ le tiers du périmètre thoracique. C’est cette demi-cuirasse qui sert à faire le lit orthopédique. On la fixe sur une planche en bois qui lui servira de support, et le tout est posé sur un lit ordinaire, à la place qu’occupe le dos du malade. Celui-ci chaque soir se glisse entre les valves de l’appareil et son corps y reprend pour la nuit entière une forme correcte, sans y subir une compression nuisible, puisque toute la partie antérieure de la poitrine est libre et peut se développer à l’aise.
Parmi les procédés appliqués par le professeur viennois au traitement de la scoliose, il en est un qui mérite une mention à part : c’est le procédé de la sangle élastique dont le but n’est plus d’effacer les saillies et de redresser les courbures, mais de lutter contre la torsion de la colonne vertébrale.
Dans les scolioses, nous l’avons dit, en même temps que les vertèbres s’incurvent latéralement, elles subissent un mouvement de torsion sur leur axe, torsion qui se communique aux côtes et contribue pour beaucoup à la déformation de la cage thoracique si préjudiciable au jeu du poumon. Pour obtenir la détorsion de la colonne vertébrale, Lorenz emploie une large sangle en tissu élastique, appliquée de manière à décrire sur le tronc une spirale en sens inverse de celle que représente l’ensemble des vertèbres déviées. Chaque bout de la sangle est assujetti à un point fixe, et l’élasticité
Lagrasoe. — Méd. par l’excrc. 27
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(le la sangle entrant en jeu tend à faire subir au thorax et, par rintermédiaire des côtes, au rachis une torsion en sens inverse de celle riii’on veut corriger. C'est pendant que la colonne vertébrale est soumise à cette « détorsion » par action mécanique qu'on applique les bandes plâtrées, avec l'espoir d’obtenir un moulage plus conforme à la forme normale du tronc, la torsion du rachis se trouvant corrigée.