‹ La médication par l'exerciceChapitre 44 sur 61 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

les maladies du système nerveux

Effets indirects de l’exercice sur les centres nerveux. — Effets directs de l’exercice sur les fonctions d’innervation. — Le traitement des névralgies. De 1 exercice dans les paralysies. — Traitement « gymnastique ;) de la chorée. — Traitement de l’ataxie locomotrice. — Traitement de la neurasthénie.

L’exercice et le mouvement peuvent faire sentir leurs effets thérapeutiques au système nerveux de deux manières : 1” indirectement, en modifiant l’état général de l'organisme; 2“ directement, en agissant sur les organes mêmes qui président aux fonctions d’innervation.

Effets indirects de l’exercice sur les centres nerveux.

L’action indirecte de l’exercice se fait sentir au système nerveux, comme à tous les autres systèmes organiques. Nous avons exposé précédemment comment le travail des muscles peut améliorer la nutrition et rendre le sang plus riche. On sait, d’autre part, que le sang, liquide nourricier de tous les éléments organiques, est le véritable « régulateur » du système nerveux : sanguis moderator nervorum. 11 n’est pas besoin d’insister davantage pour faire comprendre comment les effets généraux toniques de l’exercice peuvent se faire sentir au système nerveux affaibli.

L’indication de l’exercice se présentera donc, tout d’abord ans tous les « états nerveux » qui se rattachent à un appauvrissement du sang, dans les troubles d’innervation dus à l’anémie, a la leucémie, à tous les états d’épuisement et de misère physiologique. On saitque tous les débililéssont des nerveux

L’APPLICATION DU TRAITEMENT

et présentent tantôt des symptômes d’excitation, tantôt des phénomènes de dépression, de « faiblesse irritable ».

Mais les états qui se caractérisent par t’aflaiblissement des fonctions d’innervation ne sont pas tous liés, à proprement parler, à un appauvrissement de la constitution. Beaucoup de ces états nerveux à forme « neurasthénique» sont sous la dépendance d’un trouble de la composition du sang et s’observent chez des sujets d’ailleurs vigoureux, comme peuvent l’être, par exemple, les arthritiques. La neurasthénie, comme l’a fait observer le professeur Bouchard, n’est bien souvent qu’une phase de l’arthritisme. On a même voulu rattacher les troubles de l’innervation, chez les arthritiques, à l’hyperacidité du sang. 11 n’est point absurde de croire que le contact d’un sang surchargé de principes acides comme l’est le sang des arthritiques puisse exercer sur les éléments nerveux une irritation spéciale d’où résulterait cette forme d’état nerveux qu’on a appelé la neurasthénie hyperacide. Or nous avons vu que l’exercice a pour effet de diminuer l’acidité du sang, et c est sans doute là une des causes qui font de l’exercice un sédatif des centres nerveux. En tous cas, si on n’accepte pas la théorie on ne saurait récuser les faits d’observation. Et il est d’observation vulgaire que l’entraînement rend l’homme plus calme, plus maître de lui. On sait aussi que les animaux eux-mêmes, et notamment les chevaux de pur sang, qui sont tous, par tempérament, prédisposés à la neurasthénie, deviennent moins irritables et plus froids quand ils sont bien entraînés.

Effets directs de l’exercice sur les fonctions d’innervation.

L’action directe de l’exercice sur les organes de I innervation peut se traduire par deux sortes d’effets dilférents :

des effets mécaniques et des effets fonctionnels.

Les effets mécaniques de l’exercice résultent de 1 action

du mouvementpi’oprementdit, et en particulier du mouvement communiqué. On les obtient surtout à l’aide des exercices passifs et du massage. Toutefois ils peuvent se produire aussi, quoique d’une manière moins méthodique, à l’aide des mouvements actifs. Ils consistent dans les secousses, pressions, tiraillements, élongations que subissent les éléments nerveux dans toute région mobilisée. Nous savons que leur etfet peut se traduire, suivant la forme et l’intensité du mouvement, soit par une excitation, soit par une sédation des éléments nerveux. De là l’utilité des mouvements passifs et du massage aussi bien pour réveiller la motilité, comme dans les paralysies, que pour calmer la douleur, comme dans les névralgies.

Les effets fonctionnels de l’exercice sur le système nerveux dérivent de 1 association intime qui existe entre les centres nerveux et les muscles. Le cerveau et la moelle épinière font partie intégrante de l’appareil locomoteur, et en sont à tel point solidaires que leur entrée en jeu préalable est la condition sine quâ non de tout mouvement voulu. Il en résulte que l’exercice volontaire des muscles implique toujours « l’exercice » de certaines parties constituantes de la moelle épinière et du cerveau. C’est la cellule motrice qui commande la contraction du muscle et lui envoie, par 1 intermédiaire du nerf, la quantité d’influx nerveux nécessaire à sa contraction. On donne le nom de travail excitomoteur a ce travail du centre moteur, qui est le préliminaire obligé de tout effort musculaire.

Mais la cellule sensitive elle-même doit entrer en jeu dans les mouvements. Il faut qu’elle perçoive les sensations musciliaires transmises par le nerf sensitif, car c’est sur ces sensations que nous nous basons pour évaluer le cle^ré d energie de la contraction musculaire, et pour iu-er s’il correspond bien à l’effort nécessaire pour exécuter correctement le mouvement projeté. Les cellules sensitives sont

422 L’APPLICATION DU TRAITEMENT

aussi indispensables que les cellules motrices à la coordination des mouvements. On en a la preuve dans les maladies qui portent atteinte à la perception des impressions sensitives sans altérer la motilité, comme l’ataxie locomotrice. Chez l’ataxique dont la force musculaire est restée presque intacte, mais où les cordons sensitifs sont atteints de sclérose, la coordination des mouvements est imparfaite, et les actes musculaires sont désordonnés.

Ainsi en provoquant des mouvements musculaires voulus et coordonnés on se trouve mettre du même coup en exercice les centres nerveux moteurs et sensitifs. On se trouve, par cela même, faire bénéficier ces organes des effets que produit toujours l’exercice sur tout organe qui entre en fonction. Nous savons que ces effets se traduisent en résumé par une activité plus grande de la nutrition et par une plus grande aptitude fonctionnelle. Et tels sont, en réalité, comme nous le dirons tout à l’heure, les résultats de l’exercice musculaire dans les affections des centres nerveux.

L’exercice musculaire ne met pas seulement en action les organes du mouvement et de la sensibilité, mais sollicite de plus l’entrée en jeu des facultés psychiques. C’est là un point très important de la thérapeutique par le mouvement, qui mérite d’être exposé avec quelques détails, si on veut comprendre le rôle de l’exercice physique dans certains états nerveux qui semblent toucher au domaine de la pathologie mentale.

L’exercice musculaire est un moyen d exercer et de développer la volonté. On comprend sans qu’il soit besoin de commentaires que les cellules motrices ont dans tout mou vement actif une part d’effort, et par conséquent une part ik' exercice proportionnée à l’énergie de l’acte musculaire. Or la cellule motrice elle-même est mise en exeicice pai un agent d’ordre psychique, la volonté, dont nous ne connaissons pas la nature, mais dont nous pouvons connaître les

attribiils, et, dans certains cas, les maladies. La volonté entre donc, elle aussi, en travail pendant l’exercice musculaire. Et il faut se rappeler que la volonté est perfectible par l'exercice au même titre que toutes les facultés physiques et toutes les aptitudes physiologiques.

Dans certaines affections psychiques caractérisées par l’affaissement momentané de la volonté, l’exercice musculaire peut rendre de grands services et relever l’énergie des facultés actives. 11 serait impossible de comprendre les effets incontestés de l’exercice physique sur certains neurasthéniques déprimés, si on n’admettait pas que ce traitement exerce sur la volonté une action pour ainsi dire réconfortante qui se traduit par un fonctionnement plus énergique non seulement de l’appareil locomoteur, mais encore de toutes les facultés actives de l’âme. C’est pour avoir constaté ce résultat psychique très remarquable, que tous les hommes versés dans la pédagogie considèrent les exercices du corps comme un adjuvant indispensable de l’éducation morale.

On peut encore avoir recours à l’exercice physique pour diminuer l’exagération de la sensibilité. Pendant le travail musculaire, une multitude d’impressions parties des muscles et de tous les organes associés à leur travail vont atteindre la cellule sensitive qu’ils excitent diversement. De ces impressions quelques-unes peuvent acquérir parfois une intensité presque douloureuse, quand la fatigue est extrême ou l’effort considérable. Or l’exercice de la sensibilité ou, si l’on veut, la mise enjeu fréquente et régulière de cette faculté a pour résultat d’en atténuer les manifestations extérieures et aussi les perceptions conscientes. La sensibilité s’émousse et se blase par l’accoutumance. Or la véritable éducation de la sensibilité, je veux dire le résultat le plus désirable au point de vue Lhcrai)eufiquc que puisse produire l’exercice chez les nerveux, c’est rattcnualion des sensations qui sont ordinairement chez eux e.xallées à l’extrême.

L’APPLICATION DU TRAITEMENT

On comprend donc quel service peut: rendre l’exercice aux malades, si nombreux à notre époque, dont la volonté est déprimée et la sensibilité exaltée. Le travail musculaire devient pour eux un moyen d’éducation qui tend à rétablir l’équilibre en atténuant la sensibilité et en fortifiant la volonté.

D’autres facultés psychiques qui semblent moins directement solidaires de l’appareil locomoteur sont encore susceptibles de recevoir un certain degré d’éducation par le fait de l’exercice des muscles.

Il n’est pas jusqu’aux facultés intellectuelles elles-mêmes qui ne puissent être favorablement influencées et, dans une certaine mesure, développées par l’exercice musculaire, car elles interviennent pour une large part dans l’exécution des mouvements volontaires. Tout mouvement doit être coordonné par le cerveau avant d’être exécuté par les muscles. Cette préparation, aussi rapide soitelle, ne fait jamais défaut; elle est le préliminaire nécessaire de l’action, et constitue un véritable acte psychique fort complexe. S’agit-il, par exemple, de lancer une pierre en cherchant à toucher un but, il nous faut Taire intervenir d’abord la mémoire qui nous rappelle quels muscles sont aptes à exécuter le mouvement, la sensibilité qui, sous forme de « sens musculaire », nous renseigne exactement sur le degré d’effort développé par les muscles, et enfin le jugement qui détermine si la part respective que vont prendre au mouvement les groupes antagonistes actionnés est bien telle qu’il faut pour lancer le projectile avec la vitesse voulue, et suivant la direction du point visé.

Pour les actes usuels dont nous avons l’habitude le travail psychique passe inaperçu, et la coordination du mouvement semble tout à fait automatique, — pas plus automatique, toutefois, que telle opération intellectuelle passée à l’état d’habitude, comme le fait de débiter une tirade apprise par

cœur. Mais plus l’acte musculaire est nouveau pour le sujet, plus devient apparente l’intervention des facultés psychiques dans son exécution.

Dans l’apprentissage des mouvements difficiles le travail du cerveau devient évident pour l’observateur le moins attentif. Qui ne s’est surpris, dans l’impatience d’apprendre plus vite un exercice nouveau, à en répéter les mouvements « dans sa tête » ? Tel fanatique d’escrime qui suit son chemin sans voir personne et semble absorbé dans de profondes méditations repasse dans sa tête toutes les péripéties d’un assaut; quand vous le voyez relever tout d’un coup sa canne en dessinant un rapide « contre de quarte », c’est la « finale » d’une phrase d’épée dont ses cellules cérébrales suivent depuis un instant toutes les péripéties, sans autre manifestation extérieure que ce mouvement qui lui a échappé.

L’exercice, si on en choisit bien la forme, peut donc devenir un moyen d’éducation non seulement physique, mais intellectuelle. Et c’est pour les raisons physiologiques déduites plus haut qu’on a pu en faire un moyen de traitement chez les enfants arriéres ou idiots. Le fait est connu, mais on ne lui a pas donné, à notre avis, son interprétation véritable. On a pensé seulement au vieil adage :Mens sanain COI pore sano, et on a attribue à l’amélioration de la santé par l’exercice le développement de certaines aptitudes psychiques (1). Sans nier cette action qui peut être vraie dans une certaine mesure, il ne faut pas oublier que bien des hommes de la plus chétive santé sont d’une intelligence supérieure, et que bien des idiots n’auraient rien à gagner en fortifiant leur constitution qui peut être athlétique.

En réalité, dans l’immense majorité des cas, l’exercice physique agit sur le cerveau parce qu’il se double d’un véritable

(1) IJf Wey, American Journal oflnsanily. Janvier 1801.

426 L’APPLICATION DU TRAITEMENT

travail intellectuel. Si bien qu’on peut faire l’éducation de la cellule nerveuse en exerçant la fibre musculaire, chez tous les enfants trop faibles d’esprit pour qu’on puisse tenter de les soumettre à un véritable travail intellectuel.

Une conclusion pratique se dégage de cette distinction que nous cherchons à faire dans les résultats du travail musculaire, c’est l’importance du choix de l’exercice. Si l’on applique l’exercice à des enfants arriérés dans l’espoir de développer leurs facultés psychiques, il est absolument nécessaire de leur demander non des exercices de force ou de vitesse, mais des exercices où la précision des mouvements tienne une grande place, des exercices demandant un travail de coordination d’une difficulté progressivement croissante. On arrivera ainsi peu à peu, en faisant l’éducation de leurs muscles, à faire, dans la mesure du possible, l’éducation de leur cerveau.

Application de l’exercice au traitement des affections

nerveuses.

Dans les affections des troncs et filets nerveux, telles que les névrites, les névralgies, l’exercice doit être recherché surtout pour son action mécanique. On l’emploie le plus souvent en pareil cas sous la forme du massage ; massage par frictions, par effleurage, par pression et surtout par « trépidation ». Nous savons que les effets du massage peuvent s’obtenir soit avec la main, soit à l’aide de diverses machines. G est surtout dans le massage des nerfs qu’on utilise les appareils « vibratoires » dont nous avons déjà parlé, au chapitre du Massage, et à l’aide desquels on peut localiser l’action des vibrations avec beaucoup de précision, et agir sur des nerfs profonds ijui seraient peu accessibles à la main.

lies mouvements passifs ont aussi leur indication formelle dans toutes les alléctions douloureuses des nerfs. Le but de

leur emploi esl presque toujours de faire subir aux nerfs malades une sorte ù' élongation analogue à celle qu’on obtient à l’aide d’une opération chirurgicale, mais, ici, lente et progressive.

Nous citerons comme type du traitement des névralgies par le mouvement passif le procédé employé en Suède pour guérir la sciatique. — On voit dans une des salles de l’Institut central de gymnastique, à Stockholm, une longue poutre obliquement étendue de façon à toucher le sol par une de ses extrémités, pendant que l’autre est fixée au mur à une hauteur d’environ 2 mètres, la direction de cette poutre représentant celle d’un plan incliné de pente très douce. Voici comment on utilise cet appareil qui est, comme on voit, d’une simplicité rustique : Le malade se place debout, faisant face à la poutre, et soutenu au besoin par un aide, puis il porte en avant sa jambe bien tendue et place le talon du pied sur la poutre, au point le plus élevé que la douleur lui permette d’atteindre. Le médecin saisit alors la jambe et la pousse très doucement, et très lentement, dans la direction ascendante du plan incliné. On gagne aisément ainsi quelques centimètres, et on laisse le membre en place durant quelques minutes. Le lendemain l’exercice est repris et l’on remet le pied sur le point où il s’était arrêté la veille pour s’efforcer, en procédant toujours avec les mêmes ménagements, de gagner encore un certain espace en montant. On réussit, de cette façon à élever chaque jour un peu plus haut le membre malade et on finit par obtenir, en moyenne au bout de quinze à vingt jours, une amplitude à peu près normale du mouvement. On obtient du même coup la cessation des douleurs et le retour des mouvements actifs. 11 n’est pas difficile de comprendre que l’effet de ce moyen gymnastique s’explique par l’élongation du nerf, absolument comme la guérison qu’obtiennent les chirurgiens en tirant violemment ù l’aide d’un crochet mousse sur le nerf sciatique i)réalablement

L’APPLICATION DU TRAITEMENT

mis à nu. Mais ici l’élongation est lente, douce et progressive, et donne des résultats plus durables que l’élongation chirurgicale, sans exposer le malade aux mêmes dangers.

C’est encore aux effets « mécaniques » de l’exercice qu’il faut attribuer l’action thérapeutique du massage et des mouvements passifs dans certaines névroses comme la/7«r«hjsic agitante. Les appareils à trépidation qui impriment à tout le corps des vibrations et des secousses comme le chariot de Zander sur lequel est copié le « fauteuil trépipidant » de Charcot, représentent en pareil cas le meilleur mode d’application du traitement. Ces appareils ne font, au total, qu’imiter les effets des vibrations moléculaires que produisent dans tout l’organisme le chemin de fer et la voiture. Nous avons cité, en faisant l’histoire des mouvements passifs, l'observation d’un malade atteint de paralysie agitante, et qui trouvait un grand soulagement à faire de longs trajets dans une voiture à réactions dures (page 49).

De Texercice dans les paralysies.

Les effets fonctionnels de l’exercice, c’est-à-dire ceux qui ont pour résultat de solliciter le fonctionnement des éléments nerveux, peuvent être utilisés dans les affections organiques et dans les névroses sans lésions d’organe. 11 va de soi que l’efficacité du traitement sera plus grande dans les [troubles purement fonctionnels et sans lésions. Toutefois il ne faut pas oublier que, même en cas d’altération organique, la fonction peut toujours améliorer l’organe, et développer la capacité fonctionnelle qui lui reste, aussi faible soit-elle. 11 faut se rappeler, de plus, que les lésions d’organe ne détruisent presque jamais tous les éléments susceptibles d’entrer en fonction; et l’observation des faits prouve, du reste, que des suppléances fonctionnelles s’établissent souvent d’une région à l’autre, aussi bien dans les cen-

très nerveux que clans les autres appareils organiques.

Pour ces raisons, les hémiplégiques et les paraplégiques pourront toujours gagner quelque chose à « exercer » leurs cellules motrices cérébrales ou médullaires, en exécutant chaque jour tous les mouvements actifs que leur permet la maladie. Presque toujours, en sollicitant méthodiquement et avec persistance des efforts volontaires dans un membre en apparence dépourvu de toute motilité, on finit par y voir apparaître quelques mouvements et à plus forte raison réussit-on à augmenter l’étendue et l’énergie des mouvements qui avaient persisté.

Traitement « gymnastique » de Ta chorée.

C’est dans les maladies caractérisées par un trouble de la coordination du mouvement, que l’exercice a donné les meilleurs résultats, et surtout dans la chorée ou danse de Saint-Guy .

A l’Hôpital des Enfants malades, dès l’année 1854, de nombreuses guérisons ont été obtenues dans des cas de chorées anormales ou rebelles par M. Laisné, qui était attaché au service du professeur Blache, comme professeur de gymnastique médicale.

On va voir dans quel esprit était dirigé le traitement de Laisné, qui demeure encore aujourd’hui le plus rationnel.

Dans la chorée simple, quand l’enfant reste dans une certaine mesure maître de ses mouvements, des exercices « du plancher » simples et bien rythmés, exécutés au commandement, constituent pour les centres nerveux une sorte de discipline à laquelle peu à peu les membres obéissent, et la volonté reprend graduellement son empire sur les muscles.

Dans les cas graves où le désordre des mouvements est complet et où l’enfant est impuissant à maîtriser dans la plus petite mesure 1 agitation incohérente de ses membres,

430 L’APPLICATION DU TRAITEMENT

voici comment procédait Laisné : Pendant les quatre ou cinq premiers jours, il se bornait à faire un massage général de tous les muscles. Vers le sixième Jour intervenaient des mouvements passifs; les membres agités de mouvements involontaires étaient d’abord maintenus immobiles pendant quelques minutes, puis on leur communiquait méthodiquement en tous sens des mouvements passifs très rythmés. Quand l’agitation excessive et les mouvements involontaires commençaient à se calmer, on passait aux mouvements actifs exécutés en mesure.

« Les exercices passifs», — dit le professeur Blache au sujet de cette forme de traitement de la chorée, — « ont une action remarquable. Au début la volonté du patient n’intervient pas dans le mouvement, ou même le contrarie. Puis, peu à peu, on sent que les muscles utiles prennent l’habitude de s’y associer, par une tentative que l’opérateur constate aisément. La volonté n’avait qu’un faible empire sur le système musculaire ; peu à peu elle semble le reprendre, et c’est alors que graduellement les mouvements anormaux diminuent de fréquence et d’intensité (1). »

Traitement de l’ataxie locomotrice.

V ataxie locomotrice est le type des maladies caractérisées par la perversion des fonctions de coordination. 11 était tout indiqué de faire intervenir dans son traitement des exercices capables de discipliner les mouvements. Malheureusement là il ne s’agit plus de troubles purement fonctionnels comme dans la chorée. Les fonctions de coordination sont perverties par suite d’une lésion irrémédiable de la moelle épinière. L'exercice en pareil cas ne peut être qu’un palliatif; mais, comme tel, il a donné des résultats satisfaisants.

(I) Blache, Traitement de la chorée infantile (Gazette hebdomadaire, année 18G4).

Pour lutter contre le désordre des fonctions motrices, le professeur Frænkel a institué une série de mouvements dont nous allons donner le formulaire.

Chaque séance de gymnastique, qui doit avoir une durée d’une demi-heure environ, se compose d’abord d’exercices simples ;

1“ Le malade étant couché, les jambes nues, fléchit, étend, rapproche, éloigne du corps un pied d’abord, puis les deux.

2“ Mêmes exercices pour les genoux.

3“ Mêmes exercices pour les hanches.

Chaque exercice est répété jusqu’à ce que le malade sort maître de ses contractions musculaires.

On passe ensuite à des exercices plus compliqués.

1“ Le malade s’assied lentement, sans s’appuyer sur une canne, et se lève de même.

2“ Le malade est debout, appuyé sur une canne, il lève le pied gauche, le pose doucement par terre en avant, d’une longueur de pas ordinaire ; il remet le pied à sa place avec les mêmes précautions. Même exercice avec le pied droit.

3“ Marcher dix pas en avant, s’aidant de la canne, avancer lentement en posant solidement le pied à terre.

4“ Rester debout sans canne, les pieds un peu écartés, les mains aux hanches. Dans cette position fléchir les genoux, s’accroupir et se relever lentement.

5" Comme dans l’exercice n" 2, le malade avance le pied gauche; mais après l’avoir porté en avant, il le porte en arrière; même exercice avec l’autre pied.

6“ Marcher vingt pas en avant comme dans l’exercice 3.

7“ Exercice n“ 2 sans canne.

8" Rester debout sans canne, les pieds rapprochés, les mains aux hanches.

9® Rester debout sans canne, les pieds écartés. Dans cette position, faire des mouvements gymnastiques des bras, les lancer en avant, en arrière, en haut, en bas.

432 L’APPLICATION DU TRAITEMENT

10“ Rester debout sans canne, les pieds écartés, les mains aux hanches; dans cette position, fléchir le tronc en avant, à gauche, en arrière, à droite, en décrivant avec la tête un cercle.

11“ L’exercice n“ 9, les pieds rapprochés.

12“ L’exercice n“ 10, les pieds rapprochés.

13“ Marcher le long d’une ligne droite tracée sur le plancher, à l’aide d’une canne,

14° Le même exercice sans canne.

Chaque séance de gymnastique doit être suivie d’une séance de massage.

Le traitement de la neurasthénie.

Il n’est guère d’état morbide dont la nature ait été plus discutée que la neurasthénie, et nous ne nous attarderons pas à examiner si cette affection constitue, comme le veulent les uns, une maladie essentielle, une entité morbide, ou si elle ne représente comme le prétendent les autres qu’un syndrome, un groupe de symptômes pouvant se relier à une multitude d’états morbides différents. Ce qu’il importe de montrer, c’est que les troubles fonctionnels qui la caractérisent sont tous justiciables, soit isolément, soit dans leur ensemble, de l’exercice actif ou passif.

On a caractérisé assez heureusement d’un mot l’ensemble des troubles de la neurasthénie, en disant que cette maladie est un état de « faiblesse irritable». Ce mot est vrai aussi bien au point de vue psychique qu’au point de vue physiologique.

Dans l’ordre physiologique, l’irritabilité des éléments sensitifs se traduit par V hyperesthésie, qui a pour corollaires les névralgies de toute sorte, céphalée, rachialgie, etc., et par ce qu’on pourrait appeler X émotivité excessive des organes, c’est-à-dire la facilité avec laquelle se produisent des troubles réllexcs dans toutes les fonctions, fonctions circula-

lÆS MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX.

toires, fondions digestives, etc. Dans l’ordre psychique c’est rinipressionnabilitc excessive, la variabilité de l’iiumcur, la soudaineté et ta violence des émotions, soit que celles-ci se manifestent à l’extérieur, soit qu’elles se concentrent et retentissent sur les systèmes organiques, l’appareil vaso-moteur, l’appareil digestif, etc.

La faiblesse nerveuse se manifeste dans l’ordre organique par l’asthénie musculaire, l'atonie des organes, notamment des organes digestifs; dans l’ordre psychique par la dépression cérébrale, l’affaiblissement de la volonté ou aboulie^ la prostration, l’hypocondrie.

Tels sont les troubles fondamentaux autour desquels se groupe tout l’appareil symptomatique si varié de la neurasthénie. Et si on se reporte aux lignes qui précèdent, et où nous avons exposé Taction multiple de l’exercice sur le système nerveux, on verra que chacun des symptômes de la maladie pourra être combattu par Tun des moyens dont dispose la médication par le mouvement.

Les mouvements passifs et le massage pourront lutter avantageusement contre tes symptômes douloureux quel qu en soit le siège, et les exercices actifs seront souverains

pour combattre les autres troubles physiologiques, tels que la faiblesse musculaire, et seront très efficaces aussi, — nous l’avons prouvé tout à l’heure, — pour émousser l’impressionnabilité maladive du neurasthénique, et fortifier sa volonté défaillante.

I La médication par l’exercice peut donc répondre aux indications symptomatiques de la neurasthénie. Mais répondelle aussi bien aux indications pathogéniques? — C'est là que commencent les divergences.

On attribue généralement l'état de neurasthénie à un processus d’épuisement des cellules cérébro-spinales, à une insuffisance de cette force spéciale et inconnue, qu’on appelle « Tinflux nerveux ». 11 semble, en efiet, dans cette

Lagranok. — Med. par l'exerc. 28

434 L’APPLICATION DU TRAITEMENT

maladie, que la moelle épinière et le cerveau, quand ils ont dépensé leur énergie dans un effort intellectuel ou musculaire, ne puissent plus refaire provision d’influx nerveux, et ne sachent plus réparer leurs pertes et se « recharger » à la manière des accumulateurs, comme cela arrive normalement sous l’influence de l’alimentation et du repos.

Partant de cette donnée que le processus pathogénique de la neurasthénie est l’appauvrissement des cellules nerveuses, et qu’il faut avant toute chose s’opposer à toute déperdition, à toute dépense d’influx nerveux, on a proposé récemment de traiter cette maladie par l’immobilisation, dans le but d’économiser le précieux fluide, et de permettre à l’appareil cérébro-spinal de se « recharger » peu à peu, en supprimant la dépense de force occasionnée par les mouvements. De là le mode de traitement qui consiste à tenir les malades au lit pendant des semaines et des mois. Ce mode de traitement a pu donner des résultats satisfaisants dans les cas où la neurasthénie avait pour cause le surmenage. Mais les neurasthéniques sont bien loin d’être tous des « surmenés », et dans l’immense majorité des cas, l’immobilisation prolongée constitue un mode de traitement aussi nuisible qu’irrationnel.

Voyons, en effet, quel est le mécanisme de cette « réparation » des centres nerveux qu’on cherche à obtenir par l’immobilisation prolongée. La réparation des éléments nerveux, — aussi bien que celle des éléments musculaires, — doit être étudiée à deux points de vue, parce qu’elle apparait sous deux formes distinctes : la réparation par le repos qui est passagère et momentanée, et la réparation par la nutrition qui est durable. La première pourrait s’appeler réparation « fonctionnelle» et l’autre, réparation « organique ».

Si on accepte ces données, il est aisé de comprendre que la réparation fonctionnelle ne pourra devenir durable qu’à la condition d’être accompagnée de la réparation organique

régulière et normale. Or, pour les centres nerveux, comme pour tous les organes, la condition essentielle d’une réparation, ou en d’autres termes, d’une nutrition normale, c’est un fonctionnement régulier, c’est l’activité, — l’activité bien mesurée, si l'on veut, mais non interrompue. C’est pourquoi dans les centres nerveux comme ailleurs, le repos doit être d’une durée très limitée. Un muscle surmené reprend des forces sous l’influence d’un jour ou , au besoin, d’une semaine de repos; il en perd au contraire si l’inaction se prolonge au delà d’une quinzaine; au delà de ce délai, la réparation fonctionnelle, c’est-à-dire l’économie résultant de l’interruption du fonctionnement, ne peut plus compenser la perte qui résulte du défaut de réparation organique par diminution de l’activité de la nutrition. Le muscle en état d’inertie prolongée dépérit et se débilite.

11 en va de même pour les centres nerveux. Dans la substance nerveuse aussi bien que dans le tissu musculaire, les éléments réparateurs portés par le sang n’affluent en quantité suffisante que lorsque l’activité fonctionnelle ne reste pas au-dessous de la normale.

L’erreur de ceux qui voient dans le repos à outrance un moyen « d’économiser » les forces, tient à ce qu’ils n’étudient l’exercice que par une de ses faces : ils n’y voient qu’une occasion de dépense, et oublient que c’est aussi un puissant moyen de réparation. Et l’on observe toujours qu’après l’exercice la réparation l’emporte sur la dépense, à moins qu’on n’ait dépassé la capacité fonctionnelle de l’organe. C’est pour cela que la force des muscles augmente par 1 exercice musculaire, et que la puissance cérébrale s’accroît par le travail intellectuel.

11 faut donc que les cellules nerveuses ne demeurent pas trop longtemps inactives, si on veut qu’elles refassent dans les meilleures conditions possibles leur provision d’énergie. Et c est pour cette raison que l’exercice n’est pas seulement

L’APPLICATION DU TRAITEMENT

Iilile aux nnurasthéniques comme modificateur général de la nuliitioii, mais leui est surtout indispensable a. cause de la propriété qu’il a de mettre directement en jeu la moelle épinière et le cerveau, en associant ces organes au fonctionnement des muscles dans les diverses formes d’activité neuro-musculaire qui s appellent travail excito -moteur^ travail de coordination^ etc.

Les faits d’observation courante confirment ces conclusions déduites des lois de la physiologie. Il suffit d’observer sans parti pris pour être convmincu que loin de guérir par le repos prolongé des centres nerveux, la neurasthénie, chez les sujets prédisposés, reconnaît fréquemment pour cause déterminante l’inaction forcée, le maiKfue d’occupations intellectuelles et physiques, en un mot le désœuvrement. On l’observe souvent après la cessation brusque d’une vie active, comme il arrive chez les commerçants et les industriels retirés des affaires, chez les militaires retraités. Tel qui se plaignait du surmenage de sa vie trop occupée, et n’aspirait qu’à déposer le « collier de misère », va devenir triste, irritable, hypocondriaque, assiégé de mille souffrances nerveuses dès que son rêve se trouve réalisé. Combien de neurasthéniques chez des gens de la classe riche, qui ne travaillent ni des muscles, ni du cerveau, et dans la vie desquels on ne relève aucun souci, aucun chagrin qui puisse causer une « dépense » aux cellules nerveuses! Combien chez les femmes du monde, et surtout chez celles qui n’ont pas d’enfants, c’est-à-dire celles qui ont le moins d’occasion de fatigue en dehors du train habituel de la vie mondaine!

Est-ce à dire que nous méconnaissions l'influence du surmenage dans l’étiologie de la neurasthénie? On ne peut nous le reprocher, à nous qui dans un précédent travail (1) avons insisté sur la gravité des névropathies dues à ta fatigue et

(1) Physiologie des exercices du corps : le Surmenage, p. 146.

à l’épuisement, et rapporté même des cas de folie par surmenage chronique. Mais nous maintenons que les facteurs les plus fréquents de la neurasthénie sont le défaut d’exercice physique et le manque d’activité cérébrale, et nous conserverons ici la division que nous avions déjà faite, au point de vue étiologique, entre les neurasthéniques par surmenage et les neurasthéniques par désœuvrement.

Si les neurasthéniques « surmenés » doivent être mis au repos, et s’il est avantageux même de les immobiliser complètement, par le séjour au lit, par exemple, on doit se rappeler que l’effet utile du repos complet ne se prolonge pas au delà d’un temps relativement court, la réparation de l’influx nerveux exigeant, pour être complète, la reprise de l’activité. 11 faut signaler, en outre, un grave inconvénient du repos prolongé, c’est la création d’habitudes d'inertie. Le patient s’accoutume si bien à l’immobilité qu’il finit par n'être à l’aise que dans la position horizontale. C’est de la même façon que les morphinomanes s’habituent à ne se sentir équilibrés que lorsqu’ils ont pris leur dose quotidienne de morphine. Dans les deux cas, il s’est créé des besoins factices et dangereux à satisfaire. Le neurasthénique, habitué à la position horizontale, finit par ne pouvoir, sans fatigue extrême, se livrer au moindre effort musculaire et par ne plus savoir vivre debout. D’un malade, on risque ainsi de faire un infirme.

Quelles que soient les causes de la neurasthénie, le traitement de cette maladie demande un soin tout particulier et une attention constante. L’ « entraînement » des neurasthéniques présente des difficultés spéciales tenant en premier lieu à la faiblesse musculaire et surtout à l’impossibilité de soutenir longtemps le travail; en second lieu, à la tendance que présente le malade à passer inopinément de la prostration à l’excitation, d’où fréquence des efforts trop violents qui exagèrent inutilement la dépense de force

438 L’APPLICATION DU TRAITEMENT

et épuisent le malade; enfin à la fréquence de divers troubles organiques côncomitants, — la neurasthénie étant très souvent une affection secondaire.

La faiblesse musculaire ne se traduit pas toujours chez le neurasthénique par l’impossibilité de faire un effort d’une certaine intensité, mais plutôt par le manque de résistance, l’impossibilité de prolonger le travail. Il ne faudrait donc pas se baser sur le résultat d’une épreuve au dynamomètre pour évaluer le degré d’intensité des efforts musculaires qu’on lui demandera. C’est là que le plus grand tact est nécessaire; il ne suffit pas de diagnostiquer la maladie, il faut encore juger l’état du malade avant de le diriger dans le traitement. Dans le doute, il vaut toujours mieux rester en deçà de la mesure que de la dépasser, car dans l’entraînement des neurasthéniques, tout le succès dépend du début. En commençant, on ne devra jamais demander des exercices où le malade doive mettre toute sa force.

Il sera toujours facile de trouver des exercices assez doux même pour les plus débilités. Au besoin, on commencerait par le massage général et les mouvements passifs. Nous savons que ce sont des moyens suffisants pour stimuler la nutrition des muscles et même des centres nerveux sans provoquer aucune dépense de force. L’exercice passif pourra donc être appliqué quel que soit le degré de faiblesse du malade, et deviendra ainsi le correctif de l’immobilité forcée, quand la gravité du cas forcera le médecin à condamner le malade au lit.

A mesure que le malade prendra des forces, on augmentera l’intensité du traitement. On lui demandera des mouvements plus énergiques, et on prolongera la durée des exercices. Mais il faudra être constamment préoccupé de l’empêcher d’aller jusqu’à la limite de ses forces, si on ne veut compromettre dans les débuts le succès de l’entrainement. Sous l’empire d’un excitant quelconque tel que l’émulation,

l’amour-propre, ou simplement par l’effet de cette sorte d’ « emballement » qui se produit souvent au cours des exercices violents, le neurasthénique sera exposé plus que tout autre à dépasser la mesure de ses forces, et la fatigue qu’il n’aura pas ressentie sur le moment même, se traduira le lendemain par la prostration, l’épuisement et le découragement. Il faut surtout éviter pour lui tous les exercices où on lutte de force ou de vitesse contre un adversaire.

Chez beaucoup de neurasthéniques l’exercice réveille des souffrances locales qui rendent impossible le traitement par les mouvements actifs. Le cas est fréquent chez les malades atteints dJentéroptose. On sait que, d’après Glénard, le défaut de tension abdominale et le prolapsus des viscères qui en résulte sont une cause fréquente de neurasthénie. Malgré la vive opposition faite aux idées de Glénard par les partisans de la neurasthénie « essentielle », il n’en reste pas moins constant qu’un grand nombre de neurasthéniques sont atteints à' entéroptose . Chez ceux-ci l’entraînement est souvent entravé par les douleurs, les sensations de tiraillement dans les reins et l’abdomen que provoquent les mouvements violents et même la marche. La « sangle » de Glénard qui soutient et flxe les viscères prolabés, rend en pareil cas les plus grands services en supprimant les douleurs dues au déplacement des organes abdominaux. Nous avons vu fréquemment des malades supporter sans peine de longues marches après l’application de la sangle, alors qu’ils ne pouvaient auparavant marcher quelques pas sans souffrir.

Certains points de l’étiologie de la neurasthénie devront être pris en considération sérieuse pour le choix de l’exercice et pour sa réglementation. Il faudra éviter d’agir trop directement sur les centres nerveux et donner la préférence aux exercices qui ne produisent pas trop de dépense nerveuse chez les neurasthéniques par surmenage dont la maladie s’est déclarée par abus de travail intellectuel, ou à

L’APPLICATION DU TRAITEMENT

la suite d’émotions profondes, de commotions violentes. A ceux-là on devra interdire les exercices capables d’exciter trop violemment les centres nerveux, et de causer une déperdition excessive dans les cellules déjà appauvries. Pour cette raison, on supprimera les exercices de vitesse et ceux qui exigent un travail difficile de coordination des mouvements, comme 1 escrime, par exemple. Tous ces exercices, au contraire, seront indiqués pour les malades dont l’état neurasthénique a son origine dans le désœuvrement, le vide de l’existence, le manque d’intérêt de la vie. Chez ces derniers la cause déterminante du mal est non l’épuisement, mais Tatonie des cellules nerveuses, et il leur faut des exercices capables d’en stimuler l’activité.

11 est un élément de l’exercice dont l’effet doit intervenir à son heure dans le traitement de la neurasthénie, bien que nous ayons signalé le danger d’y recourir trop tôt, c’est l’effort. Quand on juge le malade en bonne voie et que son système musculaire a repris suffisamment d’énergie, il faut lui imposer des difficultés à vaincre, des obstacles à surmonter. L’on devra lui demander alors, — mais alors seulement, — des mouvements dans lesquels il mettra toute la force dont il est capable. C’est le moyen de fortifier son énergie volontaire, car l’effort musculaire se double toujours d’un effort de volonté.

Enfin le neurasthénique peut trouver dans l’exercice, si on sait bien en diriger le choix, un élément thérapeutique d’une grande valeur qu’il serait regrettable de ne pas utiliser pour son traitement, c’est l’intérêt, le plaisir. Aussi les jeux et les exercices de sport méritent-ils la préférence sur les autres exercicesplus scientifiques et moins intéressants, tels que les diverses gymnastiques de chambre et la gymnastique suédoise. 11 faudra réserver tous ces exercices méthodi((uespour la période du début, au moment où l’on est forcé de procéder avec de grands ménagements et de doser le travail avec prudence.

Page 1