CHAPITRE III
che. la,
de l’exercice'. ^ convalescents. — Les mécomptes
La fatigue immédiate.
Il est certaines médications en thérapeutique dont on peut attendre un effet immédiat. La médication par l’exercice n est pas de ce nombre. Les modifications utiles que le mouvement musculaire produit dans les organes sont toujours lentes à se manifester. Il arrive même, presque toujours, que le résultat définitif du traitement est absolument inveise des effets constatés au début de son application. — Et c est, le plus souvent, pour avoir préjugé l’effet probable de 1 exercice d’après son résultat immédiat, que beaucoup de malades, et même bien des médecins, renoncent trop vite à 1 utiliser comme moyen de traitement.
Les phénomènes qui se produisent dans l’organisme au moment même où les muscles sont en travail, diffèrent notablement déjà de ceux qu’on observe après que l’exercice a cessé. Mais, en outre, il n’est pas rare de constater, le lendemain ou le surlendemain d’un exercice un peu violent, des elfets pénibles pour le malade et inquiétants pour le médecin, qui feront place, au bout d’un certain nombre de jours, si l’on persiste, à un sentiment de bien-être et à une amélioration générale de la santé.
Ce 11 est pas tout encore; il faut être prévenu que le ré-’ sultat thérapeutique demandé à l’exercice peut se faire al-
tendre fort longtemps et (iii’il est marfpié parfois, pendant des semaines et des mois, par des elïets diamétralement opposés, en apparence, à ceux qu’on attendait de ce moyen de traitement.
Pendant l’exercice, pour peu que le travail des muscles soit énergique, on observe, dans tous les organes, un surcroît de fonctionnement qui va jusqu’à produire une véritable perturbation des fonctions vitales. Le cœur qui précipite ses battements, la respiration qui devient haletante, essoufflée, le système nerveux qui se surexcite, la peau brûlante qui se couvre de sueur, tous les organes, en un mot, semblent subir l’influence d’une aflfection fébrile. Les fonctions les plus intimes de la nutrition paraissent elles-mêmes profondément perverties. Si on fait l’analyse du sang sur un animal tue en plein travail musculaire, on voit que ce liquide est surchargé d’acide carbonique; si on étudie la composition chimique des muscles, on y trouve une quantité anormale de produits de combustion incomplète, acide lactique, créatinine, etc. — Surexcitation fébrile des fonctions vitales, perversion des actes chimiques de la nutrition, tels sembleraient donc être les résultats de 1 exercice, si on en jugeait d’après son effet immédiat.
Mais tout cela est d’ordinaire momentané. Quelques minutes après la cessation du travail, on voit d’abord s’apaiser tout cet émoi des appareils organiques. Peu à peu les battements du cœur se calment et se régularisent, l’excitation nerveuse s’apaise, la respiration se ralentit. En même temps les actes chimiques de la nutrition reprennent leur allure normale, et les modifications qu’on peut constater dans le sang tendent à devenir inverses de celles observées pendant le travail. L’excès d’acide carbonique qui saturait le sang s éliminé peu à peu, grâce à la suractivité du poumon dont les mouvements demeurent plus fréquents et plus amples, jusqu à 1 épuration complète du liquide sanguin. De plus,
Laoiianoe. - Méd. par l'c.xerc. « ’
l’exagération de la respiralion ayant permis à une plus grande cpiantité d’oxygène de pénétrer dans l’organisme, l’insu rfisance momentanée de l’hématose a été plus que eompensée, et la balance s’établit, en somme, par une artérialisation plus parfaite du sang. Quant aux autres modilications chimiques des humeurs et des tissus, elles persistent plus longtemps, et retardent souvent d’un jour ou deux les bénéfices que doit retirer le sujet de sa première dose d’exercice physique. Nous allons voir quel rôle important jouent ces modifications chimiques dans les phénomènes tardifs de la fatigue consécutive.
La fatigue consécutive.
Tous ceux qui se sont livrés sans ménagement à quelque exercice violent, après une période d’inaction très prolongée, connaissent bien les malaises divers dont est suivie, à quelques heures de distance, une première séance de gymnastique ou d’escrime, une marche forcée, etc. Ces malaises persistent, parfois, pendant vingt-quatre heures et plus. On leur donne généralement le nom de courbature ^ bien que l’impression de brisement des parties du corps qui ont travaillé ne soit pas la seule sensation pénible ressentie.
Chez l’homme qui n’est pas habitué au travail musculaire, il se produit, à la suite d’un exercice violent, non seulement des douleurs locales dans les muscles, les tendons, les jointures, mais encore un sentiment général de malaise, avec élévation de température, agitation nerveuse, abalteinent, lassitiule,en un mot les symptômes d’un léger état fébrile. La fatigue consécutive se manifeste par deselfets« généraux », aussi bien ([ue par fies ellcts « locaux ».
Pour ceux f[ui ne connaissent pas les elfets de l’exercice, les elfets généraux de la « courbature » sont fréquemment attribués à toute auti-e cause (lu’à la fatigue, parce (lu’ils ne se
produisent pas aussitôt après le travail. Pendant les cinq ou six heures qui suivent l’exercice, on ne ressent, le plus souvent, aucun malaise, soit local, soit général, et c’est parfois au milieu de la nuit que font brusquement explosion les manifestations de la courbature de fatigue.
' La fatigue consécutive, à moins de véritable excès de travail, n’offre pas d’ordinaire des symptômes très violents cliez l’homme sain, de tempérament robuste. Mais chez l’homme faible, malade ou convalescent, et aussi chez l’homme prédisposé à certaines maladies, on peut voir surgir, à la suite d’un exercice même modéré, mais inaccoutumé, des accidents qui simulent de véritables états morbides ; on peut observer même l’apparition des manifestations d’une diathèse jusque-là silencieuse, ou, parfois, le retour d’une maladie dont le sujet semblait guéri.
C’est de la fatigue consécutive que procèdent la plupart des mécomptes de la médication par l’exercice. 11 est facile d’en conjurer les dangers avec des précautions et de la méthode; mais il importe, pour se mettre à l’abri de ses effets, d’en bien connaître les manifestations et d’en comprendre le mécanisme.
La « courbature de fatigue » est constituée par deux sortes de phénomènes, les uns locaux, les autres généraux. .
Effets locaux de la fatigue. — Les effets locaux de la courbature sont de nature mécanique. Ils consistent dans une sorte de traumatisme des muscles encore mal endurcis au travail, et dont les éléments résistent moins aux froissements, aux secousses, aux tiraillements qu’y provoque tout exercice violent. De là un certain degré d’inflammation des libres musculaires et tendineuses, un peu de myosite et de ténosile. Chez l’homme sain et robuste les conséquences d^ ce traumatisme sont ordinairement négligeables, elles peuvent toutefois présenter un certain degré
de gravité si l’exercice a été d’ime violence extrême on d’iine durée excessive. On voit assez fréquemment se produire des ruptures de libres musculaires, des éraillures de tendons après les efforts exagérés; on a signalé même des myosites SLippurées, des inflammations des bourses séreuses, des arthrites, quand l’exercice trop violent avait été prolongé outre mesure.
D’ordinaire les douleurs locales qui suivent un exercice inaccoutumé vont en s’atténuant et disparaissent au bout de deux, trois, quatre jours, llfautsavoir, toutefois, que chez certains sujets elles persistent une semaine entière avec assez d’intensité pour rendre la reprise de l’exercice impossible. Cela ne s’observe guère qu’après un exercice très violent. Mais il ne faut pas oublier que nous parlons ici de l’exercice considéré comme agent thérapeutique et par conséquent appliqué à des malades, à des valétudinaires, à des convalescents ; en un mot à des sujets débilités. Il faut comprendre, d’autre part, que la caractéristique de « violent » appliquée à l’exercice ne se déduit pas seulement de l’intensité de l’effort musculaire, mais aussi du degré de résistance des muscles qui en subissent l’effet. Aussi voit-on des convalescents, par exemple, éprouver des douleurs musculaires violentes et persistantes, pour avoir marché modérément ou monté quehiues marches d’escalier.
La courbature locale est parfoiS;, pour le médecin, une cause d’erreur digne d’être signalée. En voici un exemple. Quand il s’agit de faire sortir de l’immobilité où on l’a tenu, iiu malade atteintd’une alfeclion articulaire, il arrive, pres((ue toujours, que la première épreuve du mouvement a pour résultat de réveillei’ dans la région malade des douleurs (pii persistent parfois plusieurs jours. On sait avec (luelle rapidité s’atrophient les muscles voisins d’une articulation malade. Le moindre clfort de marche devient pour ces muscles débilités un e.xercicc violent, et y détermine avec e.xagération les
effets mécaniques de la courbature, qui se manifestent surtout dans le voisinage de l’articulation, au point d’attache des muscles courbaturés. Très fréquemment cet endolorissement, essentiellement bénin et sans conséquence, est pris pour un retour offensif de la maladie. L’exercice est incriminé; on replace le membre dans l’immobilité, et la maladie s’éternise, les muscles demeurant, par la continuité du repos, de plus en plus vulnérables à la fatigue.
Inversement, il est vrai, on peut prendre pour une simple courbature, des accidents qui constituent une véritable aggravation de la maladie à la suite d’un exercice trop violent ou prématuré. Nous avons dit, en effet, qu’une courbature exagérée peut déterminer chez l’homme sain des phénomènes inflammatoires dans les muscles et les articulations ; à plus forte raison ces accidents pourront-ils se produire sur un membre déjà malade. Mais c’est là, avons-nous besoin de le dire? une question de mesure. L’exercice doit être très prudemment dosé quand il s’agit d’une articulation malade, et, si la marche est un exercice trop violent pour elle, il est — ainsi que nous le dirons en traitant de V Application de l'exercice^ — des moyens autres que la marche pour administrer à doses progressives le précieux agent thérapeutique qui s’appelle' le mouvement.
Effets généraux de la fatigue. — Les effets généraux de la fatigue consécutive sont dus, d’une part, à des modifications chimiques développées dans les muscles par le travail, et, d’autre part, à des troubles fonctionnels apportés dans les divers organes par l’exagération de leur fonctionnement.
Les modifications chimiques qui se produisent dans le muscle en travail consistent, nous l’avons dit, dans la formation de diverses substances anormales, sortes de résidus des combustions exagérées qui accompagnent toujours la contraction musculaire. On trouve, dans un muscle
LES EFFETS THÉlUPEimuUES DE L'EXEUCICE.
fatigué, de l’acide lactique, de la créatinine, de l’acide uri(|iie, et ces produits, peu à peu, se détaclient du muscle que le sang artériel vient laver, et entrent dans le torrent de la circulation. Après y avoir séjourné un certain nombre d’heures, ils s’éliminent par l’urine, où l’analyse chimique les retrouve. Pendant tout le temps <iue ces produits anormaux, impropres à la vie, séjournent dans le sang, ils déterminent dans l’organisme une sorte d’empoisonnement passager qui se traduit par le sentiment de malaise, de lassitude générale, de prostration et parfois par les phénomènes fébriles que nous avons signalés.
Telle est l’explication que nos expériences personnelles nous avaient amené à fournir des troubles généraux de la santé, qui suivent un exercice violent quand on n’y est pas accoutumé. Cette explication a été confirmée par de nouvelles expériences que nous avons entreprises, cette fois, avec le concours d’un chimiste d’une grande autorité, M. Gautrelet. Enfin M. Bouchard, l’éminent professeur qui avait bien voulu présenter à l’Académie des sciences nos premiers travaux, a publié, de son côté, des expériences qui leur donnent physiologiquement une précieuse confirmation. Injectant à des lapins de l’urine d’homme courbaturé, il a trouvé qu’elle avait un degré de toxicité beaucoup plus élevé que celle d’un homme au repos.
IjU théorie « chimique » de la fatigue consécutive que nous avons le premier formulée (1), présente un intérêt pratique très grand au point de vue de la thérapeutique par l’exercice. Elle permet de comprendre certains faits d’observation courante qui ne laissent pas d’embarrasser parfois le médecin dans l’applicalion de l’exercice comme moyen de traitement. 11 est certains tempéraments qui éprouvent la courbature avec une intensité particidière, ce sont les tcm-
(1) Phyxiolorjie des exercices du corps. (Ouvrage couronné parl’Acadéiiiie des Sciences.) — Alcan, éditeur, 1888.
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péramenls rlmmalisants ou arthritiques. Ce fait s’explique, d’après la théorie chimique, par l’exagération de l’acide lactique et des autres produits de combustion incomplète qui existent déjà à l’état de repos, chez tous les arthritiques.
Il est très frappant de voir combien l’analyse chimique des urines d’un homme en puissance de diathèse arthritique ressemble à celle d’un homme atteint de courbature de fatigue. Chez le rhumatisant, le goutteux, 1’ « hépatique », l’obèse, la nutrition se fait à l’état normal suivant la même formule chimique que chez l’homme en état de courbature de fatigue; on constate chez lui la même insuffisance des oxydations, et on trouve dans ses urines la même dose exagérée des produits de combustion incomplète. A Vichy, où l’on a si fréquemment l'occasion d’analyser l’urine chez les arthritiques, M. Gautrelet a pu établir, en se basant sur des milliers d’observations, que furine de ces diathésiques, entre autres produits de combustion incomplète, renferme fréquemment jusqu’à cinq et six grammes d’acide lactique par litre, alors qu’une urine tout à fait normale n’en renferme pas du tout. Or l’acide lactique, d’après nos recherches faites en collaboration avec ce chimiste, est pour ainsi dire la caractéristique chimique de la fatigue. Si on analyse l’urine avantl’exercice, et qu’on l’analyse de nouveau le lendemain, alors que le sujet s’est mis en état de courbature, on voit, en comparant les deux résultats, que l’acide lactique a augmenté dans des proportions qui peuvent aller de 1 à 6.
Nos expériences, du reste, ont été confirmées par un observateur qui les ignorait et qui est, de son côté, arrivé aux mêmes conclusions. Marcuse, en étudiant l’ellét de la fatigue sur des soldats de l’armée allemande, a vu qu’après les marches forcées on observait dans l'urine une dose considérable d acide lactique qui n y existait pas précédemment.
C’est donc un fait acquis à la science : la fatigue est due à des modifications passagères des humeurs qui offrent une remarquable analogie avec les anomalies permanentes de la nutrition observées chez les rhumatisants et chez les arthritiques. 11 est très curieux de remarquer que chez ces sujets qui présentent, suivant l’expression du professeur Bouchard, une nutrition «ralentie » et caractérisée par des produits de combustion insuffisamment oxydés, on observe presque constamment la sensation de fatigue même à l’état de repos. 11 est très commun d’entendre les obèses, les arthritiques, les diabétiques se plaindre d’un sentiment excessif de lassitude, le matin au réveil, alors que le sommeil de la nuit devrait les avoir reposés. Cette sensation de fatigue, même à l’état de repos, est intimement liée aux troubles chimiques de leur nutrition et à la dose excessive de déchets de combustion incomplète qui sont accumulés dans le sang. On comprend donc aisément que la fatigue puisse se faire sentir chez eux avec exagération si elle est liée, ainsi que tout porte à le croire, à une augmentation momentanée de ces déchets.
La caractéristique de ce qu’on peut appeler « la formule chimique de la fatigue », c’est l’exagération des produits excrémentitiels de la cellule vivante, produits azotés ou hydrocarbonés, qui restent à un degré inférieur d’oxydation. On désigne ces déchets de la nutrition sous la dénomination de produits de combustion incomplète. Chez l’homme fatigué, la formation de ces produits est exagérée par disproportion entre la trop grande quantité de matière désassimilée qui doit s’oxyder pour être éliminée, et la trop faible proportion d’oxygène disponible qui doit servir à cette oxydation. En effet, chez l’homme qui se livre à un exercice violent sans y être accoutumé, la respiration est toujours insuffisante, ainsi qu’en témoigne le prompt essoufflement qui le force d’interrompre le travail musculaire avant que les muscles ne soient fatigués.
Si l’on s’en rapportait à cet effet consécutif de l’exercice, et si l’on jugeait d’après les modifications observées dans la nutrition le lendemain du jour où le travail musculaire a été effectué, on serait en droit de redouter les conséquences de l’exercice dans les maladies de la nutrition. En effet, l'a caractéristique de ces maladies c’est, au point de vue chimique, l’insuffisance d’oxydation des tissus.
Le tempérament arthritique est un terrain tout préparé pour la courbature de fatigue, puisqu’il y a une véritable affinité entre les troubles permanents de la nutrition qui caractérisent ce tempérament, et les troubles accidentels qu’on observe chez le courbaturé. Et c’est ce qui nous explique ce fait signalé par les observateurs : chez les rhumatisants, la fatigue se manifeste avec plus de violence et se dissipe plus lentement que chez les autres sujets (1).
Mais l’effet d’un exercice exagéré se traduit chez les arthritiques par des effets bien plus caractérisés encore que la sensation de fatigue, et va jusqu’à provoquer l’explosion de certaines manifestations symptomatiques de la diathèse, et l’on voit souvent se déclarer chez un goutteux, par exemple, un accès de goutte à la suite d’un exercice violent.
C’est pour des raisons de même ordre que la fatigue consécutive peut se traduire parfois chez les arthritiques par une crise de migraine ou de dyspepsie, car ces deux symp tomes sont la manifestation fréquente de la diathèse et alternent assez souvent, chez le même individu, avec les crises de goutte.
Il est d’autres sujets chez lesquels la fatigue consécutive se produit avec une facilité toute particulière et avec une intensité parfois dangereuse, ce sont les convalescents. Pour expliquei lavulnéiabilitc de 1 organisme a la fatigue au sortir
(1) Bouchard, Maladies par ralenüssement de la nutrition.
LES EFFETS TIIÉKAPELTIQEES DE L’EXEIICICE.
d’une maladie, il suflU de se rappeler la remarcjuable tendance à la désassimilation que présentent les tissus vivants au moment de' la convalescence. On sait qu’après certains états fébriles, on observe, au moment même où la fièvre tombe, un amaigrissement rapide, par exagération du mouvement de désassimilation. Nous avons dit, d’autre part, que l’exercice musculaire augmente la désassimilation des tissus en activant les combustions organiques. Le travail des muscles va donc exagérer encore, chez le convalescent, la formation des résidus organiques que laissent dans l’économie les combustions vitales.
Les produits de désassimilation, quand ils sont suffisamment brûlés, c’est-à-dire ramenés à leur terme ultime d’oxydation, n’ont sur l’organisme aucune influence nuisible; ils deviennent, s’ils sont azotés, de l’urée, s’ils sont bydrocarbonés, de l’acide carbonique, et, sous cette forme, le sang les tolère aisément, parce que ce sont des produits normaux, aboutissant nécessaire des combustions, faciles à éliminer par le poumon et par le rein. Mais si l’oxydation des tissus vivants n’est pas complète, il en résulte des composés chimiques imparfaits, tels que l’acide urique, la créatinine, les acides lactiques, oxybutyriques, et beaucoup d’autres produits encore que la chimie biologique désigne sous les expressions encore vagues de Icucomaïnes, de toxines^ véritables poisons qui jouent leur rôle dans cette autointoxication d’où résulte la courbature de fatigue. Or, chez le convalescent, la respiration est notablement diminuée, le poumon n’ayant {>as, à beaucoup près, recouvré l’énergie de son fonctionnement normal. 11 n’y a donc qu’une quantité insuffisante d’oxygène mise en présence d’un excès de matériaux désassimilés qu’il faudrait oxyder. De là, formation exagérée des [)roduits de combustion incomplète, et intoxication plus grave de l’organisme par ces produits.
L’exercice doit donc être repris avec prudence chez tous
les convalescents, et la facilité avec laquelle la courbature fébrile se produit, doit faire surveiller attentivement leurs actes musculaires les plus simples, car les ettbrts les plus modérés peuvent constituer pour l’organisme débilité des conditions de fatigue et de surmenage.
Les conséquences de la courbature ebez le convalescent varieront beaucoup, le bon sens le dit, suivant le degré de force qu’il a recouvrée ; mais le point sur lequel il importe d'insister ici, c’est que les dangers de la fatigue varient suivant la nature de la maladie dont relève le sujet. Après une alfection non fébrile, ou franchement locale, la courbature n’entraîne d’ordinaire que des malaises sans gravité, mais si le convalescent vient de traverser un état fébrile grave, et surtout s’il se trouve encore sous le coup d’une maladie infectieuse, on observe très fréquemment des rechutes, plus redoutables parfois que la première atteinte du mal.
On peut expliquer la gravité exceptionnelle de la courbature sur les sujets convalescents d’une maladie infectieuse, en se rendant compte que la fièvre de courbature n’est, au total, qu’un degré atténué de la fièvre, de surmenarje qui offre tout le tableau des affections infectieuses. Suivant certains auteurs et notamment suivant Peter, l’autointoxication par les déchets organiques de la désassimilation qu’on observe dans la fièvre de surmenage serait suffisante pour produire un véritable état typhique. Et pour les auteurs qui n’admettent pas l’identité de la fièvre typhoïde et de la fièvre de surmenage, il est admis, au moins, que la fatigue crée une redoutable prédisposition au typhus et aux états analogues. — On pourrait citer à l’appui des faits d’observation déjà cites, ceux provoques expérimentalement sur des animaux et d’où il résulte que des rats restés réfractaires à 1 inoculation d une maladie infectieuse quand ils étaient au repos, ont pu contracter la maladie quand on les avait forcés à subir une fatigue excessive. Rien de surprenant dès lors,
([UG lu f&tiguG puisse creer chez un convfilescent de fièvre typhoïde toutes les conditions favorables à une nouvelle éclosion des germes encore mal éteints. Toujours est-il que tous les médecins ont eu l’occasion d’observer des rechutes graves de fièvre typhoïde chez des malades qui s’étaient levés trop tôt.
Si on s’étonnait que le fait de passer quelques heures hors du lit pût constituer une condition de surmenage, c’est qu’on ne comprendrait pas que la fatigue et le surmenage ne sont pas corrélatifs de la dose d’exercice exécuté par les muscles, mais du rapport qui existe entre le travail effectué et la résistance de l’organisme qui le subit. Et si l’on ne tient pas compte, chez le convalescent, de la vulnérabilité excessive des organes, si l’on permet trop tôt certains actes musculaires même des plus simples et, en apparence, des moins fatigants, il pourra se faire que ces mouvements, bien que demandant très peu d’efforts, suffisent pour provoquer tous les symptômes de la fatigue et exposer le malade à ses effets consécutifs.
Tout homme qui a passé par une longue maladie sait quelle sensation de lassitude peuvent causer au convalescent les actes le plus usuels de la vie. Endosser un vêtement, marcher quelques pas, déplacer un meuble, sont autant d’occasions d’elforts inattendus, d’où résultent la lassitude et l’essoufllement. La rentrée en possession de chacune des habitudes de la vie domestique nécessite une accoutumance graduelle du corps à la fatigue, par le raffermissement progressif des organes.
L’action thérapeutique de l’exercice ne doit pas se déduire de scs eficts immédiats. Le résultat définitif qu’on doit en retirer se fait attendre plus ou moins longtemps après s’être manifesté parfois par des cITets inverses de ceux qu’on voulait obtenir.
Voici un exemple remarquable de la lenteur avec laquelle s'établissent parfois les résultats définitifs de l’exercice. On soit que l’eflet le plus constant et run des plus utiles des exercices gymnastiques, chez l’homme jeune et bien portant, c’cst de faire grossir la poitrine. M. Marey a fait des mensurations sur les jeunes soldats de l’École de Joinville et a constaté que, chez la plupart, le périmètre du thorax était augmenté de' 3 et 4 centimètres après six mois d’exercicc. Mais une curieuse observation du D' Roblot, médecin de l’École militaire de gymnastique, a montré qu’au bout de quatre ou cinq semaines, tous les gymnastes sans exception présentaient une diminution très notable de la circonférence thoracique.
Ces deux observations contradictoires en apparence, mais exactes l’une et l’autre, prouvent seulement que pour juger sainement des résultats de l’exercice, il ne faut pas tirer de ses premiers elfets des conclusions trop hcâtives. Hans le cas du D'' Roblot, la diminution du périmètre thoracique dans les débuts est due à la fonte des tissus graisseux, et ce n’est qu’après ce résidât préliminaire que le développement hypertrophique des muscles et l’accroissement de volume du poumon amènent le résultat définitif et, si l’on peut ainsi parler, le résultat» légitime » de l’exercice qui est l’augmentation réelle du thorax constatée par M. Marey.
En résumé, les elTets de l’exercice présentent toujours deux phases distinctes. L’une, passagère et habituellement courte, mais qui se prolonge parfois assez pour causer quelques mécomptes aux malades et au médecin, n’esl pour ainsi dire qu’une étape sur la route qui mène au résultat final, — étape presque toujours un peu pénible et souvent semée d’écueils; — c’est la période de fatigue. If autre, qui est durable, représente le résultat vraiment salutaire de 1 exercice et le but vers lequel doit tendre le traitcmenl ; c’est 1 état d entraîne ment., qu il nous reste a étudier à présent.