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CHAPITRE IV

Les degrés de l’entraînement.— Rôle thérapeutique de l’entrainement.— Le « dosage » de l’e.vercice.

Les degrés de l’ entraînement.

Les hommes de sport appellent condition d’entraînement 1 état physiologique caractérisé par la pleine possession de toute la force et de toute la résistance que l’organisme est susceptible d acquérir; et ils arrivent a ce summum de capacité fonctionnelle par la pratique méthodique de l’exercice physique et par la répétition d’efforts musculaires progressivement augmentés.

Si on comprend ainsi l’état d’entraînement, les pratiques qui y conduisent n’ont rien de commun avec la thérapeutique et ne peuvent s’appliquer à des malades, ni même à des sujets débilités. Il faut les réserver aux atlilètes.

Mais l’entraînement a des degrés. Si \' entrainement athlétique s’applique exclusivement à des hommes déjà loris ayant l’ambition de dépasser le niveau moyen de la force humaine, on peut, par contre, appliquer l’exercice progressif à des hommesdontla résistance et la force sont descendues au-dessous de la noimnile, dans le but de ramener leurs organes à un degn'i moyen de force et de résistance. Dans ce cas l’objectif de l’entrainement n’est plus de donner à riiomme une force supérieui'e à celle des autres hommes, mais de l’amener à se maintenir à ce degré moyen de capacité fonctionnelle qui assure la conservation de la santé.

Ainsi compris, l’entraînement devient une pratique d’hygiène et non plus de sport. Toutefois X entraînement hygiénique, procède suivant la même méthode que l’entraînement athlétique. c’est-à-dire par des efforts musculaires répétés avec persistance, et augmentés suivant une progression régulière. Il n’y a entre les deux qu’une différence de degré.

Enfin l’entraînement peut s’appliquer à des sujets qui ne sont pas seulement affaiblis, mais malades. Et pour ces derniers encore la méthode est toujours la même, c’est l’application progressive de l’exercice. Mais on comprend avec quelle prudence et quelle minutieuse attention doit être dosé l’exercice, dans cette forme de l’entraînement que nous appellerons X entrainement thérapeutique.

Avant d’aller plus loin, il faut rappeler que la signification du mot« entrainement » présente, dans notre langue un certain nombre de nuances. On l’emploie aussi bien dans le sens passif que dans le sens actif; il veut dire aussi bien aptitude à faire un effort intense que faculté de supporter une sensation violente ; enfin on l’emploie au moral aussi bien qu’au physique. Mais, au fond, les acceptions diverses dans lesquelles le mot peut être pris se rapportent à la même idée fondamentale, qui est l’idée XX accoutumance .

C’est là, en effet, la clef de toutes les modifications produites par l’exercice dans les organes vivants. La répétition d’un acte physiologique augmente l’aptitude de l’organisme à exécuter cet acte, de même que le renouvellement fréquent d’une sensation atténue progressivement son retentissement sur l'organisme. Si l’accoutumance au travail produit l’entraînement des muscles et augmente leur force, l’accoutumance au froid produit l’entrainement de la peau et diminue d’autant le danger des refroidissements.

Le mot d’ « entraînement » tend à se substituer à celui d’accoutumance, sinon dans la langue absolument correcte, au moins dans le langage qui veut être e.xpressif. Et celte ten-

dance est, au fond, très logique; elle dérive de l’idée parfaitement juste que l’accoutumance à l’exercice est le procédé le plus sûr pour fortifier les organes et en perfectionner le fonctionnement.

Nous prendrons donc le mot dans cette acception, et nous dirons que la thérapeutique doit viser l’entraînement comme but et fin de l’e.xercice.

Rôle thérapeutique de Tentraînement.

L’état d’entraînement consiste, au fond, dans la persistance, la fixation pour ainsi dire à demeure sur les organes, des effets locaux et généraux de l’exercice. Ces résultats lents, mais durables, diffèrent complètement des effets immédiats et des effets prochains de l’exercice, qui sont toujours passagers, et souvent nuisibles, ainsi que nous l’avons dit en parlant des diverses formes de la fatigue.

Le premier résultat local de l’exercice est de fatiguer le muscle qui a travaillé et de l’affaiblir momentanément. L’effet de l’entraînement est, au contraire, de rendre le muscle plus fort, plus résistant à la fatigue. Ce rapprochement peut servir d’exemple fondamental pour faire bien ressortir la différence entre les effets immédiats de l’exercice et ses résultats définitifs.

On trouve le môme contraste entre tous les effets de la fatigue comparés aux résultats de l’entrainement.

En passant des effets locaux aux effets généraux, nous voyons qu’à la suite de l’exercice violent, le poumon s’essouflle, que la circulation s’accélère avec violence, que la peau est le siège d’une sudation exagérée, que le système nerveux se sure.xcite parfois à l’extrême. Et pourtant, si l’on e.xécute chaque jour le meme exercice, si l’on se soumet, par conséquent, à la meme cause de perturbation de toutes les fonctions vitales, il arrive que tous ces troubles fonc-

tionnels, loin de s’aggraver en se répétant, s’atténuent progressivement et disparaissent; an lieu de s'atlolcr de plus en plus, les fonctions se régularisent et se calment, et le même travail qui, dans le début, bouleversait tout l'organisme, finit par s’exécuter au milieu de la tranquillité parfaite de tous les organes. Le poumon conserve son jeu régulier, le cœur n’accélère pour ainsi dire pas son rythme, la peau se mouille à peine d’une légère transpiration, et le système nerveux demeure juste à ce point d’excitation modérée qui est la condition la plus favorable à son fonctionnement régulier. — C’est ce qu’on exprime en disant que par l’exetcice l’homme s’accoutume à la fatigue.

Ce n’est pas tout, si l’on étudie les fonctions à l'état de repos, chez l’homme entraîné, on voit que les modifications produites sur elles par la répétition du travail sont absolument en sens inverse de celles qu’y produisait la fatigue. Par le fait de l’entraînement, le pouls devient moins fréquent et plus régulier, les mouvements respiratoires plus lents et plus profonds, le système nerveux plus calme, la transpiration plus modérée.

Ce calme de toutes les fonctions organiques est loin d’accuser une diminution de leur énergie. On sait, par exemple, que la répétition fréquente du pouls est presque toujours un indice de la faiblesse du cœur qui cherche à suppléer à l’insuffisance de ses battements en les multipliant. De môme les respirations courtes et précipitées sont le signe de l’insuffisance de l’hématose; la respiration vraiment efficace pour introduire beaucoup d’oxygène dans le sang est celle qui fait pénétrer l’air lentement dans les alvéoles pulmonaires, distendant progressivement le poumon jusqu’à sa dernière limite d’élasticité, et l’y laissant séjourner assez longtemps pour permettre à l’oxygène d’entrer dans le sang, à l’acide carbonique d’en sortir. C’est justement suivant' ce rythme ralenti que respirent les

Laouange, — Méd. par l'cxurc. 6

LES EFFETS ÏHÉnAPELlTlQÜES J)E L’EXERCICE.

gymnastes qui ont passé six mois à l’école de Joinville, soumis à des exercices quotidiens d’entraînement. D’après les observations faites par MM. Marcy et Demeny, les memes hommes qui, a leur entrée à l’école de gymnastique respiraient, fl l’état de repos, 16 fois par minute, ne respirent plus que 12 ou 13 fois à leur sortie; en revanche, en mesurant à chacune de leurs respirations le degré de soulèvement des côtes, on constate que l’ampleur du mouvement d’inspiration a gagné jusqu’à deux et trois centimètres d’étendue.

On nous reprochera peut-être d’insister sur des faits trop connus, et de plaider une cause gagnée. Mais si on connaît bien en théorie la différence qui existe entre les effets de la fatigue et ceux de l’entraînement, on n’en tient pas assez compte dans la pratique ; si la cause de l’entraînement est gagnée en physiologie, et même en hygiène, elle ne l’est pas encore en thérapeutique. La grande cause de prévention contre l’emploi de l’exercice physique dans les' maladies, c’est qu’on ne pense pas assez aux résultats définitifs. de ce moyen de traitement, qu’on redoute trop ses effets immédiats : on perd de vue les bénéfices de l’entraînement, et on ne voit que les inconvénients de la fatigue. Tel mouvement, par exemple, sera défendu dans les affections des voies respiratoires, parce qu’il exagère le travail de la respiration et tend à l’essoufflement; tel autre dans les maladies cardiaques, parce qu’il active la circulation et précipite les battements du cœur; — et l’on oublie que c’est justement en exagérant chaque jour (bien entendu, avec mesure et prudence), le fonctionnement de ces deux organes, qu’on arrive à le rendre plus calme et plus régulier.

11 est intéressant de suivre jusque dans les actes intimes delà nutrition, ce contraste dans les effets de la fatigue et ceux de l’entraînement. Nous avons vu que la fatigue avait des effets consécutifs à longue portée qui s’appellent la

DE L'ENïRAINEMENT EN THÉHAPELJÏIQUE. 83

courbature, la fièvre de fatigue, le surmenage par autointoxication. Ces effets résultent de troubles intimes de la nutnlion, ainsi que le moiUi-e l'analyse chimique des humeurs et du sang. La caractéristique de ce qu’on pourrait appeler la « formule chimique » de la fatigue, c'est l'exagération des pi oc uits excrenienlitiels de la cellule vivaiile, produits azotés

ouhydroearbonésquirestentàundégréinférieurd’oxydation

et qu’on appelle produits de combustion incomplète. Chez homme fatigué il y a disproportion entre la trop grande quantité de matière désassimilée sous l’inlluence du travail muscuaire, et la trop faible proportion d’oxygène introduit dans le sang par la respiration qui s’essouffle et devient insufflsante. r les matériaux organiques désassimilés ont besoin, pour etre éliminés, de s’oxyder, de se brûler „, et i^ quantité tiop aible d o.xygène disponible rend leur combustion ineomplèle. Ou voit alors les produits de désassimilation rester a un degre inferieur d’oxydation et donner naissance, au lieu d acide carbonique, à de l’acide lactique et oxybutyrique ;

U leii d Uiee, a de l’acide urique, de la créatinine, et autres matières dites . extractives » qu i saturent le sang et qu’on retiouve dans les excrétions et notamment dans les urines

et si l’on ir d®

ir io 1 Observées dans la

on la lendemain ou le surlendemain du jour où le tra-

va. musculaire a été elfectué. ne serait-on pas en droU

redouter les conséquences de l’exercice dans les maladies

ca.acterisees par le ralentissement de la nutrition? En ellH la

ca, acteristique de ces maladies, c’est, au point de vue de la ch biologique, l’insuffisance d’oxydation des tissus désassi:

Chez tous les «ralentis de la nutrition », chez le goutteux le gravelleux, l’arthritique, il se forme en excès des pimdl’ de combustion incomplète, de l’acide urique de la créât' nine.de l’acide lactique., I semble donc rationne, de se

cette question : l’exercice ne va-t-il pas exagérer les anomalies des actes cliimiques de la nutrition au lieu de les alténuer? Et, enellet, chez les goutteux, par exemple, l’exercice exagère momentanément les conditions morbides dans lesquelles se fait la nutrition. La fatigue consécutive reproduit, pour ainsi dire expérimentalement, les symptômes de la diathèse arthritique comme la fatigue immédiate simulait les troubles fonctionnels des maladies du cœur et du poumon.

Mais l’entrainement, c’est-à-dire le résultat définitif de l’exercice, aboutit, nous l’avons déjà dit, à des résultats inverses des effets passagers de l’exercice. Si l’on répète chaque jour avec persistance les mêmes actes musculaires qui avaient, en principe, provoqué l’oxydation insuffisante des tissus et les troubles caractéristiques de la nutrition ralentie, on voit s’établir des modifications de la nutrition absolument inverses. Les oxydations finissent par conserver, même pendant l’exercice violent, leur formule normale, et l’on cesse de rencontrer dans les urines les produits anormaux de combustion comme les acides lactique et oxybutyrique; on cesse d’y constater l’augmentation des substances extractives comme la créatinine et l’acide urique qui restent à leur taux normal. Bien plus, l’homme à combustions lentes prend, sous l’influence de l’entraînement, de nouvelles habitudes de nutrition et ses humeurs, étudiées à l’état de repos, renferment moins de produits d’oxydation incomplète, et notamment moins de produits acides.

On ne peut guère, dans l’état actuel de la science, présenter autrement que sous forme d’hypothèse l’exposé du processus physiologique suivant lequel l’entraînement produit ces rnodilications inlerncs de la nutrilion. 11 faut remar([uer, cependant, qu’elles sont paralhdes aux modilications qui se produisent du côté de la respiration, et il semble logiciuc de croire que l’oxydation plus parlailc des

produits de désassimilation, chez l'homme entraîné, est due au perfectionnement de l’aptitude respiratoire. On sait en effet que le résultat le plus frappant de l’accoutumance au travail musculaire, c’est la disparition de l’essoufflement par suite de l’aptitude qu’acquiert le sujet à faire des respirations plus amples et mieux rythmées, et, par conséquent, à introduire plus d’oxygène dans le sang. Cette aptitude nouvelle a pour conséquence rationnelle, on le comprend, de créer les conditions voulues pour parfaire les oxydations organiques, et pour brûler complètement les produits de désassimilation.

Les nouvelles « habitudes » de nutrition développées par 1 entrainement n ont pas été exposées, jusqu’à présent, sous la forme que nous donnons ici à cette étude. Cependant, si on passe en revue ce qui a été écrit par les auteurs les plus autorisés en la matière, on verra que leurs conclusions, au sujet de l’exercice, ne sont nullement en désaccord avec les nôtres. Nos expériences personnelles sur l’entraînement nous ont seulement amené à trouver une formule plus nette pour des faits encore un peu vagues et dont la portée

pratique n’avait pas été mise en lumière avec toute la netteté désirable.

Voici, par exemple, l’opinion émise par quatre observateurs differents, tous quatre d’une valeur incontestée, à propos de l’inHuence exercée par le travail musculaire sur 1 augmentation des produits de combustion incomplète, tels que l’acide urique et les urates.

Beclard,se basant sur ce fait qu’un animal sauvage étudié a 1 état de hberté, et par conséquent à l’état d’exercice continuel, éliminé moins d’acide urique que lorsqu’on l’étudie à l’etat de captivité, c’est-à-dire à l’état d’inaction, en conclut que « l’exercice musculaire dimhme la formation de 1 acide urique et des urates ».

M. Lécorclié affirme, au contraire, que l’acide urique et

les urates augmentent à la suite de l’exercice musculaire.

Ces deux auteurs, d’opinions en apparence si dilTérentes, se trouvent avoir l’un et l’autre raison. Leur divergence tient simplement aux conditions dans lesquelles ils ont observé.

Il est vrai, ainsi que l’affirme Béclard, qu’un animal à l’état sauvage et soumis, par conséquent, à l’exercice musculaire le plus actif, fait moins d’acide urique qu’un animal immobilisé par le séjour en cage, et il est vrai pourtant, ainsi que l’affirme Lécorché, que l’exercice musculaire augmente par le fait de l’exercice; car, chez le même animal dont l’immobilité forcée a augmenté l’acide urique et les urates, on verrait ces produits de combustion incomplète augmenter encore si on l’étudiait, aussitôt après l’avoir remis en liberté, pendant les jours où il se trouverait passer tout à coup de l’immobilité à l’exercice forcé. Et c’est cette transition même, à proprement parler, — et non l’exercice — qui constituerait pour l’animal la condition essentielle de l’augmentation des urates.

Il faut donner la même interprétation aux conclusions de M. Bouchard et de M. Guyon qui semblent, au premier abord, se contredire autant que les auteurs précités, et qui s’accordent au fond, l’un et l’autre, avec le résultat de nos propres travaux.

L’exercice « modéré », dit M. Bouchard, fait l’acide

urique et les urates, etl’exercice « violent» les {-à\\. augmenter.

Un exercice « très faible », dit M. Guyon, augmente Xet's, urates et l’acide urique, et une vie « très active » les fait diminuer.

Ces deux auteurs, encore, n’ont entre eux que des contradictions apparentes, tenant à ce (pi’ils n’ont pas précisé la , valeur de leurs termes, et on va voir qu’un commenlairc basé sur nos propres recherches peut aisément les mcltie d’accord. Tous deux ont constaté des faits réeis, mais ils n’ont pas vu le lien qui les rattache, et qui est la condition

physiologique où se trouve le sujet. C’est Uétat d’entraînement ou de non-entraînement qui est la raison essentielle des variations de l’élimination de l’acide urique — aussi bien que de celle de tous les autres produits de combustion incomplète, créatinine, acide lactique, etc. — Si l’homme était bien entraîné, ce serait une erreur de dire avec M. Bouchard, que l’exercice violent augmente chez lui Uacide uiique, tandis que ce résultat se produirait réellement chez l’homme non entraîné. De même on peut dire avec M. Guyon qu un exercice très faible, c’est-à-dire une vie trop sédentaire, augmente la formation de l’acide urique; on peut dire aussi quùine vie active les fera diminuer, mais cela à la condition expresse quel activité soit très progressive et ne passe pas à un degré excessif, avant que le corps ne soit peu à peu accoutumé à l’exercice. Si l’activité musculaire était brusquement poussée jusqu’à l’exercice violent, avant que l’état d enti aînenient n eût été acquis, on verrait momentanément l’acide urique augmenter.

On le voit, l’opinion des auteurs qui nous ont précédé ne peut que confirmer la nôtre; elle renfermait déjà, pour ainsi dire, en germe, les vérités que nos expériences personnelles nous ont permis de préciser plus nettement.

De tout ce qui précède, on doit conclure quil ne faut pas juger les résultats définitifs de l’entraînement d’après les etléts passagers de la fatigue, pas plus dans les maladies générales de la nutrition que dans les affections localisées sur les organes.

toutefois, il est hors de doute que la similitude, l’identité même des phénomènes de la fatigue avec ceux de diverses maladies, peuvent amener l’aggravation momentanée des symptômes qu’on se propose de combattre par l’exercice et môme aggraver définitivement la* maladie. Si on exagère l’exercice, on peut donner aux symptômes locaux et gLé-

LES EFFETS THÉRAPEUTIQUES DE L’EXERCICiE.

raiix de la faligue une violence redoutable; on peut causer aux malades atteints d’alTection pulmonaire, de dangereuses crises d’essoufflement; à ceux qui soudrent d’une atïection du coeur, des palpitations et ,des attaques d’asystolie; à ceux qui se trouvent en imminence d’accès de goutte, on peut donner une crise violente en exagérant, tout d’un ■ coup, l’excès d’acide urique et l’bypéracidité des humeurs. Mais ne pourrait-on provoquer des accidents plus redoutables , encore avec tous les autres agents thérapeutiques, si on n’en surveillait pas le dosage et le mode d’emploi? Il faut considérer l’exercice, dans certains cas, comme un agent thérapeutique aussi délicat à manier que les remèdes les plus actifs. Mais il est facile, si on sait en réglementer méthocfi- . quement le mode d’administration et le dosage, de faire bénéficier le malade de ses bienfaits, sans l’exposer cà aucun danger. 11 suffit pour cela de savoir l’amener à la condition d’entraînement, sans le faire passer par la fatigue.

C’est là, justement, le secret de la thérapeutique par l’exercice. Nous verrons qu’il se résume en une double formule : savoir exactement déterminer la dose d'efforts, et choisir la forme de mouvements qui conviennent à chacun.

Si on regarde un homme qui a subi l’entraînement en vue

d’une épreuve athlétique, et s’est mis dans cet état physiologique que les Anglais appellent la « condition » parfaite, et si on le compare à un autre homme du même âge, dont les muscles n’ont jamais travaillé et qui a toujours été astreint à la vie sédentaire, il semble qu’on ait devant soi deux types de races différentes.

Chez l’athlète des muscles énormes font relief à travers une [)eau fine et dépourvue de graisse, la poitrine est saillante, le ventre évidé; les efforts musculaires sont faciles, puissants; ils peuvent se réi)éter avec énergie et vitesse sans provo(iuer aucun trouble du cœur ou du i)Ou-

mon, se prolonger presque indéfiniment sans amener la fatigue. Au contraire, l’homme qui n’a jamais fait ni travail corporel ni exercice, a tout le système musculaire grêle et flasque, ou bien noyé de graisse, le ventre saillant, la poitrine rentrée. Chez lui les mouvements sont difficiles, les membres incapables d’un effort énergique; ou bien si les muscles sont naturellement vigoureux, leur force ne peut se manifester par un travail quelconque sans qu’il en résulte dans l’organisme entier des perturbations profondes ; tout effort énergique et répété s’accompagne d’essoufflement, de palpitations, et si le travail se prolonge, il est suivi de tout le cortège des malaises locaux et généraux de la fatigue. Et pourtant si l’on soumet l’homme de vie sédentaire à un exercice méthodique et progressivement augmenté, on pourra le transformer, en moins de deux mois, au point de le rendre absolument semblable h l’athlète. Il lui sera facile d’acquérir, s’il est bien dirigé, la même conformation physique, la même aptitude au travail musculaire, la même immunité contre les diverses formes de la fatigue.

Les hommes qui ont poussé au dernier degré la culture intensive de leurs aptitudes physiques, et qui ont atteint le maximum de l’entraînement, semblent, — comme le disait Royer- Collard en décrivant, à l’Académie de médecine, la conformation des boxeurs anglais, — « absolument dilférents des autres hommes ». Et cependant ces hommes entraînés, qui nous semblent dotés artificiellement d’aptitudes physiques en quelque sorte surhumaines, n’ont fait autre chose, en réalité, que rentrer en possession de la conformation naturelle et des qualités corporelles normales de l’être humain. S’ils dillèrent à un si haut point du type ordinaire des hommes parmi lesquels ils vivent, ce n’est pas qu’ils se soient élevés au-dessus du niveau de la force et de la résistance humaines; c est que la majorité des autres hommes est descendue au-dessous.

Cette distinction n’est pas une subtilité. Elle tend à présenter sous son véritable point de vue l’agent thérapeutique qu’on appelle l’exercice. L’exercice n’est pas un moyen d acquérir des aptitudes nouvelles ni même de « perfectionner » les aptitudes naturelles; c’est la condition sine qua non du développement intégral de ces aptitudes.

Aucun organe ne peut se développer sans exercice. Bien plus! Aucun organe ne peut s’entretenir et se conserver, en d’autres termes ne peut se nourrir, s’il ne fonctionne pas. L’activité du processus nutritif varie suivant le degré d’intensite de 1 exercice. L’observation des faits nous révèle cette loi formelle, que la nutrition d’un organe augmente ou diminue suivant que son fonctionnement s’accroît ou se ralentit. Prenons un homme dont l’exercice musculaire est réduit à son minimum, et dont les muscles paraissent être descendus à la dernière limite possible de l’atrophie ; immobilisons ses membres dans un appareil qui supprime tout mouvement, et nous verrons les muscles s’atrophier encore.

On sait même qu’à force de temps et d’immobilité on verrait les fibres musculaires disparaître tout à fait, et dégénérer en tissus fibreux.

L’entraînement a des degrés ; mais il ne faut pas oublier qu’il a aussi des limites. On ne peut augmenter indéfiniment la force et la résistance de l’homme. Arrivé à un certain degré qui est le maximum du développement et de la résistance des organes, la progression de l’exercice doit forcément s’arrêter, sous peine de tomber dans le surenlrainement, qui est le point où cesse l’immunité pour la fatigue, et où commence le danger de surmenage et d’épuisement. A ce point on est sorti des conditions auxquelles la nature a soumis l’entretien normal des organes, et l’exercice, alors, au lieu d’en favoriser le développement et la conservation, tendrait à les atrophier et à les détruire. On sait qu’un muscle

surmené diminue de volume et perd de sa force. 11 en est de même de tous les autres organes du corps vivant.

Les effets de l’entraînement se caractérisent essentiellement par l’augmentation de la capacité fonctionnelle des organes soumis à l’exercice. Mais toute modification dans la fonction suppose d’ordinaire une modification dans l’organe lui-même, ou dans les appareils organiques auxquels il se rattache, appareil d’innervation ou de circulation. Ce sont ces modifications directes ou indirectes des divers organes ou appareils organiques qui constituent les effets thérapeutiques de l’exercice.

Ces modifications peuvent porter sur l’ensemble de l’organisme ou se manifester plus spécialement sur telle ou telle région, sur tel ou tel organe. En un mot, on peut obtenir par l’exercice méthodiquement appliqué soit une modification totale de 1 économie, soit des modifications locales et 'partielles. Mais ces résultats sont subordonnés au mode d’application de l’exercice et impliquent, naturellement, des procédés variables, suivant qu’on veut obtenir les effets généraux du mouvement musculaire ou ses effets locaux.

Les effets locaux de l’exercice dépendent du choix des muscles mis en jeu, si le mouvement est actif; du choix des leviers osseux mobilisés, si le mouvement est passif; du choix de la région massée, si le mouvement est moléculaire et prend la forme de massage.

Les elfets généraux de l’exercice dépendent de la quantité totale de travail elfectué par les muscles si le mouvement est actif; de la violence des déplacements communiqués aux leviers osseux si le mouvement est passif; de Eintensité des pressions et des secousses subies par les tissus mous, si le mouvement est moléculaire.

Au total toutes les méthodes d’exercice tliérapeutique sont des procédés d’entraînement, mais les unes comme la plu-

part des systèmes de gymnastique, et particulièrement la gymnastique suédoise, visent plus spécialement à produire nu entrainement local; les autres, comme les exercices libres, les jeux, les exercices de sport, tendent plutôt à l’entrainement général.

Le « dosage » de l’exercice.

Que rentraînement thérapeutique soit appliqué en vue de fortifier localement une région du corps et un organe déterminé, ou bien qu’il vise à faire sentir rinfluence modificatrice de l’exercice cà l’ensemble des éléments organiques et aux fonctions les plus intimes de la nutrition, son application doit toujours être soumise à la grande loi qui régit tous les faits de l’accoutumance. Il faut que les modifications produites dans les habitudes physiologiques des organes soient lentes^ progressives et méthodiquement graduées.

Tous les insuccès et tous tes mécomptes de l’exercice appliqué aux malades tiennent à l’inobservation de cette loi.

Les procédés de l’entraînement^ en thérapeutique, doivent être basés : 1" sur l’évaluation préalable des elïéts cà produire; 2® sur la notion des moyens à employer pour limiter rigoureusement ces elïéts au degré d’intensité voulue. C’est ainsi que procède la tliérapeutique ordinaire dans l’emploi des médicaments. On pèse minutieusement la substance chimique de la médication pharmaceutique. De même la médication par l’cxcrcice doit être soumise à un dosage rigoureux.

f.o dosage de l’exercice résume toute la pratique de l’entrainement tliérapeutique, aussi bien quand l’entraînement est local que lorsqu’il est général.

On sc sert d’ordinaire, pour régler l’intensité de l’excr-

DE L’ENTRAINEMENT EN TIIÉRAI’EUTIQUE.

cice, d’une méthode qu'on pouiTait appeler « physiologique », en ce sens qu’on prend pour mesure l’intensité des réactions subies par l’organisme, en fixant comme limite de la dose maximum, la manifestation de la fatigue. Ce procédé serait le plus sûr de tous si les manifestations de la fatigue étaient moins subjectives, car il conduit pour ainsi dire automatiquement le sujet à l’augmentation croissante des doses. En effet, par la pratique quotidienne d’un exercice, on voit reculer chaque jour la limite de la fatigue, parceque la capacité fonctionnelle de l’organe exercé s’accroît

chaque jour. Sidonc on fait chaque jour de l’exercice jusqu’au moment où la fatigue apparaît, on se trouve augmenter le travail juste en raison de la résistance du sujet. Malheureusement il n est pas toujours facile de reconnaître cette limite

physiologique à laquelle on doit s'arrêter, car la fatigue ne se fait parfois sentir que le lendemain.

Mais il est des procédés de dosage plus méthodiques et plus scientifiques. Ces procédés n’attendent pas les manifestations de la fatigue, mais mesurent d’avance l’intensité de l’elTort. Ils prévoient la quantité de travail nécessaire et mettent en œuvre divers moyens pour en assurer le dosage rigoureux. Nous exposerons en détail ces procédés, eit étudiant les diflérentes méthodes d’exercice employées dans un but thérapeutique, et nous verrons, par exemple, que la gymnastique suédoise a toujours une série nombreuse de mouvements pour mettre en action un même groupe musculaire, et que ces variantes dans la forme de l’exercice ont pour but de soumettre les mêmes muscles à un elfort de plus en plus intense suivant leur degré d’accoutumance au travad. Parfois, comme dans la gymnastique « mécanique » le dosage est plus rigoureux encore. On oppose au même mouvement un obstacle représenté par un poids connu ce qm permet d’évaluer à un gramme près l’intensité de l’effort.

C est le résultat auquel est arrivé le Suédois Zander avec

LES EFFETS THÉUAPEUTKjüES DE L’EXERCICE.

ses ingénieuses machines dont nous donnerons plus loin la description.

A côté du dosage de l’elïbrt musculaire local, il est facile d’imaginer encore des procédés qui permettent de graduer à 1 avance les effets généraux de l’exercice, en évaluant méthodiquement la quantité de travail que le malade devra elfectucr. Nous étudierons sous le nom de « cure-de-terrain « un système d’entraînement fondé par le professeur OErtel, de Munich, qui consiste à graduer le travail représenté par la marche, en faisant marcher progressivement chaque jour le malade pendant un temps de plus en plus long, et sur des chemins de plus en plus escarpés.

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