ACTION PLUS GÉNÉRALE SUR L'ORGANISME
4° Théorie de l’action sédative
sur le système nerveux central.
Au début de l’histoire de la quinine, on attribua à cet alcaloïde une action sédative générale sur l'organisme, résultant d’une diminution de l’excitabilité des centres
nerveux ; on lui rapporta tous les effets de l’alcaloïde,
mr.
y compris l'action de*celui-cei sur la fièvre et son effet dépresseur sur le myocarde.
Certains observateurs invoquèrent l’action de l’alcaloïde sur des centres encéphaliques plus ou moins hypothétiques. C’est ainsi que L. Colin, s'appuyant sur les travaux de Tschechichin, qui avait décrit des centres encéphaliques modérateurs de l’innervation vaso-motrice, attribua l’action sédative de la quinine sur le cœur, de même du reste que son action antithermique, à une excitation de ces derniers. à
D’autres virent dans l’action cardiaque de la quinine un phénomène, non plus cérébral, mais médullaire, et une conséquence de la diminution de l’excitabilité réflexe de la moelle.
Sans doute la diminution de l’excitabilité réflexe de la moelle sous l'influence de la quinine est un phénomène très réel, dont Eulenburg et Simon en 186%, Chapéron en 1869, Von Schroff Junior en 1875, Gurci en 1877, firent une étude systématique. Mais la théorie qui tendait à mettre les effets cardiaques de celle-ci sous la dépendance de ce phénomène d'ordre général, fut définitivement condamnée par les recherches précises de Meihuizen. Celui-ci montra en 1873 que, chez la grenouille, on voit, sous l'influence de la quinine, se produire un ralentissement, puis l'arrêt du cœur, avant que l'exeitabilité réflexe de la moelle ait présenté aucune modification. Cette excitabilité ne commence à diminuer qu'après l'arrêt du cœur ; et bien loin que les troubles de la circulation en dépendent, c’est elle-même qui est
la conséquence de ceux-ci. Les expériences de Meïhui-
a tes zen montrent done que la diminution de l’excitabilité réflexe de la moelle n’est pour rien dans les effets de la
quinine sur le cœur.
2 Théorie de l'action vaso-motrice.
De mème que l’on avait d’abord considéré l’action de la quinine comme essentiellement cérébrale et médullaire, un certain nombre d'auteurs, vers le milieu du xix° siècle, vinrent affirmer qu'elle était essentiellement vaso-motrice.
À cette époque, on ignorait encore les effets accélérateurs directs du sympathique sur le rythme cardiaque. D'autre part on ne connaissait de son action vasculaire qu'une action vaso-constrictive par excitation et une action vaso-dilatatrice par paralysie. Aussi les effets vaso-moteurs de la quinine furent-ils conçus ditféremment, les uns croyant qu’elle produisait une vasodilatation en paralysant du sympathique, les autres une vaso-constriction en excitant ce dernier. Mais quoi qu'il en fût de ces divergences d'opinion, sur lesquelles nous reviendrons quand nous étudierons l’action vasculaire de la quinine, le fait essentiel est le suivant : on accorda à cette action vaso-motrice de la quinine une importance très exagérée, et beaucoup de médecins et de physiologistes s'efforcèrent d’y trouver l’explication de tous les effets de l’alcaloïde. Ses effets cardiaques n'échappèrent point à cette syslématisation, et certains auteurs affirmèrent que le ralentissement du rythme et la diminution de l'énergie contractile causés par la qui-
LS nine, étaient dus à son action vaso-constrictive, entrai-
nant un ralentissement de la circulation et même un arrêt du cœur, sans que l’alcaloïde eût à aucun moment d'action directe sur cet organe. C’est la théorie défendue par Guido Cavazzani et soutenue par Goyon dans
sa thèse.
Nous verrons plus loin que l’action vaso-motrice de la quinine sur laquelle avaient tant insisté les auteurs du xix° siècle, est en réalité très secondaire et nullement en rapport avec l’action directe de l’alcaloïde sur le cœur. Aussi la théorie précédemment exposée ne repose, comme la théorie cérébro-médullaire, sur au-
cune base sérieuse.
Au contraire les physiologistes qui firent des expériences rigoureuses arrivèrent très vite à la conclusion que la quinine exerce une influence directe des plus frappanies sur le fonctionnement du cœur. Dès 1847,
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Briquet fut en mesure de l’aftirmer.