‹ La Médication quinique et quinidique du CœurChapitre 12 sur 106 · AS · texte numérisé non relu

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indépendante du vague, du sympathique et du système nerveux central.

2° Théorie de l'action exclusive sur le myocarde.

Aussi s’édifia-t-il une théorie qui récolta rapidement les suffrages d’un grand nombre de physiologistes français et étrangers, et suivant laquelle les effets cardiaques de la quinine étaient dus, à l’exclusion de tout autre cause, à une action directe sur le myocarde. Cette opinion fut partagée à la fois par ceux qui envisageaient la quinine comme un tonique du cœur el par ceux qui en faisaient un dépresseur de celui-ci.

À. — Les auteurs qui considéraient la quinine comme un tonique du cœur (Bochefontaine, Schtchepotjew, Laborde) estimèrent qu'il s'agissait soit d’un effet direct de l’alcaloïde sur la fibre musculaire cardiaque dont il augmenterait l'énergie contractile(Bochefontaine) ou sur les ganglions moteurs intra-cardiaques dontl augmenterait l’excitabilité (Schtchepotjew), soit d’une diminution de l’excitabilité des éléments nerveux inhibiteurs intracardiaques jointe à une excitation des éléments nerveux moteurs (Jérusalimski).

B. — Les auteurs qui considéraient la quinine comme un dépresseur du cœur admirent qu'elle exercerait une action déprimante sur les fonctions du myocarde à l’exclusion de toute action sur le système nerveux extrinsèque (Briquet, Lewitski, Chirone, Santesson, Hedbom, Moulinier, Frederieq et Terroine, Hoflmann).

C. — Sur quelle partie du myocarde agit la quinine ?

se

— Sur le système nerveux iptracardiaque autonome (ganglions intracardiaques) ou sur la fibre musculaire cardiaque ? | |

a) Pour les uns, elle agirait uniquement sur la fibre musculaire (Briquet, Chirone, Jolyet, Santesson).

D’après Chirone, notamment la quinine n'aurait aucune action sur l'élément nerveux intracardiaque : en effet, dit cet auteur, en excitant, sur le cœur mis à nu et. quinisé, les endroits de la topographie cardiaque où sont les ganglions, on obtiendrait encore des mouvements léflexes même après arrêt du cœur : done les ganglions intracardiaques ne seraient pas paralysés par la quinine. Jolyet d’autre part, ayant constaté, chez la grenouille, une perte de l’excitabilité du myocarde mis en contact avec les solutions quiniques, conclut également à une action purement musculaire de l’alcaloïde. C'est également l’avis de Santesson : en effet, d'après cet auteur si, après avoir fait sur le cœur isolé une ligature au niveau de la région atrioventriculaire, on entretient les contractions rythmiques du ventricule par le courant électrique, ces dernières auraient une origine exclusivement musculaire ; or les alcaloïdes quiniques influent sur la fréquence et le volume des battements ventriculaires ainsi obtenus de la même façon que sur le cœur tout entier. Santesson admet que la quinine agit essentiellement en allongeant la période d’inexcitabilité du muscle cardiaque. Quant à une action de l’alcaloïde sur les ganglions extracardiaques, il faudrait une très forte dose pour la produire.

b) Pour les autres, la quinine agirait à la fois sur les

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Deschamps

l hs * ganglions et sur la fibre, musculaire cardiaque (Eulenburg, Lewitzki).

Eulenburg tire la preuve de cette action simultanée de la quinine sur les ganglions intracardiaques ét sur la fibre musculaire du fait suivant : d’une part, la quinine a, sur la fibre musculaire, une action locale, que certaines expériences prouvent d’une manière indiscutable ; mais d’autre part, si l’on plonge la pointe, isolée de toute connexion, dans une solution dequinine, celle-ci a beaucoup moins d'action sur elle que sur l'organe entier ; or, d’après Eulenburg, la pointe est dépourvue de tout élément nerveux ; il faut donc bien que l’action de la quinine sur le cœur éin situ s'exerce à la fois sur la fibre musculaire et sur les ganglions intracardiaques.

! Nous venons d’exposer la théorie de l’action exclusivement myocardique de la quinine, théorie qui a été celle d’un grand nombre de physiologistes jusqu’à l’époque contemporaine. Si elle est foncièrement juste dans son ensemble, et si elle explique fort bien les effets dépresseurs de l’alcaloïde, elle n'est pas capable de rendre compte des faits indiseutables, où celui-ci, au début de son action, produit une accélération du rythme et une augmentation de l'amplitude des contractions. Il a fallu en chercher l'explication ailleurs : on l’a trouvée dans un effet paralysant exercé par la quinine sur le vague, indépendamment de son effet sur le myocarde, Ainsi est née la théorie de l’action mixte de la quinine, théorie que les recherches récentes, comme nous le

verrons, n'ont fait que confirmer.

3° Théorie de l’action mixte sur le vague

el sur le myocarde.

Cette théorie a été soutenue, avant la période contemporaine, par Schlockow et par Block, en Allemagne, et par le physiologiste belge, L. Stiénon. En voici l’essentel”:

La quinine a deux actions bien distinctes.

A. — Action paralysante sur le vague.

Au débui de son action et aux faibles doses, elle diminue ou supprime l’excitabilité du vague. L'action du sympathique sur le rythme cardiaque devient alors prédominante, d’où l'apparition d’un effet tonique passager, avec accélération du rythme et augmentation de l'amplitude des contractions. Ce fait a été nettement établi par les expériences de L. Stiénon. Si on fait une seciion préalable du vague, on n'observe plus laccélération avec les faibles doses qu’on observe chez le chien à vagues iniacts ; ce fait ne peut s'expliquer que de la façon suivante : les fonctions du vague étant supprimées dès avant l'injection de quinine, celle-ci ne peut provoquer une prédominance du sympathique par suppression fonctionnelle des inhibiteurs et modifier ainsi le rythme. On pouvait toutefois objecter que la section du

tronc du vague laisse intactes ses extrémités intracar-

diaques. Stiénon a donc fait précéder l'injection de quinine d’une injection d’atropine qui supprime fonctionnellement tout le système du vague, y compris les terminaisons intracardiaques, et il a vu, ici encore, la suppression de l'accélération observée auparavant avec de faibles doses de l’alcaloïde. Puisque dans une telle expérience on supprime le vague et qu’on laisse subsister le sympathique, on a ainsi la preuve que cette accélération observée aux faibles doses est-bien due à une paralysie du système inhibiteur et non à une excitation du système accélérateur.

Par ailleurs, l’action paralysante de la quinine sur le vague a été nettement établie par les expériences de Schlockow, qui a montré que lé vague d’un lapin quinisé

devenait inexcitable au courant faradique.

B. — Action paralysante sur le myocarde.

Celle-ci apparaît au bout d’un temps variable, d’autant plus rapidement que l'on augmente la dose de quinine. C’est une action exclusivement myocardique, qui devient, dès son apparition, plus puissante que l’action de l’alcaloïde sur le vague, et tient sous sa dépendance, à l'exclusion de tout autre les effets dépresseurs de celui-ei sur le fonctionnement du cœur.

Cette théorie est définitivement établie à l'heure actuelle et les recherches récentes n’ont fait que la confirmer en la précisant et en la développant.

C'est maintenant la conception actuelle de l’action

‘ra cardiaque de la quinine, telle qu'elle a été établie par les travaux récents de Clere et Pezzi, et de Hecht et Rothberger, que nous allons exposer dans les pages qui vont suivre, en nous inspirant de l’enseignement de

notre mailre, M. le professeur agrégé A. Clerc.

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