CONCEPTION ACTUELLE DE L'ACTION CARDIAQUE DE LA QUININE
S 1. — Faits expérimentaux.
ÏJ. — ExPpÉRIENCES DE MM. CLerc ET PEzzi
MM. Clerc et Pezzi ont été amenés d’une facon toute fortuite à rechercher systématiquement l’action neutralisante de la quinine sur la fibrillation auriculaire, orientant ainsi la question de l’action cardiaque de la quinine dans des voies toutes nouvelles. Observani par hasard un chien qui, à l'ouverture du thorax, présentait de la. fibrillation auriculaire, et ne pouvant l'utiliser pour l’expérience qu'ils désiraient faire à ce moment, ils injectèrent dans la saphène de l'animal une solution de chlorhydrate de quinine pour vérifier la toxicité de celui-ci. Ils eurent alors la surprise de voir cesser la fibrillation auriculaire qui durait depuis une demi-heure et le rythme cardiaque devenir régulier. Partant de ce fait expérimental, ils étudièrent, chez le chien, les effets des injections intraveineuses sur le cœur, et spécialement sur les arythmies de divers ordres.
MM. Clerc et Pezzi se servirent à cet effet de tracés
mécaniques et électrocardiographiques. Les tracés mécaniques furent pris suivant la technique de la suspension du cœur de Engelmann, qui consiste, comme on le sait, à meitre à nu cet organe et à réunir l’auricule droit et le ventricule droit, par des fils noués dans l’épaisseur de leur paroi, aux tambours manipulateurs d'un polygraphe de Marey : on peut ainsi prendre séparément un tracé auriculaire et un tracé ventriculaire.
Les tracés électrocardiographiques furent pris en dérivation Il (membre antérieur droit et postérieur gauche) et sur le mème film étaient enregistrées photographiquement les oscillations des styles de deux tambours inscripteurs de Marey, traduisant les mouvements des oreillettes et des ventricules.
Les auteurs employèrent une solution de chlorhydrate basique de quinine à 1 p. 10 dans l’eau disti!lée, additionnée de quelques gouttes d'acide sulfurique pour faciliter la dissolution. La dose moyenne injectée dans la saphène du chien fut de 2 à 3 centigr. par kilogr.
Voici quel fut le plan de leurs recherches :
D'une part, ils étudièrent, en se servant surtout de tracés électriques, l’action de la quinine sur les différentes fonctions du myocarde, et purent arriver, dans l’analyse de cette action, à des précisions inconnues avant eux. Ils utilisèrent aussi, pour le même objet, la méthode des extrasystoles provoquées, consistant à provoquer électriquement des extracontractions dans la paroi du ventricule et à étudier le temps de propagation de celles-ci.
D'autre part, ils eurent l’idée que la quinine en injec-
RO 2 tion intraveineuse pouvait empêcher l'apparition d’une arythmie provoquée par une influence extérieure donnée. À cet effetils usèrent de deux méthodes : en premier lieu ils étudièrent l’action de l’alcaloïde sur les extrasystoles provoquées par excitation faradique, ainsi que sur la fibrillation auriculaire consécutive à l'excitation faradique de l'oreillette.
En second lieu, ils recherchèrent les effets de l'injection de quinine sur les troubles du rythme cardiaque produits chez le chien par l'injection intraveineuse de certaines substances toxiques : soit ie chlorure de baryum qui, comme l'avait montré l’un d’eux avec Busquet, est capable de faire fibriiler le cœur comme tous les autres muscles de l’économie; soit la nicotine, la pelletierine et le chlorure de strontium, qui, comme ils l’avaient montré dans des recherches antérieures, sont capables de faire naître, dans certaines conditions, des crises de tachyarythmie transitoire, dont nous préciserons plus loin les caractères objectifs et le mécanisme physiologique. MM. Clerc et Pezzi ont également étudié de façon systématique l’action de la quinine sur l'excitation faradique du vague, ainsi que les modifications apportées par l’alcaloïde à la courbe des oscillations de pression adrénaliniques, oscillations qui, comme on le verra, traduisent une excitation du centre bulbaire de l’appareil inhibiteur.
IT. — EXPÉRIENCES DE HEcaT ET ROTHBERGER
Hecht et Rothberger ont fait également leurs expé-
riences chez le chien. Ils firent des injections intravei-
neuses d'une solution aqueuse de sulfate de quinine à 1/5, c'est-à-dire contenant 0 gr. 20 de quinine par centimètre cube d’eau.
Ils ne dépassaient pas, dans chaque injection, la dose de 0 gr. 05 à,0 gr. 0% par kilogr., mais pratiquaient des injections successives, de facon à arriver à des doses journalières de 0 gr. 20 ou 0 gr. 30 par kilogr : ces doses, d'après leurs calculs correspondraient à une dose de gr. par jour pour un homme de poids moyen. En aucun cas, quel que fût le poids du chien, ils ne dépassaient la dose journalière de 1 gr.20 de quinine. Ils en observaient les effets au moyen de tracés électrocardiographiques.
Ces auteurs étudièrent principalemeni les moditications des tracés électrocardiographiques sous l'influence de la quinine, et les effets de celle-ci sur la fibrillation auriculaire provoquée par excitation faradique de l’oreillette.