C. — Action sur la fonction de contractilité
(action inotrope négative).
La quinine a sur le muscle cardiaque une action inotrope négative très nette qui à été étudiée par de nombreux observateurs.
a) Action g'énérale de la quinine sur la contractilité
des muscles.
Il s’agit d’ailleurs là d’unc action générale de celle-ci sur le tissu musculaire, action connue depuis longtemps, et dont d’autres exemples sont fournis par l’action de l’alcaloïde sur le muscle utérin, et sur les fibres musculaires des vaisseaux. Elle a fait l'objet en Allemagne, dans le cours du siècle dernier, d’études approfondies de la part de Santesson et de Von Furth et Schwartz. Santesson montra que la quinine, après injection dans les sacs lymphatiques dorsaux de la grenouille, et après injection intraveineuse chez le lapin, augmente dans des proportions notables la fatigabilité du muscle, autrement dit, qu'elle diminue son aptitude de résistance à l'effort. Von Furth et Schwartz ont montré de leur côté que chez le chat, certaines substances, comme la véra-
trine, la caféine et la quinine ont la propriété de coagu-
ler la myosine du muscle vivant et que, par injection intra-musculaire ou intra-artérielle, elles provoquent de la rigidité musculaire.
Ces recherches ont été reprises récemment (1915) par Knud Secher, qui a étudié l’action de la quinine sur le üissu musculaire strié de la grenouille. L'auteur se servit d’une technique très parüculière sur laquelle nous ne pouvons insister. Il arriva aux résultats suivants. Une solution de chlorhydrate basique de quinine à la concentration de 2°/,, injectée par voie intra-musculaire, provoque l'apparition d'une raideur musculaire marquée, et à l'examen histologique des fibres, on trouve une destruction complète du protoplasma de la fibre au lieu d'injection. À la concentration de 1 p. 250, on observe encore des symptômes de destruction, à condition de faire une application directe intra-musculaire. A des concentrations inférieures, il se produit des phénomènes de rigidité musculaire, mais sans destruction; cet effet ne persiste pas, et le muscle est de nouveau capable de fonctionner quelque temps après la cessation du contact avec l’alcaloïde.
Secher a repris d'autre part les recherches de Santesson sur la fatigabilité musculaire sous l'influence de là quinine. Il à pratiqué des injections intra-musculaires dans un gastrocnemien de grenouille, puis a excité le muscle par un courant induit avec inscriptions des contractions sur un cylindre. Dans ces conditions, avec une solution de chlorhydrate de quinine à 4 °/,, il suffit d'un petit nombre de secousses pour amener une fati-
gue complète. Seules les 1" et 2 secousses .oht une
hauteur normale. Les autres sont toutes petites. Avec une solution à 1 p. 8.000, la longueur de délai d’apparition de la fatigue est encore diminuée de 1/3. Il ressort de ces recherches de K. Secher que la quinine exerce une influence très nette sur l'apparition ra-
pide de la fatigue dans le tissu musculaire.
b) Caractères de l'action de la quinine sur la contractilité du myocarde.
Les tracés mécaniques pris suivant la méthode de Engelmann sont plus ou moins accentués suivant la force des contractions de l'oreillette et du ventricule : ils traduisent donc directement la valeur de la contractilité dela fibre musculaire cardiaque ; au contraire, nous l'avons vu, les modifications de hauteur des accidents de l’électrocardiogramme traduisent la valeur de l’excitabilité myocardique.
Or, MM. Clerc et Pezzi ont constaté les faits suivants :
1° Si l'on pratique, chez un chien de 9 kilogr., une injection de 30 centigrammes de quinine (c'est-à-dire de 3 centigr. par kilogr.) il se produit déjà une diminution très nelle de la contractilité des oreillettes, se traduisant par l’abaissement de la hauteur du tracé auriculaire mécanique; au contraire à cette dose, la hauteur du tracé ventriculaire n’est pas influencée.
2 Si l’on fait une nouvelle injection de 0 gr. 40 de quinine en deux fois, ce qui porte la dose totale de l’alcaloïde à 0 gr. 70, c’est-à-dire 8 centigrammes par kilogr., l’onde auriculaire disparaît presque complètement. Mais de plus on voit apparaitre des troubles
Deschamps 6
… ND graves de contractilité au niveau des ventricules. Ceuxci se traduisent de deux façons :
a) Diminution considérable de l'onde mécanique ventriculaire.
b) Apparition d’une alternance ventriculaire.
Celle-ci est visible à la fois sur le tracé mécanique et électrocardiographique, mais elle est de sens contraire sur l’un et sur l’autre ; sur l’électrocardiogramme elle intéresse uniquement l’onde T qui est- alternativement petite et grande, pendant que sur le tracé mécanique, l'onde ventriculaire correspondante est alternativement grande et petite. |
En résumé la quinine diminue fortement la contractilité de la fibre musculaire cardiaque. Cette diminution de la contractilité est proportionnelle aux doses injectées, Elle atteint tout d’abord l'oreillette, puis le ventricule où elle peut provoquer l'apparition d'un rythme altérnant. Elle se traduit à la fois par des phénomènes cardiaques proprement dits (diminution de la hauteur des tracés auriculaire et ventriculaire), et par un phénomènc circulatoire (chute de la pression sanguine), sur
lequel nous reviendrons.
D.'— Action sur la fonction de conductibilité.
(Action dromotrope négative).
L'action de la quinine sur la conductibilité, au contraire des précédentes, n'a été étudiée que tout récemment. Sans doute Eulenburg avait noté dans ses expé-
riences sur la grenouille, l'apparition dans certains cas,