‹ La Médication quinique et quinidique du CœurChapitre 18 sur 106 · LS RU VE RE · texte numérisé non relu

LS RU VE RE

b) Allongement de l'espace P.R. sur l'électrocardiogramme.

De mème les électrocardiogrammes leur montrèrent un allongement correspondant de l’espace P. R. passant de 1/10 de seconde à 1/5 de seconde.

2 J)iminution de la conductibilite

inter et intraventriculaire.

La diminution de la conductibilité causée par la qui- nine est-elle exclusivement limitée à la région du nœud de Tawara, ou s'étend-elle à tout le système unitif, y compris le système de conduction intra et interventrieulaire ? C'est la question que se sont posés MM. Clerc et'PErzi.

Il est généralement admis en effet, depuis les recherches de Hering, que lorsqu'il y a, sous une influence quelconque, un trouble de la conduclibilité intracardiaque, le lieu d'arrêt du stimulus est exclusivement le nœud de Tawara. Or, s’il est établi que le nœud de Taxwara est la partie la moins conductible du faisceau unitif, fait confirmé par la thèse récente de M'* Veil sur la chronaxie des différentes parties du cœur, et si par conséquent il est logique d'admettre que les troubles de la conductibilité se localisent de préférence à cette région, rien ne prouve que la conductibilité des autres parties du cœur ne puisse ètre également diminuée par les mêmes causes qui diminuent celle de la région atrioventriculaire : c’est ce qu'ont démontré MM. Clerc et

Pezzi à propos de la quinine. Des expériences très préei-

ses leur ont montré que celle-ci produit une diminution de la conductibilité, non seulement au niveau des fibres unitives atrioventriculaires et du nœud de Tawara, mais encore au niveau des fibres de conduction inter et intraventriculaire. Ils ont donné de cette diminution de la conduction inter et intraventriculaire, indépendante de l’action exercée au niveau du nœud de Tawara, les trois preuves suivantes :

a) Allongement de l'onde R de l'’électrocardiogramme. L'espace mesuré entre les deux extrémités de la base de celle-ci et reporté sur la ligne de temps mesure, après quininisation, 8/100 de seconde au lieu de 5/100, chiffre normal. Cet allongement est l'indice d’un retard de la

propagation du stimulus au niveau des ventricules.

b) Allongement du temps de propagation des extrasy stoles ventriculaires provoquées. |

Si l’on fait porter, par excitation électrique, une excitation sur l’un des ventricules, le droit par exemple, il se produit d’abord une contraction de ce ventricule, puis après un certain retard, une contraction du ventricule gauche. L’excitation arrive à ce dernier en remontant le long des voies de conduction du ventricule droit (fibres de Purkinje et branche droite du faisceau de His) pour se propager ensuite le long de la branche gauche. A l’état normal, les contractions successives des deux ventricules sont séparées par un intervalle de temps minimun de quelques centièmes de seconde.Mais l'injection de quinine a pour effet d'étendre la durée du passage

du stimulus à travers les voies de conduction interven-

triculaires (branchè droite et gauche du faisceau de His, fibres de Purkinje).

MM. Clerc et Pezzi ont donc fait l'expérience suivante, Ils commencçaient par provoquer chez un chien, par excitation électrique, une extrasystole du ventricule droit, et mesuraient l'intervalle entre la contraction du ventricule droit et celle du ventricule gauche : cet intervalle mesurait 3 ou 4/100 de seconde. Ils injectaient alors dans la saphène une dose de quinine s'élevant à 3 centigr. 1/2 par kilogramme, ce qui avait pour effet de produire un allongement marqué de l’espace As Vs; puis, ceci fait, ils provoquaient une extrasystole du ventricule droit ; ils observèrent dans ces conditions que la contraction du ventricule gauche se faisait avec un retard atteignant 10/100 de seconde, c’est-à-dire plus du double du retard observé avant l'injection de quinine (3 ou 4/100 de seconde). Ce retard était évidemment dû à l’action de la quinine sur la voie de conduction intraventriculaire, branches du faisceau de His, fibres de Purkinje et tissu musculaire propre des ventricules, sans que le nœud de Tawara intervint ici le moins du monde.

En résumé, la quinine chez le chien, en injection intraveineuse à la dose de 2 à 3 centigrammes par kilogramme, diminue la conductibilité du nyrocarde : ce défaut de conductibilité s'étend non seulement aux fibres atrioventriculaires, mais encore à {out le système unilif et à tout le tissu myocardique en général.

Cette diminution du pouvoir de conductibilité s'ajoute à la diminution déjà décrite des pouvoirs d’excitabilité

et de contractilité pour compléter l’action dépressive

de

globale de la quinine sur toutes les fonciions du myocarde, action que les expériences des anciens auteurs avaient constatée sans parvenir à en faire l'analyse rigoureuse et systématique : celle-ci est maintenant permise grâce aux acquisitions de la physiologie cardiaque

contemporaine.

II. — ACTION DE LA QUININE SUR LES MODIFICATEURS NERVEUX EXTRINSÈQUES DU CŒUR : APPAREIL NERVEUX INHIBITEUR (NERF VAGUE) ET ACCÉLÉRATEUR (NERF SYM- PATHIQUE)

Action de la quinine sur l’appareil nerveux inhibiteur.

1° La quinine diminue ou supprime l’excitabilité du vague.

Ce fait qui, nous l'avons vu, avait été établi par les anciens auteurs, à été confirmé par les recherches de MM. Clere et Pezzi, qui en ont donné des preuves nou-

velles, et surtout en ont précisé les caractères.

A. — Preuves de l’action de la quinine sur le vague.

(Glere et Pezzi, — voir aussi nos expériences XXVI, XXVIII, XXX et XXXL p. 58-65).

a) Diminution de l'excitabilité faradique du nerf.

b) Suppression des oscillations de pression due à l'injection intraveineuse d'adrénaline (Clerc et Pezzi). Nous y reviendrons plus loin.

c) Suppression du trouble du rythme cardiaque due

à l'excitation du vague par certaines substances toxiques.

Première phase des crises d'arythmie nicotinique ou isopelletiérinique.

B. — Caractères de l’action de la quinine sur le vague.

” On sait qu'il faut distinguer au système vague trois parties : un centre bulbaire ; un tronc nerveux ; des terminaisons intracardiaques.

La quinine agit différemment sur le centre bulbaire et sur les terminaisons intracardiaques d’une part, et d’autre part sur le tronc mème du nerf. Sur les premières, elle a une action immédiate et à doses minimes; sur le second elle n'agit qu'à doses plus fortes et d’une manière plus tardive.

a) Action sur le centre bulbaire.

La quinine, dès son introduction dans l'organisme du chien, par voie intraveineuse, diminue dans de fortes proportions l’excitabilité du centre bulbaire du vague. Le fait a été démontré par les expériences de MM. Clerc et Pezzi sur l’antagonisme de la quinine et de l’adrénaline, expériences sur lesquelles nous allons maintenant insister.

On sait que chez un animal qui vient de subir une injection intraveineuse d’adrénaline, on voit apparaître sur le tracé manométrique, immédiatement après l’injection, de grandes oscillations de pression, qui sont dues (le fait a été démontré expérimentalement) à l'excitation du noyau bulbaire du vague; cette phase de grandes

oscillations est suivie d'une ascension rapide, par action

excitatrice sur le sympathique. Or, MM. Clere et Pezzi ont constaté les faits suivants : ils injectaient dans la saphène d'un chien 1 centimètre cube d'une solution d’adrénaline à 1 p. 20.000, produisant ainsi les grandes oscillations caractéristiques du début de son action, puis l'élévation consécutive de la courbe de pression ; ils pratiquaient ensuite une injection intraveineuse de quinine, à raison de 2 centigrammes de l’alcaloïde par kilogr. d'animal : la pression baissait brusquement en même temps que le cœur se ralentissait. Ils attendaient que la pression se fut relevée, puis ils injectaient une nouvelle dose d’adrénaline double de la dose initiale, c’est-à-dire? centimètres cubes de la solution à1 p. 20.000 ; la pression se relevait immédiatement, mais sans qu'on vit apparaître les grandes oscillations qui avaient suivi la première injection d’adrénaline. Celles-ci étant dues exclusivement à une action excitante de l’adrénaline sur le centre bulbaire du vague, leur suppression par la quinine ne pouvait qu'être consécutive à la diminution de l’excitabilité de ce centre bulbaire sous l'influence de l’alcaloïde.

Cette action paralysante de la quinine sur le centre bulbaire du vague se produit avec des doses minimes,

à partir de 1 cgr. 1/2 de quinine par kilogr. d'animal.

b) Action sur les terminaisons intracardiaques.

La quinine à doses minimes agit également sur les terminaisons intracardiaques du vague. Nous en voyons

la preuve dans son action sur l’arythmie nicolinique, qui

a été mise en lumière par MM. Clerc et Pezzi et que nous avons observée par nous-mêmes. La quinine, à la dose minima de 2 centigrammes par kilogr. supprime complètement l'arrêt du cœur et la fibrillation auriculaire qui, comme nous l'avons vu, représentent la première phase de l'arythmie nicotinique. Or, on sait que cette première phase est due à l’excitation des terminaisons intracardiaques du vague par la nicotine (on sait par ailleurs que l'excitation électrique du vague produit l’arrêt du cœur et peut dans certaines conchtions amener, si elle est prolongée, l'apparition de la fibrillation auriculaire). Mais cette action de la quinine sur l’arythmie nicotinique s’observe à une dose où la quinine ne supprime pas l’excitabilité électrique du tronc du vague, Dans une de nos expériences, en effet à la suite d’une injection de 2 centigr. par kilogr. de l’alcaloïde, l'excitabilité faradique du vague était restée la même qu'avant l'injection ; et cependant l'injection de nicotine ne fut suivie ni d'arrêt du cœur, ni de fibrillation aüriculaire. Il nous apparaît done que dans ce cas, la quinine ne peut agir qu’en supprimant l’excitabilité des terminaisons intracardiaques du vague ; cette action semble bien précéder celle qui s'exerce sur le tronc nerveux luimême, et vient s'ajouter à la diminution de l’excitabilité myocardique, déjà décrite ci-dessus, pour produire la suppression de la fibrillation auriculaire nicotinique.

L'action neutralisante de la quinine sur les effets de

l'injection d'isopelletiérine appelle les mêmes réflexions,

Page 1